Affichage des articles dont le libellé est Auteurs en S. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Auteurs en S. Afficher tous les articles

jeudi 28 septembre 2017

L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski - Romain Slocombe


L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski - Romain Slocombe

Après le succès de L'Affaire Léon Sadorski, une nouvelle enquête du sinistre et fascinant inspecteur des Renseignements généraux.
Paris, 29 mai 1942 : une bombe explose devant le Palais de Justice, dans un café fréquenté par les Brigades spéciales, faisant deux morts et plusieurs blessés. Quelques jours plus tard, le cadavre d'une inconnue est découvert en banlieue. Crime passionnel ou politique ?
Chargé d'enquêter sur ces deux affaires, l'inspecteur Léon Sadorski voit ses projets de vacances contrariés d'autant plus qu'il doit bientôt participer à la grande rafle du Vél'd'Hiv, exigée par les nazis et confiée à la police française. 
Un destin tragique menace désormais sa jeune voisine Julie Odwak, la lycéenne juive qu'il convoite en secret et dont il a fait interner la mère.

vendredi 10 février 2017

Chanson douce - Leila Slimani

Chanson douce - Leila Slimani
Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.

mardi 15 décembre 2015

Zombie nostalgie - Oystein Stene

Zombie nostalgie - Oystein Stene
Synopsis : Au milieu de l’océan Atlantique se cache une petite île dont les services de renseignements américains et européens ont gardé secrète l’existence depuis la Première Guerre mondiale. Les cartes officielles ont été manipulées et le moindre esquif qui s’approche est coulé.
En janvier 1989, un homme se réveille nu dans un hangar sur l’île. Sa peau est grisâtre, son corps froid, ses membres gourds. Il ne sait ni où il est, ni comment il a atterri là. Fait encore plus troublant : il n’a aucune idée de qui il est. Pris en charge par le service d’accueil de l’île de Labofnia, il comprend que son arrivée n’a rien d’exceptionnel. Depuis toujours, les futurs Labofniens surgissent spontanément sur l’île. Ils ignorent leur identité, n’ont aucun souvenir de leur vie antérieure, n’éprouvent aucun désir, aucune émotion. Leur vie n’est pas régie par le sommeil ou la nourriture. Perdus, ils s’abandonnent à une pathétique pantomime en imitant le comportement des vivants. Mais certains refusent de renoncer au rêve de pouvoir un jour ressentir, même si le moyen d’y parvenir défie toute notion d’humanité…

Mon avis : Je n'avais jamais lu d'histoires de zombies mais la couverture et le fait que ce livre écrit par un norvégien (j'aime beaucoup la littérature scandinave) et soit publié par une maison d'édition généraliste m'ont convaincue de tenter l'expérience. Et je ne regrette absolument pas!
Johannes van der Linden se réveille dans une salle de bâtiment municipal sur une île étrange appelée Labofnia. Il ne se souvient absolument de rien de sa vie passée ni même s'il en a eu une. Dès son arrivée, un nom, un prénom, un emploi ainsi qu'un logement lui sont attribués. Mais avant de vivre normalement comme les autres labofniens, il lui faut s'habituer à sa "nouvelle?" apparence : sa peau est grise et froide et il ne ressent plus rien (ni émotions ni douleur ni froid...) et éprouve la plus grande difficulté à coordonner ses mouvements. Embauché au service des  archives de la ville, il va petit à petit découvrir cette île mystérieuse et ses étranges concitoyens dont certains semblent plus humains que d'autres... 
Deux éléments ont fait que j'ai été scotchée à ce livre :
Premièrement, deux histoires s'alternent et se rejoignent au fil des chapitres : Celle de Johannes et celle de l'île de Labofnia du XVIIème siècle à aujourd'hui telle que décrite dans les archives. Si l'on constate qu'au fil des siècles de nombreux navigateurs ont accosté par erreur sur cette île, on se demande pourquoi son existence n'a jamais été officielle sur les cartes...Et c'est grâce au travail de Johannes qu'on va le découvrir.
Et deuxièmement, l'histoire de Johannes en elle même et de ses découvertes à propos de l'île et de ses habitants m'a captivée. J'aime les livres dans lesquels les auteurs s'amusent à imaginer de nouvelles sociétés aux modes de fonctionnement totalement différents du notre. J'ai apprécié le fait que les labofniens respectent et tirent parti des prédispositions de chaque individu à exercer tel ou tel métier et à vivre de telle ou telle manière.   A son arrivée, chaque personne subit des tests dont les résultats déterminent leur vie future. " Votre nom est Johannes van der Linden. Votre numéro d’identité nationale est le 2202198917. Vous bénéficiez d’une habilitation de sécurité de niveau B. Votre métier : documentaliste aux archives municipales de Labofnia. Vous commencerez demain, à 8 heures précises. [...] Nous estimons que ce métier correspond à vos connaissances et à vos qualités. Vous êtes méticuleux, fiable, discret, vous aimez l’ordre et la précision. Votre profil révèle un goût pour la logique et le classement. Tout cela est excellent ; veillez seulement à ne pas en tirer vanité. "
J'ai aussi aimé suivre les réflexions de Johannes sur sa nouvelle condition, la recherche de ses origines et son envie d'une vie meilleure.
Un livre que je recommande donc aux lecteurs qui voudraient découvrir le genre sans passer par la littérature pour adolescents.

Zombie nostalgie

Extrait : "Un réveil brutal à Labofnia, c’est comme un réveil brutal dans n’importe quel autre lieu. La différence réside dans ce qui vient après – dans le bref instant où on récupère ses esprits.
D’habitude on reconnaît certains bruits, certaines voix, la texture des draps, on ouvre les yeux et on retrouve les objets de la veille. Le pantalon, le pull, les chaussettes. Le lit, la table de nuit, l’armoire, les étagères, le sol, le tapis.
Des repères qui répondent à des questions élémentaires : qui, quoi, où et comment.
Le passé se remet en place, simplement et sans effort, aussi spontanément que vous vous êtes réveillé. Vous savez qui vous êtes, pourquoi vous êtes là. Dans des cas plus rares, quand vos questions restent sans réponses, vous en devinez la raison. Vous avez été victime d’un accident, vous étiez ivre, vous êtes en état de choc. À un moment, vous découvrirez bien un indice qui vous aidera à trouver une explication. Un fil d’Ariane. Qui vous conduira quelque part.
Celui qui se réveille à Labofnia n’a pas ces repères.
Moi, j’ouvris les yeux dans une réserve de la mairie. À moitié couché par terre, au milieu de cartons, dans une position bizarre. La main droite coincée entre deux boîtes gris-brun à la surface légèrement rugueuse. La tête appuyée contre une étagère en métal. Les fesses reposant sur le béton glacial du sol. Et tout de suite : la volonté de trouver une explication. D’imaginer un passé."

Éditions Actes Sud collection Exofictions - Post apocalyptique - 300 pages

vendredi 11 septembre 2015

Le contrat Salinger - Adam Langer

Le contrat Salinger - Adam Langer
Synopsis : Journaliste sur le retour, Adam Langer s’ennuie loin de New York. Jusqu’à ce que sa route croise celle d’une vieille connaissance, Conner Joyce – auteur de thrillers à succès sur le retour –, venu à Bloomington, Indiana, pour assurer péniblement la promotion de son dernier roman. Bientôt, Conner révèle à Adam qu’il a reçu une offre des plus étonnantes : celle d’un certain Dexter Dunford (« Dex »), homme d’affaires richissime flanqué d’un inquiétant garde du corps, qui lui propose d’écrire un roman rien que pour lui, moyennant une rétribution considérable. Où est le piège ? Le contrat, précise Conner, s’assortit de certaines clauses bien spécifiques : d’abord, le livre rejoindra la collection privée d’exemplaires uniques de Dex, pour lequel ont déjà travaillé des écrivains aussi renommés que Thomas Pynchon, Norman Mailer ou J.D. Salinger, et disparaîtra avec lui. Ensuite, Dex se réserve le droit d’apporter quelques modifications au manuscrit. Pour finir, l’accord doit rester absolument secret.

[Rentrée littéraire]
Je remercie les éditions Super 8 pour l'envoi de ce livre!

