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mardi 17 juin 2014

N'oublier jamais - Michel Bussi

N'oublier jamais - Michel Bussi
Mon résumé : Jamal Salaoui est un athlète de haut niveau qui s'entraîne pour courir l'Ultra-Trail du Mont Blanc. Il espère devenir le premier handicapé ( il est unijambiste) à réussir cette course qui est parmi les plus difficiles au monde. En vacances à Yport (en Normandie), lors d'un entraînement le long des falaises, il croise une jeune femme incroyablement belle, les yeux rivés aux siens, prête à sauter dans le vide. Ils sont seuls. Le temps est suspendu. Ultime recours, Jamal lui tend l'écharpe qu'il vient de trouver accrochée à un poteau, mais la femme se jette dans le vide. Quelques minutes plus tard, sur les galets glacés de la plage, Jamal trouve le corps inerte de l'inconnue, un filet de sang qui s'échappe du crâne. Simple suicide? Non, l’autopsie conclut à un viol suivi d’une mort par étranglement. Et cette affaire en rappelle une autre, survenue dans la région 10 ans plus tôt, toujours pas résolue. Les choses tournent mal pour Jamal. Il devient le suspect numéro un. l'"Arabe, infirme qui bosse chez les fous" a le profil idéal du violeur...

Mon avis : Encore une fois, j'ai beaucoup aimé cette histoire. Pas autant que les 3 précédents livres de l'auteur car je l'ai trouvée un peu longue, mais j'étais loin de me douter d'un tel dénouement. C'est même la spécialité de Michel Bussi de nous concocter des résolutions d'énigmes en apothéose. D'ailleurs, une trentaine de pages avant la fin, on croit tenir le coupable. Mais non!!! ce n'est que la résolution d'une partie de l'enquête. La fin est encore plus surprenante et d'ailleurs bien plus logique puisqu'elle explique tous les éléments...
J'ai apprécié Jamal. C'est un garçon déterminé, plein d'ambition qui veut faire de son handicap une force. Il veut prouver que même avec un pied en carbone on peut devenir un sportif de haut niveau. Il est le narrateur et a une version des faits qui n'est malheureusement pas la même que celle des deux témoins qui ont vu tomber  Magali Verron du haut de la falaise. Mais comment est possible que Magali qui tenait l'écharpe à la main au moment de sauter se retrouve en bas avec l'écharpe autour du cou et des traces de viol? Quelque chose ne colle pas et Jamal en est même à se demander s'il ne devient pas fou ou s'il n'est pas victime d'une conspiration machiavélique. Même Mona, la jeune géologue rencontrée dans la salle d'attente de la gendarmerie et avec laquelle il va avoir une aventure le fait douter. Elle est pourtant totalement extérieure à l'affaire. "A force que le hasard retombe toujours du même côté, jamais du mien, j'en suis venu à imaginer la vie comme une sorte de gigantesque conspiration, uniquement composée de membres ayant prêté serment de se liguer contre moi." Les similitudes avec le meurtre d'Océane Avril qui a eu lieu 10 ans plus tôt et la ressemblance des deux jeunes filles sont à deux doigts de faire perdre la raison à Jamal. Aurait-il dormi pendant 10 ans et aurait il en fait assisté au meurtre d'Océane? Quelqu'un cherche-t-il à lui faire porter le chapeau pour s'innocenter? Pourquoi des lettres d'un lieutenant de la brigade territoriale à un directeur de gendarmerie entrecoupent le récit? A vous de le découvrir!
Les éléments se mettent en place et se retournent contre Jamal à une vitesse incroyable. Il y a beaucoup de rebondissements. Il faut donc rester bien concentré mais, une fois cette lecture commencée, on ne peut plus lâcher le livre!

Extrait : "Je comprenais maintenant ces innocents qui avouent aux flics un crime qu'ils n'ont pas commis, après des nuits de garde à vue, après des heures d'arguments, d'hypothèses et de preuves assénés par l'accusation. Ces innocents qui finissent par croire à la vérité énoncée par d'autres, qui en viennent à douter de leurs propres certitudes, celles qu'ils possédaient en entrant dans le bureau du juge. Un virage serré. Le fil d'albâtre vira en épingle à cheveux.  Non! cogna la voix dans mon crâne. Non !
La seconde chambre de ma raison résistait encore. Il existait une clé, une explication logique.
Elle était là, proche. Il suffisait de se calmer, de réfléchir. De reprendre tous les éléments et de les assembler autrement. Il suffisait de prendre de la hauteur, du recul. De dépasser les apparences. De parler avec quelqu'un qui accepterait de me croire. Mona ?"

A lire aussi
Un avion sans elle
Les nymphéas noirs
Ne lâche pas ma main 

Éditions Presses de la Cité - Policier - 501 pages 

dimanche 16 février 2014

Ne lâche pas ma main - Michel Bussi

Mon résumé : La famille Bellion (Liane, Martial et leur fille de 6 ans Josapha dite Sofa) passe ses vacances à saint-Gilles sur l'île de la Réunion. Tout se passe bien jusqu'au moment où Liane disparaît. Elle est remontée dans sa chambre d’hôtel et personne ne l'a vu en sortir. Affolé, Martial appelle la police mais les traces de sang dans la chambre font de lui le principal suspect. Pris de panique, il décide de fuir avec Sofa. Commence alors une course-poursuite haletante à travers l'île. Barrages, hélicoptères... la course-poursuite est lancée au cœur de la population la plus métissée de la planète.
Et si cette chasse à l'homme, ponctuée de cadavres, dissimulait la plus redoutable des manipulations?
 
