Affichage des articles dont le libellé est Auteurs en F. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Auteurs en F. Afficher tous les articles

lundi 17 février 2014

Le sermon sur la chute de Rome - Jérôme Ferrari

Mon résumé : Matthieu et Libero, deux jeunes étudiants en philosophie idéalistes et immatures décident de reprendre en gérance le bar de village dans la région qui les a vu grandir : la Corse.
Ils abandonnent alors leurs études sur le continent afin de poursuivre leur rêve de créer " le meilleur des mondes possibles". Mais c'est bientôt l'enfer en personne qui s'invite au comptoir car Matthieu et Libero, n'ont pas su mettre de côté leurs rêves et n'ont pas pu résister aux plaisirs de la chair, de l'alcool et de la corruption...
 
Mon avis : Peu emballée par le titre et la couverture de ce livre, c'est finalement son attribution du prix Goncourt le 4 novembre 2012 mais aussi le fait que l'histoire se passe en Corse qui m'ont décidée à la lire. Mais j'avoue que ce livre a été une déception pour moi.
Pour commencer, je trouve le rapport entre le titre  et l'histoire un peu tiré par les cheveux. "Le sermon sur le chute de Rome" a été prononcé par Saint Augustin en 410 à Hippone avec le message suivant : "Le monde est comme un homme, il naît, il grandit, il meurt". Certainement que Jérôme Ferrari a voulu établir un lien entre le bar repris en gérance par Matthieu et Libero : après plusieurs gérances tumultueuses, le bar revit, décline puis se refait une réputation avant de tomber dans un chaos indescriptible.
L'histoire couvre deux générations : les chapitres alternent entre la vie de Marcel Antonetti (le grand-père de Matthieu), Aurélie (la soeur de Matthieu) qui part en Algérie faire des fouilles à Annaba - anciennement Hippone - et Matthieu lui-même. Bien qu'ils soient de la même famille, je n'ai pas bien compris le lien entre ces trois histoires.
De plus, j'ai énormément regretté l'absence de dialogues et des phrases bien souvent beaucoup trop longues. Certaines même font carrément deux pages et plus de 200 mots! exemple : " Elles faisaient des études qu'elles n'aimaient pas et dont elles savaient qu'elles ne déboucheraient sur rien, ou elles y avaient déjà renoncé, elles n'osaient plus faire de projets, elles vivaient dans des villes sans joie dont la laideur les rendait tristes et où personne ne les attendait vraiment, elles savaient que la laideur finirait par s'installer bientôt dans leur âme pour s'emparer d'elles, elles y étaient résignées, et c'est peut-être la candeur de leur âme vaincue, le pôle magnétique de leur vulnérabilité qui avaient infailliblement guidé Libero et Matthieu vers chacune d'entre elles, Agnès, qui fumait des cigarettes roulées assise sur la plage, à l'écart des danseurs et du comptoir, Rym et Sarah, partageant un soda pendant l'élection d'une miss de camping, et Izaskun, que son petit copain venait de laisser tomber et de planter là, pendant leurs vacances, alors qu'elle parlait à peine français, et qui attendait avec son sac à dos, dans une boîte de nuit minable, que le jour finisse par se lever, et elles se moquaient bien de devoir partager à cinq l'appartement au-dessus du bar, elles se moquaient des matelas par terre et de la promiscuité car elles avaient passé au village les semaines les plus heureuses de leur existence, elles y avaient tissé un lien qu'elles ne voulaient pas encore briser, un lien incontestable dont Matthieu ressentit lui aussi la présence, ce soir-là, pendant le dîner. "
J'ai regretté aussi de ne pas savoir où précisément  en Corse se passait cette histoire et l'absence totale de descriptions de paysages qui auraient pu m'aider à imaginer les scènes mais aussi me faire voyager une seconde fois dans cette magnifique région de France.
Vous l'aurez compris, ce livre ne restera pas gravé dans ma mémoire....
 
Extrait : "Mais nous savons ceci : pour qu'un monde nouveau surgisse, il faut d'abord que meure un monde ancien. Et nous savons aussi que l'intervalle qui les sépare peut être infiniment court ou au contraire si long que les hommes doivent apprendre pendant des dizaines d'années à vivre dans la désolation pour découvrir immanquablement qu'ils en sont incapables et qu'au bout du compte ils n'ont pas vécu."
 
Éditions Actes Sud - Littérature contemporaine - 202 pages

Neige - Maxence Fermine

Mon résumé : Yuko, un jeune poète japonais veut consacrer sa vie à l'écriture de haïkus. (Le haïku  ,  est une forme poétique très codifiée d'origine japonaise, à forte composante symbolique composée de 3 vers et 17 syllabes. Source Wikipédia) contre l'avis de son père qui le voit en prêtre ou en guerrier...
Yuko a deux passions : ses haîkus et la neige. Cette dernière incarne à ses yeux la pureté et la légèreté. Il aime tellement cette neige, que ses poèmes manquent de couleurs. Alors, pour les parfaire, il part chez le maître incontesté du haîku au Japon, Maitre Soseki avec qui il va de suite très bien s'entendre.
Yuko apprit d' Horoshi, le serviteur du grand maître Soseki qu'il avait commencé à écrire des haïkus à la mémoire d'une  très belle funambule française surnommée Neige à cause de la blancheur de son teint avec qui il s'était marié et qui, un jour, avait  dressé un fil entre deux montagnes des Alpes japonaises et était tombée. Son corps, jamais retrouvé était sans doute tombé dans une crevasse...
Mais, Yuko, lui, qui avait traversé ces Alpes japonaises pour parvenir jusqu'au grand maître, avait passé une nuit entière à contempler un corps... Le corps de la jeune française. Yuko avait donc fait le rapprochement : la jeune femme dont lui avait parlé Horoshi, et cette femme qu'il a trouvé tellement belle dans son cercueil de glace était la même personne...
 
