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jeudi 29 octobre 2015

D'après une histoire vraie - Delphine de Vigan

D'après une histoire vraie - Delphine de Vigan
Synopsis : « Ce livre est le récit de ma rencontre avec L.
L. est le cauchemar de tout écrivain.Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser.»
Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s'aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d'une époque fascinée par le Vrai.

[Rentrée littéraire 2015]

Mon avis : Toutes mes lectures de l'auteure étant des coups de cœur, je ne pouvais pas passer à côté de ce nouveau livre qui n'a pas dérogé à la règle. Surtout que cette fois-ci, il est question d'écriture, de travail de création littéraire et de l'univers de l'écrivain en général.
Après le succès de son dernier livre "Rien ne s'oppose à la nuit" parlant du suicide de sa mère, Delphine de Vigan est sujette à l'angoisse de la page blanche et le fait que les gens lui suggèrent qu'elle ne pourra plus jamais rencontrer un tel succès qu'il y a trois ans n'arrange rien. Au moment ou elle trouve finalement une idée et a collecté tous les éléments nécessaires à son futur livre, elle fait la rencontre de L. (nous ne saurons jamais son nom), une jeune femme pleine d' attentions et de bons conseils envers elle. Delphine croit alors être tombée sur une personne en or et se noue rapidement d'amitié avec elle.  Mais autant de gentillesse, de de dévotion, de "bons conseils" chez une même personne cachent généralement quelque chose. Rapidement, son emprise sur sa vie et sa relation à l'écriture est telle que Delphine se laisse submerger et diriger. Alors qu'elle semble avoir compris que cette influence est néfaste elle se laisse porter jusqu'à un point de non retour... "Aujourd’hui je sais que L. est la seule et unique raison de mon impuissance. Et que les deux années où nous avons été liées ont failli me faire taire à jamais."
Bien que basée sur des faits réels, cette histoire est construite comme un thriller psychologique : on a hâte de savoir comment tout ça va se terminer et si Dephine va enfin ouvrir les yeux et sortir de son mutisme.
Pas facile de voir la frontière entre le réel et le fictif, mais certains éléments peu crédibles comme le fait que L. arrive à se faire passer pour Dephine auprès du public me font croire qu' il y a tout de même une grande part de fiction dans ce livre. Et comme j'aime savoir à quoi m'en tenir, j'ai lu son interview et je constate qu'elle a justement pris un malin plaisir à nous brouiller les pistes. A chacun donc de croire en ce qu'il pense être crédible puisqu'elle ne donnera pas plus d'indication!
En tous les cas, cette histoire m'a tenue en haleine d'un bout à l'autre et je ne peux que vous la conseiller et, même si le sujet est moins fort que ses précédents livres, "d'après une histoire vraie" fait d'ores et déjà partie de mes coups de cœur de cette rentrée littéraire 2015.

D'après une histoire vraie

Extrait : "Quelques mois après la parution de mon dernier roman, j’ai cessé d’écrire. Pendant presque trois années, je n’ai pas écrit une ligne. Les expressions figées doivent parfois s’entendre au pied de la lettre : je n’ai pas écrit une lettre administrative, pas un carton de remerciement, pas une carte postale de vacances, pas une liste de courses. Rien qui demande un quelconque effort de rédaction, qui obéisse à quelque préoccupation de forme. Pas une ligne, pas un mot. La vue d’un bloc, d’un carnet, d’une fiche bristol me donnait mal au cœur.
Peu à peu, le geste lui-même est devenu occasionnel, hésitant, ne s’exécutait plus sans appréhension. Le simple fait de tenir un stylo m’est apparu de plus en plus difficile.
Plus tard, j’ai été prise de panique dès que j’ouvrais un document Word.
Je cherchais la bonne position, l’orientation optimale de l’écran, j’étirais mes jambes sous la table. Et puis je restais là, immobile, des heures durant, les yeux rivés sur l’écran.
Plus tard encore, mes mains se sont mises à trembler dès que je les approchais du clavier.
J’ai refusé sans distinction toutes les propositions qui m’ont été adressées : articles, nouvelles de l’été, préfaces et autres participations à des ouvrages collectifs. Le simple mot écrire dans une lettre ou un message suffisait à me nouer l’estomac.
Écrire, je ne pouvais plus."