Mon avis : Un thriller qui parle de livres, de grands écrivains et d'écriture : voilà trois éléments qui font que je ne pouvais pas passer à côté de cette parution de la rentrée littéraire. Et j'ai beaucoup aimé cette histoire qui nous dépeint un univers impitoyable : celui de l'écriture et de l'édition!
"Jamais je n’aurais cru qu’un livre puisse modifier le cours d’une existence. C’est Conner Joyce qui m’a fait changer d’avis. Plutôt logique, quand on y pense.
Ce récit – comment un livre a sauvé ma vie tandis qu’un autre a failli tuer Conner – commence comme il se doit dans une librairie."
Deux récits composent donc ce livre: celui d'Adam Langer, le narrateur (et auteur!) qui nous explique comment Conner Joyce, une vielle connaissance a pris contact avec lui pour lui raconter son histoire avec un milliardaire qui lui a proposé un contrat pour lui écrire personnellement un livre et celui d'Adam lui même dans sa vie personnelle.
Le fait que l'auteur se mette en scène lui même m'a souvent fait me demander si cette histoire était  inventée ou si elle comportait une part de vérité et le fait que des auteurs célèbres soient cités contribue aussi à brouiller les pistes.
Si l'histoire d'Adam ne m'a pas touchée, celle de Conner Joyce m'a littéralement bluffée! Dès le début, on sait que le contrat qui lui a été proposé était très alléchant (surtout pour un auteur en perte de vitesse comme lui) mais certaines clauses plutôt inattendues et difficiles à respecter nous font tourner les pages frénétiquement puisque la plus importante, (celle de ne parler à personne de ce contrat) n'a pas été respectée car Conner raconte son histoire à Adam... J'avais vraiment envie de savoir comment tout ça allait se finir surtout que le livre de Conner n'a pas pris la direction escomptée par Dex. Car lui et son armoire à glace Pavel Bilski ont les moyens de tout contrôler et de se faire respecter.
J'ai adoré le principe du collectionneur de livres qui a les moyens de se faire écrire des thrillers rien que pour lui et celui de l'écrivain qui voit en premier l’appât du gain sans trop se poser de questions sur le but ultime de ce contrat.
J'ai aussi aimé ce style vif, percutant et cette histoire riche en rebondissements au dénouement bien pensé et inattendu.
Alors vous l'aurez compris, pour savoir dans quel but Dex commande des thrillers dont lui et Pavel sont les uniques lecteurs à des auteurs de renom, mais aussi pour découvrir une critique acerbe du monde de l'édition et de la création littéraire lisez-le!

Le Contrat Salinger

Extrait : "Le genre de polars qu’écrivait Conner, ce n’était pas mon truc. Ou disons que ça ne l’était plus. Depuis que Lit, mon magazine, avait cessé de paraître six ans auparavant et que j’avais perdu mon poste, j’avais pratiquement cessé de lire de la fiction contemporaine. J’avais beau jeu de dénoncer abondamment le déclin du livre en Amérique ; finalement je ne faisais rien pour servir la cause. Ma femme occupait un bon poste à la fac, nous avions deux petites filles : Ramona, six ans, qui commençait tout juste à déchiffrer, et Béatrice, deux ans et demi, qui dévorait les illustrés. Voilà en gros à quoi se résumaient mes lectures ; la partie la plus intéressante de ma vie, me disais-je, se trouvait déjà derrière moi.
À l’époque où j’habitais New York et où je travaillais pour Lit, je rédigeais des portraits d’auteurs. Des articles de quatre à six pages dans lesquels ils se racontaient avec leurs mots à eux, au sein d’un environnement de leur choix, un endroit dans lequel ils se sentaient à l’aise. [...] Bon, on était assez loin du journalisme d’investigation, mais les auteurs étaient plutôt contents dans la mesure où je transcrivais leurs propos à la lettre et où j’enlevais à la demande tout ce qui ne leur plaisait pas. Qui plus est, les photos qui accompagnaient les articles s’avéraient toujours particulièrement flatteuses."

Éditions Super 8 - Thriller - 460 pages

dimanche 15 février 2015

Wild - Cheryl Strayed

Wild - Cheryl Strayed
Synopsis : Lorsque, sur un coup de tête, Cheryl Strayed enfile son sac à dos, elle n'a aucune idée de ce qui l'attend. Tout ce qu'elle sait, c'est que sa vie est un désastre. Entre une mère trop aimée, brutalement disparue, un divorce douloureux et un lourd passé de junky, Cheryl vacille. Pour tenir debout et affronter les fantômes de son passé, la jeune femme n'a aucune réponse, mais un point de fuite : tout quitter pour une randonnée sur le "Chemin des crêtes du Pacifique". Lancée au cœur d'une nature immense et sauvage, seule sous un sac à dos trop lourd, elle doit avancer pour survivre, sur 1700 kilomètres d'épuisement et d'effort, et réussir à atteindre le bout d'elle-même. Une histoire poignante et humaine, où la marche se fait rédemption.

Mon avis : Quel plaisir de voyager sur le Pacific Crest Trail avec Cheryl! Ce témoignage est un coup de cœur!
Nous sommes en 1995. Cheryl Strayed se lance le défi de parcourir 1700 km  en un peu plus de deux mois sur un chemin de grande randonnée de l'Ouest des États-Unis. Elle n'a jamais fait de randonnée de sa vie et ne sait même pas se repérer sur une carte avec une boussole mais ne s'en soucie pas! Elle est décidée, elle fera cette randonnée en solitaire! 
Hélas, elle est bien loin de se douter de la difficulté de son objectif. Armée seulement des deux tomes d'un guide de randonnée (qu'elle n'a même pas pris le temps de lire avant son départ!), d'un réchaud, d'un purificateur d'eau, d'un short et une polaire, d'un sac de couchage et une tente mais aussi  de plein d'objets inutiles comme une scie ou une chaise pliante, la voilà partie sur les chemins avec un sac qui fait le tiers de son poids et qu'elle n'est même pas capable de soulever! Elle appellera d'ailleurs son sac Monster. Face à elle-même et à l'absurdité de la situation, elle devra vite se séparer de tous ces objets inutiles qu'elle avait pourtant mis tant de temps à choisir.
Souvent, j'ai rigolé des situations cocasses dans lesquelles Cheryl s'est retrouvée à cause de son manque de préparation. Et j'ai parfois eu très peur pour elle à cause de son inconscience... 
J'ai aimé le détermination de cette jeune femme de 26 ans qui n'a jamais renoncé même devant les situations les plus périlleuses. Elle s'endurcit au fil des semaines et constate qu'elle est maintenant aussi rapide que d'autres randonneurs expérimentés. Les signatures sur les registres des gîtes lui montrent qu'elle a parfois réussi à doubler d'autres randonneurs, et cela la motive d'autant plus.
De cette randonnée vont naître de belles amitiés lors des soirées "étape - ravitaillement" et une vraie ambiance colonie de vacances. (J'ai adoré ces moments qui m'ont rappelé mon périple en Bolivie) Mais pour ce qui est de la randonnée elle même, Cheryl tient à avancer seule.
Un témoignage qui m' a fait voyager, rêver et qui me donnerait presque envie de me mettre à la randonnée!
Je vous le recommande vivement! Pour ma part, j'ai hâte de voir le film éponyme et je tire mon chapeau à Cheryl Strayed pour avoir eu le courage de se lancer dans un projet aussi fou et  inconscient.
Pour la bande annonce  cliquez ici.

L'image que je retiendrai :  Cheryl qui brûle les pages de ses livres au fur et à mesure de ses lectures pour alléger son sac et faire fonctionner son réchaud...

Extrait : "J’ai continué tout le reste de l’après-midi et une partie de la soirée, sans rien voir d’autre que ce qui se trouvait sous mon nez. Je ne pensais plus aux serpents comme la veille. Je ne pensais plus « Je randonne sur le Pacific Crest Trail ». Je ne pensais même plus « Mais dans quoi est-ce que tu t’es fourrée ? » Je ne pensais qu’à une chose, avancer. Mon esprit était un vase de cristal empli de ce seul désir. Mon corps était tout le contraire : un sac de verre brisé. Dès que je bougeais, j’avais mal. Je comptais mes pas pour oublier la douleur, égrenant les chiffres dans ma tête jusqu’à cent avant de repartir de zéro. Ces séries rendaient la marche un tout petit peu plus supportable, comme si je n’avais qu’à tenir jusqu’à la fin d’une centaine.Plus je montais, plus je me rendais compte que j’ignorais tout des montagnes ; je ne savais même pas si j’en gravissais une seule ou si c’était une succession de sommets agglomérés les uns aux autres. Je n’avais pas grandi dans ce genre de paysage. Je m’étais déjà promenée en montagne, sur des chemins bien fréquentés, l’espace d’une journée. Pour moi, à l’époque, les montagnes n’étaient que de grosses collines. Mais je m’étais trompée. Je devinais maintenant qu’elles étaient multiples, complexes, inexplicables et sans aucun équivalent. Chaque fois que j’atteignais ce que je croyais être le haut d’une montagne ou d’un groupe de montagnes, je constatais que ce n’était qu’une illusion. Le chemin montait toujours, même si de prime abord on ne voyait qu’une pente douce et tentante qui redescendait un peu. Alors j’ai continué jusqu’à atteindre le véritable sommet. Je l’ai su grâce à la neige. Elle n’était pas sur le sol mais tombait du ciel en minces flocons, tourbillonnant dans tous les sens, poussés par le vent.Je ne m’attendais pas à ce qu’il pleuve dans le désert, et encore moins à ce qu’il neige."

