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vendredi 28 mars 2014

L'analphabète qui savait compter - Jonas Jonasson

L'analphabète qui savait compter - Jonas Jonasson
Mon résumé : Rien n'aurait dû amener Nombeko Mayeki, une jeune femme noire d'Afrique du Sud à rencontrer un jour le Premier Ministre et le Roi de Suède. Videuse de latrines à  Soweto depuis l'âge de 5 ans, rien ne la prédisposait à vivre un jour une aventure déjantée dans les plus hautes sphères de la politique internationale. Mais le destin en a décidé autrement le jour de ses 15 ans lorsqu'elle fût renversée par un ingénieur ivre. Elle a été jugée coupable de se trouver sur le mauvais trottoir au mauvais moment et a été condamnée à une peine de travaux domestiques chez ledit ingénieur pendant 7 ans! Mais très vite, montrant des capacités de calcul impressionnantes, elle va se retrouver mêlée malgré elle aux affaires de l'ingénieur alcoolique. Et il est question de bombes nucléaires qui devaient être fabriquées au nombre de 6 et qui seront finalement 7! Commence alors pour Nombeko une aventure rocambolesque aux cotés de la septième bombe...

Mon avis : Tout aussi déjanté que Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire  mais beaucoup mieux! Les situations loufoques m'ont fait rire du début à la fin.
Comme dans le précédent roman de Jonas Jonasson, l'histoire se passe sur plusieurs décennies et nous raconte la vie de Nombeko, (une jeune Sud-Africaine) de son enfance dans les quartiers pauvres de Soweto en passant par son adolescence en tant que femme de ménage qui  effectue sa peine pour s’être trouvée sur le mauvais trottoir au moment où l'ingénieur alcoolisé passait en voiture jusqu'à son arrivée en Suède et les rencontres improbables  qu'elle y a fait.
Tous ces personnages complètement loufoques rendent cette lecture jubilatoire :
Nombeko, bien qu'analphabète sait parfaitement compter et son intelligence est nettement supérieure à la moyenne. Elle sait parler plusieurs langues ce qui va lui permettre de  manipuler de grandes figures politiques telles que le Roi de Chine, le Président Sud-Africain ou encore le Premier Ministre et le Roi de Suède. Prisonnière de l'ingénieur, elle va trouver le moyen de s'échapper jusqu'en Suède  grâce à la septième bombe. C'est là-bas qu'elle va rencontrer ses nouveaux amis qui vont l'aider à remettre la bombe nucléaire aux autorités. Mais ce n'est pas facile de se débarrasser d'un objet si fragile et si encombrant sans se faire remarquer...
Holger et Holger les jumeaux que tout oppose tant par l'intelligence que par le caractère et dont seulement l'un des deux a une existence officielle.
Célestine, aussi surnommée "la jeune colérique", petite amie de Holger 1 et encore plus bête que lui (faut le faire!).
La Comtesse Virtanen (grand-mère de Célestine), simple cultivatrice de pommes de terre qui se prend pour une grande dame.
Beaucoup d'autres hurluberlus gravitent autour de cette joyeuse bande pour notre plus grand plaisir, mais je vous laisse les découvrir lors de votre lecture.
J'ai aimé l'humour de l'auteur pour nous parler de sujets graves comme le racisme ou l'intolérance entre les peuples.
Par contre, j'ai un peu moins apprécié la fin car j'ai trouvé qu'elle traînait un peu en longueur et partait un  peu dans tous les sens.
Je garderai un bon souvenir de cette lecture drôle et divertissante.

Extrait : "Henrietta voulait des enfants, de préférence autant que possible. Sur le fond, Ingmar trouvait que c'était une bonne idée, pour la principale raison qu'il appréciait le processus de fabrication."
"Un chantier de démolition s'appelle ainsi parce que le bâtiment en question est voué à être démoli. Personne n'y habite. Sauf celui de Gnesta, dans le Sörmland, où résidaient un potier américain, deux frères à la fois remarquablement semblables et différents, une jeune femme en colère, une réfugiée sud-africaine qui s'était fait la malle et trois jeunes filles chinoises à l'esprit brouillon. Toutes ce personnes vivaient à proximité immédiate d'une bombe atomique de trois mégatonnes, dans une Suède dépourvue d'arme nucléaire"