A lire aussi
Rien ne s'oppose à la nuit ♥♥♥
Jours sans faim ♥♥♥

Éditions JC Lattès - Littérature contemporaine - 477 pages

mardi 18 février 2014

Jours sans faim - Delphine de Vigan (Lou Delvig)

Mon résumé  : Laure, 19 ans souffre d'anorexie. Elle ne pèse plus que 39 kilos et sait que la prochaine étape de sa maladie sera la mort c'est pourquoi elle accepte alors l'aide du Docteur Brunel. Elle nous raconte alors ses trois mois d'hospitalisation entre angoisses et volonté de s'en sortir. Mais ce n'est pas si simple que cela car en acceptant de se faire soigner, elle doit accepter de perdre le contrôle sur la seule chose de sa vie qu'elle maîtrise : son poids.
 
Mon avis : Un coup de coeur! (comme tous les livres de Delphine de Vigan) Quel que soit le sujet de ses livres, elle arrive toujours à me captiver grâce à sa belle écriture.
Ça faisait longtemps que je cherchais ce livre premièrement paru sous le pseudo "Lou Delvig". Ce n'est qu'à la mi 2012 que ce livre a été réimprimé sous son vrai nom d'auteur. Alors quand je suis tombée dessus la semaine dernière, je n'ai pas pu résister et l'ai lu d'une traite en environ deux heures.
Contrairement à ce que je pensais, ce livre n'est pas une autobiographie. D'ailleurs, il est écrit à la troisième personne.
Le témoignage de Laure est poignant sans jamais tomber dans le pathos. On ne sait pas trop comment elle en est arrivée là car elle ne s'étend pas sur le sujet. On apprend simplement que ses parents sont "toxiques" pour elle.
Dans ce livre il est seulement question des trois mois qu'elle a passé à l'hôpital à essayer coûte que coûte de retrouver une existence "viable" : seulement quelques kilos à reprendre pour que sa vie ne soit plus en danger. Elle ne veut surtout pas dépasser le seuil des 50 kilos qui lui donnera enfin le droit de sortir de  l'hôpital.
Commence alors un long combat contre elle même - et contre son double un peu schizophrène qu'elle appelle Leanor - pour accepter les 4500 calories par jour qui lui sont directement injectés dans l'estomac à l'aide de la "nutripompe".
Hospitalisée dans un service de gastro-entérologie, elle va se lier d'amitié avec des patients atteints de la même maladie qu'elle mais aussi d'autres souffrant d'obésité. Ces amitiés vont être primordiales pour elle et vont l'aider à accepter ce corps qu'elle voit enfler à vue d'oeil et sur lequel elle n'a plus aucun contrôle."Elle a mal à ses joues qui se remplissent et aux rondeurs qui s’esquissent, elle souffre de cette chair qui prolifère sur elle comme une greffe exponentielle."
On suit son cheminement qui oscille alternativement entre désir de s'en sortir et révolte contre son traitement. Elle va même jusqu'à feinter le personnel soignant en vidant parfois le contenu de la nutripompe dans les toilettes ou en buvant un litre d'eau avant la pesée.
Même si à la sortie de l'hôpital son combat est loin d'être gagné, la fin est très optimiste sur sa guérison car elle sait que cette maladie ne lui laisserait pas de seconde chance. "Sur son cahier elle a écrit je ne serai pas récidiviste, une incantation plutôt qu'une certitude. Elle voudrait y croire. De toute façon, c'est bien connu, il ne faut jamais recongeler un produit décongelé".
Un beau livre touchant avec une écriture très fine pour décrire cette maladie si sournoise. Je vous le conseille!
 