Mon avis : Ce livre est un vrai petit bijou de poésie composé de 54 petits chapitres très courts et qui se lit très vite. C'est avec " La petite fille de Monsieur Linh" mon deuxième coup de coeur de l'année. Bien que dramatique, l'histoire est très belle. 
Pour un premier roman c'est une vraie petite merveille. Le paradoxe de l'histoire est que Maître Soseki est aveugle, mais c'est pourtant lui qui va apprendre à Yuko à mettre plus de couleurs dans ses poèmes. On se demande même qui va en apprendre le plus de l'autre...
Voici pour exemples de belles phrases que j'ai pu relever au fil des pages :
"La neige est un poème. Un poème qui tombe des nuages en flocons blancs et légers. Ce poème vient de la bouche du ciel, de la main de Dieu. Il porte un nom. Un nom d'une blancheur éclatante. Neige."
"Il y a deux sortes de gens. Il y a ceux qui vivent, jouent et meurent. Et il y a ceux qui ne font jamais rien d'autre que se tenir en équilibre sur l'arête de la vie. Il y a les acteurs. Et il y a les funambules."
"C'était cela, un haïku. Quelque chose de limpide. De spontané. De familier. Et d'une subtile ou prosaïque beauté. Cela n'évoquait pas grand chose pour le commun des mortels. Mais pour une âme poétique, c'était comme une passerelle vers la lumière divine. Une passerelle vers la lumière blanche des anges."
A la façon des haîkus, l'histoire est très imagée. Voici un exemple de Haîku :
Le bruit du pot d'eau qui éclate
(L'eau a gelé cette nuit)
Me réveille                                               (Bashô)
Si je n'en avais pas lu  l'article sur le Book Club de Livraddict, je dois dire que ce ne serait pas un livre vers lequel je me serais dirigée car les moines sur la couverture ne me tentaient pas... Alors, quand je l'ai vu à la bibliothèque, je n'ai pas hésité une seconde! Une lecture que je recommande vivement.
 
Éditions Points - 96 pages

Urban Massaï - Andras Fenris

Mon résumé : Frank Alphan, jeune collégien sportif  de 14 ans habite à Chesnay-sous-Bois dans la cité HLM "la Cité des fleurs" rebaptisée "La barre" par les habitants du quartier. Il découvre l'amour avec sa voisine d'immeuble Isabella qui a 28 ans et est mariée... Il plonge alors dans le monde des adultes et devra composer entre son sport le karaté, vie amoureuse, copains et école puis travail...
 
 
Mon avis :Je dois avouer que mon avis est assez mitigé. En effet, comme on peut le voir sur la couverture "Sélection prix Méditerranée des lycéens 2009", cet ouvrage s'adresse principalement à des jeunes de 15/20 ans et c'est pour eux principalement que se trouve sont intérêt car on y parle de d'amour, du Sida, de contraception, de découvertes des rapports sexuels, des différences entre les religions et de la vie dans une cité telle qu'elle doit généralement être organisée... les jeunes se posant des questions quant à ces sujets pourront y trouver pas mal de réponses.
Je pense même que ce roman peut donner ou redonner aux jeunes le goût de la lecture car il parle de sujets les concernant réellement  et les garçons s'identifieront facilement à Frank. En plus, le style n'est vraiment pas littéraire... On dirait une adaptation écrite d'un film ou d'une série et c'est ce qui me rebute un peu mais peut plaire aux plus jeunes...
Par contre,  les différents éléments s'enchaînent bien, il y a même une intrigue et on s'impatiente de savoir comment Frank va arriver à se sortir de ses mauvais pas...
J'ai  apprécié le jeu de mot du titre en rapport avec une petite statuette massaï que le médecin a offert à  Frank...
A noter aussi que ce livre a été écrit en 1985 c'est pourquoi on y parle par exemple d'un téléphone portable dernier cri de 4,5 kilos!! et de SMIC à 3600 francs...
Merci à BoB et à TDO Editions de m'avoir offert ce livre et permis de faire la découverte d'un nouvel auteur.
 
TDO éditions - 256 pages.

Nue comme un ver(s) - Emilie Fédou - (poésie)

Mon résumé : Emilie Fédou, jeune auteure, nous raconte dans ce recueil de poésie son enfance. A 8 ans, elle  arrive "nue comme un ver(s)"  en France, pays ou elle a été adoptée. Dans cette nouvelle famille qu'elle doit apprendre à connaître, elle subit l'inceste, doit supporter la violence de son père...
A l'âge de 15 ans, elle commence à  écrire des poèmes, et,  ce  sera pour elle une sorte d'exutoire. Maintenant âgée de 31 ans,  elle nous livre ses écrits poignants pour témoigner de son enfer et tenter de s'en libérer...
 