Éditions 10/18 - Témoignage - 504 pages

dimanche 28 décembre 2014

Pas pleurer - Lydie Salvayre

Pas pleurer - Lydie Salvayre
Synopsis : Deux voix entrelacées. Celle, révoltée, de Bernanos, témoin direct de la guerre civile espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les Nationaux avec la bénédiction de l’Église contre « les mauvais pauvres ». Celle, roborative, de Montse, mère de la narratrice et « mauvaise pauvre », qui a tout gommé de sa mémoire, hormis les jours enchantés de l’insurrection libertaire par laquelle s’ouvrit la guerre de 36 dans certaines régions d’Espagne, des jours qui comptèrent parmi les plus intenses de sa vie. Deux paroles, deux visions qui résonnent étrangement avec notre présent et qui font apparaître l’art romanesque de Lydie Salvayre dans toute sa force, entre violence et légèreté, entre brutalité et finesse, porté par une prose tantôt impeccable, tantôt joyeusement malmenée.

Mon avis : Me revoilà après plus d'un mois d'absence sur le blog (et je m'en excuse) mais j'étais partie à l'autre bout du monde... Je reviens donc avec un livre que je n'ai pas du tout aimé et dont j'ai arrêté la lecture à la moitié, ce qui est très rare pour moi, car en général je me force toujours à finir. Pourtant, ce livre a obtenu le Prix Goncourt 2014, ce qui aurait dû m'inciter à poursuivre ma lecture... Mais là, beaucoup trop de choses m'ont déplu.
Tout d'abord, j'ai trouvé irrespectueux pour le lecteur de ponctuer le récit d'autant de passages en espagnol sans aucune traduction en bas de page (même si je parle espagnol, le mélange français espagnol m'a dérangée et je pense alors aux lecteurs qui ne parlent pas cette langue....) L'auteure a voulu retranscrire telles quelles les paroles de sa mère sans doute dans un soucis de vérité et ça donne un mélange parfois proche du ridicule ou de l'incompréhension : "Il s’est dédiqué à son rêve avec toute sa juventud et toute da candeur, il s’est lancé comme un cheval fou dans un plan qui ne voulait rien d’autre qu’un monde beau. Ne te ris pas, il y en avait beaucoup comme lui à l’époque, les circonstances le permittaient sans doute, et ce plan il l’a défendu sans calcul ni pensée-arrière, je te dis sans l’ombrage d’un doute."
Ensuite, la mère de Montse, vielle et malade, ne se gène pas pour utiliser les gros mots à foison. Elle qui s'est retenue toute sa vie se lâche sans honte : "Yo la revolución me la pongo en el culo!".  
De plus, (mais ça j'aurais du y penser avant de me plonger dans cette lecture) cette période de l'Histoire espagnole ne m’intéresse pas plus que ça, mais je pensais au moins apprendre quelque chose. Et là, ça n'a pas été le cas. 
Par ailleurs, le synopsis nous parle de "deux voies entrelacées", hors le texte est à la troisième personne. De plus, le point de vue de l'écrivain Georges Bernanos n'apporte rien à l'histoire et est aussi écrit à la troisième personne...
Pour conclure, je ne comprends pas qu'un prestigieux Prix français comme le Goncourt ait couronné un livre au français si approximatif avec autant de gros mots (même si cela a été voulu par l'auteure).

Extrait : "Le rouquin va tout faire foirer. Je sens qu’il va tout faire foirer, cet enculé.Tu as vu comme il les a endormis, comme il a bercé leur crédulité avec ces Attention, Calmons-nous, Mollo, On perd rien pour attendre, toute sa putain de fausse sagesse ! Quel fumier !Bien fait pour la gueule de ces connards ! Ils sont tombés dans le panneau, tout rôtis. Quelle bande d’abrutis ! Quels baudets ! Ne dis pas, por favor, du mal de nos baudets ! Ils ne comprennent que la trique, en politique comme en tout. Avec le rouquin ils vont être servis ! Que le den por culo ! Ça me dégoûte. Que ces gros cons aillent se faire voir. Il faut se casser de ce trou."

Éditions Seuil - Historique - 280 pages

mercredi 1 octobre 2014

Et rien d'autre - James Salter

Et rien d'autre - James Salter
Synopsis : La Seconde Guerre mondiale vit ses derniers instants. Sur un porte-avions au large du Japon, le jeune officier Philip Bowman rentre à New York. Embauché dans une maison d’édition, il devient directeur littéraire et fréquente l’intelligentsia new yorkaise. Entre splendeurs du monde des lettres, relations amoureuses et passions charnelles en Amérique et sur le vieux continent, Et rien d’autre nous plonge dans quarante années de la vie d’un homme, et déploie magistralement le spectre de toute une génération, dans sa gloire et ses échecs.
Les initiés reconnaîtront, derrière le foisonnement des personnages, la silhouette de Norman Mailer, Truman Capote ou de leur éditeur, Joe Fox. Mais Et rien d’autre n’est ni plus ni moins un roman à clés que La Recherche…
Après Un bonheur parfait et Un sport et un passe-temps, James Salter, auteur phare des lettres américaines, sort de plus de 30 ans de silence romanesque avec ce livre puissant, porté par la grâce de son écriture en suspension.

Mon avis : J'aurais dû me méfier d'un livre au titre si évocateur : "Et rien d'autre" car pour moi, il ne raconte "rien d'autre" qu'une histoire banale d'un homme banal avec de nombreuses conquêtes amoureuses. Pourtant, James Salter est un écrivain américain renommé dont chacun des livres a été couronné de succès et de prix. Malheureusement, je ne les ai pas encore lus et je compte y remédier pour enfin comprendre pourquoi la presse encense tellement cet auteur et, j'espère, me faire une opinion plus positive de lui. D'ailleurs, c'est à cause du numéro de "Lire" du mois d'octobre qui y consacre un dossier spécial et le plébiscite au point de lui mettre 4 étoiles que je me suis décidée à plonger dans cette lecture...
Bien que j'aime beaucoup les articles de ce magazine que j'attends dans ma boite aux lettres chaque mois avec impatience, je commence à me poser des questions : Mes goûts littéraires sont ils "normaux"? Car quand je vois que mes derniers coups de cœur "Retour à Little Wing" et "L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage" n'ont reçu que deux étoiles, je me pose des questions et me félicite finalement de me fier à mon instinct et aux quatrièmes de couverture...
Ceux qui connaissent la vie de James Salter y verront beaucoup de références autobiographiques, mais l'auteur s'en défend dans son interview au magazine "Lire"
Concernant le livre en lui même : l'histoire n'est pas très originale mais cependant bien écrite ( à part certains passages dans lesquels je me suis demandé si le traducteur voulait faire une blague ou si c'est vraiment la traduction littérale! Par exemple : "Les dents blanches comme des cartes de visite" !!).
En lisant, la quatrième de couverture, je m'attendais justement "à quelque chose d'autre" comme par exemple de découvrir le milieu de l'édition. Mais l'histoire est vraiment centrée sur la vie amoureuse de Philip Bowman et j'en suis très déçue car je n'ai pas réussi à l'apprécier. En effet, il passe d'une femme à l'autre sans plus d'états d’âme que nécessaire. Le seul passage que j'ai réellement aimé est celui de sa rencontre et sa vie avec Vivian. J'ai eu l'impression que toutes ses autres conquêtes Christine, Enid, Anet (la fille de Christine!) et Ann sa secrétaire n'étaient là que pour le revaloriser lui même. Pour ces femmes l'apparence et le rang comptent beaucoup (et il en fera d'ailleurs les frais avec Christine qui va lui faire acheter une maison à son nom et le quitter ensuite). J'ai même parfois trouvé Philip détestable car ses précédents échecs ont aiguisé sa vengeance qu'il va opérer sur Anet, son ex belle fille et néanmoins petite amie qu'il va emmener à Paris pour la quitter et la laisser seule se débrouiller pour rentrer à New York... Un mufle!
Bref, trop de sexe, pas d'émotion, Et rien d'autre... Voilà ce qui résume à mon avis le mieux ce livre...

