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dimanche 22 janvier 2017

Cet été là - Lee Martin

Cet été là - Lee Martin
Synopsis : Tout ce qu'on a su de cette soirée-là, c'est que Katie Mackey, 9 ans, était partie à la bibliothèque pour rendre des livres et qu'elle n'était pas rentrée chez elle. Puis peu à peu cette disparition a bouleversé la vie bien tranquille de cette petite ville de l'Indiana, elle a fait la une des journaux nationaux, la police a mené l'enquête, recueilli des dizaines de témoignages, mais personne n'a jamais su ce qui était arrivé à Katie. Que s'est-il réellement passé cet été là ? Trente ans après, quelques-uns des protagonistes se souviennent. Le frère de Katie, son professeur, la veuve d'un homme soupçonné du kidnapping, quelques voisins, tous prennent la parole, évoquent leurs souvenirs. Des secrets émergent, les langues se délient. Qui a dit la vérité, qui a menti, et aujourd'hui encore, qui manipule qui ? Avec ce magnifique roman polyphonique, littéralement habité par le désir et la perte, Lee Martin nous entraîne dans la résolution d'un crime à travers une exploration profonde et déchirante de la nature humaine.

Je remercie les éditions Sonatine pour cette lecture. Sortie prévue le 9 février 2017

Mon avis : A chaque fois que j'entame un livre des éditions Sonatine, je sais que je ne vais pas m'ennuyer et que cette lecture va me tenir en haleine d'un bout à l'autre. Et ce fut encore le cas avec "Cet été là" de Lee Martin. Je fais confiance à cette maison d'éditions pour me faire découvrir des auteurs talentueux!
Katie Mackey neuf ans, vit avec son frère aîné, Gilley et ses parents dans une petite ville de l'Indiana. Cette famille aisée possède la plus grande verrerie de la vile, et Katie est une enfant privilégiée. Henry Dees, (le narrateur) professeur mathématique de Katie, vit de l'autre côté de la rue. Célibataire solitaire, il s'est lié d'amitié avec son autre voisin l'énigmatique Raymond R. Malgré des personnalités plutôt malsaines, tout semble se passer dans une bonne entente entre voisins jusqu'à ce soir d'été, où Katie disparaît alors qu'elle ramenait ses livres à la bibliothèque...
Ce livre est original dans sa construction car le narrateur, Henry Dees revient sur les faits qui ont mené à la disparition de la jeune Kathy Mackey 30 ans plus tôt. Dès lors, et à entendre tous les remords et regrets de ce professeur de mathématiques, on se doute qu'il est au courant de ce qu'il s'est passé le jour de la disparition...
En plus de la narration du professeur, l'auteur utilise la voix de différents personnages comme Raymond R, le voisin du professeur de mathématiques avec qui il a lié une amitié, Clare, la femme de Raymond, Gilley, le frère de Katie et Junior, son père. Je me suis alors retrouvée plongée dans une ambiance captivante mais malsaine et pesante due aux personnalités complexes de Henry et Raymond. Et ce changement de point de vue au fil des chapitres nous permet de mieux cerner chacun mais du coup et vu leurs déviances nous les présente tour à tour comme des coupables potentiels..
Si je n'ai pas pu m'attacher à l'un ou l'autre des personnages car l'un semble pervers et l'autre drogué et imprévisible, j'avais hâte de connaître le fin mot de l'histoire.
Un bon page-turner à retrouver en librairies le 9 février.

Extrait : "Je n’ai jusqu’à présent jamais réussi à relater cette histoire et le rôle que j’y ai tenu, mais écoutez, je la raconterai en toute honnêteté : un homme ne peut vivre qu’un temps avec une telle chose sans la partager. Mon nom est Henry Dees et j’étais alors enseignant – professeur de mathématiques et tuteur pendant l’été auprès d’enfants tels que Katie qui en avaient besoin. Je suis désormais un vieil homme, et même si plus de trente années se sont écoulées, je me rappelle encore cet été et ses secrets, la chaleur et la manière qu’avait la lumière de se prolonger le soir comme si elle n’allait jamais partir. Si vous voulez écouter, vous allez devoir me faire confiance. Sinon, refermez ce livre et retournez à votre vie. Je vous préviens : cette histoire est aussi dure à entendre qu’elle l’est pour moi à raconter."

Éditions Sonatine - Thriller - 320 pages

mardi 27 septembre 2016

Huit mois pour te perdre - Marie-Diane Meissirel

Huit mois pour te perdre - Marie-Diane Meissirel
Synopsis : « —     Eh bien, tu l’aimes, ce gosse, on pourrait croire que c’est le tien ! Tu devrais faire attention de ne pas trop t’y attacher, il pourrait bien te briser le cœur ce petit ! »
Emma est française, expatriée en Croatie, elle y conseille le ministère de la justice. Dunja est croate. À soixante ans, elle aimerait prendre sa retraite mais doit travailler pour gagner sa vie et entretenir son fils musicien. Les deux femmes ont un lien : le bébé d’Emma, Bruno, dont Dunja est la nourrice. Alors qu’Emma s’absente souvent pour son travail, Dunja et Bruno fusionnent et l’amour de Dunja pour l’enfant ne cesse de grandir. Le quotidien de ces trois personnages n’est pas parfait, mais ils ont trouvé un certain équilibre. Jusqu’au jour où Emma, rentrant de voyage, apprend que son appartement a été cambriolé et que Bruno et Dunja ont disparu. Ces deux événements pourraient-ils être liés au passé d’Emma qui a longtemps travaillé sur les questions de crimes de guerre dans la région ? Qu’est-il arrivé à Bruno et Dunja? Emma arrivera-t-elle à les retrouver à temps ?
Un roman à deux voix où le talent d’écriture de l’auteur nous fait entrer dans l’intimité de deux mères en difficulté et nous transporte dans un pays qui, à l’heure d’intégrer l’Union européenne, porte encore les stigmates du conflit yougoslave.

Je remercie Eric Poupet et les éditions Daphnis et Chloé pour l'envoi de ce livre.

Mon avis : Jamais déçue par les publications des éditions Daphnis et Chloé, c'est avec grand plaisir que je me suis plongée dans cette nouvelle parution, d'autant que l'intrigant synopsis laissait présager une lecture forte en émotions. (Ce qui a été le cas!). Ce troisième roman de Marie-Diane Meissirel, est inspiré de sa vie en Croatie et aborde le délicat sujet de la conciliation entre maternité et carriérisme.
En effet, Emma est une jeune expatriée française en Croatie qui a fait le choix de privilégier sa carrière professionnelle au détriment de Bruno, son fils qu'elle confie à Dunja, lors de ses absences. Elle a beaucoup de mal a accepter le fait de se retrouver seule à élever ce bébé qui ressent tellement fort ses frustrations  qu'il  lui retourne son mal être en étant colérique et capricieux. Le choix de le laisser à la nounou est donc pour Emma une solution de facilité et un moyen de se détacher de ses problèmes relationnels avec son fils. Connaissant les difficultés relationnelles entre Emma et Bruno, Dunja va alors se croire investie d'une mission de protection et d'amour envers Bruno dépassant largement le cadre de son rôle de nounou...
Même si ce choix de vie d'Emma parait difficile à comprendre pour une lectrice, je l'ai trouvée très attachante. Et c'est d'ailleurs - pour moi -le gros point fort de ce livre : on s'attache aux deux protagonistes malgré leurs travers car l'auteure nous fait découvrir petit à petits les moments douloureux traversés par chacune qui font ce qu'elles sont devenues aujourd'hui : l'une carriériste et égocentrique, l'autre possessive et exclusive mais au cœur tellement grand.
Pour parvenir à nous faire ressentir les émotions de ces deux femmes perdues dans leurs vies et leurs sentiments dont les caractères  sont diamétralement opposés, l'auteure alterne les chapitres entre la narration de Dunja et celle d'Emma, ce qui nous permet d'avoir  les points de vue des deux femmes vis à vis des événements qui s'enchaînent de plus en plus vite au cours du livre pour notre plus grand bonheur. 
Un livre très court mais intense en émotions que je recommande!

Extrait : "Ce choix de garder mon bébé, je l’ai fait seule et je l’assume seule…
Enfin, c’est ce que je pensais avant de réaliser que j’en étais incapable. J’ai volontairement laissé la place à Dunja, elle remplit si bien mes vides de tendresse, de patience et de gaieté, et peut-être même d’amour.
C’est moi qui ai laissé partir Bruno, je l’ai laissé glisser loin, très loin. Ne plus entendre ses pleurs, ne plus voir ses colères, ne plus être responsable, je l’ai tant souhaité ! Des mois que je m’enfonce ce clou de culpabilité dans le cœur et que je guette un sursaut d’instinct maternel. Comment la maternité peut-elle être si cruelle? Comment un enfant peut-il devenir le miroir d’une face obscure et insoupçonnée? Comment donner la vie peut-il rendre si égoïste et pessimiste, transformer au point de ne plus se reconnaître? À qui appartiennent cette voix qui crie sur un si petit enfant, ces lèvres qui craignent de l’embrasser, ces mains qui n’arrivent pas à le câliner et ce regard qui ne s'émerveille plus de ses sourires?"