Mon avis  : Après "Un avion sans elle" et "Les nymphéas noirs", c'est avec grand plaisir que je me suis plongée dans le dernier livre de Michel Bussi. Et comme on dit "jamais deux sans trois", celui-ci a aussi été un coup de cœur! Pour preuve, j'ai littéralement dévoré les 384 pages de ce livre en deux jours. Je crois même que celui-ci est mon préféré des trois. Premièrement parce que l'histoire est dépaysante et nous fait voyager sur l’île de la Réunion, deuxièmement parce que le coupable semble désigné dès le début de l'histoire. A lui de tout faire pour prouver son innocence mais dans sa cavale, Martial Bellion laisse derrière lui plusieurs cadavres. L'histoire se déroule à un rythme effréné et une fois cette lecture commencée, on ne peut plus s’arrêter.
La petite Sofa m'a touchée car malgré ses 6 ans, elle suit son père sans se plaindre même sur les chemins les plus escarpés du Piton de la Fournaise. Elle est persuadée que c'est son père qui a tué sa mère et la vieille dame aux cheveux bleus mais elle décide quand même de lui faire confiance car sans corps retrouvé, il y a encore une chance que Liane soit en vie.
Aja Purvi et son sous lieutenant Christos Konstantinov vont mettre en place le plan Papangue pour retrouver coûte que coûte Martial et sa fille.
Ce livre est agréablement dépaysant : on y apprend des mots créoles comme les zamis, les Zendarmes, les Zoreilles (les français de métropole), les zarabes ou encore l'argent-braguette (les prestations de la caisse d'allocations familiales).
J'émets un petit bémol sur la fin de l'histoire. En effet, Michel Bussi m'avait habituée à des fins très surprenantes où la situation se retourne complètement. Là, ce ne fut pas le cas. Mais l'histoire en est d'autant plus crédible.
Un livre que je recommande!
 
L'image que je retiendrai : Martial qui conduit avec le cadavre de la vieille dame à côté de lui et Sofa terrorisée à l'arrière mais qui ne dit rien car elle a entièrement  confiance en son père...
 
Extraits : "Une île, un monde", proclame le slogan touristique de la Réunion. Pas faux, au fond. Sur quarante kilomètres carrés est rassemblé un échantillon représentatif des inégalités entre les peuples des cinq continents. Un laboratoire de l'humanité."
"Quand le malheur vous touche, on refuse tous d'admettre qu'il n'y a aucun coupable à punir. Alors pour diminuer ses souffrances, on s'invente une vengeance."
 
A lire aussi du même auteur :
 
Éditions Presses de la Cité - Policier - 384 pages

Les nymphéas noirs - Michel Bussi

Mon résumé : Giverny est le village tranquille et idyllique du peintre Claude Monet. Mais cette quiétude est mise à mal lorsque Jérôme Morval, l'ophtalmologiste du village est retrouvé assassiné, le crane fracassé par une pierre et la tête plongée dans l'eau. Qui a bien pu commettre ce crime? Une de ses nombreuses maitresses? Un mari jaloux? Commence alors l'enquête des inspecteurs Laurenç Sérénac et Sylvio Benavides. Au coeur de l'intrigue, trois femmes : une fillette de onze ans douée pour la peinture, une institutrice redoutablement séduisante et une vieille femme aux yeux de hibou qui voit tout et sait tout. Et puis, bien sûr, une passion dévastatrice. Le tout sur fond de rumeur de toiles perdues ou volées, dont les fameux Nymphéas noirs. Perdues ou volées, telles les illusions quand passé et présent se confondent et que jeunesse et mort défient le temps.
 
Mon avis : Après avoir lu et adoré "Un avion sans elle" j'avais hâte de découvrir le précédent livre de Michel Bussi et encore une fois, j'ai été bluffée. J'ai eu plaisir à suivre l'enquête de Laurenç Sérénac et son collègue Sylvio Benavides. J'ai trouvé ce duo plutôt comique. Pour mener à bien leur enquête, ils ont des méthodes parfois risibles comme par exemple récupérer toutes les paires de bottes du village pour trouver qui a laissé son empreinte auprès du cadavre. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin!
Les caractères de ce duo improbable d'inspecteurs sont eux aussi risibles : Laurenç, célibataire et fraichement muté du Sud-Ouest à Giverny ne compte pas rester seul longtemps. Il tombera vite sous le charme de Stéphanie, la jeune institutrice du village. Le fait qu'elle soit mariée ne le dérange pas plus que ça.
Sylvio est lui aussi un personnage atypique : sa femme est sur le point d'accoucher mais il ne pense qu'à établir des théories fumantes sur cet assassinat. En plus, il fait collection de barbecues!
Le narrateur change alternativement à chaque chapitre : la vieille dame, Fanette, ou le narrateur qui nous raconte l'avancement de l'enquête de Sérénac / Benavides. J'ai particulièrement aimé cette vieille dame solitaire que tout le monde appelle "la sorcière" qui nous raconte les événements tels qu'elle les voit de "ses yeux de vieux hibou".
La jeune Fanette est quant à elle très douée pour la peinture et elle tente de reproduire le tableau des nymphéas pour tenter de remporter un concours international de peinture. Elle est très studieuse et appliquée.
Stéphanie est plutôt énigmatique : on sait qu'elle est malheureuse avec son mari Jacques et qu'elle se laisserait bien tenter par les charmes de Laurenç. J'ai eu du mal à la cerner.
Je n'ai compris qu'à la toute fin  pourquoi ni les trois femmes, ni Sérénac et Laurentin ne se sont pas rencontrés au long de l'histoire. La fin a été pour moi l'apothéose et je ne m'y attendais pas du tout. Mais je ne peux pas vous en dire plus et vous incite à découvrir vous même  ce très bon roman policier qui vous fera voyager dans le village de Claude Monet.
 