Extrait : "Elle dormit jusqu’à neuf heures du matin. La chambre était paisible. Il était descendu lire le journal, elle se retourna et repiqua un petit somme. Quand elle sortit de la salle de bains, elle vit un bout de papier posé de son côté du lit. Elle le ramassa, le lut et son cœur se décrocha. Elle passa vite quelques vêtements avant de se précipiter vers la réception. L’ascenseur était occupé. Incapable d’attendre, elle dévala l’escalier.
« Avez-vous vu monsieur Bowman ? demanda-t-elle à l’employé.
– Oui. Il est parti.
– Parti pour où ?
– Je ne sais pas. Il a appelé un taxi.
– Il y a combien de temps ?
– Une heure. Peut-être plus. »
Elle ne savait pas quoi faire. Elle ne pouvait pas y croire. Quelque chose avait dû lui échapper. Elle remonta dans sa chambre, et s’assit sur le lit, comme prise de nausée. En regardant mieux, elle s’aperçut qu’il avait emporté toutes ses affaires. Elle jeta un coup d’œil dans la salle de bains. La même chose. Elle prit soudain peur. Elle n’avait pas d’argent. Elle saisit le bout de papier et le relut. Je m’en vais. Je ne peux pas t’expliquer maintenant. C’était très bien. Le tout était signé d’une initiale, P. Cette fois, elle éclata en sanglots, se laissant aller sur le lit
"

Éditions de l'Olivier - Littérature contemporaine - 368 pages

samedi 5 juillet 2014

L'élixir d'amour - Eric-Emmanuel Schmitt

L'élixir d'amour - Eric-Emmanuel Schmitt
Résumé de l'éditeur : « L’amour relève-t-il d’un processus chimique ou d’un miracle spirituel ? Existe-t-il un moyen infaillible pour déclencher la passion, comme l’élixir qui jadis unit Tristan et Yseult ? Est-on, au contraire, totalement libre d’aimer ? » Anciens amants, Adam et Louise vivent désormais à des milliers de kilomètres l’un de l’autre, lui à Paris, elle à Montréal. Par lettres, tout en évoquant les blessures du passé et en s’avouant leurs nouvelles aventures, ils se lancent un défi : provoquer l’amour. Mais ce jeu ne cache-t-il pas un piège ? »

Mon avis : J'ai beaucoup aimé le style épistolaire de ce court roman! (trop court même puisqu'il ne m'a fallu qu'une petite heure et demie pour le lire)
Comme dans Les perroquets de la place d'Arezzo Éric-Emmanuel Schmitt parle de l'Amour, un sujet dont il semble connaître beaucoup de choses!
Adam et Louise se sont quittés au bout de 5 ans de vie commune. Ils ne pouvaient plus vivre ensemble mais ils n'arrivent pas non plus à vivre séparés. Depuis, Louise est partie s'installer au Canada. Adam semble vivre la situation plus difficilement et renoue le contact en envoyant des mails à Louise. D'abord très distante dans leurs échanges, Louise va se prendre au jeu d'Adam. Grâce à son métier de psychiatre, il réfléchit beaucoup à l'amour. Un jour, il annonce à Louise qu'il a trouvé un moyen de le provoquer à coup sûr. Louise lui lance alors le défi de provoquer l'amour chez la jeune fille qu'il vient de rencontrer. Un jeu de manipulation amoureuse commence donc entre Adam et la jeune fille. Mais Adam, alors très sûr de son "Élixir d'amour" est-il réellement le maître du jeu?
J'ai aimé le fait qu'ils communiquent par mail et non par courrier car les échanges sont beaucoup plus rythmés. En fait, j'ai eu l'impression d'un dialogue entre Adam et Louise mais avec des phrases superbement bien tournées comme Éric-Emmanuel Schmitt sait les écrire.
J'ai adoré la morale que j'ai tiré de cette lecture.
Un livre que je recommande!

Extrait : "Les hommes font l'amour pour jouir, pas pour dire qu'ils aiment. Quand j'allais rejoindre des maîtresses, je n'entaillais pas mon attachement pour toi, je ne t'adorais pas moins, j'ambitionnais seulement de prendre du plaisir et de leur en dispenser.
Une colossale erreur fausse les relations humaines : l'idée que le cul et le sentiment sont un même pays. Or le sexe et l'amour occupent deux territoires différents. Si l'amour envahit le champ de la sexualité, laquelle, bonne fille, la laisse entrer, il n'existe pourtant aucun rapport entre le désir et l'affection."
"Notre liaison a cessé de durer parce qu’elle durait. Le temps n’est pas l’allié de l’amour, il ne favorise que l’amitié."


A lire aussi :

Éditions Albin Michel - Épistolaire - 120 pages

dimanche 16 mars 2014

L'enfant de Noé - Eric-Emmanuel Schmitt

L'enfant de Noé - Eric-Emmanuel Schmitt
Mon résumé : Joseph, le narrateur revient sur un moment de sa vie qui restera gravé dans sa mémoire. En 1942, il avait 7 ans, et, lorsque les juifs étaient persécutés, il a été confié au Père Pons, un curé catholique qui hébergeait les enfants juifs sous de faux noms pour leur permettre d'échapper aux rafles. Au pensionnat la "Villa Jaune", il devient Joseph Bertin et est pris sous l'aile protectrice de Rudy un pensionnaire plus âgé qui devient son parrain mais aussi son meilleur ami. Ensemble, ils vont découvrir que tous les soirs, le père Pons se livre à des activités secrètes. Il vont tenter de percer son secret mais la vérité, va changer leur regard sur le monde à tout jamais...

Mon avis : Encore une belle lecture grâce à Eric-Emmanuel Schmitt! Ce que j'ai apprécié dans ce livre c'est que les événements extérieurs ne prennent qu'une place secondaire. L'auteur centre son récit sur la vie à la pension "La Villa Jaune" et principalement sur l'amitié entre Rudy et Joseph mais aussi sur la complicité qui va peu à peu naître entre le Père Pons et Joseph.
Joseph a 7 ans et après s’être retrouvé chez la Comtesse de Sully où il se faisait passer pour le neveu de la riche dame, il est finalement confié au Père Pons un "Juste" qui protège de jeunes juifs en les faisant passer pour des catholiques. Au pensionnat, Joseph va apprendre le catéchisme et va assister pour la première fois de sa vie à la messe. Il sera vite conquis par cette nouvelle religion et voudra même à son tour devenir catholique mais le Père Pons l'en dissuade : il est né juif et le restera. Il ne veut pas que ce peuple en voie d'extermination disparaisse à tout jamais.
Ce Père est pour le moins énigmatique : tous les soirs, il sort en cachette. Rudy et Joseph pensent d'abord qu'il se livre à des activités illicites, mais, en l'espionnant et en le suivant, Joseph va se rendre compte qu'il se livre à un travail de mémoire : il collectionne tous les objets qu'il trouve sur le peuple juif. Peuple en "voie de disparition" à l'époque, et dont il estime de son devoir de conserver des preuves de l'existence et des témoignages de sa culture tel Noé lorsqu'il a constitué son Arche pour garder deux spécimens de chaque espèce animale. Il se définit lui même comme un collectionneur.
De cette découverte va naître un dialogue philosophique entre le Père et Joseph. Le Père Pons est très ouvert d'esprit et enseigne sa sagesse à Joseph.
J'ai beaucoup aimé la naïveté de Joseph. Il voit ce monde qu'il ne comprend pas avec ses yeux d'enfants et certaines de ses réflexions m'ont fait sourire : 
"En route, elle me proposa :
- Nous allons rendre visite à une grande dame, veux-tu ?
- Oui. Qui ?
- La comtesse Sully.
- Elle mesure combien ?
- Pardon ?
- Tu m'as dit que c'était une grande dame...
- Je voulais dire noble.
"
"Le Père Pons demandai-je, a-t-il un rapport avec la pierre ponce?"
J'ai aimé aussi l'amitié entre Joseph et Rudy alors qu'ils sont en tous points différents : âge, taille, maturité...
Un petit livre qui se lit d'une traite et nous décrit cette période de l'Histoire vue par des yeux d'enfant.

Extraits : "Une Religion n'est ni vraie, ni fausse, elle propose une façon de vivre."
"La religion juive insiste sur le respect, la chrétienne sur l'amour. Or je m'interroge : le respect n'est-il pas plus fondamental que l'amour ? Et plus réalisable aussi... Aimer mon ennemi, comme le propose Jésus, et tendre l'autre joue, je trouve ça admirable mais impraticable. Surtout en ce moment. Tu tendrais ton autre joue à Hitler, toi ? "

A lire aussi

Éditions Le Livre de Poche - Littérature contemporaine - 120 pages

vendredi 21 février 2014

La part de l'autre - Eric Emmanuel Schmitt

La part de l'autre - Eric-Emmanuel Schmitt
Mon résumé : « La minute qui a changé le cours du monde est celle où l'un des membres du jury de l'École des beaux-arts de Vienne prononça la phrase « Adolf Hitler : recalé ». Que se serait-il passé si Hitler n'avait pas échoué au concours d'entrée à l'école des Beaux-Arts? C'est la question à laquelle répond E-E Schmitt en nous présentant Adolf H, un double imaginaire d'Hitler, qui a quant à lui réussi son entrée à l'école des beaux arts et tente tant bien que mal de survivre grâce à ses peintures.
Parallèlement et chronologiquement, l'auteur nous raconte aussi la vie historique de l'abject dictateur tyrannique Hitler.