Éditions Daphnis et Chloé - littérature contemporaine - 173 pages

mercredi 4 mai 2016

89 mois - Caroline Michel

89 mois - Caroline Michel
Synopsis : J'ai trente-trois ans, ça y est. A quarante ans et des poussières, mon corps sera hors jeu. Il me reste donc sept grosses années pour faire un enfant, soit quatre-vingt-neuf mois. Un chiffre minuscule. A peine deux mille sept cents jours. Que peut-on faire en deux mille sept cents jours ? Rien. J'en ai déjà mis cinq à construire trois meubles Ikea."
Jeanne, célibataire, contrôleuse de train sur la ligne Paris-Auxerre, n'a qu'une obsession : devenir maman avant que le temps la rattrape. Elle a fait une croix sur le couple, il lui faut simplement un géniteur. Sa décision ne fait pas l'unanimité auprès de ses amis, et, même si parfois elle doute, elle est déterminée à surveiller son cycle, à provoquer les rencontres, à boire des potions magiques et à lever les jambes après chaque rapport, sait-on jamais.
Après ce premier roman, empreint d'humour et de tendresse, à la fois jubilatoire et émouvant, Caroline Michel pose la question des choix intimes dans une société conformiste. Une nouvelle voix de la littérature féminine, d'une spontanéité rafraîchissante, avec laquelle il faudra désormais compter.

Je remercie les éditions Préludes pour cette lecture en avant première! Disponible à partir d'aujourd'hui.

Mon avis : D'habitude, j'adhère totalement aux choix de publication des éditions Préludes mais là, bien que ce livre m'ait bien fait rire, (car il est néanmoins plein d'humour) je regrette deux choses : la première et la plus gênante est qu'à mon avis, il ne faut pas mettre ce livre entre les mains de jeunes filles sans leur expliquer que quand on a un rapport, il faut se protéger car bien qu'on en parle de moins en moins, le sida est toujours là.. (Je ne plombe pas l'ambiance, mais contrairement à ce que pensent beaucoup de jeunes, on n'en guérit toujours pas). S'il est sûr que si Jeanne se protégeait, l'histoire n'aurait pas lieu puisqu'elle ne pourrait pas tomber enceinte, je pense que l'auteure n'aurait pas dû faire enchaîner les conquêtes à son héroïne ou au moins qu'elle se préoccupe un peu plus des MST et qu'elle ne couche pas avec des hommes qu'elle ne connaît pas depuis 30 minutes...
La deuxième chose qui m'a  dérangée est le langage vulgaire de Jeanne trop souvent utilisé (choper, bouffer, encloquer, pisser, je t'emmerde...) même si ce vocabulaire se trouve majoritairement dans les dialogues et rend les échanges plus "vivants", j'ai trouvé dommage de l'utiliser aussi dans les pensées de Jeanne.
A part ces deux bémols, j'ai tout de même apprécié ma lecture car l'idée de partir dans un compte à rebours de 89 mois avant l'anniversaire fatidique des 40 ans est originale et le fait que Jeanne s'adresse à sa future fille Augustine (elle est persuadée que ce sera une fille et qu'elle l'appellera Augustine) et lui explique ses déboires pour la concevoir est aussi bien pensé. La fin m'a beaucoup plu aussi !
Une lecture en demi teinte à cause de l'inconséquence de son héroïne à laquelle je n'ai du coup pas pu m'identifier malgré des situations similaires.

Extrait : "Je touche mon ventre en rentrant chez moi . J'espère que mon col est accueillant . Que tous les panneaux routiers sont en service . j'aimerais que mes ovules vivent longtemps , très longtemps , deux jours c'est peu . Il faudrait que mes ovules débarquent de chaque côté et s'installent pour la semaine , qu'ils prennent un bon bouquin , un bon verre , qu'ils patientent tranquillement et respirent à fond pour assurer leur survie . Je voudrais qu'ils ne meurent jamais ,ne s'éteignent pas et que ma muqueuse utérine soit toujours très épaisse , une grosse muqueuse utérine disposée à accueillir un embryon , une muqueuse utérine chaleureuse, polie et douillette , qui ouvre grand sa porte , offre à boire et à bouffer et met une petite musique d'ambiance pour que son invité se sente parfaitement bien .
Une muqueuse utérine un peu feng-shui.
"

Éditions Préludes - Littérature contemporaine - 282 pages

lundi 1 février 2016

Journal d'un vampire en pyjama - Mathias Malzieu

Journal d'un vampire en pyjama - Mathias Malzieu
Synopsis : « Me faire sauver la vie est l’aventure la plus extraordinaire que j’aie jamais vécue. »

Je remercie les éditions Albin Michel pour l'envoi  de ce livre coup de cœur!

Mon avis : Quel plaisir de retrouver la plume poétique de Mathias Malzieu qui nous revient avec un livre autobiographique dans lequel il nous raconte sa maladie : l'aplasie médullaire, une maladie aussi grave que rare qui a failli lui coûter la vie en 2014.
Un sujet lourd et émouvant mais qui ne tombe jamais dans le larmoyant grâce à l'humour, la dérision, et surtout les images enfantines employées par l'auteur pour décrire les épreuves les plus difficiles. D'ailleurs, le titre "Journal d'un vampire en pyjama" en est le plus bel exemple : Mathias se compare à un vampire car il a besoin de transfusions sanguines pour retrouver un taux d'hémoglobine et de plaquettes acceptable et est contraint de rester en pyjama durant ses longues hospitalisations en chambre stérile.
Au jour le jour et pendant 13 mois, il nous raconte ses espoirs et déceptions de la découverte de sa maladie, en passant par les isolements en chambre stérile et la chimiothérapie jusqu'à sa guérison partielle grâce à une greffe de cellules-souche de cordon ombilical capables de se transformer en cellules de moelle osseuse.
Heureusement que dans son combat, il a pu compter sur le soutien infaillible de sa compagne Rosy mais aussi sur l'écoute et les compétences de son "Hématologue à voix douce", l'empathie de ses "nymphirmières" face au harcèlement de "Dame Oclès" et sa si célèbre épée constamment au dessus de sa tête. Je trouve ces images vraiment très belles et poétiques.
De ce coup de cœur livresque, je retiendrai la combativité d'un homme qui, face à l'adversité a su garder un esprit d'enfant lui permettant certainement de prendre les choses avec plus de philosophie et de recul. Un battant  qui a tenu  à repousser ses traitements pour honorer ses échéances professionnelles.
Un livre à lire de toute urgence! 
 

Extraits : "J’enlève mes habits pour l’irradiation. Il fait froid. Le silence est assourdissant. Il faut rester allongé sur un lit métallique. Ne pas bouger. Se faire fusiller sans bruits. A peine quelques vibrations. Toujours pas bouger. Vingt minutes…. Je suis une tartine dans un grille-pain. J’attends le moment de sauter. Je ne saute pas. Me contente de cette petite brasse immobile en mer nucléaire pour compléter le travail de destruction massive."
"Ce livre est le vaisseau spécial que j’ai dû me confectionner pour survivre à ma propre guerre des étoiles. Panne sèche de moelle osseuse. Bug biologique, risque de crash imminent. Quand la réalité dépasse la (science-) fiction, cela donne des rencontres fantastiques, des déceptions intersidérales et des révélations éblouissantes.Une histoire d’amour aussi. Ce journal est un duel de western avec moi-même où je n’ai rien eu à inventer. Si ce n’est le moyen de plonger en apnée dans les profondeurs de mon cœur"

A lire aussi :

Éditions Albin Michel - Témoignage - 240 pages

lundi 30 novembre 2015

Sur la réserve - Carole Mijeon

Sur la réserve - Carole Mijeon
Synopsis : Et s’il n’y avait plus de pétrole en France ?
Un matin, Ludovic tombe bêtement en panne d’essence à la sortie de son village. Rien de grave à priori, pourtant ses ennuis ne font que commencer et sa vie en sera bouleversée à tout jamais. Car la pénurie de pétrole qui paralyse le pays interdit toute faiblesse ou indolence.
Jour après jour, Ludovic raconte ses mésaventures, ses petites victoires et ses grandes médiocrités. Son monde s’écroule et il n’a rien vu venir. Personne n’a rien vu venir.
Un premier roman anticipatif écrit avec brio qui tire la sonnette d’alarme quant à notre invraisemblable dépendance à l’or noir.

Je remercie Eric Poupet ainsi que les éditions Daphnis et Chloé pour l'envoi de ce livre!

Mon avis : Et si du jour au lendemain il n'y avait plus de pétrole en France? Voilà une question qu'on ne se pose pas assez souvent mais à laquelle il serait bon de réfléchir de temps en temps, et c'est ce qu'a fait Carole Mijeon dans ce premier roman très réussi dans lequel Ludovic, le narrateur, nous raconte les trente jours suivant le début de pénurie de pétrole en France.
J'ai beaucoup aimé ce livre car  les personnages autant que les situations décrites sonnent vraiment juste et je pense que cela se passerait effectivement comme ça si nous venions à manquer de carburant. Et ça fait froid dans le dos! Car il faut bien avoir à l'esprit que sans pétrole, on ne pourrait plus aller travailler, les supermarchés ne seraient plus livrés, les avions resteraient cloués au sol et seuls les gens possédant un potager / des champs, ou sachant chasser ou pêcher seraient capables de survivre. Mais la reflexion est poussée encore plus loin, et à un degré que je n'aurais pas imaginé : plus de pétrole donc plus de services médicaux d'urgence, plus de livraison de médicaments donc des gens qui décèdent faute de soins, de violents règlements de compte entre citoyens affamés, et j'en passe...
Même si j'aurais préféré une fin moins réaliste (et donc plus gaie),  cette anticipation sous forme de roman est à mon avis une très bonne façon de réfléchir sur notre dépendance vis à vis des pays exportateurs de ce si bien nommé "or noir".
Une lecture enrichissante, facile à lire et dont les pages se tournent seules pour savoir comment Ludovic et sa voisine Agathe Chaumet vont faire face à la situation.
A mettre entre toutes les mains!