Extrait : "Elle se sentait de mieux en mieux, plus légère, plus pure aussi. Elle devenait plus forte que la faim, plus forte que le besoin. Plus elle maigrissait, plus elle recherchait cette sensation pour mieux la dominer. A ce prix seulement elle parvenait à une forme de soulagement, d'apaisement. Mais il fallait s'affamer toujours un peu plus pour retrouver ce sentiment de puissance, dans un enchaînement qu'elle savait toxicomaniaque, supprimer par paliers, réduire encore le nombre de calories absorbées. Elle mesurait son indépendance, sa non-dépendance. Maigrir était une conséquence, dans le miroir, la preuve tangible de sa puissance, de sa souffrance aussi. Elle regardait l'aiguille de la balance aspirée vers la gauche, pliant chaque jour un peu plus sous le poids de sa volonté. Elle faisait peur."
 
 
A lire aussi :
No et Moi
Rien ne s'oppose à la nuit ♥♥♥
Les heures souterraines ♥♥♥
 
Editions J'ai Lu - Drame - 124 pages

Les Heures souterraines - Delphine de Vigan

Mon résumé : Paris, le 20 mai. Cette date restera longtemps gravée dans la mémoire de Mathilde et de Thibault. Ils ne se connaissent pas, mais leurs vies vont prendre un tournant décisif. Mathilde se retrouve mise au rebut de la grande entreprise pour laquelle elle travaille car elle a osé soutenir un conférencier contre l'avis de Jacques, son patron.
Thibault, médecin urgentiste à SOS Médecins a, quant à lui, quitté sa fiancée Lila qui ne l'aimait pas.
Deux histoires parallèles, deux vies qui auraient pu se croiser en ce 20 Mai
 
Mon avis : "A trente ans, elle a survécu à la mort de son mari. Aujourd’hui elle en a quarante et un connard en costume trois pièces est en train de la détruire à petit feu."
Troisième livre de Delphine de Vigan que je lis, et encore un coup de coeur!
Le sujet du harcèlement moral au travail m'intéressait particulièrement  et j'ai aimé découvrir le cheminement de Mathilde qui se rend compte petit à petit qu'elle n'est plus conviée aux réunions de travail, que ses collègues ne lui adressent plus la parole et finit dans un bureau sans fenêtre (surnommé le placard) au fond d'un couloir, à côté des toilettes. Dans ce bureau, on lui réinstalle un ordinateur, mais elle n'a plus accès au réseau de l' entreprise. elle ne peut tout simplement plus travailler. Elle s'ennuie, mais ne lâche pas prise. Malgré la difficulté morale qu'elle éprouve pour aller travailler, elle s'accroche et tient bon sans se révolter. Elle espère des jours meilleurs et croit au pouvoir magique d'une carte porte bonheur très rare que lui a donné son fils : " Le Défenseur de l'Aube d'Argent".
J'ai eu du mal a imaginer qu'on puisse vivre un tel harcèlement sans se révolter, mais je pense que finalement, l 'attitude de Mathilde est certainement la meilleure. Faire comme si de rien était est une solution qui peut désarmer le harceleur : s'il voit qu'il n'a pas de prise sur sa victime, il finira par se lasser.
Son patron va même jusqu'à simuler une altercation téléphonique où  Mathilde l'aurait insulté..
Thibault, quant à lui, vit comme un automate et tombe peu à peu dans la dépression depuis qu'il a quitté Lila. Il enchaîne les visites à domicile sans motivation. Son histoire est beaucoup moins intéressante que celle de Mathilde, mais les passages sur les situations identiques entre Mathilde et Thibault, nous font espérer que ces deux là vont se rencontrer. D'ailleurs, la voyante l'avait prédit à Mathilde : elle rencontrerait un homme le 20 Mai...
Je ne peux pas en dire plus, mais cette "rencontre" m'a aussi un peu déçue, du coup, jusqu'au dernier moment, le suspens est là...
Par contre, je m'attendais à une toute autre fin...J'ai eu une impression d'inachevé. J'aurais aimé savoir ce qui allait réellement se passer pour Mathilde vis à vis de son employeur.
"Il arrive un moment où le prix est devenu trop élevé. Dépasse les ressources. Où il faut sortir du jeu, accepter d'avoir perdu. Il arrive un moment où l'on ne peut pas se baisser plus bas."
Delphine de Vigan aborde avec beaucoup de justesse la solitude, le stress, la dépression et le harcèlement moral au travail.
Un livre qui restera longtemps dans ma mémoire et que je vous conseille fortement!
 