A lire aussi

Éditions Presses de la Cité - Littérature contemporaine - 475 pages

lundi 17 février 2014

L'Amour sans le faire - Serge Joncour

Mon résumé : Franck n'a pas revu ses parents depuis plus de dix ans. Un jour, lorsqu'il décide de leur téléphoner pour enfin prendre de leurs nouvelles, c'est  un enfant qui porte le même prénom que son frère décédé quelques années plus tôt qui décroche : Alexandre.  Poussé par sa curiosité, Franck décide de retourner à l'improviste dans la ferme familiale pour en avoir le coeur net et savoir qui est cet enfant de 5 ans qui lui a répondu.
Le petit Alexandre est le fils de son frère,  et de sa veuve, Louise. Elle en a confié la garde aux parents de Franck car sa situation professionnelle très instable, ne lui permet pas d'élever correctement un enfant. Louise vient justement d'arriver elle aussi dans cette ferme pour passer quelque jours avec son fils.
Franck et Louise sont deux êtres abîmés par la vie, ils ne se connaissaient pas avant, se parlent peu mais semblent se comprendre. En effet, entre eux plane le souvenir d'Alexandre. Dans le silence de cet été chaud et ensoleillé, autour de cet enfant de cinq ans, « insister » finit par ressembler, tout simplement, à la vie réinventée.
 
Mon avis : Pas facile de mettre des mots sur une histoire si difficile et malheureusement si courante. Il  ne se passe pas grand chose dans ce livre, mais j'ai pris beaucoup de plaisir à suivre cette parenthèse où deux destins vont se mêler à cause de la perte d'un être cher. Une belle histoire de deux personnes qui sont de la même famille et qui se rencontrent pour la première fois dans la ferme familiale.
Louise et Franck ont un point commun : ils aiment leur solitude. Certainement parce qu'ils n'ont ni l'un ni l'autre réussi à faire le deuil d' Alexandre. Louise a des difficultés financières et trouve insupportable de vivre avec le fils de celui qu'elle a tant aimé. C'est pourquoi elle confie la garde du jeune Alexandre à ses beaux parents. Elle ne vient le voir que rarement lors des vacances. Cet enfant, pourtant turbulent va réussir à émouvoir Franck : en le regardant faire, il ne peut s'empêcher d'établir des comparaisons avec son frère trop tôt disparu.
Les parents de Franck partent en vacances au bord de la mer et laissent Franck et Louise s'occuper d'Alexandre. Tous les trois en huis clos vont apprendre à se connaître et à établir des liens très forts. "ne pas pouvoir s'aimer, c'est peut-être plus fort que de s'aimer vraiment."
Si Franck et Louise ont une fêlure à cause de ce deuil, ce n'est pas le cas du jeune Alexandre. Du haut de ses 5 ans il s'adapte à toutes les situations et le fait de ne pas vivre avec sa mère ne le gêne pas. Elle ne lui manque pas. Il est aussi bien avec ses grands-parents. Il fait même l'amalgame entre sa mère et sa grand- mère quand il dit "mamie-maman c'est pareil non? " A le voir faire et l'écouter parler, j'envie l'innocence de l'enfance.
L'écriture est très belle et est souvent une ode à la nature. Les personnages vont réapprendre à apprécier les gestes les plus simples de la vie courante comme par exemple sortir la table et manger dehors à l'ombre des arbres...
Un livre de la rentrée littéraire 2012 que je recommande.
 
Citation : "[...] lui même l'avait regardée, il n'aurait pas la malhonnêteté de ne pas se l'avouer, il la regardait comme une soeur un peu trop jolie, ou une femme avec laquelle il aurait vécu depuis toujours, une femme avec laquelle il ne serait plus question de désir mais de tout le reste, un genre d'amour intact, l'amour sans le faire mais tout entier."
 
Éditions Flammarion - Littérature contemporaine - Drame - 319 pages

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire - Jonas Jonasson

Mon résumé : Le jour de ses 100 ans, Allan Karlsson a mieux à faire que de fêter son anniversaire à la maison de retraite en compagnie du maire et des notables de la ville. Il préférerait boire des coups mais à la maison de retraite c'est interdit. C'est pourquoi, sans réfléchir, et en charentaises, il enjambe la fenêtre de sa chambre et se fait la malle. Il se rend alors à la gare routière pour partir vite et loin. Mais pas facile pour un vieillard centenaire de passer inaperçu en chaussons. Il décide alors de voler une valise espérant y trouver une paire de chaussures. Mais le bagage recèle un bien plus précieux chargement, et voilà comment Allan se retrouve poursuivi par la police et par une bande de malfrats… Commencent alors son incroyable cavale à travers la Suède mais aussi un voyage au coeur du XXe siècle, au fil des événements majeurs auxquels le centenaire Allan Karlsson, génie des explosifs, a été mêlé par une succession de hasards souvent indépendants de sa volonté.
 