A lire aussi du même auteur :
 
 
Editions pocket - Policier - 438 pages

Un avion sans elle - Michel Bussi

Mon résumé : 22 décembre 1980 : un Airbus assurant la liaison Istanbul Paris vient de s'écraser sur  une montagne du Jura : le Mont Terrible. 168 des 169 passagers ont été tués sur le coup. Seule survivante un nourrisson de 3 mois. Le problème est alors d'identifier le nouveau né. En effet, deux bébés de 3 mois exactement étaient dans l'avion. Deux familles, l'une riche, l'autre beaucoup moins, se déchirent pour que leur soit reconnue la parenté de celle que les média ont baptisée Libellule ou Lylie en contraction des deux prénoms des fillettes : Lyse-Rose et Émile. Commence alors une longue enquête basée sur des suppositions car en 1980 les test ADN n'existaient pas.
Crédule Grand-Duc, un détective privé est engagé pour tenter de faire la lumière sur cette histoire. Il a 18 ans pour y parvenir afin que Lylie connaisse ses origines le jour de sa majorité. Du quartier parisien de la Butte-aux-Cailles jusqu'à Dieppe, du Val-de-Marne aux pentes jurassiennes du mont Terrible, le lecteur est entraîné dans une course haletante jusqu'à ce que les masques tombent.
 
Mon avis : Impossible de décrocher de cette lecture! Le suspens dure d'un bout à l'autre du livre.
L'histoire se déroule entre 1980 et 1998.
Peu après l'accident, l'affaire a été jugée à la va-vite et sans preuve afin que le bébé ne reste pas trop longtemps en pouponnière. Le juge a conclu que le bébé est Emilie. Elle rejoindra alors ses grands-parents Nicole et Pierre Vitral ainsi que Marc son frère aîné.
Mais les grands-parents Leonce et Mathilde de Carville ne veulent pas en rester là. Ils prétendent que le bébé est Lyse-Rose leur petite fille et pour se faire entendre, ils sont prêts à y mettre le prix. Mais les Vitral ne lâchent pas. Même s'ils sont sans moyens, ils élèveront Marc et Émilie comme leurs propres enfants. Le jour de son anniversaire, alors qu'elle a découvert la vérité, Emilie disparaît en laissant un cahier vert et un message des plus inquiétants sur le répondeur de Marc. Complètement paniqué et voulant retrouver sa soeur avant qu'elle ne commette l'irréparable, Marc part chez Crédule Grand-Duc, le détective pour en savoir plus. C'est en effet ce dernier qui a rédigé ce cahier vert, consignant jour après jour les événements relatifs à son enquête. En arrivant chez Crédule, Marc va tomber sur un cadavre et des dizaines de boites d'archives brûlées dans la cheminée... Il décide alors de suivre les pistes amenées au fur et à mesure par Crédule Grand-Duc.
Le lecteur suit alors le cheminement de Marc entre les lectures entrecoupées du cahier de Crédule, et son avancée dans sa propre enquête. Ce sont les événements rocambolesques que vit Marc qui l'obligent à lire le cahier par intermittence et qui tiennent justement le lecteur en haleine. Mais Marc doit se méfier car quelqu'un pourrait voir d'un mauvais oeil les découvertes qu'il pourrait faire.... Notamment Malvina de Carville, la petite peste un peu schizophrène qui est la soeur de Lyse-Rose, ou encore Mathilde de Carville,  la grand mère...
Impossible d'en dire plus sans trop dévoiler l'intrigue. Jusqu'à la fin, je ne me suis pas doutée du dénouement.
C'est d'ailleurs ce dénouement que j'ai particulièrement apprécié car il est très probable, et finalement c'était ce qu'il y avait de plus logique.
A lire de toute urgence!
 
L'image que je retiendrai : En 1980, les tests ADN n'existaient pas. Un simple test aurait mis tout le monde d'accord. Malheureusement les premiers tests datent de 1987...
 