Du même auteur :
Vigan (de) Delphine - No et Moi  
Vigan (de) Delphine - Rien ne s'oppose à la nuit 
 
La phrase dont je me souviendrai :
"- Croyez-vous qu’on est victime de quelque chose comme ça parce qu’on est faible, parce qu’on le veut bien, parce que, même si cela parait incompréhensible, on l’a choisi ? Croyez-vous que certaines personnes, sans le savoir, se désignent elles-mêmes comme des cibles ?
(…)
- Je ne crois pas, non. Je crois que c’est votre capacité à résister qui vous désigne comme cible."
 
 
Éditions Le Livre de Poche - Littérature contemporaine - 248 pages

Rien ne s'oppose à la nuit - Delphine de Vigan

Mon résumé  : Par ce témoignage, Delphine de Vigan nous raconte l'histoire de sa mère tout au long de sa vie à laquelle elle a préféré mettre fin alors qu'elle venait juste de prendre sa retraite.
Issue d'une famille nombreuse, Lucile (sa mère) n'aura cessé de se battre contre des dépressions nerveuses et une bipolarité (maladie dont souffrait déjà sa tante). Malheureusement, les problèmes d'ordre psychologique sont fréquents dans sa fratrie. En effet, sur ses 8 frères et soeurs, deux se sont donné la mort.
Delphine et sa petite soeur Manon se trouvent alors confrontées dès leur plus jeune âge à cette grave maladie qu'est la dépression et dont elles ne comprennent pas les causes.
Ce témoignage est comme le dit Delphine de Vigan un hommage à sa mère et une sorte d'exutoire pour tenter de comprendre les raisons de ce geste désespéré. Elle va alors mener sa petite enquête, écouter des enregistrements sur cassettes laissés par son grand-père (le père de Lucile). Mais cette investigation pourrait bien la pousser à découvrir un terrible secret de famille...
 