Mon avis : J'ai été tentée par la couverture farfelue  de ce livre et, au début de l'histoire, je n'ai pas été déçue. J'ai bien ri des péripéties de ce centenaire. Mais je dois avouer que, bien que je me sois  attachée à ce vieux à moitié alcoolique, inculte et  apolitique, je me suis vite lassée tant les situations étaient loufoques et improbables.
Le livre est composé alternativement de deux parties.
  • La première partie nous raconte l'histoire actuelle d'Allan depuis sa fuite de la maison de retraite. Cette partie est jubilatoire.  On suit son cheminement pour échapper à la police et aux malfrats qui veulent récupérer le précieux chargement de la valise à la façon d'un road-movie. Il va faire d'étonnantes rencontres avec des marginaux pour le moins originaux qui vont décider de le suivre dans sa cavale pour des raisons qui leur sont propres : Julius le petit escroc de seconde zone, Benny qui est "presque" tout : presque vétérinaire, presque plombier, presque écrivain, presque médecin tellement il a suivi de cursus d'études qu'il n'a jamais terminés et qui se retrouve finalement vendeur de hot-dog, et Gunilla Bjorklund dite Mabelle qui possède plein d'animaux notamment une éléphante prénommée Sonja dont elle ne se sépare jamais... Le policier Aronsson et le procureur Ranelid valent aussi le détour pour leurs caractères atypiques.
  • La seconde partie nous relate la vie d'Allan de 1905 à 2005. C'est cette partie que je n'ai pas aimée. On découvre comment dans son enfance, il a appris par des expériences souvent malheureuses l'art d'artificier. Art qu'il va cultiver tout au long de sa vie au point d'aider à mettre au point la bombe atomique. Dans sa vie plus que chargée, il aura l'occasion de rencontrer les plus grands tels Einstein, Mao, Truman, Churchill, Franco.... Lui qui déteste la politique et ne réfléchit jamais plus de deux secondes aura alors sans le vouloir à chaque fois une incidence sur le cours de l'histoire. C'est ce remaniement libre de l'Histoire par l'auteur que je n'ai pas aimé non plus. Pourtant, on pourrait y croire mais tout est tellement invraisemblable.... Allan, quant à lui, ne perd jamais une occasion de sceller l'amitié entre les peuples en se prenant par-ci par là une bonne cuite! 
Si la (longue) partie consacrée au passé d'Allan n'avait pas été présente, je me serais vraiment régalée de cette lecture parce qu' elle n'apporte à mon avis rien de plus à l'histoire. Le présent nous décrit très bien la folie douce d'Allan. Donc si je devais un jour le relire, je ne lirai qu'un chapitre sur deux!!!
 
Extrait : "Et voilà dit Allan en regardant le soldat chinois sans connaissance à ses pieds. Ça t'apprendra à faire un concours de boisson avec un suédois alors que tu n'es ni finlandais ni russe."
 
Éditions Pocket - Aventure Humoristique - 504 pages

L'île des Gauchers - Alexandre Jardin

Mon résumé : 1885, sur une ile de l'Océan Pacifique, un groupe d'utopistes français a créé une société dont le but est d'apprendre à ses membres à savoir Aimer. C'est sur cette île baptisée "l'île d'Hélène" et surnommée "l île des gauchers" (car elle est peuplée majoritairement par des gauchers) que Lord Jeremy Cigogne, un aristocrate londonien va partir avec femme et enfants afin de tenter de sauver son couple. En effet, sur cette île, il va apprendre des préceptes pleins de bon sens et transformer sa passion pour sa femme en véritable amour. Petit à petit, il va apprendre à aller contre certaines règles de bonne conduite et de morale établies par les droitiers, pour aller vers  des comportements qui, au début peuvent déranger ou choquer, mais dont il se rendra vite compte qu'ils privilégient les rapports francs et sans cachotteries entre les hommes et les femmes.
 