Mon avis : Dans ce recueil de poésies, on apprend  la difficile enfance d'Emile Fédou. Âgée de 6 ans, sa mère biologique  décède, son père devient alcoolique et n'étant  pas capable de s'occuper d'elle, il l'abandonne. A 8 ans, elle est adoptée par une famille française et est alors déracinée.
Elle, qui doit apprendre à connaître une nouvelle famille qui aurait du lui garantir une meilleure vie, doit faire avec la violence conjugale de son père.. Puis à 11 ans, son grand père maternel se rend coupable d'inceste ... Au début, avec sa vision d'enfant, elle n'y trouve rien d'anormal, puis, quand à 14 ans elle se rend compte de la gravité de l'acte, elle parle et dénonce son tortionnaire, et bien sur (comme c'est malheureusement souvent le cas) personne ne la croit. Elle commence donc à se renfermer sur elle même...
Toutes ces poésies sont vraiment poignantes et percutantes, et révèlent avec tact une enfance vraiment difficile.
Ces 72 poèmes sont autant de petits morceaux de vie ou elle parle tantôt de l'alcoolisme de son père biologique, de ses souvenirs lointains de son village d'enfance, tantôt de son adoption, de son mal-être, de son enfance de gauchère contrariée... Heureusement, ce livre est ponctué de textes sans rapport et plus gais  comme "Dame limace" ou "le bouton"...
L'avant dernier poème "Notre nid douillet" est, quant à lui, une belle conclusion qui nous laisse présager que sa vie va maintenant pouvoir être heureuse : Elle s'est installée avec un garçon et prévoit de fonder une famille...
En ce qui concerne la poésie en elle-même, je n'émets aucun jugement, car les textes sont assez forts de sens pour ne pas être obligé de faire des figures de styles compliquées. Les rimes sont présentes et c'est bien le principal.
Je remercie Blog-o-book et les éditions Publibook de m'avoir offert ce livre dans le cadre d'un partenariat lecture.

Nagasaki - Eric Faye

Mon résumé : Shimura - San un japonais de 56 ans vit seul dans un grand appartement qui fait face aux chantiers navals de Nagasaki. N'ayant que son métier de météorologue pour s'occuper la journée, il a pris de vieilles habitudes de célibataire et, se rend compte de quelque chose d'anormal se passe chez lui... En effet, il a l'impression que certaines nourritures disparaissent de ses placards. Pour preuve, il y a un yaourt de moins dans son frigo lorsqu'il rentre du travail, la bouilloire a bougé, et le niveau de jus de fruits se retrouve en dessous du trait qu'il avait fait sur la bouteille. Mais qui peut bien vider ses placards de la sorte? Pour en avoir le coeur net, il décide d'installer une webcam face à sa cuisine, et surveille son appartement depuis le bureau de son travail....
 
Mon avis : Ce roman est tiré d'un fait réel relaté dans les journaux japonais en 2008.
Pour ne pas casser le suspens de ce récit, je ne vous dévoile pas quoi ou qui  a pu se servir dans les placards de Shimura - San.
J'ai beaucoup aimé le passage ou il commence à se poser des questions. Ayant quelques doutes, il a eu le bon sens de tirer des traits sur les niveaux de ses aliments : " J'ai attendu quelques secondes, le temps que ma sonde s'imprègne de liquide, puis l'ai retirée lentement. Je n'osais pas regarder. Huit centimètres, ai-je lu. Il ne restait que huit centimètres de boisson, contre quinze à mon départ... Quelqu'un s'était servi. Or je vis seul."  Cependant, je peux déjà vous dire que ce petit manège a duré pendant un an avant qu'il n'ait l'idée de coincer l'intrus(e) en installant une webcam : " Je comprenais que cette année commune, à .... et à moi, même si .... m'avait ignoré et que je n'avais rien su de...., allait me changer et que je n'étais déjà plus tout à fait le même. En quoi, je n'aurais pas su le définir. Mais je n'en sortirais pas indemne. " (j'ai remplacé le nom de cet(te) intrus(e) par des petits points pour garder le suspens).
J'ai particulièrement aimé le passage ou il regarde avec obsession l'écran de son ordinateur filmant sa cuisine. C'est à ce moment là que le suspens est à son maximum et où on va en apprendre davantage. "Sans bouger de mon siège, je suis un ninja invisible et immatériel qui épie son domicile"
Plus que le récit d'un fait réel, ce petit livre nous fait réfléchir sur la solitude et ses conséquences : la déshumanisation de la vie. "La Crise rend les hommes un peu plus seuls. Que signifie encore ce nous qui revient à tire-larigot dans les conversations? Le nous meurt. Au lieu de se regrouper autour d'un feu, les je s'isolent, s'épient. Chacun croit s'en sortir mieux que le voisin et cela, aussi, c'est probablement la fin de l'Homme"
Shimura -San vit très mal cette intrusion, mais nous verrons par la suite l'avis de l'intrus(e) qui explique les raisons de cet acte qui n'était en rien pour déstabiliser mais une façon de revivre le passé : "On dit de certaines tortues de mer qu'elles reviennent mourir sur la plage où elles sont nées. On dit des saumons qu''ils quittent la mer et remontent pour frayer dans la rivière où ils on grandi. Le vivant est gouverné par de tels protocoles. Après avoir achevé un vaste cycle de mon existence, je regagnais l'un de mes plus anciens biotopes" explique l'intrus(e) et nous explique aussi toutes les précautions prises pour ne pas éveiller les soupçons : "Dans la cuisine, aussi, je devais redoubler d'attention jusqu'à tourner en bourrique. Le plus souvent pour manger, j'allais me servir dans les poubelles à l'arrière d'un libre-service du quartier, ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, qui m'entretenait sans le savoir en jetant des produits à peine périmés. Les jours de pluie torrentielle, ou lorsque je ne me sentait pas bien, je puisais un peu dans les stocks de mon hôte, me contentant de riz ou de pâtes. Je ne prenais rien dont il aurait pu remarquer la présence. Presque rien. Exceptionnellement, je succombais à la tentation d'un yaourt ou d'un peu de jus de fruits. C'est tout. Avec le temps, j'ai fini par me ranger à ses goûts, par les apprécier même."...
Un petit roman que je vous recommande vraiment. Et si quelqu'un avait le double de mes clés et venait dormir chez moi la nuit quand je suis au travail?!!! 
 
Pour finir, je remercie Mélusine de m'avoir envoyé ce livre dont le résumé m'avait interpelée sur son blog et dont vous pourrez lire son avis ici.
 
 
Édition Le Club - 108 pages - Littérature contemporaine inspirée d'un fait réel.