Mon avis : Bien que difficile car le sujet est grave, j'ai vraiment apprécié cette lecture qui est pour moi un coup de coeur. Déjà convaincue par le style de "No et moi" là encore, je n'ai pas été déçue.
Par ce titre "Rien ne s'oppose à la nuit" Delphine de Vigan nous montre que rien ni personne ne peut empêcher un suicide."J’espérais que l’écriture me donnerait à entendre ce qui m’avait échappé, ces ultrasons indéchiffrables pour des oreilles normales, comme si les heures passées à fouiller dans des caisses ou assise devant un ordinateur pouvaient me doter enfin d’une ouïe particulière,plus sensible, telle qu’en possèdent certains animaux et, je crois, les chiens. Je ne suis pas sûre que l’écriture me permette d’aller au-delà de ce constat d’échec » « Non, personne ne peut empêcher un suicide."
Le récit commence lors de la petite enfance de Lucile. (J'ai d'ailleurs été choquée par le fait que l'auteure appelle toujours sa mère par son prénom. De tout le livre, une seule fois nous verrons apparaître le mot maman et mère. Cela étant certainement dû au fait que, "dans son monde" Lucile ne s'est jamais vraiment occupée de ses filles ce qui a mis énormément de distance entre elles.)
L'enfance de Lucile fut marquée par la mort accidentelle de son petit frère Antonin. Ensuite vient le décès non accidentel de Jean-Marc son frère de coeur, enfant martyrisé alors accueilli pour combler le vide laissé par Antonin. Ensuite  le suicide de Milo rajoute à Lucile des séquelles indélébiles autant que des événements ayant eu lieu lorsqu'elle était en vacances avec Georges (son père). Bien qu'elle ne se souvienne pas clairement de ce qui s'est passé, s'ensuivent plusieurs hospitalisations en psychiatrie avec  des hauts et des bas."Que s’est-il passé, en raison de quel désordre, de quel poison silencieux ? La mort des enfants suffit-elle à expliquer la faille, les failles ? Car les années qui ont suivi ne peuvent se raconter sans les mots drame, alcool, folie, suicide, qui composent notre lexique familial au même titre que les mots fête, grand écart et ski nautique." (J'ai par ailleurs aimé le récit des vacances à La Grande Motte car j'y habite, et cela m'a montré à quoi pouvait ressembler cette station trente ans auparavant...)
Ce qui reste le plus dur à comprendre est que Lucile a mis fin à ses jours après avoir été victorieuse d'un cancer et juste retraitée. Une période ou elle avait pourtant l'air bien mieux. L'espoir renaît même pour Delphine lorsqu'elle voit que sa mère s'occupe mieux de ses petits enfants (son garçon et sa fille, ainsi que les deux filles de Manon) qu'elle ne s'est occupée d'elles.
Voir cette femme a qui la vie n'a jamais fait de cadeau sombrer peu à peu dans la folie (avec quand même des périodes sans symptômes) m'a fait beaucoup de peine.
Apparemment, écrire la biographie de sa mère a fait beaucoup de bien à Delphine  et lui a permis de faire, comme elle dit "un cercueil de papier" qu'elle considère comme le plus beau des hommages. "Sans doute avais-je envie de rendre un hommage à Lucile, de lui offrir un cercueil de papier - car, de tous, il me semble que ce sont les plus beaux - et un destin de personnage. Mais je sais aussi qu'à travers l'écriture je cherche l'origine de sa souffrance, comme s'il existait un moment précis où le noyau de sa personne eût été entamé d'une manière définitive et irréparable, et je ne peux ignorer combien cette quête, non contente d'être difficile, est vaine."
A noter que certains passages sont vraiment très durs comme par exemple celui ou le corps de Milo est retrouvé ou encore celui ou Delphine trouve sa mère inanimée dans son lit : " Ma mère était bleue, d'un bleu pâle mêlé de cendres, les mains étrangement plus foncées que le visage, lorsque je l'ai trouvée chez elle, ce matin de janvier. Les mains comme tâchées d'encre, au pli des phalanges.
Ma mère était morte depuis plusieurs jours.
J'ignore combien de secondes voire de minutes il me fallut pour le comprendre, malgré l'évidence de la situation (ma mère était allongée sur son lit et ne répondait à aucune sollicitation), un temps très long, maladroit et fébrile, jusqu'au cri qui est sorti de mes poumons, comme après plusieurs minutes d'apnée. Encore aujourd'hui, plus de deux ans après, cela reste pour moi un mystère, par quel mécanisme mon cerveau a-t-il pu tenir si loin de lui la perception du corps de ma mère, et surtout de son odeur, comment a-t-il pu mettre tant de temps à accepter l'information qui gisait devant lui? Ce n'est pas la seule interrogation que sa mort m'a laissée".
La préoccupation première de l'auteure a été de nous relater les faits au plus près de la réalité. Pour cela, elle a écouté les cassettes mais a aussi posé beaucoup de questions à ses oncles et tantes. On peut se douter que certaines choses ne sont pas bonnes à dire et ont pû la fâcher avec le reste de sa famille : "Écrire sur sa famille est sans aucun doute le moyen le plus sûr de se fâcher avec elle. …Je tire à bout portant et je le sais." " Ai-je le droit d’écrire que Georges a été un père nocif, destructeur et humiliant, qu’il a hissé ses enfants aux nues, les a encouragés, encensés, adulés et, dans le même temps, les a anéantis? Ai-je le droit de dire que son exigence à l’égard de ses fils n’avait d’égal que son intolérance, et qu’il entretenait avec certaines de ses filles des relations au minimum ambiguës?
Pour finir, je remercie Priceminister de m'avoir offert ce livre dans le cadre "des matchs de la rentrée littéraire" ainsi que Mélusine pour m'avoir parrainée.
 