Extrait : "Il n’arrivait toujours pas à croire ce qu’il voyait. Ses mains tremblaient. Un immense frisson le parcourait de la nuque au bas du dos.
Il avait réussi !
La solution se trouvait là, dans ce journal, à la une, depuis le début. Elle attendait patiemment : il était rigoureusement impossible de découvrir cette solution à l’époque, dix-huit ans auparavant. Tout le monde l’avait lu, ce journal, détaillé, analysé, mille fois, et pourtant personne ne pouvait deviner, en 1980, et pendant toutes les années qui avaient suivi.
La solution sautait aux yeux… à une condition.
Une seule condition. Absolument délirante.
Ouvrir ce journal dix-huit ans plus tard ! "
 
A lire aussi :
Les nymphéas noirs
Ne lâche pas ma main
 
Éditions Pocket - Policier, drame - 570 pages

La Bible en BD - Michael Pearl - Danny Bulanadi

La Bible en BD a pour ambition de donner aux jeunes et aux moins jeunes un accès facile aux textes bibliques et ainsi se familiariser avec L'Ancien et le Nouveau Testament.
Pour une fois, et exceptionnellement, ma critique ne portera pas sur le fond (que je ne peux pas me permettre de juger) mais sur la forme.
Depuis trois millénaires, la bible est le livre fondateur des chrétiens et des non-chrétiens et sa connaissance fait partie de la culture générale. Elle apporte aussi un enseignement éthique et moral c'est pourquoi, ne me souvenant que très lointainement de mes cours d'éducation religieuse à l'école, j'ai souhaité me rafraîchir la mémoire.
Tous les passages importants sont retranscrits de la création du Monde aux actes des apôtres, en passant par la résurrection de Jésus.
J'ai trouvé ce livre très bien conçu car chaque chapitre comporte des annotations en bas de page renvoyant aux textes initiaux. Cette édition de la Bible est donc une adaptation fidèle clairement synthétisée du texte d'origine.
Les dessins de Danny Bulanadi sont du style "comics" et je les trouve très  travaillés et réalistes. (Danny Bulanadi est un des illustrateur des comics "4 fantastiques" et "Captain America"). Je vous joins ci-dessous deux planches extraites de ce livre pour que vous puissiez en juger par vous-même.
Un livre qui pourra intéresser toute la famille!
 
Pour finir, je remercie Babelio et les Éditions Salvator de m'avoir offert ce livre dans le cadre d'un partenariat  "Masse critique".

Sans elle - Alma Brami

Mon résumé : Léa, une petite fille d'une dizaine d'années nous raconte comment elle et sa mère font face  à la disparition de Solène, sa petite soeur. Léa est brutalement confrontée au monde des adultes. Grâce à sa volonté elle saura retrouver une vie normale et, " ne plus craindre le manque et le digérer. A deux. Et puis grandir."
Comment Léa, aussi orpheline de père depuis peu va faire pour aider sa mère à sortir de sa profonde dépression. (Une maladie dont elle ne comprend pas les causes)? Et se sortir elle même de sa solitude?
 
Mon avis : Voilà un coup de coeur pour ce livre qui dépeint magnifiquement les sentiments de Léa face à la disparition trop  brutale de sa petite soeur. Cette histoire est très émouvante, car on se rend compte que bien qu'elle soit très triste de cette disparition, Léa ne se rend pas vraiment compte de la réalité et de la dureté des choses, et c'est bien normal vu qu'elle n'a que 10 ans. Par exemple, elle se croit immortelle car la mort ne peut pas frapper trois frois au même endroit : "Moi je m'appelle Léa, et je suis immortelle. Immortelle, c'est quand on devait mourir à un moment et qu'on n'est pas mort, après c'est fini, on a dépassé la mort, on l'a plantée, elle a pris quelqu'un d'autre à la place. " Elle n'a pas compris que la mort est une fin , et elle croit que sa petite soeur vit différemment, sans elle  et ne comprend pas non plus qu'on puisse ne plus prendre soin d'elle :  "Je ne comprenais pas qu'on puisse faire ça à Solène, même morte, qu'on l'enterre sans son doudou, sans sa couette, sans une lampe de poche. Pendant des jours et des nuits, je grelottais pour elle, je rêvais d'aller la réchauffer, de la réconforter. Ma Solène si petite, qui avait tellement peur du noir. Et puis, on m'avait dit qu'un mort dort sur le dos dans son cercueil, et moi je savais que Solène ne pouvait pas s'endormir autrement que sur le ventre, les mains repliées sous sa tête. Je l'imaginais figée les yeux grands ouverts, bleue de froid, à essayer de ne pas crever de froid."
Comment comprendre quand personne n'est là pour lui expliquer les choses?
Sa mère vit très mal  ce deuil et passe ses journées entières au lit à dormir et ne se lève même plus pour manger, elle ne s'occupe même plus de sa fille :" Maman a arrêté de me coiffer le matin, elle n’avait plus le temps et plus l’envie."
Pour Léa, c'est différent. Elle souffre tous les jours de l'absence cruelle de Solène, mais elle est ancrée dans la réalité ; elle côtoie la société en allant à l'école tous les jours. Jusqu'où Léa pourra t'elle vivre en silence sa douleur et sa solitude , sans aide extérieure ?
Intriguée par cette très belle leçon de vie, je me demandais si cette histoire était autobiographique, et heureusement non! J'ai d'ailleurs trouvé une interview de l'auteure que vous pourrez lire sur le site Evène ici.
Et écouter les premières pages lues par l'auteure elle même :
 
Un minuscule bémol toutefois : il me semble avoir compris que sa soeur et son père avaient une maladie héréditaire. Dommage que la cause de ces décès ne soit pas plus explicite ! 
 