Le roman de l'été - Nicolas Fargues

Mon résumé : John un parisien qui a la cinquantaine vient de prendre une retraite anticipée et décide de partir en Normandie, dans la maison de son héritage familial pour se consacrer à l'écriture de son roman.  Mais la tâche ne va pas être aisée car il sera toujours interrompu, et sa page restera blanche.... Dérangé, tantôt par sa fille qui lui annonce qu'elle arrive avec une copine italienne récemment rencontrée, tantôt par son voisin dont la seule préoccupation est d'obtenir l'autorisation de John pour faire une ouverture  dans son mur pour enfin avoir une fenêtre avec vue sur la mer. (Mais aussi malheureusement vue sur la maison de John.).
 
Mon avis  : Ce livre raconte deux histoires de famille : au début l'une après l'autre, elles vont ensuite se mêler pour n'en faire qu'une. J'ai bien aimé ce livre nous présentant deux familles ordinaires : l'une (celle de Jean le voisin) de gens du cru qui ont toujours vécu là, et l'autre, celle de parisiens exilés en Normandie.
Le fait que cette histoire soit simple sans réelle intrigue nous permet de nous identifier facilement aux personnages :
John, à 55 ans,  décide de se mettre à l'écriture. De caractère plutôt solitaire, il va devoir faire face à la venue impromptue de sa fille Mary et sa copine. Il se pose un tas  de questions et a beaucoup de mal à mettre en forme ses idées. Il est angoissé par la feuille blanche : "John se demanda si cela vaudrait le coup, par exemple, d'écrire mot pour mot ce qu'il venait de penser. Ça n'était pas très original, beaucoup de gens pouvaient tenir le raisonnement dans des termes comparables. Mais comment certains pouvaient-ils se permettre de l'écrire? Par quel prodige pouvait-on transformer n'importe quelle banalité en littérature?"
Mary, quant à elle, est en couple avec un homme qui ne la respecte pas et va s'évader de sa vie conjugale grâce à sa nouvelle copine Vienna.
Dans la maison d'à côté, Jean et Claudine, français moyens par excellence ( voir même un peu "Bidochons") rêvent d'avoir enfin une fenêtre avec vue sur la mer.
Leur fils, Frédéric, marié avec Elodie (dont il attend un enfant) cherche toujours à arrondir les angles et ne s'évade de son couple chaotique que grâce au parapente. Elodie sa femme est une vraie peste qui ne fait que des caprices.
Mary et Frédéric vont alors se rendre compte du désastre de leurs existences. L'une grâce à Vienna, et l'autre grâce aux jeunes qu'il encadre lors des séances de parapente....
Ce roman a, comme son nom l'indique un petit goût d'été ce qui en rend sa lecture bien agréable. On se croirait en vacances dans une maison familiale avec plein de quiproquos.
 
 
Éditions Folio - Littérature contemporaine - 321 pages

Les compagnons de la grappe - John Fante

Mon résumé : Henry Molise, un écrivain quinquagénaire, fils d'immigrés italiens, revient dans le Colorado, le pays de son enfance pour voir ses parents après que sa mère lui ait annoncé qu'elle voulait divorcer. En effet, sa mère ne supporte plus le comportement de son mari Nick. Il a 74 ans et est un vieillard aigri, alcoolique et joueur compulsif. Elle ne supporte plus de vivre avec cet homme de plus en plus imprévisible qui préfère se soûler avec ses copains en jouant au poker plutôt que de remplir ses devoirs conjugaux. Nick qui est maçon et qui a consacré sa vie à construire des murs pour nourrir sa femme et ses 4 enfants va profiter de la venue d'Henry pour l'embarquer dans son dernier chantier : la construction d'un fumoir à viandes.
Malgré leurs différences et la rancœur de Nick envers ses fils qui n'ont jamais voulu suivre sa voie professionnelle, ils vont devoir s'accorder et mettre leur orgueil de côté pour mener à bien cette dernière tâche qui permettra à Nick de rembourser ses dettes de poker.
 
Mon avis : J'ai adoré! Quel plaisir de retrouver les personnages de "Mon chien Stupide" pour cette histoire toujours aussi autobiographique. Je préfère même le personnage d'Henry Molise à celui d'arturo Bandini car il est beaucoup moins prétentieux, plus mûr et plus réfléchi. Henry, à l'inverse d'Arturo, est quelqu'un de stable : il a 4 enfants et est un écrivain reconnu.
 En partant retrouver ses parents, il ne s'attendait pas à ce que son père lui demande de travailler avec lui. Il le déteste, mais va devoir faire avec. Cette expérience va beaucoup rapprocher les deux hommes et Nick va initier son  fils à l'art des cuites monumentales!
J'ai adoré cette lecture ou l'on passe du rire à l'émotion. Nick, le vieil alcoolique prend cuite sur cuite et lorsqu'il reste inanimé plusieurs heures, sa famille se moque de lui en pensant qu'il est en train de cuver. Alors qu'en fait, il fait des comas à cause de son diabète.
Le passage qui m'a fait de la peine est quand le fumoir, à peine achevé est détruit la nuit suivante à cause de l'orage. Au début, on en rigole, car on se doute qu'après leurs apéros à rallonge, les murs ne devaient pas être bien droits. Mais on déchante quand on comprend que Nick y a laissé sa santé et qu'à 74 ans, il aurait pu trouver un autre moyen de rembourser ses dettes de jeu.
Dans ce livre comme dans Bandini , John Fante nous raconte les relations désastreuses qu'il a eues avec son père comme d'ailleurs avec tous les autres membres de la famille. Des sentiments partagés entre amour et haine profonde. C'est triste de voir comment il considère son père qui malgré ses vices a tout fait pour subvenir aux besoins de sa famille.
J'adore toujours autant le style de John Fante entre cynisme et humour noir. D'ailleurs, à la fin, on ne sait pas si on doit rire ou pleurer... Mais à vous de le lire pour vous faire votre propre opinion.
 