Mon avis : J'ai beaucoup aimé les chapitres consacrés à la vie imaginée d'Adolf H, mais pas du tout ceux consacrés à la réalité historique. Mais, j'ai appris énormément de choses qui ne sont pas présentées dans les manuels scolaires et pour ça je ne regrette pas cette longue lecture qui restera longtemps dans ma mémoire. Pour bien faire la différence entre les deux personnages, l'auteur appelle "Hitler" le personnage historique et "Adolf H" son double imaginaire.
Hitler est un personnage imbu de lui même, sûr de sa supériorité sur les autres, incapable de tomber amoureux car il n'aime que lui même. On apprend même qu'au début de la guerre il est encore puceau. Il a soif de vengeance et adore semer la terreur. On suit son parcours de son échec à l'entrée aux Beaux-Arts jusqu'à l'apogée de sa folie qui l'a conduit au suicide le 30 avril 1945. On en apprend plus sur sa politique impérialiste, antisémite et raciste qui est à l'origine de la Seconde Guerre mondiale qui en fait le responsable de crimes de guerre et crimes contre l'humanité ayant causé plusieurs dizaines de millions de victimes, crimes dont la Shoah reste le plus marquant.
Adolf H est un jeune homme réservé attachant. Un homme normal qui tombe amoureux, qui  est triste lorsqu'il est quitté. On  éprouve même de la compassion quand il part à la guerre et qu'il perd son ami. ce double imaginaire est un homme normal comme vous et moi.
Dans ce livre, je pense que l'auteur a tenté de nous faire comprendre que parfois de tout-petits riens peuvent changer radicalement la vie d'un homme, que nous avons tous en nous "une part de l'autre" et qu'il faut tout faire pour ne pas tomber du côté obscur. Ici, Adolf H n'a pas basculé du mauvais côté car il a rencontré Freud qui lui a expliqué d'où venaient tout ses problèmes.
Dans la post-face, « Le journal de la part de l’autre » l'auteur  nous montre les doutes de son entourage concernant l’écriture de ce livre et ses inquiétudes. C'est intéressant de comprendre les raisons qui ont poussé Eric-Emmanuel Schmitt à écrire ce livre. Il nous informe qu'il a soumis sa biographie romancée de la vraie Histoire à des historiens qui n'ont rien eu  à y redire. Et là, ça me glace le sang! Tout ce que j'ai lu était vrai! Même si je savais qu'Hitler était un être abject, j'étais loin du compte!
Un livre à mettre entre toutes les mains pour mieux comprendre cette période de notre Histoire, mais attention tout de même à ne pas faire d'amalgame entre le vrai et le fictif (même si les chapitres sont bien délimités).

Ce que je retiendrai : "Rien n'est jamais joué, chaque homme décide à chaque moment de l'orientation de sa vie."

Extrait : "Bombes. Balles. Obus. Nuit déchirée d'éclats. Hitler aimait la guerre parce qu'elle l'avait soulagé de tous ses problèmes. Elle lui donnait à manger, à boire, à fumer, à dormir, à penser, à croire, à aimer, à détester. Elle avait pénétré tout son être, corps et âme. Elle l'avait déchargé de lui-même, de ses insuffisances, de ses doutes. Elle lui avait procuré une raison de vivre, et même une raison de mourir. Hitler adorait donc la guerre. Elle était devenue sa religion."
"Sa plus grande douleur vient de ce qu’il ne sait plus quoi penser de lui-même. Jusqu’ici il n’avait jamais douté de lui. Des oppositions, des scènes, il en avait connu. Des insultes, des remarques acerbes, il en avait reçu. Mais rien n’avait jamais ébranlé sa confiance. Il s’estimait un être singulier, exceptionnel, au-dessus du lot, plus riche d’avenir et de gloire que n’importe quel autre et il s’était contenté de plaindre ceux qui ne s’en rendaient pas encore compte".

A lire aussi

Éditions Le Livre de Poche - Roman historique - 503 pages

mardi 18 février 2014

Le froid modifie la trajectoire des poissons - Pierre Szalowski

Mon résumé : Nous sommes à Montréal en janvier 1998. La plus grande  tempête de verglas que le pays ait connue fait rage. Un petit garçon de 10 ans pense que c'est de sa faute et que c'est lui qui a déclenché cette tempête. En effet, il vient d'apprendre que ses parents veulent se séparer, et, pour empêcher son père de partir, il demande au ciel de l'aider. Mais il part quand même. Les tonnes de glace qui s'abattent sur la ville vont peu à peu priver d'électricité les habitants d'un coté de sa rue (l'autre coté étant relié à la maison de retraite, il reste prioritaire). La vie du voisinage va alors basculer : des voisins qui s'ignoraient jusque là, vont faire connaissance et vont s'entraider : Julie, danseuse en mal d’amour, accueille chez elle Boris, scientifique égocentrique, qui ne vit que pour ses expériences sur les poissons ; Michel et Simon, les deux « frères » si discrets, qu’on ne voit jamais ensemble, ouvrent leur porte à Alexis, leur voisin homophobe. Le grand gel va progressivement changer la vie des habitants de cette rue... pour le meilleur.
 
Mon avis : Ce titre est le premier livre de Pierre Szalowski (auteur canadien) et c'est la vraie petite bouffée d'oxygène de la rentrée littéraire 2010. D'abord peu convaincue par le titre et la couverture, c'est en lisant la quatrième de couv' que je me suis laissée tenter par l'emprunt de ce livre, et, je dois dire que je n'ai pas été déçue!
En fait, par ce titre, l'auteur parle évidemment de Boris et de sa thèse sur les poissons, mais surtout, du fait qu'un événement rare ou imprévisible peut totalement changer les comportements des gens...
J'ai particulièrement apprécié la naïveté et la fraîcheur du petit garçon (dont on ne saura jamais le nom).
On découvre au fil des pages la personnalité de chaque personnage, et, certains vont même au delà de leurs a priori comme Alexis l'homophobe, qui va découvrir que le couple qui l'héberge n'est pas une fraterie mais bien un couple d'homosexuels...Julie, qui va renoncer à son travail au Paradisio pour se consacrer à Boris. Boris, particulièrement attachant qui porte une attention  sans limite à ses poissons et à l'eau de son aquarium qu'il doit constamment laisser à 32 degrés pour sa thèse sur les noeuds.
Comme Boris, tous les habitants de ce quartier vont se rendre compte que le froid rapproche les gens.
J'ai noté aussi beaucoup d'expressions québécoises (souvent rigolotes par l'image qu'elles induisent chez nous les français)
un premier roman passionnant  à lire bien au chaud....

La couleur des sentiments - Kathryn Stockett

Mon résumé : Nous sommes en 1963 à Jackson, une petite ville du Mississippi. Les lois ségrégationnistes régissant les rapports entre les noirs et les blancs sont légion et dirigent le pays. Minny et Aibileen, sont des femmes noires employées dans des familles blanches ou elles s'occupent des taches quotidiennes, mais surtout élèvent les enfants.
Eugénia (surnommée Skeeter) vient de finir ses études, et son éducation fait qu'elle trouve les lois contre les Nnoirs absurdes et sans fondement. Pour le prouver, elle décide de recueillir discrètement des témoignages de bonnes de son entourage afin de peut être réussir à faire publier un ouvrage anonyme. Mais la tache est dure, car ces femmes risquent de perdre leurs places dans les familles et il n'est pas facile pour Skeeter de trouver une quinzaine de témoignages (condition sine qua non de l'éditrice). Le Mississippi étant l'état le plus touché par les lois ségrégationnistes, il faut qu'elle aide le reste des États Unis à ouvrir les yeux sur ces pratiques d'un autre âge, et ses études de journalisme et sa place de rédactrice en chef du Journal de la Ligue vont l'y aider.
De plus, sachant que toutes les bonnes se connaissent et qu'elles discutent entre elles, Skeeter pense réussir à en apprendre plus sur la disparition de Constantine, la bonne qui l'a élevée et qu'elle aime comme sa propre mère. Toutes ces entrevues doivent être les plus discrètes possibles afin que le secret soit préservé et Skeeter sait qu'elle risque gros mais que c'est le prix à payer  pour faire évoluer les mentalités, et son ouvrage, s'il est finalement publié, arrivera en même temps que le discours de Martin Luther King.
 