Editions Folio - 166 pages - Drame

Anibal - Anne Bragance

Mon résumé : Edgar, surnommé Sweetie est un petit garçon d'une dizaine d'années qui vit dans une famille aisée dans le sud de la France à Saint Jean Cap Ferrat près de Nice. Ses parents travaillent dans le milieu du cinéma ce qui les occupe beaucoup et leur laisse très peu de temps à consacrer à Edgar. Mais, ils décident tout de même de partir dans les Andes pour adopter un petit péruvien de 5 ans prénommé Anibal.
Edgar ne voit pas d'un bon oeil ce nouvel arrivant et lui fait plein de mauvais tours comme par exemple lui mettre des boules Quiès lors de ses leçons de français.... Mais, une nuit, il entend Anibal "siffler comme une cocotte minute" et aura le réflexe d'appeler le médecin pour le sauver. En effet, Anibal, qui a grandi en altitude ne s'adapte pas au climat français et fait des crises d'asthme à répétition. Hugues et Lolly (les parents) vont dès lors considérer Anibal comme une source d' ennuis lui aussi  et le délaisser petit à petit renforçant ainsi le lien fraternel entre lui et Edgar...
 
Mon avis : Ce livre restera longtemps dans ma mémoire et fera partie de mes coups de coeur de l'année 2001 au même titre que Oscar et la dame rose ou le café de l'excelsior.
Edgar, dont les parents pensent qu'il va devenir une "tante" car il a la passion des fleurs, cultive le grand jardin familial aidé d' André leur jardinier. Ses fleurs sont son refuge, il les reconnaît toutes parfaitement et les connaît même mieux qu'il connaît ses propres parents.
Lorsqu' arrive  son nouveau petit frère, et certainement par jalousie, il se moque de lui et lui fait des tours pendables. Une nuit, alors qu'il est seul à la maison avec son frère et la cuisinière, Anibal déclenche une crise d'asthme et c'est lui qui va le sauver , la cuisinière ne daignant pas bouger pour ce "métèque". Depuis ce jour, Anibal devient une source à ennuis pour ses parents qui n'hésiteraient d'ailleurs pas à le renvoyer au Pérou, Edgar va le prendre en pitié, le défendre et enquêter sur les raisons de ses crises à répétition et se rendre compte que ce sont  les pollens de ses fleurs qui sont responsables...
Je ne vous en dévoile pas plus, mais vous conseille de lire ce livre plein d'amour et d'humour. En effet, Edgar m'a souvent bien fait rire avec ses remarques et ses réflexions sur son petit frère et ses parents: "Anibal, ils ont dû raquer un maximum pour l'avoir. Ma mère n'a pas voulu me dire le prix, il paraît que je l'ai " scandalisée " avec cette question. " Mais enfin, Sweetie, un enfant, on ne l'achète pas, on prend ce qui vient, tu sais. " Ma pomme, c'est sûr ils l'ont pas payée et ils l'ont pas choisie parce que s'ils avaient eu la possibilité, ils auraient pris un moins moche, un plus sympa et qui les aurait pas fait tourner en bourrique. Mais pour l'Inca, j'ai quand même un doute : je vois pas pourquoi les Péruviens ils refileraient leurs morpions gratis à des étrangers."
J'ai beaucoup aimé aussi le fait que l'auteur nous décrive autant  et aussi justement les sentiments d'Edgar qui va passer d'une jalousie masquée à un amour fraternel plus fort que les moqueries et réflexions racistes. Il lui apprend à parler, lui raconte l'histoire de son pays et se met même dans la tête de partir au Pérou (à pieds) avec Anibal pour qu'il retrouve son souffle dans ses montagnes andines.
J'ai trouvé la fin magnifique mais je vous  laisse juger par vous même....
Vous pouvez aussi aller voir la chronique de Mélusine qui m'a fait découvrir ce livre.
 
 
Éditions Robert Laffont 178 pages - Roman

Serment d'automne - Françoise Bourdin

Mon résumé : Guillaume - architecte parisien - est contacté par son frère jumeau Robin en Bourgogne. Ce dernier est atteint d'un cancer et n'arrive plus à faire face à son exploitation viticole. De plus,  sa femme Laurence attend leur premier enfant et ne peut plus l'aider elle non plus. Contraint de lâcher son agence pendant un temps, Guillaume tente de gérer comme il peut les vendanges avec les journaliers mais surtout, il décide de tenir la main de son frère dans cette terrible épreuve. De retour sur sa terre natale, Guillaume va-t il réussir à tenir le cap et gérer à distance son agence d'architectes et les vendanges sur le terrain? Leur lien gémellaire semble plus fort que tout mais est-il plus puissant que l'ambitieux projet professionnel que Guillaume était en train d'établir sur Paris? Résistera-t-il à toutes les pressions y compris celle de son fils Ralph, un ado/adulte ingrat arrivé là un peu par hasard qui décide de rester et de lui pourrir la vie?
 