Sur la réserve

Extrait : "Les français dévalisent les supermarchés aux frontières" ça ne s'arrange pas. Désormais, tous les circuits d'approvisionnement sont coupés faute de carburant. Les camions stationnent, les avions ne décollent plus, le frêt est stoppé net. Toute la chaine alimentaire est rompue. Rien d'étonnant pourtant. On le savait bien que, avant d'être ingéré, notre poisson pané avait fait le tour des océans, mais pas à la nage. On s'en doutait que notre crème glacée préférée avait du mérite d'être encore fraiche à l'arrivée. Un périple hallucinant pour obtenir le moindre de nos aliments, du blé au gratin de pâtes surgelé, de la citrouille à l'assiette de soupe..."

Éditions Daphnis et Chloé - Roman d'anticipation - 293 pages

lundi 20 juillet 2015

Et je danse, aussi - Bondoux et Mourlevat

Et je danse, aussi - Bondoux et Mourlevat
Synopsis : La vie nous rattrape souvent au moment où l’on s’y attend le moins. Pour Pierre-Marie, romancier à succès (mais qui n’écrit plus), la surprise arrive par la poste, sous la forme d’un mystérieux paquet expédié par une lectrice. Mais pas n’importe quelle lectrice ! Adeline Parmelan, « grande, grosse, brune », pourrait devenir son cauchemar… Au lieu de quoi, ils deviennent peu à peu indispensables l’un à l’autre. Jusqu’au moment où le paquet révèlera son contenu, et ses secrets... Ce livre va vous donner envie de chanter, d’écrire des mails à vos amis, de boire du schnaps et des tisanes, de faire le ménage dans votre vie, de pleurer, de rire, de croire aux fantômes, d’écouter le Jeu des Mille Euros, de courir après des poussins perdus, de pédaler en bord de mer ou de refaire votre terrasse. Ce livre va vous donner envie d’aimer. Et de danser, aussi !

Mon avis : Je ne suis d'habitude pas vraiment fan des romans épistolaires, mais là, c'est originalité de la couverture qui a guidé mon choix. Et je n'ai pas été déçue car il y a une vraie intrigue : l'enveloppe envoyée par Adeline Parmelan à l'écrivain Pierre-Marie Sotto. De plus, le fait que les échanges entre les protagonistes se fassent exclusivement par mail rajoute de la modernité, du coup, le style est beaucoup moins pompeux qu'il aurait pu l'être avec des courriers postaux. Et la rapidité du courrier électronique donne beaucoup plus de rythme à l'histoire car  plusieurs mails peuvent être envoyés chaque jour.
Tout au long du roman, j'avais hâte de savoir ce que contenait la fameuse enveloppe. Je m'imaginais plein de choses mais au final, j'étais loin du compte et ce fut une belle surprise.
J'ai apprécié Adeline Parmelan, une femme seule qui n'hésite pas à se dévoiler à son correspondant en lui racontant ses expériences quotidiennes ou sentimentales réussies ou malheureuses. Par contre, elle a une légère tendance à travestir la réalité pour la rendre plus belle (mais sans se mettre en avant elle-même) et ainsi maintenir l’intérêt de Pierre-Marie Sotto. Ce sont justement ces traits de caractère qui m'ont plu.
Pierre-Marie Sotto, quant à lui m'a parfois un peu énervée. C'est un écrivain seul lui aussi, parfois mufle avec les femmes. Il est devenu égoïste depuis que Véra, sa quatrième femme est partie sans laisser d'adresse. En mal d'inspiration, il voit finalement une bonne distraction dans cette correspondance. Petit à petit, il a besoin d'en savoir plus sur Adeline. Il aime lui poser des questions ou lui donner des conseils et, au fil des pages leurs échanges semblent devenir vitaux pour l'un comme pour l'autre.
Concernant les  autres personnages : Oliver, Josy, Max, et Lisbeth, j'ai trouvé que leurs rôles ne servaient pas à grand chose et qu'ils étaient un peu superflus au récit mais j'ai tout de même apprécié les suivre.
Ce livre écrit à quatre mains a débuté par un échange de mails complètement improvisés et farfelus entre les deux auteurs. Ils ne devaient alors certainement pas imaginer qu'ils se prendraient au jeu au point de s'inventer chacun un personnage et de le faire vivre sans concertation pendant plus de 6 mois. Ils ont dû  bien s'amuser!
Une lecture idéale pour l'été!

Et je danse, aussi

Extrait
"De : Pierre-Marie
        À  : Adeline
        Le 27 février 2013
        Chère Adeline,
        Rempochez (ça se dit ?) vos scrupules. Vous ne me dérangez pas. Votre courrier n’était pas trop long. Si encore j’étais plongé dans l’écriture de mon meilleur roman, alors oui je pourrais m’agacer. Cela m’est souvent arrivé, et je rêve que cela recommence : être tellement dans son travail qu’on considère tout le reste comme une insupportable perte de temps ! Quand l’écriture galope ainsi, je vous jure que c’est une incomparable jubilation. Mais hélas, j’en suis loin en ce moment. Je ne suis plongé dans aucun projet littéraire. C’est la pétole (absence de vent dans l’argot de la navigation). Et cette liberté totale que vous m’enviez, j’y renoncerais volontiers, je la déteste. Je préférerais de loin être ensorcelé par moi-même, pris dans une histoire haletante que je serais en train d’inventer. Mais non, rien, le silence. Pas un souffle d’air. Bon, j’arrête là. Je ne veux pas vous ennuyer avec mes soucis. Je préfère vous dire (allez, j’ose !) que je suis content lorsque je vois apparaître votre nom dans mon courrier électronique.
"

Éditions Fleuve - Épistolaire - 280 pages

mardi 7 juillet 2015

Une putain d'histoire - Bernard Minier

Une putain d'histoire - Bernard Minier
Synopsis : Une île boisée au large de Seattle...
"Au commencement est la peur. La peur de se noyer. La peur des autres, ceux qui me détestent, ceux qui veulent ma peau. Autant vous le dire tout de suite : Ce n'est pas une histoire banale. Ça non. c'est une putain d'histoire. Ouais, une putain d'histoire... "

Mon avis : Chaque thriller de Bernard Minier est pour moi un excellent moment de lecture, et celui-ci n'a pas dérogé à la règle!
Cette "putain d'histoire", c'est celle d'Henry, un adolescent de 16 qui vit sur Glass Island, une petite île isolée de tout et loin d'être paradisiaque notamment à cause de son climat. Avec son petit groupe d'ami, ils prennent le ferry tous les jours pour aller au lycée et son enfer commence lorsque sa petite amie Naomie disparaît lors du retour en bateau  et est retrouvée morte quelques heures plus tard sur une plage de l'île. Et la mère de cette dernière a elle aussi disparu. Après visionnage de la vidéo surveillance du bateau, il apparaît qu'Henry est le dernier à l'avoir vue vivante et qu'en plus ils se sont disputés. Tout accable le jeune homme nouvellement arrivé sur l'île avec ses deux mamans Liv et France. Certains détails mettent la puce à l'oreille de la police particulièrement le fait qu'on ne sache rien de ses deux mères et qu'elles lui interdisent de fréquenter les réseaux sociaux. Sa liberté menacée, Henry mène lui même sa propre enquête pour tacher de se déculpabiliser et heureusement qu'il peut compter sur sa bande d'amis Charlie, Kayla et Johnny.
Une autre intrigue alterne les chapitres : celle de Grant Augustine et de son homme de main et ami Jay. Grant prépare son élection de gouverneur de son État. Cette histoire de meurtre et disparition sur Glass Island dont la presse parle va petit à petit le mettre sur la piste de quelque chose (ou quelqu'un) qu'il cherche depuis plusieurs années...
Même si la façon de penser et de parler comme un ado de Henry m'ont parfois un peu rebutée, il reste mon personnage préféré car finalement, face à l'adversité, il fait preuve de beaucoup de courage et les événements vont lui donner petit à petit plus de maturité.
Deux intrigues en huis clos qui font réfléchir sur le danger du tout numérique.
Un thriller à l'américaine qui change radicalement du Sud Ouest de la France où se situent habituellement les histoires de Bernard Minier. Le style change aussi : Henry étant le narrateur de l'histoire, l'auteur a intentionnellement utilisé un langage plus cru qui convient mieux à un adolescent de 16 ans, d'où certainement le titre "Une putain d'histoire"
Et ce livre, c'est justement une putain de bonne histoire avec une fin inattendue et en apothéose et de nombreux rebondissements que je vous recommande!