Mon avis :J'ai adoré ce livre encore bien meilleur que "Le Petit Sauvage" et où l'amour conjugal est encore au coeur du roman. Alexandre Jardin semble avoir parfaitement analysé et compris les rapports hommes / femmes et nous livre des réflexions très justes. Il dissocie l'amour de la passion, le rôle de mari de celui d'homme et nous raconte l'histoire de Jeremy Cigogne, un homme ordinaire de 38 ans qui va apprendre la véritable signification du verbe aimer sans pour autant y perdre son identité.
J'ai particulièrement aimé le fait que chaque Hélénien, (ou gaucher) doive construire sa propre maison à l'image de sa femme. Pour se respecter, ils disposent chacun de leurs appartements privatifs au sein de la même maison. Comme ça les rôles homme / mari / père et femme / épouse / mère sont bien définis et empiètent pas l'un sur l'autre. Voilà le principe clé de réussite de l'amour "gaucher".
J'ai aussi (entre autres) beaucoup aimé l'idée que si le couple se sépare ou l'un des deux décède, la maison doit être brûlée afin de pouvoir reconstruire entièrement quelque chose de neuf.
Ces principes sont tellement réalistes et pleins de bon sens, que je vous invite à lire ce livre et à vous faire une autre idée de l'amour ou l'honnêteté a une place capitale.
Je tire mon chapeau à Monsieur Jardin pour sa fine analyse, et commence à penser que moi aussi, je vais devenir "gauchère"...
 
L'image que je retiendrai : Quand Cigogne met le masque de "l'homme à tête de chat" et se fait passer pour l'amant de sa propre femme.... Il va alors découvrir les vrais désirs d'Emily qu'elle n'a jamais osé lui avouer. Afin de jouer le jeu jusqu'au bout, il va devoir retenir sa jalousie...
 
Extrait : "Il rêvait de se livrer, d'écouter Emily, de la pardonner, de la comprendre et de découvrir enfin ce que c'est que de vivre à deux, pour de vrai, et non côte à côte. Le secret de son propre plaisir n'est-il pas d'en donner ? En levant l'ancre pour le pays des Gauchers, Jeremy avait dans l'idée de partir à la découverte de sa femme, cette Mal-Aimée qu'il avait eu tant de difficulté à entourer de sa tendresse. Il en avait assez de frustrer celle qu'il aimait, de croupir dans ce rôle d'époux défaillant qui contredisait tous ses rêves et lui renvoyait de lui-même une image détestable. Jeremy Cigogne espérait soigner leur couple, se libérer là-bas des pièges qui en douce délitaient leur histoire, de ces mécanismes pervers qui tuent l'amour et jettent malgré soi dans l'adultère. Ces pièges sournois lui semblaient plus redoutables encore que la soi-disant usure due, paraît-il, à l'empilement des années de ronron conjugal."
 
J'ai aussi lu : "Le petit Sauvage" d'Alexandre Jardin
 
Éditions Gallimard - Littérature contemporaine - 342 pages

Le Petit Sauvage - Alexandre Jardin

Mon résumé : Un dimanche matin, à 38 ans, alors qu'il découvre son premier cheveu blanc, Alexandre Eiffel se rend compte qu'il est passé à côté de sa vie. En effet, bien que marié à Elke et patron de l'entreprise "Les clés Eiffel", il n'est pas heureux et repense à son enfance et à l'insouciance qui y était liée.... Il plaque tout, et se rend sur les lieux de ses péripéties enfantines, rachète Lily, le perroquet du gabon qui avait été le sien quand il était petit. Cet oiseau qui  répète tout  ne cesse de lui dire encore aujourd'hui ce que lui disait toujours  son père : " Le petit Sauvage, tu es un fou ! ". Porté par ses souvenirs et l'amour qu'il portait à sa voisine Madame Fanny de Tonnerre (bien que leur différence d'âge soit très grande), il décide de racheter la maison familiale de son enfance : " La Mandragore" et renoue des liens avec Manon, la fille de Madame de Tonnerre qui a aujourd'hui 31 ans et lui fait farouchement penser à Fanny dans sa jeunesse... Il va alors se remettre dans sa peau d'enfant, faire revivre la Société des Crusoé, s'interdire de penser et d'agir comme un adulte...
 