Mon avis : Ce livre est pour moi un coup de coeur! J'ai beaucoup aimé le lien entre ces deux frères jumeaux que la vie a séparés mais qui reste plus fort que tout. On sait que les liens gémellaires sont  spéciaux et  qu'ils fascinent  mais je trouve que Françoise Bourdin les décrit très bien.  C'est surprenant de voir comme Guillaume parle crûment à Robin à propos de la maladie. Pourtant on voit bien qu'ils s'aiment plus que tout mais cette façon de parler va l'aider à combattre. Il ne veut pas entendre son frère "geindre" dans un coin.
Ralph, le fils de Guillaume est un jeune adulte fâché avec son père depuis qu'il l'a mis au tribunal pour l'obliger à lui verser une pension pour payer ses études et qu'il lui a "piqué" sa petite amie Johanna pour s'affirmer en tant qu'homme. Ce jeune m'a agacé par sa désinvolture face aux études mais il m'a aussi fait de la peine car il ne s'est même pas rendu compte que Johanna se servait de lui pour rendre son père jaloux. Par la force des choses et parce qu'ils se retrouvent ensemble un peu  malgré eux, une réconciliation (souhaitée par tout le monde) est en marche. En effet, ils se trouvent obligés de se reparler car Guillaume ne peut pas tout assumer seul et comme Ralph est là, autant qu'il se rende utile.
Laurence, la femme de Robin est quant à elle déchirée entre Violette, son bébé qui vient de naître alors que Robin est au plus mal, s'occuper de donner les instructions à Guillaume, l'entretien de la maison...
J'ai aimé découvrir ce monde de la viticulture ou les gens sont solidaires. Guillaume va petit à petit se rendre compte qu'il existe d'autres valeurs que celles du profit, de l'argent, des signatures de contrats et de la séduction. Ce retour sur ses terres natales sera pour lui une expérience humainement très enrichissante.
Cette histoire de famille pourtant dramatique ne tombe jamais dans le pathos mais fait réfléchir aux vraies valeurs bien souvent oubliées à savoir la famille, l'amour pour ses proches, les racines familiales...
J'aimerais qu'il y ait une suite pour savoir ce que va devenir la famille Montaubry!
Je vous encourage à lire ce livre et découvrir aussi les personnages secondaires tels Sybil, François, Marc, Johanna car chacun a une place importante dans cette histoire mais que je ne vais pas vous révéler maintenant afin de garder un peu de "mystère".
 
L'image que je retiendrai : Guillaume qui ne s'apitoie pas sur son frère mais au contraire lui parle crûment pour le faire réagir et l'inciter à se battre contre cette terrible maladie.
"-  Je ne veux pas mourir bredouilla Robin.
- On en passera forcément par là, toi, moi, tout le mode et on le sait depuis le premier jour.
- Mais moi, je compte en semaines, en heures! On m'avait donné six mois à vivre, on...
- Tu ne vas pas si mal que ça, la chimio commence à donner des résultats!
- Je n'y crois plus. Regarde-moi,  Guillaume!
- Il y a pire que toi. tant que tu es là, que tu me parles, que tu respires...
- Quand ça arrivera, il faudra que tu sois près de moi, que tu me tiennes la main comme maintenant. [....] Je serai peu-être sous terre à Noël. J'avais tellement de projets Guillaume! Violette vient à peine de naître, tu te rends compte, tu as eu le temps de voir grandir ton fils...
- Tu l'auras aussi, tu n'as qu'à te battre.
- Oh! Je t'en prie, ce sont des mots creux! Se battre contre quoi?
- Toi-même, tes pensées morbides, ta défaite programmée, ton manque de foi en la médecine, en toi, en Dieu! Écoute Robin, même si ça ne marche pas, tu n'as rien à perdre."
 
Je remercie vivement Élodie  des Éditions Belfond de m'avoir contactée directement pour me proposer ce livre en avant première. Grâce à elle, j'ai passé un très bon moment  au sein  de la famille Montaubry.
Je vous recommande aussi "Le testament d'Ariane" une autre histoire de famille qui est aussi un régal à lire.
 
 
Éditions Belfond - Littérature contemporaine - 301 pages

Dans les pas d'Ariane - Françoise Bourdin

Mon résumé : N'en déplaise à sa famille et surtout à son mari, Anne a décidé de s'installer dans la maison léguée par sa tante Ariane et elle a de grands projets pour faire revivre cette imposante bastide. Avec l'aide de son frère Jérôme, Anne transforme peu à peu la demeure en chambres d'hôtes. Mais Paul, son mari, ne comprend pas le choix de sa femme et refuse de venir habiter dans cette maison qu'il déteste. Excédé, il finit par entamer une procédure de divorce. Au fil des jours, le projet d'Anne prend tournure et la vie s'organise. La bastide Nogaro fourmille d'activités et la jeune femme, à qui Paul avait prédit la solitude, voit sa famille se regrouper autour d'elle.
Parallèlement, Anne continue la lecture du carnet découvert dans les affaires d'Ariane et y découvre un secret familial. Elle comprend alors les rancoeurs de sa propre mère envers elle... Mais a-t-elle intérêt à questionner sa mère, ou faire comme si de rien n'était? A-t-elle le droit de bouleverser l'unité de sa famille au prix de la vérité ?
 