 
les matchs de la rentrée littéraire
 
Éditions JC Lattès - 437 pages - Biographie

No et moi - Delphine de Vigan

Mon résumé : Lou Bertignac a 13 ans, elle est intellectuellement précoce et est en classe de seconde. Pleine de théories et d'expériences domestiques, elle traîne après les cours à la gare d'Austerlitz pour observer les gens et leurs comportements. Là, elle rencontre No (Nolwenn) une jeune SDF de 18 ans dont la façon de vivre l'intrigue. En classe, choisissant de faire un exposé sur les gens vivant dans la rue, elle trouve le prétexte pour aborder cette jeune femme et lui poser plein de questions. Peu à peu, une amitié va se lier entre les deux jeunes filles, et, quand Lou demande à ses parents s'ils peuvent l'accueillir afin de l'aider à remettre le pied à l'étrier et retrouver un  travail, contre toute attente, ils acceptent. No va alors revivre et redonner le goût de la vie à  cette famille meurtrie par le décès de la petite soeur de Lou : Thaïs.
Mais, quand on vient de la rue, il est difficile de se réadapter à une vie normale, et, le moindre petit grain de sable dans l'engrenage peut faire tout basculer...
 
 
Mon avis : J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre et particulièrement le personnage de Lou très attachant avec ses expériences domestiques comme des études comparatives sur  le pouvoir d'absorption des éponges, les ingrédients des surgelés... Pour elle, connaître le quotidien des sans abris fait aussi partie de ses expériences c'est pourquoi, elle s'applique à savoir les moindres détails de la vie de No. Sa gentillesse aussi m'a beaucoup touchée :
"Je donnerais tout, mes livres, mes encyclopédies, mes vêtements, mon ordinateur, pour qu'elle ait une vraie vie, avec un lit, une maison et des parents pour l'attendre. Je pense à l'égalité, à la fraternité, à tous ces trucs qu'on apprend à l'école et qui n'existent pas. On ne devrait pas faire croire aux gens qu'ils peuvent être égaux ni ici ni ailleurs. Ma mère a raison. C'est la vie qui est injuste et il n'y a rien à ajouter. Ma mère sait quelque chose qu'on ne devrait pas savoir. C'est pour ça qu'elle est inapte pour son travail, c'est marqué sur ses papiers de sécurité sociale, elle sait quelque chose qui l'empêche de vivre, quelque chose qu'on devrait savoir seulement quand on est très vieux. On apprend à trouver des inconnues dans les équations, tracer des droites équidistantes et démontrer des théorèmes, mais dans la vraie vie, il n'y a rien à poser, à calculer, à deviner. C'est comme la mort des bébés. C'est du chagrin et puis c'est tout. Un grand chagrin qui ne se dissout pas dans l'eau, ni dans l'air, un genre de composant solide qui résiste à tout."
Lucas, son camarade de classe qui redouble sa seconde vit seul dans le grand appartement de ses parents et va un  temps lui aussi héberger No. Il aime Lou en secret malgré qu'elle ait 4 ans de moins que lui. Il la surnomme "Ma Pépite". C'est aussi lui qui lui montre que la vie n'est pas idéale comme dans les livres d'éducation civique et la met en garde contre certaines choses pour la protéger. Grâce à ses années de plus, il y voit un peu plus clair  et la prévient : "Celui qui s’assure sans cesse de ta confiance, sera le premier à la trahir."
No, abandonnée par sa mère, allant de foyer en foyer est livrée à elle même depuis qu'elle est majeure.
Ces trois personnages enfermés dans leurs solitudes étaient faits pour se rencontrer et Lucas et Lou vont reporter leur trop plein d'affection sur No pour l'aider à s'en sortir et, No en apprendra beaucoup sur la vie  à Lou.
Un livre poignant que je recommande.
 
Je remercie le gentil Papa Noël d'avoir trouvé ce livre dans ma wish-list de Livraddict!
 