Extrait : "Je m’appelle Henry Dean Walker.
J’aime les livres,
les films d’horreur,
les orques et Nirvana
et j’ai seize ans.
Je vis sur Glass Island, une île au nord de Seattle, à quelques milles marins du Pacifique, à l’ouest de Bellingham et du comté de Whatcom, dernière étape avant la frontière américano-canadienne. Elle appartient à un archipel, les San Juan, qui compte sept cent cinquante îles et îlots à marée basse et plus d’une centaine à marée haute. Semés comme une chaussée rocailleuse et couverts de forêts, de petits ports pittoresques et de routes. Toujours des routes : accrochées aux corniches, surplombant estuaires et bras de mer, sinuant tels des ruisseaux dans nos forêts profondes – une vision de l’Amérique.
Ici, les ferries les prolongent. Et, à la place des requins, on a des orques. En hiver, au printemps et à l’automne, il pleut. Ou bien le brouillard est si épais qu’on ne voit pas la côte, ni même la cime des sapins, encore moins celles, enneigées, de la chaîne des Cascades, cent kilomètres plus à l’est. En été, il pleut aussi – mais moins.
[...]
Mais une fois les touristes repartis, Glass Island retrouve son calme. Et sa promiscuité… Ici, tout le monde connaît tout le monde. On est entre soi. C’est une des particularités de notre île : contrairement à Seattle ou à Vancouver, ou même à Bellingham, les gens d’ici laissent leur porte ouverte quand ils vont faire leurs courses, et même parfois quand ils dorment. "

A lire aussi

Éditions XO - Thriller - 524 pages

mercredi 17 juin 2015

Les crèvecoeur (T3 - Germain) - Antonia Medeiros

Les Crèvecoeur (T3) - Germain - Antonia Medeiros
Synopsis : Une fois encore, l’histoire de Germain Crèvecœur semble étroitement liée à la grande Histoire du monde. Mais, otage d’un conflit allemand dans lequel on exploite son talent, et témoin d’un amour contre nature dans lequel il joue les héros malgré lui, il ne pense qu’à assouvir sa passion pour les souliers féminins. Afin qu’elle survive au chaos de l’humanité, Germain signera un pacte avec le diable et acceptera même de revenir dans son antre. Il percera alors le mystère de sa naissance.
De ses jeux de séduction sulfureux à la mélancolie de son cœur solitaire, ce prodigieux chausseur pour dames nous entraîne dans le souffle de la guerre autant que dans le tourbillon de son génie créatif.
Germain est le troisième volet de cette épopée familiale.

Je remercie de nouveau Antonia Medeiros ainsi que les éditions La Bourdonnaye pour la suite de cette intrigue familiale! 

Je remercie de nouveau Antonia Medeiros ainsi que les éditions La Bourdonnaye pour la suite de cette intrigue familiale!  - See more at: http://www.envies-de-livres.fr/2015/03/les-crevecoeur-romain-t2-antonia-medeiros.html#sthash.tm57ceGb.dpuf
Mon avis : Quel plaisir de retrouver la suite de cette saga aux personnages si intrigants! Encore une fois, je suis conquise. Dans ce tome, certaines questions  en suspens à la fin du tout premier livre trouvent leurs réponses. Mais pas toutes... ce qui me fait penser qu'il y aura encore une suite!
Pas facile de parler de ce livre sans dévoiler l'intrigue des deux précédents. Comme dans le tome 2, la lecture de la lettre posthume de Germain à son fils Raphaël continue. Il s'agit ici particulièrement de sa vie, ses réussites et ses échecs mais surtout de ce qu'il a vécu pendant la seconde guerre et ce qu'il a été obligé de faire pour sauver sa peau.
Germain est vraiment attachant. Il vit sa passion pour la confection de souliers féminins à fond. Cette passion lui a été transmise sans le vouloir par son père qui était cordonnier. Ce dernier était un être odieux  au cœur de pierre mais de drôles de collections de chaussures pour dames jalousement gardées avaient éveillé l’intérêt et la curiosité de Germain. Il l'avait décidé depuis sa plus tendre enfance, il serait un grand chausseur reconnu. Et c'est cette ascension et réussite professionnelle qu'il raconte dans la suite de sa lettre. Mais la vie est parfois semée d'embûches et de déconvenues, et Germain a connu la seconde guerre. Son talent et sa créativité ont été mis en pause pendant ce temps même s'il a continué à exercer durant cette période, ce n'était pas pour la bonne cause. Et on sent qu'il s'en mord encore les doigts. Cette lettre à son fils sonne comme une excuse. On sent qu'il a voulu faire la paix avec lui-même et ses vieux souvenirs et expliquer à Raphaël (qu'il n'a connu que jusqu'à ses deux ans) qui il était vraiment.  Petit à petit Germain en apprend plus sur ses origines (même si le lecteur l'avait compris dans le tome 2) et là encore, il n'y a pas de quoi être fier. Pourtant, Germain a toujours eu besoin de reconnaissance. Mais les femmes voyaient en lui un chausseur de talent mais pas l'homme qu'il était réellement  Est-ce cette accumulation de faits peux glorieux qui a poussé Germain à cet acte dramatique? "Qu’allais-je faire maintenant de toutes ces révélations, du poids sans cesse plus lourd de mon héritage familial ? Cela changerait-il quelque chose à ma vie ? Si j’avais su avant, mon destin aurait-il été différent ? Serais-je parvenu à vivre et à exister dans le regard de quelqu’un, moi qui, petit à petit, étais devenu invisible ?" J'espère bien en apprendre davantage très prochainement et à la lecture du dernier paragraphe, je sens que Germain a encore plein de choses à nous révéler!
Une lecture qui fut encore un coup de cœur!

Extrait : "Raphaël, mon enfant, es-tu toujours là ? Est-ce bien toi qui m’as retrouvé au fond de ce cagibi de malheur où sont enterrés tous nos secrets de famille ? Es-tu encore assis, mes lettres entre tes mains, à m’écouter te raconter ce que je n’ai dit à personne ? As-tu encore la patience, la curiosité et l’envie de me suivre là où si peu sont allés, au fin fond de mon âme, au plus profond de mon cœur, dans cet endroit qu’on ne montre à personne, si ce n’est parfois à ses propres enfants ? Reste encore avec moi Raphaël, reste encore un peu, avant qu’il ne soit trop tard, avant que la fin de mon histoire ne nous sépare à jamais. Ne me laisse pas avec ces souvenirs que j’ai trop voulu oublier, ne m’abandonne pas avec ces secrets qui m’ont si lentement empoisonné l’existence. Félix, les Joséphine, Marcel et la petite Hanna, Paris et l’usine Bertram où j’ai monté tous mes rêves, Bayeux et cette maison maudite qui hantait tous mes cauchemars. Reste avec nous Raphaël. L’histoire ne fait que commencer.
Tu penses peut-être que tout cela est loin. 1939, c’était il y a des années. Je t’imagine bien, du haut de ta jeunesse, penser que tout cela était il y a trop longtemps, et que le monde, depuis, a tant changé. La guerre est sans doute une abstraction pour toi, et tu me lis, maintenant, en te disant sûrement que tout cela n’a rien à voir avec ta vie. Mais tu te trompes. La haine des hommes n’échappe pas au temps, leur barbarie est inhérente à leur nature et la peur nous fait faire des actes abominables dont on paie le prix pour le reste de sa vie."

A lire aussi

Éditions La Bourdonnaye - Saga Familiale - 211 pages

dimanche 22 mars 2015

Les Crèvecoeur - Romain (T2) - Antonia Medeiros

Les Crèvecoeur - T2 - RomainSynopsis : Le monde étrange dans lequel grandit Germain Crèvecœur est peuplé de silences, de secrets de famille, de chaussures usées qu’on adule, d’une Chinoise édentée cachée dans un placard et d’une tapisserie légendaire. Prisonnier de Romain et d’Édith – un père à la folie fétichiste et une mère à l’amour excessif –, Germain cultive sa différence et recherche dans l’amertume de sa jeunesse le bonheur et la force d’aimer. Son incroyable parcours fascine, de son enfance à son adolescence, de son apprentissage à la découverte de la sensualité, de l’horreur de la mutilation à la magie de la création. En cela, Romain a marqué son fils de son empreinte indélébile. Entre passions et intrigues familiales, la saga des Crèvecœur est un hymne à la beauté féminine autant qu’un voyage dans le cœur meurtri d’un homme à la sensibilité unique, qui pensait soigner son âme au fond d’une bottine pour dame.

Je remercie de nouveau Antonia Medeiros ainsi que les éditions La Bourdonnaye pour la suite de cette intrigue familiale! 

Mon avis : Après lecture de la première partie des Crèvecœur intitulée "Édith", je me suis empressée de lire la suite tellement ce début était prometteur. Bien que de nombreuses questions restaient en suspens à la fin de ce premier tome et que je n'aie pas eu toutes les réponses auxquelles je m'attendais, cette lecture a été de nouveau un enchantement!
Dans cette seconde partie, Germain est le narrateur et nous raconte son passé. De son enfance marquée par l'amour inconditionnel de sa mère Édith et par la méchanceté et l’égoïsme de son père Romain jusqu'aux débuts de sa vie professionnelle de bottier. Quel plaisir de replonger dans cette atmosphère de début du XXème siècle!
Germain est un enfant timide qui a du mal à dévoiler ses pensées et quand on voit comment son père le traite, on comprend mieux pourquoi! Il ne supporte pas que son fils traîne dans sa cordonnerie et lui pose toujours des centaines de questions.  Surtout que des questions, Romain a de quoi en susciter : il voue un culte très particulier aux chaussures et à sa collection qu'il se constitue petit à petit en dépit de la morale ou de la loi... Du coup, cette passion le rend très secret et aigri, mais Germain est curieux et décide d'en savoir plus et ce qu'il va découvrir dans l'antre de son père a de quoi faire frémir...
En tentant de percer les mystères de son père, Germain va connaître un univers qui le fascine : la cordonnerie et la mode des chaussures. Travailleur et ambitieux, il décide qu'adulte, il y consacrera sa vie professionnelle et sera un grand bottier reconnu dans la France entière.
Grâce à son écriture fluide et documentée, Antonia Medeiros a réussi à me transporter dans cette ambiance pesante mais plaisante et poétique d'un bout à l'autre de cette lecture. Maintenant, je ne regarde plus mes escarpins et mes bottes de la même façon!
J'en redemande et j'ai vraiment hâte que le troisième tome soit publié!