Mon avis : Cette histoire est la suite du Testament d'Ariane. Souvenez-vous : à la fin du premier tome, nous avions laissé Anne qui venait juste d'emménager dans la bastide léguée par sa tante. Son mariage avec Paul commençait à battre de l'aile et toute la famille ne comprenait pas pourquoi Ariane avait été si généreuse avec sa nièce au point de lui laisser à elle seule son héritage.
Si les 50 premières pages m'ont un peu lassée, car elle sont une redite du précédent  tome, j'ai aimé me replonger dans cette saga familiale.
Nous  retrouvons donc Anne avec son seul soutient qui n'est autre que son frère Jérôme. Ils ont tous les deux de grandes ambitions pour faire de cette immense bastide perdue dans les pins de la fôret des landes une confortable maison d'hôtes.
Comme au premier tome, j'ai adoré suivre Anne dans sa détermination à garder la bastide. Elle a définitivement fait une croix sur son mariage et parvient petit à petit (et grâce aux aléas de la vie)  à réunir de nouveau sa famille autour d'elle : 
Premièrement son frère Jérôme qui n'a pas de travail et voit là l'opportunité de s'occuper puis ensuite son frère Valère et sa belle-soeur Suki contraints quitter leur appartement après l'incendie qui a tout ravagé chez eux. Petit à petit, le noyau familial va se reconstituer autour d'elle dans cette maison et lui redonner la force de continuer ses travaux malgré ses difficultés financières. 
Elle peut aussi compter sur le soutient de Julien, l'ancien associé de la clinique vétérinaire de son mari qui a toujours eu un faible pour elle ...
Au fil du livre, Anne continue la lecture du carnet laissé par sa tante et va de découverte en découverte et trouve un objet qui pourrait bien la sortir définitivement de ses difficultés financières.
J'aimerais une suite pour voir si ses projets sont pérènes et rentables mais surtout pour savoir si elle va parler avec sa mère pour comprendre son origine....
 
L'image que je retiendrai : Anne a finalement réussi à réunir sa famille autour du repas de Noël. Repas familial par excellence pour lequel elle a eu l'audace de servir un cassoulet à ses convives!!!
 
A découvrir aussi : Serment d'automne
 
Éditions Belfond - Littérature contemporaine - 326 pages

Le testament d'Ariane - Françoise Bourdin

Mon résumé : Anne, mariée et mère d'un jeune garçon de 12 ans, vient d'hériter de sa tante Ariane Nogaro. Bien qu'elle était la seule personne de la famille à porter de l'attention à la vieille dame, rien ne lassait présager qu'elle serait l'unique légataire du testament d'Ariane composé  d'une imposante bastide située en plein coeur de la foret des Landes et d'une grosse somme d'argent destinée à payer les droits de succession. Ariane  ne fréquentait guère son frère aîné, un professeur à la retraite, pas plus que sa belle-soeur, le couple n'appréciant guère son originalité et sa manière de vivre c'est pourquoi elle a pris  la décision de tout léguer à Anne. Cet héritage va être source de nombreuses jalousies au sein de la famille. Pourquoi avoir choisi une parente du quatrième degré plutôt que son frère? Que faire en effet de cette maison qui renferme tant de souvenirs ? La revendre ? Ou au contraire s'y installer, comme Anne le souhaiterait malgré le refus sans appel de son mari de déménager ? A-t-elle le droit de mettre son couple en péril ? Et résistera-t-elle aux pressions continuelles de sa famille qui supporte difficilement d'avoir été écartée de l'héritage ?
 
Mon avis : Voilà le premier tome d'une histoire de famille pleine de rebondissements. J'ai bien aimé le fait que, bien que ce soit une histoire de famille, les personnages sont peu nombreux et leurs émotions sont parfaitement décrites.
A l'annonce du testament, tout le monde est effaré par tant de générosité envers Anne. Les jalousies et la méchanceté ne vont alors par tarder à apparaître.
Tout le monde incite Anne à vendre la propriété pour qu'ils partagent l'argent. Mais Anne hésite, convoque un agent immobilier pour se renseigner sur la valeur d'une telle demeure mais se ravise vite lorsqu'elle découvre un genre de petit journal intime dans lequel Ariane consignait ses impressions sur sa famille et sur ses trois maris successifs. Elle va alors se rendre compte que la vieille femme, bien que très vénale et s'étant servie des hommes toutes sa vie n'aura eu de cesse de tacher de récupérer cette demeure à laquelle elle semblait tenir plus que tout.
C'est décidé. Anne garde la bastide et y habite au grand dam de son mari avec qui elle va jouer avec le feu et mettre son mariage en danger. En effet, bien qu'à seulement une vingtaine de kilomètres de leur maison de Castets, Paul prétexte qu'elle est trop loin de sa clinique vétérinaire et refuse obstinément de la suivre.
D'abord dans une période d'euphorie à l'idée de vivre dans cette grande maison, Anne le laisse seul. Puis bien qu'elle ne change pas d'avis, elle se met à réfléchir et l'euphorie laisse place aux interrogations et remises en questions. Après tout, si elle se sépare c'est que son problème de couple  était latent et ne demandait qu'à se révéler. : "dans un couple, les problèmes ne naissent pas du hasard, ne surviennent pas un beau matin. L'héritage n'avait été qu'un catalyseur."
J'ai beaucoup aimé aussi toute l'affection qu'elle porte à son gros chien Goliath. Ce chien était celui de sa tante et, dans cette bastide, il est chez lui et la protège des intrusions. C'est grâce à lui qu'elle va compenser sa solitude (et aussi grâce à la lecture du petit carnet intime). "D'où elle était, le grillage délimitant la propriété était invisible, sa petite forêt se fondait dans l'immensité boisée. Elle vit Goliath déboucher du chemin au trot, de retour d'une de ses balades. Ce chien la rassurait par sa présence et l'apaisait par son affection muette, sans doute contribuait-il à son bien-être dans la maison, comme il l'avait fait pour Ariane."
" Elle décida de se lancer dans un grand ménage. Sa chambre devait rester aussi impeccable qu'elle l'avait trouvée, chaque fois qu'elle y mettait de l'ordre elle imaginait sa tante préparant soigneusement la pièce à son intention.Quel instinct lui avait soufflé qu'Anne se plairait ici au point de ne plus vouloir partir, quitte à chambouler toute sa vie? Avait-elle deviné que, au fond d'elle-même, sa nièce aspirait à un changement? En ce cas, elle lui avait ouvert une porte sur la liberté d'entreprendre autre chose".
Heureusement, elle pourra compter sur le seul  soutien de son frère qui a trouvé une idée pour rentabiliser cet héritage.....
 