Éditions Le Livre de Poche - 250 pages

Soeurs chocolat - Catherine Velle

Mon résumé : Afin  de remettre en marche leur atelier de fabrication de chocolats, Jasmine et Anne, deux soeurs du couvent de Saint-Julien-Du-Vaste-Monde, sont mandatées pour aller en Colombie renouveler leur demande de fèves de cacao lors de la vente aux enchères qui y a exceptionnellement lieu. En effet, ces fèves dont elles gardent leur provenance ultra-secrète, leur ont valu la distinction suprême : la Cabosse d'Or. Mais cette récompense attire bien des convoitises, et une certaine entreprise concurrente a tout intérêt à ce que les deux moniales n'arrivent pas à temps en Colombie et voient leur passer sous le nez leur part allouée sous réserve de présence... Quittant leurs habits monastiques, projetées en pleine forêt amazonienne, elles découvrent un pays magnifique où grouillent anacondas, piranhas, araignées venimeuses et, pire encore, les bandits qui convoitent leur part de fèves.
Mais elles sont prêtes à tout pour sauver leur communauté. Prêtes à changer d'identité, à jouer du revolver, à chanter et à danser dans un cabaret peuplé de malfrats, perdu dans la cordillère des Andes. Parviendront-elles au rendez-vous ? Pourront-elles réintégrer la communauté ? Voudront-elles y revenir ?
 
Mon avis : J'ai vraiment passé un très bon moment avec cette lecture. J'ai trouvé qu'il y avait plein d'humour dû au fait qu'après plusieurs années d'isolement les soeurs découvrent le monde moderne. Par exemple cette scène à l'aéroport où elles s'interrogent sur un homme qui parle "tout seul" :
"Pauvres gens, répéta Sœur Anne, les yeux fixés sur une table voisine. Quelle tristesse … mon Dieu, quelle pitié.  Elle avait l’air extatique qu’elle prenait parfois quand elle exprimait un moment officiel de compassion. L’objet de son affliction était un couple, un homme et une femme, assis côte à côte en face d’elles.
- Ca fait bien trois minutes qu’ils parlent tous seuls, à voix haute, chuchota Sœur Anne en détournant le regard. Chacun de son côté, les yeux dans le vague, on dirait qu’ils entendent des voix et qu’ils leurs répondent. C’est incroyable qu’on les laisse seuls ! Et si pathétique … la femme s’est mise tout à l’heure à rire toute seule, ajouta-t-elle en baissant encore d’un ton.
- Mais vous n’y êtes pas du tout, s’exclama Sœur Jasmine en éclatant de rire. Ils ont un main-libre !
- Un … quoi ?
- Un portable mains-libres. Un téléphone portable individuel, pour appeler qui ils veulent, quand ils veulent, où ils veu… » Elle s’interrompit : « vous savez bien ce qu’est un portable ?
- Non. Et si c’est pour avoir l’air aussi idiot, je n’ai aucune envie de savoir ce que c’est !"
Leur aventure est palpitante car elles vont se faire perdre par  les bandits qui convoitent tant leurs fèves. Les soeurs ayant habituellement en charge de faire ce voyage sont malade ou accidentée. La responsabilité revient donc à Jasmine,  une jeune novice et Anne qui est complètement déboussolée après tant d'années d'isolement. Elles ne connaissent pas la route et s'en remettent à leur instinct pour les guider. Va alors s'ensuivre un palpitant périple plein d'évènements et de rebondissements les menant  de Bogota, à la Cordilière des Andes en passant par la dangereuse forêt d'Amazonie.
Le ton humoristique de ce livre tient aussi au fait que, se sachant poursuivies et traquées, elles doivent tout faire pour qu'on ne les prenne pas pour des bonnes soeurs, et se font alors passer pour des professeurs de lettres, mais certaines habitudes ne se perdent pas comme ça...
J'ai particulièrement aimé le passage où elles se retrouvent obligées de faire les danseuses de cabaret courtement vêtues devant un public d'hommes. Afin de ne pas éveiller les soupçons, elles sont obligées de jouer le jeu jusqu'au bout et s'en sortent même très bien.
J'ai trouvé la fin assez inattendue (en effet, je pensais qu'il allait se passer exactement l'inverse) ce qui rajoute aux points positifs de cette lecture.
Pour finir, je remercie Mélusine de m'avoir offert ce livre m'ayant permis de passer un très bon moment en compagnie de ces deux moniales que tout oppose. Pour voir son avis très positif lui aussi, c'est par ici.
 