Extrait : "Ma pauvre, me dis-je, vraiment, tu veux tout savoir ? Ma vie minable, mes étranges parents, le pied qui saigne et dont on ne trouve plus les orteils, et la vieille Chinoise qui perd la tête dans ma sinistre maison ? Vraiment ? Et toutes ces chaussures dont j’ai rêvé et que j’essaie de fabriquer pour m’inventer une autre vie ? Par où commencer, que te dire et que te cacher ? Tu n’y comprendrais rien. Ne pas vouloir être le fils d’un père qu’on hait, mais un individu à part entière, ça te dit quelque chose ? Non, c’est bien ce que je pensais. Et comment, là, tout de suite, je voudrais partir parce que je ne supporte déjà plus tes questions sur moi ? Tu veux vraiment que je te dise tout ? Non, Joanne, je ne peux pas, je ne veux pas, parce que tout le bonheur qui se dégage de toi me fascine et en même temps me terrorise."

A lire aussi :

Éditions La Bourdonnaye - Intrigue familiale - 229 pages

mardi 17 mars 2015

Les Crèvecoeur - Edith (T1) - Antonia Medeiros

Les Crèvecoeur - Edith (T1) - Antonia de Medeiros
Synopsis : Germain Crèvecœur, l’un des plus grands créateurs de chaussures pour femmes du xxe siècle, vient d’être retrouvé pendu. L’artiste adulé, mais pourtant tristement solitaire, lègue tous ses biens à son fils caché, Raphaël. Ces richesses comprennent une maison étrange aux murs couverts de souliers féminins et des lettres dans lesquelles le défunt dévoile le roman de sa vie ainsi que ses plus terribles secrets… Tout commence en 1915, avec Édith, femme magnifique et forte, mariée malgré elle à Romain et secrètement amoureuse d’Hektor. Le premier est un cordonnier fétichiste et dangereux, le second un soldat allemand de la Grande Guerre, ennemi de la patrie. Mais l’amour, apatride, se joue des frontières comme des convenances. Entre passions et intrigues familiales, la saga des Crèvecœur est un hymne à la beauté féminine autant qu’un voyage dans le cœur meurtri d’un homme à la sensibilité unique, qui pensait soigner son âme au fond d’une bottine pour dame.

Je remercie Antonia Medeiros ainsi que les éditions La Bourdonnaye pour cette très belle découverte!

Mon avis : Dans ce premier tome de l'histoire familiale des Crèvecoeur, Raphaël apprend qu'il vient d'hériter de son père Germain qui vient de se pendre. Mais il tombe des nues car lorsqu'il avait 4 ans, sa mère lui avait annoncé que son père était mort dans un accident de vélo.
Par curiosité, il se rend à l'enterrement de ce soi-disant père et ne peut que constater sa frappante ressemblance avec le défunt. Il ne cesse alors de se poser des questions sur ce cordonnier renommé dont il vient de recevoir le legs d'une cordonnerie / maison et d’argent. Il décide donc de visiter cette maison, et ce qu'il va y découvrir aura de quoi le surprendre!
Pour tenter d'élucider ce mystère, il va aussi se rendre en mairie pour obtenir des actes de naissance et un livret de famille mais ses recherches ne sont pas  fructueuses.. "Pour Germain, il pouvait fermer la parenthèse de sa vie en 1975, mais il ne savait même pas où il lui fallait l’ouvrir. Quel âge avait son père en réalité ? Pourquoi n’avait-il rien indiqué sur sa pierre tombale ? Quand était-il né ? Où avait-il traversé l’histoire ? Il s’aperçut qu’il avait posé les mauvaises questions, et maintenant, comme toujours, il avait laissé passer son tour. Il regarda la secrétaire de la mairie avec son air important et sa teinture bon marché, et il n’eut pas le courage de quémander à nouveau."
Parallèlement aux recherches de Raphaël, l'auteure alterne les chapitres de flash-back à la fin du XIX siècle pour nous présenter Romain et son épouse Édith avant que cette dernière ne mette au monde Germain. On en apprend donc plus sur les origines du père de Raphaël et on commence à deviner pourquoi cet homme a décidé de se donner la mort...
Je me suis attachée à Édith Gervais/Crèvecoeur, cette femme dévouée et  bénévole à l'hôpital et j'ai eu de la peine en constatant son calvaire : mariée contre son gré à Romain un opportuniste profiteur et porté sur la boisson qui n'hésitera pas à faire partir les parents de son épouse à la guerre pour s'approprier la cordonnerie familiale... Mais heureusement, Édith a trouvé une échappatoire au fiasco de son couple...
A la fin de ce premier tome, beaucoup de questions restent en suspens et j'espère trouver toutes les réponses dans le second tome intitulé "Romain" car j'ai adoré ce début très prometteur. J'adore me plonger dans des atmosphères de temps anciens et Antonia Medeiros a réussi à me transporter dans cette ambiance énigmatique lourde de secrets et de non-dits dès le début.
je vous recommande vivement ce roman captivant et intriguant. Quant à moi, je m'attaque au second tome dès ce soir!

Extrait : "Mon nom est Germain Crèvecœur. Je suis né en 1916 à Bayeux et je serai mort dans quelques semaines.
Germain Crèvecœur, tel est mon nom. Le nom d’un martyr qui aurait fricoté avec l’ennemi. Un mélange âpre de deux mots qui roulent l’un contre l’autre, en imitant un grondement sourd et profond. Germain Crèvecœur. Entendez-le rouler dans le fond de votre gorge, comme un crachat prêt à être projeté. Écoutez sa musique qui vous hante encore quand on a fini de le dire, comme un relent de mélodie qu’on aurait voulue douce et réconfortante, mais qui s’éternise désagréablement dans votre mémoire. Germain Crèvecœur. Écoutez-le vous irriter. Mon nom est comme une tâche séchée sur un pantalon de velours, il faut la gratter longtemps, du bout de l’ongle, et entendre ce frottement rude et répétitif, avant de la voir disparaître complètement. Mon nom est un nom dur et amer qui m’a interdit la complaisance et qui, comme moi, a toujours souffert de ne pas être invisible.
Moi, j’aurais voulu un nom lisse et fugace qui disparaîtrait de la mémoire des gens sitôt prononcé. Un nom qui n’évoque rien, à peine un visage que l’on a tôt fait d’oublier, tant il est fade et inintéressant. Un nom si ordinaire qu’il me laisserait errer en toute liberté, glissant imperceptiblement d’oreille en oreille, en s’accrochant à peine aux parois du souvenir. Un nom qui m’assimilerait à n’importe qui et qui me rendrait, finalement, comme tout le monde. Mais Germain Crèvecœur est tout sauf simple et ordinaire. C’est un nom qui ne souffre pas l’abandon. C’est un nom qui continue d’exister, même une fois prononcé, et qui s’acharne à vous retrouver et à vous parler, même quand il n’est plus. C’est un nom que je trouve terrible et fascinant parce qu’il a sa propre existence. Toute ma vie, j’ai été hanté par mon nom, comme si c’était lui qui voulait me donner du sens, comme si c’était lui, et non plus moi, qui dirigeait mon existence
."

Éditions La Bourdonnaye - Intrigue Familiale - 188 pages

lundi 9 mars 2015

Kafka sur le rivage - Haruki Murakami

Kafka sur le rivage - Haruki Murakami
Synopsis : Kafka Tamura, quinze ans, fuit sa maison de Tokyo pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. Nakata, vieil homme simple d'esprit, décide lui aussi de prendre la route, obéissant à un appel impérieux, attiré par une force qui le dépasse. Lancés dans une vaste odyssée, nos deux héros vont croiser en chemin des hommes et des chats, une mère maquerelle fantomatique et une prostituée férue de Hegel, des soldats perdus, un inquiétant colonel, des poissons tombant du ciel, et encore bien d'autres choses... Avant de voir leur destin converger inexorablement, et de découvrir leur propre vérité.