Mon avis :  J'ai vraiment aimé ce roman car il nous fait vivre un retour à l'enfance. Dans chaque adulte que nous sommes reste caché dans un coin le petit enfant que nous avons été. C'est donc avec délectation que je me suis plongée dans le retour à l'enfance d'Alexandre Eiffel.
C'est avec amertume que Monsieur Alexandre Eiffel se rend compte que sa vie n'est pas celle qu'il souhaitait lorsqu'il était enfant. " Où sont mes impatiences irrésistibles, ma férocité et mes désespoirs insondables ? Sentir avec acuité m'est désormais difficile, admis-je avec amertume. J'étais un cœur et ne suis plus qu'une tête froide. Je conçois les choses avec tempérance au lieu d'en avoir un sentiment vif. Au contact des sinistres en complet-veston que je fréquente, j'ai appris à régler mes émotions ; les hommes de bureau n'apprécient guère les expansions de l'âme. Alexandre Eiffel s'est insensibilisé pour supporter le cuisant réel des adultes. La sève s'est retirée de son corps qui, déjà, s'abandonne aux premières dérives de l'excès de poids. Ses besoins ne sont plus des envies mais une somme d'habitudes contractées au fil des ans. Il respire sans vivre. (…) Incapable d’être tout entier au moment présent, Alexandre Eiffel est toujours en avant de lui-même ou traînant ses souvenirs. Je ne sais plus être intime avec moi ni avec autrui ; ma société m’ennuie. Continuellement diverti par des passions artificielles de grandes personnes, je ne reçois plus d’injonctions de l’intérieur et ne me soumets plus qu’à mon agenda." 
Mais dès son retour à "La Mandragore", il redevient le "Petit sauvage" (son père l'appelait ainsi) de son enfance. car, selon lui, "On ne se doit qu'à l'enfant qu'on a été".
Vont  suivre les retrouvailles  avec Manon avec laquelle il jouait quand il était petit. J'ai particulièrement apprécié ce passage ou il joue sur l'effet de surprise : "Ainsi que l'avait fait le Petit Sauvage, je commençai à tracer dans le sable avec mon talon droit le plan d'un appartement ; Manon en était le centre. Au bout de trois ou quatre minutes, elle ouvrit les yeux et constata qu'elle se trouvait dans une maison imaginaire. Son regard annonçait un esprit pénétrant ; et il ne mentait pas. Tout dans sa physionomie exprimait la gourmandise : le dessin de ses lèvres, ses narines en éveil, ses pommettes, ses dents fines...
« Si vous voulez sortir, dis-je timidement, il faut prendre le premier couloir à droite, puis vous traversez la salle à manger, le salon, et la porte d'entrée est ici.
- Et... je suis où, là ? demanda-t-elle en souriant. Sa voix me fit tressaillir; j'entendais celle de Fanny.
- Dans votre salle de bains, répondis-je.
- Je jouais à ce petit jeu quand j'étais gamine, sur cette plage, avec un petit garçon plus âgé que moi...
- Je sais.
- Vous savez ? fit-elle, ironique.
- J'ai un don de voyance, répliquai-je avec sérieux. Je peux même vous dire qu'à cinq ans on vous appelait Manouche. Vous aviez une nurse anglaise, un petit vélo blanc et vous portiez toujours un chapeau de paille.
Interloquée, Manon se redressa :
- On se connaît?
- Vous ne croyez pas à la voyance?
- Non, si... enfin, pourquoi pas, mais... qui êtes- vous ?
- Vous avez une cicatrice sous le pied droit. Vous vous êtes ouvert le talon sur un rocher, le jour de l'anniversaire de vos sept ans.
- Si c'est de la voyance, chapeau.
- Et vous n’aviez vraiment rien à foutre du petit garçon avec qui vous jouiez sur cette plage.
- Non, là vous faites erreur. C'était mon premier amour. J'étais folle de lui mais je le lui cachais bien!
Je retirai mes lunettes de soleil. Manon me dévisagea. Sans me reconnaître tout à fait, elle manifesta un léger trouble en croisant mon regard et, fugitivement, parut déceler dans mes traits les vestiges d'une figure familière.
- Ce petit garçon... c 'était moi.
Manon demeura interdite quelques secondes ; puis elle dit, à mi-voix :
- C’est vous ?
- Oui, je suis votre ancien et nouveau voisin. Je viens de racheter la Mandragore. Bonjour Manon."
Mais ces retrouvailles ne se passent pas si bien qu'Alexandre l'aurait voulu car si son coeur est désormais entièrement pour Manon, cette dernière a quelqu'un dans sa vie et prépare même son mariage.
Je souligne l'originalité de la mise en page de la fin du livre qui se veut aussi tourmentée que l'esprit du Petit Sauvage.
 
Une lecture que je ne peux que vous conseiller et que j'ai eu la chance de découvrir dans le cadre de "L'épopée littéraire" un projet lancé par Maxime visant à faire voyager un livre chez plusieurs blogueurs. Je le remercie pour ce choix qui m'a vraiment fait passer un bon moment.Pour voir les autres avis, c'est là : Maxime, Yv, Margotte, Ameni
 
Éditions Folio - 251 pages - Littérature contemporaine.

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