Éditions Le Livre de Poche - Aventure - 311 pages

Loup - Nicolas Vanier

Résumé de l'éditeur : Attendri par le spectacle d’une louve jouant avec ses louveteaux, Sergueï sait qu’il transgresse les lois millénaires de son peuple nomade. Il a en face de lui des loups, les égorgeurs de rennes, les ennemis héréditaires. Il est tenu par son rôle de futur chef de clan de les abattre tous, sans état d’âme. Mais, dans l’insouciance de ses dix-sept ans, Sergueï se dit qu’il aura tout le temps de le faire plus tard. Pas un instant, il ne pense que sa vie est en train de basculer. Le jeune Évène vient d’entrer dans le cercle des loups.
À cause de cette trahison, Sergueï est renié par son père et banni de son clan. Il doit désormais survivre seul dans le désert glacé de la Sibérie. Mais quand des hommes sans scrupules, venus de cet ouest tout-puissant, débarquent et menacent la survie des siens, le jeune homme n’a plus qu’une idée en tête : sauver coûte que coûte sa tribu et la femme qu’il aime. Seul contre les pirates des temps modernes, Serguei réussira-t-il à empêcher la disparition de son peuple ?
 
Mon résumé : Serguei vient d'avoir 17 ans et lors de la cérémonie rituelle qui doit faire de lui un homme, il se voit confier la tache d'amener seul  la harde (troupeau de rennes) aux pâturages d'été. C'est un travail initiatique qui devra prouver  qu'il est capable de protéger le troupeau de ses pires prédateurs : les loups.
En effet, ces derniers sont les pires ennemis des évènes (peuple russe de Sibérie) car ils dévorent leurs rennes dont l'élevage est le seul moyen de subsister.
En amenant son troupeau de rennes vers les pâturages, il va rencontrer une louve et ses 4 petits pour lesquels il va se lier d'affection et qu'il va tacher de protéger coûte que coute (il va même jusqu'à leur donner un nom à chacun...)Sa famille ainsi que sa fiancée Nastazia ne vont pas tarder à se rendre compte que Serguei laisse vivre des loups près de leurs rennes. Il a donc ordre de les exterminer mais pas facile pour lui surtout que Torok (le grand loup chef de la meute) lui a sauvé la vie en se couchant sur lui pour le réchauffer  alors que par moins 50 degrés, il a failli mourir de froid après un bref passage dans l'eau d'une rivière.
Serguei faisant tout pour protéger  "ses" loups se retrouve livré à lui même et va commettre une erreur (impardonnable pour son clan) avec les occidentaux et une certaine Oksana (son amie d'enfance) devenue sédentaire et ayant adopté le mode de vie des occidentaux...
 
Mon avis : Ayant lu il y a quelques années "Le dernier trappeur" c'est avec un a priori positif que j'ai entamé cette lecture.
Une très belle histoire ou on en apprend beaucoup sur le vie de ces peuples du grand Nord mais aussi une belle leçon d'écologie et des méfaits de l'homme occidental sur un paysage et une civilisation vierges de toute corruption due à l'argent et au profit : " [...] les choses avaient toujours été simples et claires. On naissait, on grandissait, on devenait un homme, on élevait des rennes qui fournissaient à peu près tout ce dont on pouvait avoir besoin. On chassait, on pêchait, on se mariait, on faisait des enfants et on mourait, sans se demander si on était heureux ou si on rêvait d'une autre vie..."
Ce roman a été adapté au cinéma en 2009. 

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