Mon avis : Quasiment tous les livres de Haruki Murakami que j'ai lus ont été des coups de cœur. Et celui-ci n'échappe pas à la règle!
J'adore la façon dont l'auteur nous amène chaque fois d'une histoire tout à fait plausible à un univers fantastique sans que les frontières soient très nettes. Je trouve qu'il sait parfaitement doser le rapport entre le réel et l'imaginaire pour nous transporter dans des histoires qui ne sont pas du tout abracadabrantes, mais qui ressembleraient plutôt à de magnifiques rêves. Le tout avec un style toujours fluide et poétique.
Le second point positif de ce livre est que l'on s'attache vraiment aux personnages soit pour leur naïveté ou leur candeur, soit pour l'influence positive qu'ils ont sur les autres.
Tout au long de cette lecture j'ai été happée par les histoires parallèles de Kafka Tamura et de Nakata qui se succèdent à tour de rôle un chapitre sur deux. Si je me doutais depuis le début que les destinées de Kafka et Nakata allaient se rejoindre, j'étais loin de me douter de quelle manière et pourquoi... La quête de vérité  des deux personnages va les mener à entreprendre chacun un très long voyage en parallèle guidés par une force qui les dépasse...
J'ai été particulièrement émue par Nakata, ce vieil homme devenu simple d'esprit qui a le don de communiquer avec les  chats et qui parle de lui toujours à la troisième personne souvent à la manière d'un enfant. Si au premier abord les gens qu'il rencontre le jugent gâteux, il a le don de déclencher de l'empathie sur les autres et parvient même à révéler ce qu'ils ont de meilleur en eux (je pense particulièrement à Hoshino).
Kafka est un personnage auquel je me suis aussi beaucoup attachée. Il a beaucoup de maturité du haut de ses 15 ans, il adore lire et a une culture littéraire incroyable pour son âge. Il sait prendre du recul sur les événements et du coup, agit toujours avec discernement.
Je remarque que plus de deux semaines après avoir fini ce livre, je me souviens parfaitement des prénoms de tous les personnages (ce qui est très rare pour moi d'autant plus que ces prénoms japonais ne sont pas faciles à retenir) ce qui prouve que "Kafka sur le rivage" est bien parti pour rester très longtemps gravé dans ma mémoire.
Une magnifique lecture dont on voudrait qu'elle ne se termine jamais et que l'on finit avec regret tellement l'histoire est captivante et belle. Je  recommande vivement ce pavé livre !

Extraits : "Nous perdons tous sans cesse des choses qui nous sont précieuses... des occasions précieuses, des possibilités, des sentiments qu'on ne pourra pas retrouver. C'est cela aussi vivre. Mais à l'intérieur de notre esprit - je crois que c'est à l'intérieur de notre esprit - il y a une petite pièce dans laquelle nous stockons le souvenir de toutes ces occasions perdues. Une pièce avec des rayonnages, comme dans cette bibliothèque, j'imagine. Et il faut que nous fabriquions un index, avec des cartes de références, pour connaître précisément ce qu'il y a dans nos cœurs. Il faut aussi balayer cette pièce, l'aérer, changer l'eau des fleurs. En d'autres termes, tu devras vivre dans ta propre bibliothèque."
            " Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la sienne. Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête change son rythme elle aussi. C'est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de fois, comme une danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant l'aube. Pourquoi ? parce que la tempête n'est pas un phénomène venu d'ailleurs sans aucun lien avec toi. Elle est toi même et rien d'autre. elle vient de l'intérieur de toi. Alors la seule chose que tu puisses faire, c'est pénétrer délibérément dedans, fermer les yeux et te boucher les oreilles afin d'empêcher le sable d'y entrer, et la traverser pas à pas. Au coeur de cette tempête, il n'y a pas de soleil, il n'y a pas de lune, pas de repère dans l'espace ; par moments, même, le temps n'existe plus. Il n'y a que du sable blanc et fin comme des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête de sable que tu dois imaginer."

A lire aussi
1Q84 livre 2 (Juillet - Septembre)♥♥♥
1Q84 livre 3 ( Octobre - décembre)
L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage 

Éditions 10/18 - Littérature contemporaine Fantastique - 637 pages

dimanche 18 janvier 2015

Pour une liberté - Mathieu Mériguet

Pour une liberté - Mathieu Mériguet
Synopsis : Quentin vit avec sa fiancée en banlieue parisienne. La vie est morose, il est temps de rentrer à la propriété familiale, une vaste bâtisse située dans le sud de la France, perdue dans la forêt. Paul, son frère, veille sur la propriété en attendant le retour de Quentin. Bûcheron de métier, il vit loin de la civilisation, à l’abri de ses dangers. Il est en communion totale avec la nature, qui lui permet de trouver le repos qu’il cherche. Mais Paul se montre mystérieux depuis quelques mois. Il est distant, et les rumeurs courent à son sujet. Au village, tout le monde redoute Paul, cet ermite robuste et solitaire, qui agit avec une obsession grandissante. Mais plus que tout, c’est la propriété qui inquiète, cette immense maison perdue dans les bois, qui porte dans ses murs un lourd passé. Quel mystère cache donc la forêt ? Que va découvrir Quentin une fois sur place ?

Je remercie Mathieu Mériguet pour l'envoi de son livre!

Mon avis : Rien qu'à la lecture du synopsis, je pensais que j'allais aimer et je ne me suis pas trompée! Ce livre est une très belle découverte et il n'est d'ailleurs pas passé loin du coup de cœur. Même si je n'ai eu aucune empathie pour Quentin, le personnage principal que j'ai trouvé trop sûr de lui, égoïste et arrogant, ma lecture a été un très bon moment. Je reproche souvent aux thrillers psychologiques d'avoir des intrigues alambiquées et trop de personnages. Ici, ce n'est absolument pas le cas. L'histoire se déroule en huis-clos entre 5 personnages : Quentin et Caroline, Paul (le frère de Quentin), Gaby (l'ami d'enfance de Paul) ainsi qu'une cinquième personne que je vous laisse découvrir... Ces personnages sont tout à fait crédibles et leurs profils psychologiques sont bien décrits avec leurs forces et leurs faiblesses. On comprend alors aisément comment chacun en est arrivé là.
L'intrigue se met en place au fil de la lecture, et si j'ai souvent deviné ce qui allait se passer par la suite, j'étais loin d'avoir tout imaginé! Les pages se tournent toutes seules et si j'ai pensé qu'après la découverte de Quentin vers la moitié du livre l'histoire allait s'enliser, je me suis encore une fois trompée. Au contraire, c'est là qu'on découvre la vraie nature de Quentin!
Par ailleurs, je trouve que le titre est très bien choisi et correspond bien à l'histoire même si je pense que "liberté" aurait pu être écrite au pluriel... (Mais je ne vous en dis pas plus là non plus...)
Mon seul petit bémol sur cette lecture, c'est la fin. Je trouve qu'elle est arrivée trop brutalement et qu'elle est moins magistrale que le reste du livre. J'étais tellement plongée dans le livre que j'aurais aimé qu'elle soit plus originale et plus développée.
Un livre que je recommande donc! Quant à moi, j'ai bien envie de découvrir "Engrenage" le premier livre de Mathieu Mériguet.

Extrait : "Déjà, je planifiais la façon dont nous occuperions l’espace. Mon frère continuerait à vivre au rez-de-chaussée. Il avait pris possession des lieux depuis des années. Caroline et moi, en revanche, nous installerions au second étage, nous aurions ainsi notre intimité préservée. La question avait son importance, car elle suscitait une vive discorde entre ma fiancée et moi. Autant l’idée de vivre à la campagne la séduisait, autant elle n’était pas rassurée par la perspective de partager la maison avec mon frère. Mais il y avait une bonne raison à cela. Paul avait fait de la prison quelques années plus tôt, et depuis qu’elle le savait, Caroline avait perdu toute sympathie pour lui. Je lui en voulais d’être aussi bornée, car Paul n’était pas un meurtrier. Loin de là, il était même innocent. Il avait écopé d’une peine de prison ferme à l’âge de dix-sept ans. Il s’était dénoncé pour avoir tiré un coup de fusil dans la jambe de son meilleur ami, Gaby, de quatre ans son aîné. Le genou de ce dernier y était resté, et depuis, il était boiteux, sans guérison possible."

Éditions CreateSpace - Thriller - 393 pages

lundi 13 octobre 2014

Entre mes mains le bonheur se faufile - Agnès Martin-Lugand

Entre mes mains le bonheur se faufile - Agnès Martin-Lugand
Synopsis : Depuis l’enfance, Iris a une passion pour la couture. Dessiner des modèles, leur donner vie par la magie du fil et de l’aiguille, voilà ce qui la rend heureuse. Mais ses parents n’ont toujours vu dans ses ambitions qu’un caprice : les chiffons, ce n’est pas « convenable ». Et Iris, la mort dans l’âme, s’est résignée.
Aujourd’hui, la jeune femme étouffe dans son carcan de province, son mari la délaisse, sa vie semble s’être arrêtée. Mais une révélation va pousser Iris à reprendre en main son destin. Dans le tourbillon de Paris, elle va courir le risque de s’ouvrir au monde et faire la rencontre de Marthe, égérie et mentor, troublante et autoritaire…
Portrait d’une femme en quête de son identité, ce roman nous entraîne dans une aventure diabolique dont, comme son héroïne, le lecteur a du mal à se libérer.