Extrait : Voilà comment Henry parle de son père : "J'ai pensé à ses vieux os, à sa peau âgée, à sa vieillesse solitaire et acariâtre, a ce vieux sac à vin, à ses amis orduriers et imbibés, au sale fils de pute qu'il avait toujours été : buté, tyrannique, grossier, un Rital dissolu qui m'avait embarqué à mon corps défendant pour ce safari de cinglé, dans les montagnes, loin de ma femme, de mon foyer, de mon travail dans le seul but de satisfaire sa vanité d'excentrique et se prouver qu'il était toujours un maçon comme on n'en faisait plus."
 
A lire aussi :
Mon chien Stupide
Bandini
La route de Los Angeles
Demande à la poussière
Rêves de Bunker Hill
 
Éditions 10/18 - Drame - 247 pages

dimanche 16 février 2014

Rêves de Bunker Hill - John fante

Mon résumé : Arturo est enfin parvenu à se faire embaucher en tant que correcteur. Il abandonne alors son job de serveur croyant la gloire enfin arrivée. Une femme va lui confier son manuscrit à corriger mais il va tailler dans le texte plus que de raison et la jeune femme va rentrer dans une colère noire. Pour tenter de se faire pardonner, il va l’emmener pique-niquer sur la plage où il tentera sa chance mais sera vite éconduit. Il abandonne alors ce travail et se fait embaucher comme scénariste pour une production hollywoodienne. Les contrats sont durs à décrocher, mais il est tout de même bien payé. Lorsque le scénario viendra enfin, il refusera d'y associer son nom le trouvant trop "débile" à son goût. Encore une fois de plus, son orgueil le fera revenir à la case départ sans travail et sans argent.
 
Mon avis : Dernier volet des aventures d'Arturo toujours à la recherche de la gloire. Encore un plaisir de retrouver ce personnage prétentieux mais néanmoins attachant par ses maladresses. Et des maladresses, il en commet tellement qu'on se demande parfois s'il ne le fait pas un peu exprès. D'abord en corrigeant le texte confié par la jeune femme avec laquelle il tentera un rapprochement mais sera de suite éconduit. Se croyant meilleur que tout le monde, il ne va pas hésiter à remanier entièrement le texte pour le mettre à son propre goût sans tenir compte du texte original.
Ensuite, il continue ses déconvenues en tombant amoureux de sa logeuse qui à l'age d'être sa mère, mais quand il la voit nue, il est profondément déçu et découvre la dure loi de la gravité...
Ce livre n'a pas été mon préféré de la saga Bandini mais j'ai tout de même beaucoup aimé.
A noter qu'il  a été publié à titre posthume en 1982. John Fante l'a écrit un an avant sa mort. Il était aveugle car souffrant  de diabète. il a dicté l'histoire à sa femme Joyce qui l'a ensuite dactylographiée.
Pour rester dans l'ambiance des très bons romans de John Fante, je poursuis mes lectures avec "Les compagnons de la grappe" dont je vous donnerai très prochainement mon avis.
 
Extrait : "Ma première rencontre avec la gloire fut tout sauf mémorable. Je travaillais comme saute-ruisseau dans un magasin de délicatessen, chez Marx’s. C’était en 1934. Le magasin se trouvait à Los Angeles, au coin de la Troisième Avenue et de Hill. J’avais vingt et un ans et vivais dans un monde limité à l’ouest par Bunker Hill, à l’est par Los Angeles Street, au sud par Pershing Square, au nord par le Centre Civique. J’étais le roi des saute-ruisseau doté de toute la verve et du style inimitable de la profession, et bien qu’horriblement mal payé (un dollar par jour plus les repas), j’attirais l’attention unanime quand je virevoltais de table en table, tenant mon plateau en équilibre sur une main et provoquant les sourires de tous les clients. En plus de mes talents de serveur, j’avais un autre atout pour mes patrons, car j’étais également écrivain. Ce fait bénéficia d’une certaine renommée après qu’un photographe soûl du Los Angeles Times se fut installé au bar pour prendre plusieurs clichés de moi en train de servir une cliente, qui levait vers moi des yeux pleins d’admiration. Le lendemain, j’avais ma photo dans le Times ; l’article attenant parlait de la lutte et des succès du jeune Arturo Bandini, un gamin ambitieux et travailleur originaire du Colorado, qui s’était fait un nom dans la jungle des revues littéraires en vendant une de ses nouvelles à l’American Phoenix, dirigée comme il se doit par le monstre sacré de la littérature américaine – j’ai bien sûr nommé Heinrich Muller."
 
A lire aussi :
Mon chien Stupide
Bandini
La route de Los Angeles
Demande à la poussière
Les compagnons de la grappe
 
 
Éditions 10/18 - Drame - 192 pages

Demande à la poussière - John Fante

Mon résumé : Fin des années 30. Arturo arrive à Los Angeles pour suivre son rêve américain : devenir écrivain. Logé dans une chambre d’hôtel miteuse, il cherche l'inspiration mais n'arrive pas à convaincre des rédacteurs de journaux de publier ses nouvelles. En errant dans les bars du quartier, il va rencontrer Camilla une jeune serveuse mexicaine dont il tombera éperdument amoureux. Mais la jeune fille en aime un autre et va le faire tourner en bourrique. Nous traversons les épreuves d'Arturo entre cuites et amours sans lendemain, mais avec toujours cette ferme motivation de s'en sortir et de voir  un jour ses écrits publiés.
 