Mon avis : J'ai adoré cette histoire partie d'un fait réel ou la narratrice est alternativement au fil des chapitres Skeeter, Aibileen ou Minny ce qui nous permet de connaître les différents points de vues pour un même évènement et les différents ressentis. Le travail entrepris par Skeeter demande beaucoup de ruse et de discrétion car aucun détail trop précis ne doit être donné quant aux familles qui les emploient afin que personne ne puisse être reconnu. La ville de Jackson devient même Niceville.
J'ai particulièrement apprécié le lien de solidarité et d'entraide qu'il existe entre ces bonnes qui se connaissent toutes et aussi les liens que l'auteur nous relate entre ces femmes et les enfants qu'elles élèvent qu'elles considèrent souvent comme les leurs.  Le lien entre Aibileen et Mae Mobley âgée de deux ans à qui elle ne cesse de répéter qu'elle est gentille et intelligente pour lui redonner confiance en elle alors que sa mère (Miss Elisabeth Leefolt) est incapable de s'en occuper correctement et de lui montrer le moindre amour est le plus émouvant. Aibileen la surnomme d'ailleurs Baby Girl et lui raconte des histoires secrètes ou il est question d'un "martien" Luther King qui  n'est pas aimé des blancs, car, comme tous les martiens, il est vert et donc pas de la même couleur qu'eux.
"Aibileen : Aujourd’hui, je vais te raconter l’histoire d’un extra-terrestre. (…) Un jour, un martien plein de sagesse descendit sur la Terre pour nous apprendre une ou deux choses.
Mae Mobley : Un martien ? Grand comment ?
Aibileen : Oh environ deux mètres !
Mae Mobley : Comment il s’appelait ?
Aibileen : Martien Luther King. (…) C’était un très gentil martien ce Luther King, exactement comme nous, avec un nez, une bouche et des cheveux sur la tête, mais les gens le regardaient parfois d’un drôle d’air, et je crois qu’il y en avait qui étaient carrément méchants avec lui.
Mae Mobley : Pourquoi Aibi ? Pourquoi ils étaient méchants avec lui ?
Aibileen : Parce qu’il était vert. »
J'ai trouvé cette allusion amusante et intelligente pour montrer à une enfant de deux ans le mal que peut faire la ségrégation raciale. Aibileen résume sa vie chez les Blancs comme ceci :" Moi je m'occupe des bébés des Blancs, voilà ce que je fais, et en plus, de tout le boulot de la cuisine et du ménage. J'en ai élevé dix-sept de ces petits, dans ma vie. Je sais comment les endormir, les calmer quand ils pleurent et les mettre sur le pot le matin, avant que les mamans aient seulement le temps de sortir du lit."
J'ai aussi beaucoup aimé Minny et son insolence qui arrive à tisser des liens avec la jeune femme qui l'emploie en cachette : Miss Célia RaeFoote. Plus particulièrement le passage de la fausse couche de Célia, montrant que malgré toutes ces lois, les bonnes peuvent de venir de vraies confidentes et se montrer indispensables.
Malgré tout, certains passages sont révoltants : par exemple celui ou Hilly Holbrook, femme du futur sénateur veut faire promulguer une loi interdisant les toilettes des Blancs aux Noirs. En effet, les familles blanches devront mettre un WC dans leur jardin, il sera exclusivement réservé à leurs bonnes afin de ne pas attraper de maladies. Rappelons qu'à cette époque, il y a des hôpitaux, bibliothèques, quartiers, bus... pour les blancs et qui sont interdits aux noirs. Ils ne se mélangent pas et lorsqu'une femme noire promène un enfant blanc elle est obligée d'être vêtue de son uniforme de travail.
L'histoire, même si elle ne se termine pas vraiment bien pour tout le monde, finit par une note optimiste car les choses sont en train d'évoluer. Martin Luther King vient de prononcer son discours "Je fais un rêve" .
"La couleur des sentiments", que j'ai découvert et eu envie de lire grace à Mélusine fera partie de mes coups de coeur de 2011 et je le garderai longtemps en mémoire.
 
 
Editions Jacqueline Chambon - 520 pages.
 
En savoir  plus sur Martin Luther King.
En savoir plus sur les lois ségrégationnistes

Absolument Dé-bor-dée! Ou le paradoxe du fonctionnaire - Zoé Shepard

Résumé de l'éditeur : Embauchée après huit ans d'études supérieures dans une mairie de province, Zoé Shepard a vite déchanté. Plongée dans un univers où incompétence rime avec flagornerie, ses journées sont rythmées par des réunions où aucune décision n'est jamais prise, de rapports qu'elle doit rédiger en dix jours (quand deux heures suffisent), de pots de bienvenue, de départ, d'anniversaire...
Sans oublier les séminaires "de formation", les heures à potiner à la cantine et à la machine à café, les chefs "débordés" par les jeux en ligne et les préoccupantes interrogations de tous sur les destinations de vacances et autres RTT...
 
Mon avis : J'ai vraiment aimé ce livre ou les anecdotes sur la fonction publique sont romancées avec humour. Ecrivant anonymement sous le pseudonyme de Zoé Shepard, Aurélie Boulet, nous raconte les travers de l'administration dans laquelle elle travaille. Dans le livre, il s'agit d'une mairie de province , dans les faits réels, il s'agit du Conseil Général d'Aquitaine.
Après ses huit ans d'études pour intégrer la fonction territoriale, elle déchante vite en se rendant compte qu'elle vient d'atterrir dans un monde ou moins on en fait, mieux on se porte.."Un univers absurde où les gens qui en font le moins se déclarent débordés et où les 35 heures ne se font pas en une semaine, mais en un mois."
Avec beaucoup d'humour, elle nous expose la vacuité intellectuelle du service dans lequel elle travaille, en nous présentant des personnages (inventés mais partant de comportements et caractères réels) tels que Coconne, l'Intrigante, The Boss, Simplet, le Bizut... et j'en passe...
Mais comment arriver à travailler correctement quand les détails les plus insignifiants sont ceux qui prennent le plus d'importance et quand ses "supérieurs" hiérarchiques accordent plus de crédit à la forme qu'au fond? :
"- On a lu ta note et on s’accorde à dire qu’elle est déplorable.
- Puis-je savoir exactement ce qui ne vous convient pas dans cette note ? Comme aucun élément n’est barré..
- Mais toute la note est à barrer, elle est à refaire intégralement
- Je crois que tu n’as pas bien compris. Il faut la réécrire entièrement. Ce n’et ni fait ni à faire, la police utilisée à la mairie est de l’Arial 11 et tu as écrit en Times New Roman 12.

- Je la veux sur mon bureau au plus tard vendredi, exige-t-il.
- Cinq jours entiers me semblent un délai raisonnable pour m’acquitter de cette tâche."
Ou encore lorsqu'elle est chargée de rédiger une fiche de poste à la simplicité pourtant enfantine.  (Au risque de passer elle même pour une débile profonde devant le ministère...)
"Produire des idées... tu veux dire "réfléchir" ? La plupart des personnes font ça naturellement, il ne me semble pas utile de le préciser dans une fiche de poste."
C'est vrai que je ne me suis jamais vraiment posé la question d'où allaient réellement mes impôts, mais voici un exemple concret. Malgré l'humour du ton, il laisse quand même un peu amer... : "Ami contribuable, lorsque vous vous lèverez à l'aube pour aller travailler, répétez vous comme un mantra cette pensée réconfortante : je travaille pour offrir à des délégations étrangères une assiette en faïence représentant un bateau passant sous un pont au coucher du soleil."
Au bout de neuf mois, à avoir l'impression de ne servir à rien, Zoé Shepard prend la résolution de poser un congé sans solde et partir aider une mission humanitaire en Afrique et se rendre enfin utile "Je veux partir, je vais partir.La face du monde n'en sera pas changée, la fonction publique ne s'apercevra sans doute pas de mon absence, l'école ne se construira pas beaucoup plus vite avec moi, mais au moins pendant 8 mois, je me sentirais utile."
Aurélie Boulet, alias Zoé Shepard a vendu près de 160 000 exemplaires d'Absolument dé-bor-dée! Ou le paradoxe du fonctionnaire. Il faut savoir qu'après avoir été démasquée et identifiée, elle a écopé de dix mois d'exclusion, dont six avec sursis, qui ont sanctionné sa critique de la fonction publique territoriale. Le tribunal la condamne pour le non respect du droit de réserve, manquement à l’obligation de confidentialité et irrespect face à sa hiérarchie ! Elle a fait  appel , car elle considère cette sanction illégale et portant atteinte à la liberté d’expression puisqu'elle ne cite aucun de ses collaborateurs 
Un livre sans orientation politique que je recommande pour vous indigner et vous rendre compte  de la réalité de la bureaucratie qui nous gouverne...
 
Éditions Albin Michel - 301 pages - Document, essai

Les perroquets de la place d'Arezzo- Eric-Emmanuel Schmitt

Mon résumé : "Ce mot simplement pour te signaler que je t'aime. Signé : Tu sais qui" Cette lettre envoyée à différents habitants de la place d'Arezzo va semer le trouble et provoquer de nombreux quiproquos. Mais qui est donc le corbeau? (ou la colombe puisqu'il s'agit au départ d'une bonne intention) et quel est le but recherché?
Dans ce quartier huppé de Bruxelles ou se côtoient le fonctionnaire et l'étudiant, le bourgeois et l'artiste, la poule de luxe et la veuve résignée, mais aussi la fleuriste et l'irrésistible jardinier municipal, la lettre aura des conséquences inattendues. Qu'ils soient en couple ou solitaires, humbles ou orgueilleux, conquérants ou vaincus, la lettre va les faire rêver ou s'enflammer. Certains y verront  une promesse, d'autres un bonheur attendu, une blague ou une menace. On peut imaginer, pour le meilleur et pour le pire, le fatal enchaînement d'espoirs, de déceptions, d'embrouilles et de drames qui s annoncent...
 