Mon avis : Après "Les gens heureux lisent et boivent du café", que (contrairement à la majorité) je n'avais pas du tout aimé, j'ai voulu laisser une nouvelle chance à l'auteure. Et j'ai bien fait!
Iris est une trentenaire qui vit plus pour les autres que pour elle-même. Son travail ne la satisfait pas, et la routine avec son mari médecin hospitalier toujours absent commence à lui peser. Elle ne s'épanouit pas. Elle aurait aimé vivre de sa passion : la couture. Mais à l'époque de sa scolarité, ses parents voyaient le métier de couturière d'un mauvais œil et lui ont caché qu'elle avait été acceptée à l'école pour laquelle elle avait postulé. L'apprenant 10 ans plus tard par hasard lors d'un repas de famille, Iris est bouleversée et cette révélation la pousse à prouver à sa famille et son mari que, contrairement à ce qu'ils croient, elle est capable d'y arriver. Elle décide de retenter sa chance et est de nouveau acceptée. Elle démissionne de la banque dans laquelle elle travaille et organise son départ à Paris où elle restera toute la semaine et ne rentrera que les week-end. Pierre, son mari, n'accepte ces 6 mois de formation qu'à la condition qu'à son retour, elle exerce à domicile et lui fasse un enfant. Si je me doutais de certaines choses, j'étais loin d'imaginer ce qui allait se passer ensuite!
Je me suis attachée à Iris et ai apprécié suivre son évolution, son épanouissement et sa prise de confiance. En se rendant à cette formation, elle va découvrir des expériences qu'elle aurait dû connaître avant mais que l'emprise de son mari (pourtant distant) lui interdisait. Cet éloignement et sa rencontre avec Marthe, la directrice de l'école, Jacques, le majordome et Gabriel, le "fils" de Marthe, vont petit à petit lui ouvrir les yeux.
J'ai aussi beaucoup aimé l'univers de la création artistique, de la couture et de la minutie dans lequel elle évolue. Grâce à ses cours et à Marthe, elle va apprendre à se mettre en valeur grâce à ses tenues et son maintien.
Cette prise de confiance, ne plaît pas à Pierre, qui, au début, lui casse tous ses espoirs dans l’œuf en la rabaissant souvent. Mais, voyant, que sa femme commence à lui échapper, certainement par jalousie, et pour continuer sa subtile manipulation, son comportement change du tout au tout... Iris est alors tenaillée entre son mari et la très énigmatique Marthe pleine de bonnes intentions envers sa nouvelle petite protégée mais parfois très possessive avec un comportement plutôt étrange ...
Un roman qui se lit d'une traite et que je vous recommande vivement!

Extrait : "J’avais trente et un ans, un mari bien plus préoccupé par sa carrière que par sa femme – qui venait de se rappeler que nous devions avoir une famille nombreuse ; un travail dont le seul mérite était de m’empêcher de tourner dingue, seule et perdue dans ma grande maison vide. Je n’étais que la femme de Pierre. Rien d’autre. Je savais pertinemment ce que l’on attendait de moi : que je sois une petite femme gentille et docile, souriant béatement aux exploits professionnels de son cher et tendre, et bientôt une mère au foyer exemplaire, enchaînant les grossesses et accompagnant les sorties scolaires. J’entendais déjà ma belle-mère me dire à quel point c’était merveilleux que je sache coudre : « Vous pourrez faire les déguisements pour l’école et la crèche vivante. » Les femmes de médecins n’ont pas besoin de travailler. Je refusais cet archaïsme. Mes parents avaient décidé pour moi au-delà de ce qui était permis. Mon mari n’allait pas s’y mettre à son tour. Je n’allais pas être réduite à un rôle de poule pondeuse de têtes blondes.
Nous étions en train de nous perdre, embourbés dans la routine et l’incompréhension la plus totale. Je devais prendre les choses en main. Pierre portait sa part de responsabilités, mais je commençais à admettre que j’y étais pour beaucoup. Mon laisser-aller, ma passivité, mon amertume des derniers temps participaient à l’étiolement de notre couple. Ma reconversion professionnelle allait nous sauver, et je devais le prouver à Pierre. J’allais redevenir celle dont il était tombé amoureux.
"

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Éditions Michel Lafon - Littérature contemporaine - 336 pages

jeudi 11 septembre 2014

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage - Haruki Murakami

L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage - Haruki Murakami
Synopsis : Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d'université jusqu'au mois de janvier de l'année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort.
À Nagoya, ils étaient cinq amis inséparables. L'un, Akamatsu, était surnommé Rouge ; Ômi était Bleu , Shirane était Blanche et Kurono, Noire. Tsukuru Tazaki, lui, était sans couleur.
Tsukuru est parti à Tokyo pour ses études ; les autres sont restés.
Un jour, ils lui ont signifié qu'ils ne voulaient plus jamais le voir. Sans aucune explication. Lui-même n'en a pas cherché.
Pendant seize ans, Tsukuru a vécu comme Jonas dans le ventre de la baleine, comme un mort qui n'aurait pas encore compris qu'il était mort.
Il est devenu architecte, il dessine des gares.
Et puis Sara est entrée dans sa vie. Tsukuru l'intrigue mais elle le sent hors d'atteinte, comme séparé du monde par une frontière invisible.
Vivre sans amour n'est pas vivre. Alors, Tsukuru Tazaki va entamer son pèlerinage. À Nagoya. Et en Finlande. Pour confronter le passé et tenter de comprendre ce qui a brisé le cercle.

Mon avis : Après mon coup de cœur pour la trilogie 1Q84, j'avais hâte de me replonger dans l'univers si particulier d'Haruki Murakami, et malgré une fin en suspens, j'ai beaucoup aimé!
16 ans après avoir été rejeté par ses amis de lycée sans raison apparente, Tsukuru, décide de revoir un à un ses amis pour tenter de comprendre. Déjà 16 ans que Tsukuru vit avec cette plaie jamais cicatrisée, et, aux dires de Sara, sa petite amie, cette blessure l’empêche de mener une vie normale d'adulte de 36 ans. C'est donc sur ses conseils qu'il repart à Nagoya, la ville de son enfance pour rencontrer Rouge et Bleu. Très vite, ils vont lui avouer le drame que leur a raconté Blanche à l'époque et qui les avait poussés à s'éloigner de lui. L'événement qu'elle leur avait alors décrit est très  grave et impliquait directement Tsukuru. Malheureusement, il n'aura jamais d'explication avec elle car la malheureuse a été étranglée six ans plus tôt. Alors, ses anciens amis lui conseillent de rencontrer Noire qui doit certainement en savoir plus qu'eux, puisque entre filles, elles ont certainement dû se faire des confidences. Tsukuru entreprend donc un voyage en Finlande pour rencontrer Noire. Et cette dernière a des révélations à lui faire...
J'ai particulièrement aimé ce roman car, comme à son habitude, Haruki Murakami navigue entre le réel et le fantastique. Contrairement à 1Q84, le fantastique et le réel sont ici bien distincts : Le fantastique ne prend place que lors des rêves de Tsukuru ou lors  du récit de Haida concernant son père. J'ai d'ailleurs adoré cet aparté concernant la mort et j'ai trouvé sa philosophie très belle :  "Ce serait de transférer à quelqu’un d’autre cette qualification, si je puis dire, ce “token”, ce jeton pour la mort. En bref, cela reviendrait à trouver quelque part quelqu’un qui mourrait à ma place. Et après lui avoir passé le bâton de témoin, je m’en irais en disant : “Je vous en prie, après vous !” [...] Ce que je dois faire, c’est trouver un homme qui émet une certaine sorte de couleur, qui brille d’une certaine façon. Le “token” de la mort est en effet réservé à ce genre de personne. Ce n’est pas quelque chose que je peux transmettre à n’importe qui."
"L'incolore Tsukuru Tasaki et ses années de pèlerinage" est un livre  sur la quête de soi entreprise par Tsukuru pour comprendre les raisons du passé qui l'ont fait devenir l'homme qu'il est aujourd'hui. J'ai trouvé que toutes les problématiques abordées par l'auteur (les études, la réussite, l'amitié, l'amour, la sexualité, la mort et le voyage) étaient très finement décrites et les portraits psychologiques des personnages très réussis.
Après lecture de plusieurs auteurs japonais (ou romans qui se passent au japon) , je me rends compte que j'aimerais vraiment découvrir ce pays et ses mentalités, et mes lectures  me donnent  envie d'y faire un voyage..
Un livre de cette rentrée littéraire 2014 que je recommande!

Extrait : "Quand Tsukuru Tazaki revint chez lui, il sortit un vieil agenda du tiroir de son bureau, l’ouvrit à la rubrique des adresses, et tapa précisément sur son ordinateur le nom de ses quatre amis, leur adresse d’alors et leur numéro de téléphone. 
Kei Akamatsu (Rouge)
Yoshio Ômi (Bleu)
Yuzuki Shirane (Blanche)
Eri Kurono (Noire)
Tandis qu’il contemplait sur l’écran leurs quatre noms alignés, toutes sortes de pensées l’assaillaient simultanément. Le temps qui, vraisemblablement, avait déjà passé semblait flotter autour de lui. Ce temps passé commençait à se fondre et à s’unir sans bruit au temps réel qui s’écoulait ici aujourd’hui. Comme de la fumée qui s’immisce dans une maison par les plus minces interstices de la porte. Une fumée sans odeur et sans couleur. Puis Tsukuru revint soudain à la réalité, il appuya sur une touche du clavier et envoya le mail à Sara. Il vérifia que le message était bien parti et éteignit l’ordinateur. Enfin, il attendit que le temps revienne de nouveau sur la phase « réalité ».
« J’ai un intérêt personnel vis-à-vis de tes quatre anciens amis. J’ai envie d’en savoir davantage sur eux. Sur ces gens qui sont collés sur ton dos aujourd’hui encore. »
Ce qu’avait dit Sara était sans doute exact, pensait Tsukuru, allongé sur son lit. Ces quatre personnes étaient aujourd’hui encore collées sur son dos. Bien plus fermement que Sara ne le croyait.
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Éditions Belfond - Littérature contemporaine - 384 pages

lundi 11 août 2014

Le Cercle - Bernard Minier

Le cercle - Bernard Minier
Mon résumé : Juin 2010. Le commandant Martin Servaz reçoit un énigmatique e-mail. Julian Hirtmann, le mystérieux pensionnaire de l'Institut psychiatrique Wargnier, dont personne ne sait, depuis son évasion il y a dix-huit mois, s'il est vivant ou mort, serait-il de retour ?
Pendant ce temps, à une dizaine de kilomètres, une professeur de civilisation antique est assassinée, un artiste suédois brûlé vif, un éleveur de chiens dévoré par ses animaux. Que se passe-t-il autour de Marsac et de ce cercle d'étudiants qui réunit l'élite de la région et dont Servaz a fait partie ?
Aidé par Espérandieu et Irène Ziegler, Servaz va découvrir l'existence d'un jeu sinistre et rouvrir de terribles blessures. Il devra également protéger ceux qu'il aime de la menace Hirtmann, à commencer par Margot, sa fille, étudiante à Marsac.