Mon avis : Après "Bandini" et "La route de Los Angeles", nous continuons le parcours d'Arturo Bandini. Ce fut encore un plaisir car Arturo semble avoir mûri. Moins prétentieux que dans le précédent livre, il est toujours en contradiction, passant de l'amour à la haine en un clin d’œil. Cette fois-ci, je l'ai même trouvé attachant par sa façon très maladroite d’aborder les filles et en particulier Camilla, la jeune serveuse mexicaine. En effet, lors de leur première rencontre, il lui tiendra des propos racistes et sexistes d'une grande vulgarité. mais la jeune femme, piquée par tant d'aplomb, cherchera à le revoir. Cette relation sera très destructrice pour Arturo car "sa princesse maya" en aime un autre.
Parallèlement, il continue à écrire et parviendra enfin à faire publier quelques unes de ses nouvelles. JC Hackmuth, son éditeur attitré sera sa bonne étoile. A chaque publication, il envoie un chèque à Arturo. Ces dollars lui permettront dans un premier temps de s'acheter des nouveaux habits et d'envoyer de l'argent à sa mère. Mais, toujours aussi auto-destructeur, lui qui a l'habitude de détruire d'une main ce qu'il a bâti de l'autre va vite tomber dans les excès, et ses dépenses inconsidérées le font revenir au point de départ entre chacune de ses publications.
Camilla aussi est attachante par sa spontanéité, la honte de son statut d'immigrée mexicaine, amoureuse d'un autre homme qui la rejette et droguée jusqu'aux yeux... Entre elle et Arturo, ce sera un peu le jeu du chat et de la souris. La fin est particulièrement émouvante.
A noter que la préface a été écrite par Charles Bukowski qui affirme : " Et je compris bien avant de le terminer qu'il y avait là un homme qui avait changé l'écriture. Ce livre était "Demande à la poussière" et l'auteur John Fante. Il allait toute ma vie m'influencer dans mon travail."
Maintenant, je me plonge dans le dernier volume de cette saga avec "Rêves de Bunker Hill".
 
Extrait : "Là-dessus tu as sorti une bouteille de ton sac et on a bu ça ; ton tour d’abord, ensuite le mien. Quand il n’y a plus rien eu dans la bouteille je suis descendu en acheter une autre au drugstore, mais une grande cette fois. Toute la nuit on a bu et pleuré, et ivre je pouvais dire les choses qui bouillonnaient dans mon cœur, tous ces chouettes mots, toutes les fines comparaisons, parce que toi c’est sur l’autre mec que tu pleurais et tu n’entendais rien de ce que je racontais ; mais moi je les entendais, et je peux te dire qu’Arturo Bandini était plutôt bon cette nuit-là, parce qu’il parlait à son seul amour, et ce n’était ni à toi ni à Vera Rivken qu’il parlait, tu comprends, mais juste à son amour. Ah j’en ai dit des belles choses cette nuit-là, Camilla. A genoux à côté de toi sur le lit, je te tenais la main en disant : « Camilla, pauvre petite, perdue et tout ça ! Desserre tes doigts fins et rends-moi mon âme lasse ! Embrasse-moi sur la bouche que je me rassasie du pain d’une colline mexicaine. Souffle le parfum des cités perdues dans mes narines enfiévrées et laisse-moi mourir ici, la main sur la douceur de ta gorge, blanche comme une plage du sud à moitié oubliée. Viens puiser le désir dans ces yeux malades et jette-le aux moineaux solitaires dans quelques champs de maïs, parce que je t’aime, Camilla, et ton nom m’est sacré comme celui d’une princesse très brave se mourant d’amour avec le sourire, pour quelqu’un qui ne le lui rendra jamais."
 
A lire aussi :
Mon chien Stupide
Bandini
La route de Los Angeles
Rêves de Bunker Hill
Les compagnons de la grappe
 
Éditions 10/18 - Drame - 271 pages

La route de Los Angeles - John Fante

Mon résumé : Arturo Bandini habite avec sa mère et sa sœur dans le Colorado. Vivant de petits boulots qui ne l’intéressent pas, il rêve des femmes de ses revues pornographiques. Entre bagarres, beuveries et petits larcins, il a trouvé sa voie : il sera écrivain. Mais il est difficile de subvenir aux besoins de la famille grâce à son écriture. Il trouve alors un travail à la conserverie de poisson et continue à écrire. Il se prend pour un grand écrivain ce qui entraîne les moqueries de ses collègues de la conserverie. Faisant fi des railleries de son entourage, il est plus motivé que jamais pour devenir un grand écrivain.
 
Mon avis : Nous continuons la saga "Bandini". Étrangement, ce livre est la suite de "Bandini" il a pourtant été écrit avant (1933) mais a été publié à titre posthume.
Arturo a grandi. Il a 18 ans et est maintenant en age de travailler. Son père est décédé. il habite avec sa mère et sa sœur qu'il déteste de part leur dévotion à Dieu. Ce qui m'a un peu décontenancée, c'est que dans "Bandini', il avait deux frères. Je me demande donc ou s’arrête la part réellement autobiographique de cette histoire.
Très arrogant et très imbu de lui-même, c'est à lui que revient maintenant le devoir de nourrir sa famille. Pour cela, il trouve un  travail à la conserverie de poisson. Ne supportant pas les odeurs de poisson, il est malade tous les jours te entraîne les moqueries de ses collègues : ils le prennent pour une "chochotte". Il rétorque alors qu'il est un grand écrivain très connu et qu'il ne travaille pas pour l'argent mais pour se documenter en vue de l'écriture de son prochain livre. Néanmoins, il lit beaucoup, est très instruit et cite Nietzsche et Schopenhauer dès qu'il en a l'occasion. Il prend ses collègues ainsi que sa mère et sa sœur pour des demeurés. Pour  se donner de l'importance et tenter d'oublier son statut d'immigré italien, il s'invente des vies. Mythomane à l’extrême, on se demande même s'il ne devient pas un peu schizophrène. Ses mensonges et son arrogance vont l'amener à perdre son emploi. Il quitte alors sa famille et décide de se rendre à Los Angeles, ville où, selon lui, il trouvera du travail grâce à son immense travail d'écrivain. Il veut écrire des nouvelles ou des scénarios de films.
Bien qu'Arturo ait développé un ego surdimensionné et un sentiment de supériorité, je me suis encore une fois régalée à suivre ses aventures. J'apprécie de suivre l'évolution d'un personnage sur plusieurs années et plusieurs livres, d'autant que cette histoire est grandement autobiographique.
Je pensais que ce livre montrerait le parcours d'Arturo du Colorado vers Los Angeles. Hors il nous décrit les événements qui ont poussé Arturo à quitter le cocon familial pour tenter sa chance ailleurs.
J'ai hâte de poursuivre ses aventures avec "Demande à la poussière" pour savoir si son départ vers Los Angeles lui a été profitable....
 