Mon avis : Certainement pas le meilleur de l'auteur! Lui qui m'avait habituée à des histoires simples et généralement assez courtes, ici, je me suis retrouvée face à un pavé de 730 pages ou les personnages sont à mon avis beaucoup trop nombreux ( une bonne trentaine )  pour suivre correctement le fil de l'histoire. Les chapitres sont consacrés tour à tour à l'un d'entre eux : Zachary, Rose, Faustina, Dany, Baptiste, Joséphine, Eve, Philippe, Quentin, Odile, Patricia, Albane, Hippolyte, François-Maxime, Séverine, Mademoiselle Beauvert et son perroquet Copernic, Marcelle, Wim, Oxana, Victor, Diane, Xavière, Orion, Tom, Nathan et j'en passe... . Si j'ai parfois hésité à poursuivre cette lecture, c'est le style et la fluidité de l'écriture d’Éric-Emmanuel Schmitt (qui est l'un de mes auteurs préférés) qui m'ont poussée à persévérer. Au final, je ne regrette pas car au travers de ses différents personnages, l'auteur a réussi à nous dresser un genre d'encyclopédie des rapports amoureux. Et rien ne lui a échappé. De la femme adultère au couple homosexuel en passant par la veuve résignée, l'adolescente qui se cherche, le couple libertin, les sado-masochistes ou l'amour tarifé, toutes les situations amoureuses y sont décrites avec une grande finesse et parfois même une touche d'humour.
Ce roman est assez actuel, et certains personnages ont de fortes ressemblances avec des personnages publics très connus comme par exemple Zachary Biderman qui est un clone de DSK ...
Divisé en quatre parties : "annonciation", "magnificat", "répons", "dias irae", l'histoire évolue entre les personnages qui au début semblaient ne rien avoir en commun et le lecteur va comprendre la grande machination qui est en train de se dérouler sous ses yeux. L'intrigue est bien menée du début à la fin, néanmoins, je ne conseillerais ce livre qu'aux fans de l'auteur qui découvriront Éric-Emmanuel Schmitt sous un autre jour. Les autres lecteurs pourraient être surpris par la tournure parfois érotique que prennent les dialogues...
 
Extrait : "Beaucoup de gens se protègent de l'amour. Ils vivent mieux sans. La plupart du temps, s'ils acceptent d'en recevoir, ils ne tiennent pas a en donner. C'est déstabilisant, l'amour, une percée contre l’égoïsme, la chute d'une citadelle, la mort d'un règne : un être compte plus que toi! Quelle catastrophe"

 
A lire aussi :
Odette Toulemonde et autres histoires
Oscar et la dame rose ♥♥♥
La femme au miroir ♥♥♥
L'évangile selon Pilate
Le sumo qui ne pouvait pas grossir ♥♥♥
Les deux messieurs de Bruxelles
Les dix enfants que Madame Ming n'a jamais eus
 
Éditions Albin Michel - Littérature contemporaine - Comédie de mœurs - 730 pages

Les dix enfants que Madame Ming n'a jamais eus - Eric-Emmanuel Schmitt

Mon résumé : Madame Ming prétend avoir dix enfants dans une Chine ou la loi impose l'enfant unique. Dame pipi dans un grand hôtel, elle va avoir le don d'agacer notre narrateur (dont nous ne savons pas le prénom) qui est français et se rend régulièrement en Chine pour son travail. Mais son sens de la répartie et sa sagesse vont pousser le narrateur à vouloir en savoir un peu plus à chaque voyage d'affaires sur cette mystérieuse femme. Fabule-t-elle, au pays de l’enfant unique ? A-t-elle contourné la loi ? Aurait-elle sombré dans une folie douce ? Et si cette progéniture n’était pas imaginaire ? L’incroyable secret de Madame Ming rejoint celui de la Chine d’hier et d’aujourd’hui, éclairé par la sagesse  de Confucius.
 
Mon avis : Ce conte philosophique est le sixième du "cycle de l'invisible". Chaque récit de ce cycle aborde un drame humain et le lie à la religion en nous montrant comment la sagesse spirituelle peut nous aider à vivre. Dans ce livre, il s'agit des valeurs du Confucianisme. Confucius prônait la vie en bonne société avec ses semblables. Son but est l'harmonie des relations humaines.
Encore une fois, j'ai adoré ce petit conte d'Eric-Emmanuel Schmitt. Il va nous montrer avec toute sa subtilité comment un français en voyage d'affaires en Chine va se lier d'amitié avec la dame pipi de son hôtel. Elle prétend avoir 10 enfants, mais cela parait difficile à croire dans un pays ou est prôné l'enfant unique. Il va d'abord la croire à moitié folle, mais à chaque fois qu'ils se voient elle va lui raconter des moments de la vie de chacun de ses dix enfants avec tant de précisions qu'il va petit à petit être obligé d'y croire. En effet, entre deux acrobates ou un paysagiste très doué, chacun des enfants a un talent hors normes. Grâce à son récit et ses proverbes pertinents, Madame Ming va faire réaliser à notre narrateur qui n'a pas d'enfants et qui semble très égoïste qu'il passe à coté de la vraie vie à force de chercher à conclure des contrats tous plus mirobolants les uns que les autres.
J'ai particulièrement apprécié la fin de l'histoire : une belle leçon de morale dans laquelle le lecteur pourra enfin découvrir le fin mot de l'histoire de cette dame qui semble pour le moins loufoque.
 
 
La phrase que je retiendrai : "L'expérience est une bougie qui n'éclaire que celui qui la tient."
 
A lire aussi :
Odette Toulemonde et autres histoires
Oscar et la dame rose
La femme au miroir
L'évangile selon Pilate
Le sumo qui ne pouvait pas grossir
Les deux messieurs de Bruxelles
Les perroquets de la place d'Arezzo
 
 
Éditions Albin Michel - Conte philosophique - 115 pages

Les deux messieurs de Bruxelles - Eric-Emmanuel Schmitt

Résumé : Un recueil de 5 nouvelles sur le mystère des sentiments inavoués. Souvent, l’architecture d’une vie est composée de passions invisibles, qui ne se diront jamais, que personne ne devinera, inaccessibles parfois même à celui qui les éprouve. Et pourtant, quoiqu’obscurs, ces sentiments sont réels ; mieux, ils construisent la réalité d'un destin. Avec délicatesse, Eric-Emmanuel Schmitt dévoile les secrets de plusieurs âmes. Une femme entretenue et gâtée par deux hommes qu’elle ne connaît pas. Un héros qui se tue à la mort de son chien. Une mère généreuse qui se met à haïr un enfant. Un couple dont le bonheur repose sur un meurtre. Un mari qui rappelle constamment sa nouvelle femme au respect de l’époux précédent…
 
Mon avis : J'adore les nouvelles, et là encore, E-E Schmitt m'a comblée!
  • Les deux messieurs de Bruxelles : Lors du mariage de Geneviève et Eddy, au fond d'une église, Laurent et Jean un couple d'homosexuels profite de l'échange de voeux de ce couple mixte pour s'échanger les leurs. 55 ans plus tard Géneviève alors veuve et mère de quatre enfants apprend qu'elle hérite d'un mystérieux Jean Daemens. L'auteur nous retrace la vie de ce couple homo qui ne pouvait pas avoir d'enfants, et a vécu par procuration la vie d'un couple mixte.
  • Le chien : Samuel Heymann, l’ancien médecin du village, un demi-siècle de pratique, quatre-vingts ans, vient de se donner la mort. Cinq jours après celle, accidentelle, de son chien, Argos. Au café Pétrelle, les discussions sur les motivations de son acte vont bon train, chacun s’interroge. L’homme, toujours accompagné de son chien, un beauceron, ne se confiait pas. Sa propre fille, Miranda, ignore tout de lui, sauf que son père et Argos étaient indissociablement liés. Il va laisser une lettre destinée à sa fille dans laquelle il expliquera son passé pendant la guerre.
  • Ménage à trois : raconte l'histoire d'une veuve, criblée de dettes, à la recherche d'un nouveau mari pour la sortir de son pétrin. Elle rencontre un danois qui mord à l'hameçon. C'est le thème du remariage qui est développé dans cette histoire. L'ombre du défunt mari plane sur ce nouveau couple. Le premier mari était musicien et le second lui voue une passion inconditionnelle. J'ai aimé la fin très inattendue pour moi!
  • Un coeur sous la cendre : raconte la vie de Jonas, un jeune garçon, dans l'attente d'une greffe du cœur en Islande.  Jonas est très proche d'Alba, sa tante, qui est aussi sa marraine. Celle-ci a plus d'affinités avec son neveu qu'avec son propre fils. Malheureusement, la santé du jeune garçon se détériore et la greffe devient urgente. La famille compte alors sur le décès d'un anonyme pour redonner un coeur à Jonas. Mais comment va réagir Alba lors du décès accidentel de son fils Thor en apprenant que son neveu a été gréffé le jour même. Est-ce une coïncidence? De ces 5 histoires, celle-ci est ma préférée car le problème épineux de l'anonymat du don d'organes est  posé.
  • L'enfant fantôme : parle d'un couple qui vit le pur bonheur. Ils sont beaux, et comblés de succès dans leurs métiers respectifs. A 37 ans, Séverine doit subir un avortement thérapeutique, l'enfant qu'elle porte souffre d'une malformation entraînant une maladie rare. Le doute et l'éloignement envahissent leur couple mais une thérapie les aide à consolider à nouveau leur union. Jusqu'au moment de l'accident... qui les mène finalement à la haine suite à une révélation horrible.
Le dernier chapitre, intitulé "Journal d'écriture de l'auteur" nous apprend dans quelles circonstances ces 5 nouvelles ont été écrites. On se rend compte qu'Eric-Emmanuel Schmitt s'est inspiré de faits réels et  de sa propre vie.
 