Mon avis : Ayant adoré "Glacé" j'étais impatiente de poursuivre les aventures de Martin Servaz mais je dois avouer que j'ai été déçue! Pour moi, ce livre est beaucoup trop long (790 pages!), il y a trop de personnages, trop de pistes mais pas beaucoup de rebondissements. Trois enquêtes menées en parallèle (une par Servaz et son équipe, une par Ziegler et une par Margot) et un chapitrage dont je n'ai vraiment pas compris le concept ont eu raison de ma concentration et j'avoue que j'ai souvent perdu le fil de ma lecture... J'ai parfois été tentée d'abandonner  mais ma curiosité l'a emporté. Certes le dénouement est pas mal et je ne m'y attendais pas, mais avant d'y parvenir l'auteur brouille les pistes et de nouveaux personnages font leur apparition, du coup, j'ai trouvé le tout plutôt brouillon et difficile à suivre.
Sinon, côtés positifs (il y en a quand même) j'ai aimé retrouver Servaz. J'ai trouvé qu'il avait un peu mûri depuis "Glacé" il est un peu moins tête brûlée. Il a réussi à prendre du recul par rapport à sa situation et aux raisons qui l'ont amené à intégrer la police. Il se fait beaucoup moins de soucis pour sa fille Margot qui est maintenant étudiante et pensionnaire. Depuis "Glacé", il s'est écoulé un an et demi et Margot a elle aussi gagné en maturité. Ses comportements sont beaucoup plus réfléchis, et au niveau sentimental, elle semble être revenue à une situation moins ambiguë. (Dans Glacé, elle sortait avec un homme de l'âge de son père...). J'ai aimé aussi retrouver Irène Ziegler la gendarme. Après les évènements de Saint-Martin de Comminges, elle a été rétrogradée et exerce dans une petite gendarmerie de campagne ou elle semble s'ennuyer un peu. Alors elle collectionne tout ce qui a trait à Julian Hirtmann qui a disparu depuis...  Pensant qu'elle peut aider Servaz c'est tout naturellement qu'elle prend l'initiative de mener sa propre enquête en parallèle mais sans en informer sa hiérarchie. Encore une fois, elle risque gros pour sa carrière.
Même si Glacé et Le Cercle peuvent se lire indépendamment, je pense que les lecteurs qui commenceraient par ce second tome seraient encore plus perdus que moi. Il y a tellement de personnages, que je pense qu'il est préférable d'avoir lu Glacé pour arriver à les situer les uns par rapport aux autres...
J'ai le troisième livre de l'auteur dans ma PAL ("N'éteins pas la lumière") mais je pense que je ne vais pas le lire de suite surtout quand je vois les notes obtenues sur Livraddict!

Extrait : "Elle ne se souvenait plus combien de semaines, de mois s'étaient écoulés depuis son enlèvement. Depuis sa vie d'avant. Une fois par semaine environ, peut-être plus, peut-être moins, il lui ordonnait de passer le bras par le judas et lui faisait une injection intraveineuse. C'était douloureux, parce qu'il était maladroit et le liquide épais. Elle perdait connaissance presque aussitôt et, quand elle se réveillait, elle était assise dans la salle à manger, là-haut, dans le lourd fauteuil à haut dossier, les jambes et le torse attachés à son siège. Lavée, parfumée et habillée... Même ses cheveux fleuraient bon le shampooing, même sa bouche d'ordinaire pâteuse et son haleine qu'elle soupçonnait pestilentielle le reste du temps embaumaient le dentifrice et le menthol. Un feu clair pétillait dans l'âtre, des bougies étaient allumées sur la table de bois sombre qui brillait comme un lac, et un fumet délicieux s'élevait des assiettes. Il y avait toujours de la musique classique qui montait de la chaîne stéréo. Comme un animal conditionné, dès qu'elle entendait la musique, qu'elle voyait la lueur des flammes, qu'elle sentait les vêtements propres sur sa peau, elle se mettait littéralement à saliver. Il faut dire qu'avant de l'endormir et de la sortir de son cachot, il la faisait toujours jeûner pendant vingt-quatre heures."

La phrase que je retiendrai : "Partout où luit la télévision veille quelqu'un qui ne lit pas."

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Éditions Pocket - Thriller - 790 pages

dimanche 20 juillet 2014

Glacé - Bernard Minier

Glacé - Bernard Minier
Mon résumé : Saint Martin dans les Pyrénées. Le commandant Martin Servaz est appelé sur les lieux d'un crime. Quand il découvre que la victime n'est autre qu'un cheval décapité accroché à une falaise glacée en haut d'un téléphérique près d'une centrale hydroélectrique, il est outré. En effet, il  enquête actuellement sur le meurtre d'un SDF et pense que  ce pauvre SDF mérite plus d'attention qu'un cheval... Mais très vite, il apprend que le cheval ainsi que la centrale hydroélectrique appartiennent à un notable et homme d'affaires réputé de la région : Eric Lombard. Puis c'est au tour de deux hommes, cette fois-ci, d'être assassinés. L'un pendu à un pont métallique, dans la vallée, l'autre à une télécabine. Et sur chacune des trois scènes de crime, on trouve l'ADN de Julian Hirtmann, un tueur en série interné à l'institut Wargnier, un hôpital psychiatrique de haute sécurité situé juste à côté ou sont enfermés les fous les plus dangereux d'Europe....

Mon avis : J'ai adoré! C'est même un coup de cœur! J'ai été tenue en haleine jusqu'à la fin, et, encore une fois, je n'ai pas vu venir le coupable! Les personnages sont tous atypiques et attachants. 
Martin Servaz, fan de musique classique, un peu rêveur et philosophe, voulait devenir écrivain mais s'est retrouvé dans la police pour tenter de comprendre la mort de sa mère. Perfectionniste, il n'hésite pas à se mettre en danger pour résoudre ses enquêtes. Il s'occupe de sa fille Margot, une adolescente de 17 ans qu'il a parfois du mal à comprendre. Il fait tout pour la protéger mais entre eux, il y a une profonde incompréhension surtout lorsqu'il apprend qu'elle sort avec un homme marié qui a 20 ans de plus qu'elle. 
Au commissariat, il peut compter sur l'aide de ses collègues Vincent Espérandieu  et Samira Cheung. Les crimes faisant grand bruit dans la région, ils reçoivent l'aide de la gendarmerie et notamment d'Irène Ziegler la gendarme lesbienne qui n'a peur de rien, adepte des sports à risque, elle est l'exact opposé de Servaz.
Parallèlement, Diane Berg, une jeune psychologue suisse vient d'être embauchée à l'institut Wargnier. Très vite inquiète par les traitements peu conventionnels et par l'hostilité  du personnel à son égard,  elle va faire des découvertes un peu malgré elle et va voir que certains membres du personnel ont un comportement bizarre. Elle mène l'enquête de son coté car elle veut comprendre comment l'ADN de Julian Hirtmann a pu se retrouver sur les scènes de crimes alors que le détenu ne peut pas se sauver de ce centre de haute sécurité.
Concernant l'intrigue en elle même, je vous laisse la découvrir car je crois que j'en ai assez dit dans mon résumé ci-dessus...
J'ai hâte de lire la suite des enquêtes de Martin Servaz dans "Le cercle"!

Extrait : "Tiens , si tu avais le choix au moment des élections entre trois candidats: le premier à moitié paralysé par la polio, souffrant d'hypertension, d'anémie et de nombreuses pathologies lourdes, mentant à l'occasion, consultant une astrologue, trompant sa femme, fumant des cigarettes à la chaîne et buvant trop de martinis; le deuxième obèse, ayant déjà perdu trois élections fait une dépression et deux crises cardiaques, fumant des cigares et s'imbibant le soir au champagne, au porto, au cognac et au whisky avant de prendre deux somnifères; le troisième enfin un héros de guerre décoré, respectant les femmes, aimant les animaux, ne buvant qu'une bière de temps en temps et ne fumant pas, lequel choisirais-tu? Servaz sourit.
_ Je suppose que vous vous attendez à ce que je réponde le troisième?
_ Et bien bravo, tu viens de rejeter Roosevelt et Churchill et d'élire Adolf Hitler. Tu vois: les choses ne sont jamais ce qu'elles paraissent.
"

Éditions Pocket - Thriller - 725 pages

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