Extrait : (Voilà comment Arturo parle à sa mère) "Espèce de sale nonne pédante à gerber, infecte grenouille pustuleuse de bénitier dégueulasse, cul -terreuse bigote et rétrograde, frustre babouin de l'héritage catholico-obscurantiste."
 
A lire aussi :
Mon chien Stupide
Bandini
Demande à la poussière
Rêves de Bunker Hill
Les compagnons de la grappe
 
Éditions 10/18 - Drame - 268 pages

Bandini - John Fante

Mon résumé : La famille Bandini est une famille d'immigrés italiens qui est installée dans le Colorado. L'histoire se passe dans les années 30. Le père Svevo est maçon et cherche désespérément du travail. Mais en plein hiver ce n'est pas facile. Alors la famille croule sous les dettes notament chez l'épicier. Maria, la mère, est une grenouille de bénitier et ne s'en remet qu'à la puissance de Dieu pour leur venir en aide. Leurs 3 enfants (Arturo 14 ans, August 10 ans et Fédérico 8 ans) sont à l'école catholique mais ils ne sont pas en reste lorsqu'il s'agit de faire des bêtises. Surtout Arturo l’aîné (et narrateur de l'histoire) qui déteste la soumission de sa mère face à la violence de son père. Juste avant Noël, et pendant 10 jours, Svevo disparaît chez une riche héritière....
 
Mon avis : Après avoir découvert cet auteur grâce à Mon chien Stupide. C'est avec grand plaisir que je me suis plongée dans cette lecture. J'adore le style particulier de John fante.Toujours aussi cynique et immoral, je me suis régalée de ce premier tome des 4 qui composent la saga "Bandini".
Le rêve américain que voulait vivre cette famille d'italiens est bien loin! Ils galèrent et Svevo peine à nourrir sa famille. Surtout, il a un penchant pour le jeu et n'hésite pas à miser ses maigres revenus pour tenter de se refaire. Alors, lorsque son ami Rocco lui propose d'aller effectuer de menus travaux chez une riche héritière, il n'hésite pas une seconde. mais la vieille femme en mal de compagnie pourrait même lui proposer bien plus. Svevo découche pendant 10 jours laissant femme et enfants livrés à eux-mêmes.
Arturo Bandini est le double de John Fante. En effet, ce roman est largement autobiographique et nous décrit la famille italienne immigrée aux états unis dans laquelle John Fante a vécu. Misère, alcool, racisme et religion faisaient partie du lot quotidien de John Fante / Arturo Bandini.
Cette famille m'a fait penser à un film que j'ai vu il y a longtemps : "Affreux sales et méchants" ces adjectifs qualifient très bien les personnages de l'histoire...
J'ai trouvé Arturo touchant bien qu'on peine à le cerner. Il passe de l'amour à la haine en un quart de seconde. Il détruit d'une main ce qu'il a construit de l'autre. Bon et méchant, généreux et voleur, il est à la fois la glace et le feu, la tendresse et la rancœur. J'ai aussi aimé l’ambivalence de ses sentiments : Il déteste sa mère quand elle s'en remet à Dieu pour voir sa vie s'arranger et pourtant il fait tout pour la protéger. Amoureux éconduit de Rosa sa camarade de classe, il va même jusqu’à souhaiter sa mort. Pourtant, la pauvre Rosa va décéder des suites d'une pneumonie, et là, il va bien se rendre compte qu'il l'aimait finalement beaucoup.
Une histoire autobiographique triste mais qui n'a pas manqué de me faire sourire par le manque de moralité des personnages. J'ai hâte de lire les trois autres tomes de cette saga d'Arturo Bandini.
 
 
Extrait : "Il avançait en donnant des coups de pied dans la neige épaisse. Un homme dégoûté. Il s'appelait Svevo Bandini et habitait à trois blocs de là. Il avait froid, ses chaussures étaient trouées. Ce matin-là, il avait bouché les trous avec des bouts de carton déchirés dans une boîte de macaroni. Les macaronis de la boîte n'étaient pas payés. Il y avait pensé en plaçant les bouts de carton dans ses chaussures. Il détestait la neige. Il était maçon, et la neige figeait le mortier entre les briques qu'il posait. Il rentrait chez lui en se disant que c'était absurde."
 