A lire aussi :
Schmitt Eric-Emmanuel - Odette Toulemonde et autres histoires
Schmitt Eric-Emmanuel - Oscar et la dame rose
Schmitt Eric-Emmanuel - La femme au miroir
Schmitt Eric-Emmanuel - L'évangile selon Pilate
Schmitt Eric-Emmanuel - Le sumo qui ne pouvait pas grossir
Schmitt Eric-Emmanuel - Les dix enfants que Madame Ming n'a jamais eus
Schmitt Eric-Emmanuel - Les perroquets de la place d'Arezzo
 
Éditions Albin Michel - Nouvelles - 281 pages

Le sumo qui ne pouvait pas grossir - Eric-Emmanuel Schmitt

Mon résumé : Au Japon, Jun est un adolescent qui survit chichement en vendant des babioles dans la rue. Bien que très maigre, il se fait un jour accoster par Shomintsu, un maître sumo qui "voit en lui un gros" et veut lui faire intégrer son école de sumo. Il entreprend donc, (bien que Jun n'arrive pas à grossir) de lui expliquer les éléments fondamentaux et les pratiques d’un sport ancestral et d’un art martial qui touche à la plus profonde philosophie zen. Philosophie grâce à laquelle Jun va comprendre des éléments douloureux de son enfance : Son père qui s'est suicidé à cause du surmenage, et l'illettrisme de sa mère atteinte d'une maladie mentale...
Mais comment atteindre le zen lorsque l'on n'est que douleur et violence ? Comment devenir sumo quand on ne peut pas grossir ?
 
Mon avis : Un coup de coeur! Un conte philosophique qui se lit très rapidement mais qui restera longtemps dans ma mémoire. (Comme tous les livres d'EE Schmitt)
Encore une fois j'ai adoré la plume de l'auteur, toujours très subtile et pleine de poésie. J'ai particulièrement aimé le passage dans lequel Jun se décide enfin à ouvrir les courriers envoyés par sa mère. Courriers qu'il avait longtemps remisés au placard sachant que sa mère ne savait pas écrire. Le parcours initiatique dans lequel Shomintsu va le mener, va amener Jun à se poser les bonnes questions sur sa vie personnelle :
"En quoi consistaient ses courriers?
Dans le premier, il y avait une feuille blanche.  Je la retournai, l'approchai, l'éloignai, puis, en l'examinant à contre-jour, j'aperçus une tache ronde qui, attendrissant la trame du papier, ombrait sa couleur.  Je reconnus une larme: maman avait pleuré à mon départ.
Dans la deuxième, manquait le papier.  Au fond, coincé entre les plis, gisait seulement un morceau de laine jaune pâle, doux, un brin de mohair pelucheux, celui avec lequel elle tricotait les vêtements de mon enfance.  Cela signifiait: je te serre contre moi.
Dans le troisième, il n'y avait rien. Je l'agitai plusieurs fois souhaitant détecter un détail qui m'échappait. Enfin, en déchirant l'enveloppe, je repérai à l'intérieur du rabat des empreintes de rouge à lèvres qui chuchotaient "je t'embrasse".
Le quatrième s'expliqua clairement : il consistait en une pierre grise, un galet triangulaire aux angles ronds dont le port avait exigé un timbrage coûteux. Maman m'avouait : "mon coeur est lourd". 
Le cinquième me posa davantage de problèmes : une plume le constituait. Je crus qu'elle déclarait : "Ecris-moi", puis je remarquai qu'il s'agissait d'une plume de pigeon, identifiable aux évolutions de ses teintes, ivoire à la racine, cendrée sur les côtés, puis colorée en arc-en-ciel au bout ; dès lors, le message dégageait deux nouveaux sens, soit "Où es-tu?", soit "Reviens", car le pigeon voyageur est censé rentrer chez lui. Dans le dernier cas, cela cachait-il un appel au secours?
Le sixième me réconforta d'abord : il présentait un vieux collier de chien dont le système de fermeture était cassé. Maman me rassurait : "Tu es libre". Parce que c'était l'ultime message, je finis par douter : il pouvait aussi dire : "tu es parti et je m'en fous"".
Une fin inattendue et très belle...
A lire et à relire!
 
A lire aussi :
Odette Toulemonde et autres histoires
Oscar et la dame rose
La femme au miroir
L'évangile selon Pilate
Les deux messieurs de Bruxelles
Les dix enfants que Madame Ming n'a jamais eus
Les perroquets de la place d'Arezzo
 
Éditions Albin Michel - Conte philosophique - 102 pages

lundi 17 février 2014

L'évangile selon Pilate - Eric-Emmanuel Schmitt

Mon résumé : Première partie : Confession d'un condamné :  Yéchoua (Jésus) raconte les jours qui précèdent sa crucifixion sur le Mont des Oliviers. Il fait le bilan de sa vie et se remémore les évènements qui l'ont conduit jusque là. Il raconte son arrestation. Il est accusé d'être un "magicien". En effet, il aurait des pouvoirs extraordinaires dont celui de guérir les malades. Mais qui est-il et que veut-il?
Seconde partie : L'évangile selon Pilate : Pilate, préfet de la province romaine de Judée a ordonné la crucifixion de Yéchoua. Mais, à Pâques, trois jours après la crucifixion, il se rend compte que le cadavre n'est plus dans le tombeau. Il commence alors son enquête pour résoudre cette énigme. Mais les rumeurs vont bon train, et certains affirment avoir vu Yéchoua dans les rue de Jérusalem. Est-ce un sosie? Peut être n'était il pas réellement mort sur la croix? Qui aurait intérêt à voler, ou déplacer ce cadavre? Nous assistons aux différentes étapes de l'enquête de Pilate via les lettres qu'il envoie à son frère  Titus resté à Rome.
 
Mon avis : Voilà une idée bien ambitieuse qu'a eu Éric-Emmanuel Schmitt de raconter l'histoire de Jésus. Et encore une fois, c'est une réussite. J'ai lu dans sa biographie qu'il avait mis 10 ans pour écrire cette histoire et être très pointu sur cette période, mais aussi pour nuancer tous ses propos et ainsi être sur de ne choquer personne. L'avantage de cette histoire est qu'elle peut intéresser  aussi bien les chrétiens, les juifs ou les athées car elle concerne l'histoire de l'Humanité. Certains (comme moi) qui ont reçu une éducation religieuse pourront approfondir leur savoir, les autres seront captivés par le coté enquête policière.
La seconde partie constitue 90% du livre. Dans cette partie, deux raisonnements s'opposent : celui de Pilate et celui de sa femme Claudia Procula. Pilate, cynique et ironique tente de rationaliser les événements et ne croit qu'au subterfuge d'un sosie : " il ne faut jamais croire ce que l'on est disposé à croire " Claudia, quant à elle croit en la résurrection et tente de convaincre son mari. "Tu as raison, Pilate. Que deviendrions-nous si nous nous aimions tous ? Penses-y, Pilate, que deviendrions-nous dans un monde d'amour ? Que deviendrait Pilate, préfet de Rome, qui doit sa place à la conquête, à la haine et au mépris des autres ? Que deviendrait Caïphe, le grand prêtre du temple, qui t'achète sa charge à force de cadeaux et assoit son autorité sur la crainte qu'il inspire ? Y aurait-il des Juifs, des Grecs, des Romains dans un monde inspiré par l'amour ? Encore des puissants et des faibles, des riches et des pauvres, des hommes libres et des esclaves ? Tu as raison, Pilate, d'avoir si peur : l'amour serait la destruction de ton monde. Tu ne verrais le Royaume de l'amour que sur les cendres du tien."
La dernière phrase du livre nous montre que, parce qu'elle croit à la résurrection (un événement qu'elle n'a pas vu de ses yeux) Claudia est certainement la première chrétienne.
Bien que Ponce Pilate semble avoir été un tortionnaire méchant, violent, haineux, ayant soif de pouvoir, Éric-Emmanuel Schmitt arrive à nous le faire apprécier. D'ailleurs, sans lui, l'Histoire ne serait pas la même, et il n'y aurait peut être pas de Christ...
Comme lors de mes précédentes lectures, j'ai été de nouveau séduite par la plume Éric- Emmanuel Schmitt. J'espère lire d'autres de ses oeuvres très prochainement.
 
Du même auteur :
Odette Toulemonde et autres histoires
Oscar et la dame rose
La femme au miroir
Le sumo qui ne pouvait pas grossir
Les dix enfants que Madame Ming n'a jamais eus
Les perroquets de la place d'Arezzo
 
 
Éditions Le Livre de Poche - Littérature Historique, religieuse - 282 pages

Recevoir les prochains articles par mail

* obligatoire

Partagez!