 
A lire aussi :
Mon chien Stupide
La route de Los Angeles
Demande à la poussière
Rêves de Bunker Hill
Les compagnons de la grappe
 
Éditions 10/18 - Drame - 266 pages

Mon chien Stupide - John Fante

Mon résumé : Henry Molise est un quinquagénaire en pleine crise existentielle. Doit-il repartir à Rome en Italie, le pays de ses racines et ainsi abandonner sa femme et ses 4 enfants / adolescents qui lui mènent une vie d'enfer où rester en Californie  et continuer à écrire des scenarii qu'il qualifie lui-même de minables ? Il ne cesse de calculer l'argent qu'il lui faudrait économiser pour partir seul, prendre un aller sans retour, jusqu'au jour où, la gueule de bois, rentrant d'une beuverie, il trouve dans son jardin un animal qui lui semble d'abord être un lion puis un ours. En fait, ce n'est qu'un énorme chien errant,  idiot de rester là, sous la pluie. L'animal ne semblant pas vouloir repartir, il va user de tous les stratagèmes pour le faire dégager et va, sans s'en rendre compte se lier peu à peu à lui. Son nom est quant à lui tout trouvé : Stupide. Ce nouveau venu va faire remonter à la surface les rancœurs, les vraies personnalités, et les vérités de chacun. Henry doit alors faire des choix entre ses rêves et sa famille, pour trouver la stabilité qui calmera ce joyeux bordel à l'américaine.
 
Mon avis : Noir, cynique à souhait mais néanmoins comique à cause des réflexions et réparties incongrues, j'ai beaucoup aimé ce livre. Première expérience avec John Fante, et j'espère pas la dernière. J'ai adoré m'immiscer dans cette famille américaine de base composée de 6 personnes et du chien Stupide qu'ils ont finalement adopté malgré eux.
Henry, le père, écrivain minable, égoïste, qui veut plaquer sa famille et aller vivre seul à Rome. Il ne pense qu'à ça mais quand on voit sa famille, on le comprend... Il regrette d'avoir engendré ses 4 enfants et s'en débarrasserait sans scrupules : "Elle était pourtant adorable, mon Harriet : 25 ans qu’elle tenait le coup à mes côtés ; elle m’avait donné trois fils et une fille, dont j’aurais joyeusement échangé n’importe lequel, voire les quatre, pour une Porsche neuve, ou même une MG GT 70."
Harriet, la mère, qui serait bien tranquille elle aussi toute seule, mais doit faire à manger et faire le ménage pour cette famille irrespectueuse et ses enfants qu'elle pousse à quitter le domicile et à voler de leurs propres ailes. Elle est raciste, et ne supporte pas que son fils Dominic sorte avec une noire.
Tina, leur fille qui est avec un surfeur "clochard des plages" comme le qualifie son père. Ils vivent dans un van mais elle vient toujours chez ses parents  pour faire laver son linge.
Denny, l'acteur raté, qui semble idiot mais ne l'est pas tant que ça, car il va courir chez tous les médecins de la région s'inventer toutes les maladies du monde pour finalement réussir à se faire réformer de l'armée.
Dominic, qui vit avec une noire ce qui insupporte sa mère au plus haut point. Il s'est marié en cachette à Noël et se fait tabasser par sa femme.
Jamie est l'exception de la famille. Il a la main sur le coeur,  aime les animaux et les études. Il est calme et n'a jamais causé de problèmes à ses parents mais il a finalement arrêté la fac pour se consacrer au bénévolat dans une clinique.
C'est dans cette famille où les enfants boivent, fument des joints, insultent leurs parents mais refusent de couper le cordon pour vivre encore à leur crochet que va arriver Stupide, le gros chien idiot qui a lui aussi de nombreux travers. En effet, il est pervers et "pédé"  : il ne pense qu'à "sauter" les humains et les chiens de sexe masculin.Ce chien ne devient qu'une excuse à cette famille pour qu'elle se dise ses quatre vérités.
Cette famille "Bidochon" m'a souvent fait rire et ce roman oscille en permanence entre le tragique et le comique.
Une lecture appréciable où personne n'a de moralité, de bienséance et de sens civique. Jubilatoire!
 
Extrait (début du livre) : C'était janvier, il faisait froid et sombre, il pleuvait. J'étais las et déprimé, mes essuie-glaces ne fonctionnaient pas et j'avais la gueule de bois après une longue soirée de beuverie et de discussions avec un réalisateur millionnaire qui voulait me faire écrire le scénario d'un film sur un couple de gangsters "à la manière de Bonny and Clyde, avec de l'esprit et de la classe". Aucun salaire n'était prévu. "Nous serons associés, cinquante-cinquante."
C'était la troisième proposition de ce genre qu'on me faisait en six mois, un signe des temps très décourageant.
Je me traînais à vingt-cinq à l'heure sur la route de la côte, la tête passée par la fenêtre, le visage ruisselant d'eau ; j'écarquillais les yeux pour essayer de suivre la ligne blanche et le toit en vinyle de ma Porsche 1967 (quatre mensualités impayées, l'organisme de crédit gueulait) a bien failli être arraché par la pluie quand j'ai enfin bifurqué vers l'océan.
Nous habitions Point Dume, une langue de terre qui avançait dans la mer comme un sein dans un film porno, au nord du croissant de la baie de Santa Monica. Point Dume est une sorte de lotissement dépourvu d'éclairage municipal, une excroissance suburbaine chaotique couverte d'un réseau si dense de rues tortueuses et d'impasses que, j'avais beau y habiter depuis vingt ans, je m'y perdais encore dès qu'il pleuvait ou qu'il y avait du brouillard, et j'errais souvent à l'aveuglette dans des rues situées à moins de deux blocs de chez moi.
Comme je l'avais prévu par cette soirée de tempête, je me suis engagé dans Bonsall au lieu de Fernhill, puis j'ai entamé la longue routine désespérée consistant à essayer de trouver ma maison. Je savais qu'à condition de ne pas tomber en panne d'essence, je finirais par rejoindre la route de la côte et la cabine téléphonique de l'arrêt de bus, d'où je pourrais appeler Harriet pour lui demander de venir et de me montrer le chemin de la maison.
 
A lire aussi :
Bandini
La route de Los Angeles
Demande à la poussière
Rêves de Bunker Hill
Les compagnons de la grappe
 
 
Éditions 10/18 Domaine étranger - Drame - 154 pages

Recevoir les prochains articles par mail

* obligatoire

Partagez!