J'ai hâte de lire la suite. Rendez-vous le 6 octobre 2011
 
 
Éditions Belfond - 336 pages - Littérature contemporaine. Saga

Coureurs d'océans - Pierre-François Bonneau

Coureurs d'Océans : portraits de 30 navigateurs d'aujourd'hui.
 
COUREURS D OCEAN Pour une fois, et pour changer, je vais vous parler d'un beau livre dont j'affectionne particulièrement le sujet : les navigateurs d'aujourd'hui.
Cet ouvrage, nous dresse le portrait de 30 des meilleurs navigateurs européens actuellement en compétition dans les principales courses transocéaniques.
Il y a donc 30 chapitres (un par navigateur dans l'ordre alphabétique) . Chacun composé de quatre pages ils se présentent de la manière suivante :
 
- Biographie avec date et lieu de naissance et palmarès des courses et des victoires jusqu'en 2010.
- Texte (très documenté) résumant la vie et le parcours de ces marins en 90 lignes environ.
- Un portrait en noir et blanc
- Une (ou deux) photos grand format.
 
Les navigateurs dont il est question sont :
Jérémie BEYOU, Pascal BIDEGORRY, Arnaud BOISSIERE, Franck CAMMAS, Thomas COVILLE, Samantha DAVIES, Michel DESJOYEAUX, Jean-Pierre DICK, Yann ÉLIES, Franck-Yves ESCOFFIER, Karine FAUCONNIER, Sydney GAVIGNET, Yann GUICHARD, Marc GUILLEMOT, Sébastien JOSSE, Roland JOURDAIN, Francis JOYON, Yves LE BLEVEC, Jean LE CAM, Armel LE CLEAC’H, Lionel LEMONCHOIS, Jean-Luc NELIAS, Kito DE PAVANT, Bruno PEYRON, Loïck PEYRON, Vincent RIOU, Bernard STAMM, Alain THEBAULT, Marc THIERCELIN, Dominique WAVRE.
 
J'ai beaucoup aimé lire et regarder les magnifiques photos de ce livre. Les textes de Pierre-François Bonneau sont clairs, très documentés et on y apprend beaucoup de choses. Moi qui ai la chance d'avoir rencontré plusieurs fois Michel Desjoyeaux et d'avoir discuté avec lui et Kito de Pavant (nous sommes "voisins") j'ai tout de même appris des choses sur eux dans ce livre...
Les magnifiques photos exclusives (aériennes pour la plupart) de Benoit Stichelbaut nous montrent des exploits dans des mers déchaînées ou des havres de paix illuminés par un  grand soleil.
 
Cet ouvrage s'adresse à tout public car il n'y a pas de termes spécifiques à la navigation. Pas besoin d'être féru de voile pour rêver devant ces trente portraits d'exception!
A noter que les 30 portraits en noir et blanc sont exposés à Brest et seront vendus au profit de la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer)
 
Éditions Le Télégramme - 143 pages- Préface de Isabelle Autissier
 
Je remercie Babelio et les Éditions Le Télégramme pour m'avoir offert ce très beau livre dans le cadre d'un partenariat lecture.

"Le baby-sitter" Jean -Philippe Blondel

Résumé de l'éditeur : Dix-neuf ans. Étudiant. Pas d'argent. Pour pouvoir remplir son frigo et s'amuser un peu, il n'y a guère de solutions. Travailler dans un fast-food. Surveiller les activités périscolaires. Ou opter pour le baby-sitting C'est ce que choisit Alex, finalement. Mais lorsqu'il dépose son annonce à la boulangerie du coin, il est loin d'imaginer la série de personnages qu'il va rencontrer, et à quel point cet emploi va modifier sa perception du monde. Il ne peut surtout pas se douter combien sa présence va influer sur la vie de ses nouveaux employeurs. Parce que, au fond, ce que l'on confie à un baby-sitter, pour quelques heures, c'est ce que l'on a de plus précieux ses enfants, sa maison, le cœur même de son existence. Un roman sur les liens que l'on tisse et sur ceux que l'on tranche - et sur cette humanité qui tente, bon an mal an, de tenir et d'avancer, en rêvant de courir et de dévaler les pentes.

Mon avis : Premier roman que je lis de Jean-Philippe Blondel et mon avis est mitigé. L'idée qu'un garçon fasse du baby-sitting me paraissait plutôt incongrue, mais pourquoi pas et c'est d'ailleurs la trame de l'histoire et certainement aussi pour ça  qu'il arrive à avoir autant de "clients". Certes, on est tenu en haleine par les différents personnages et les liens qu'ils tissent entre eux alors qu'aucun ne se connaissait. Le début était un peu long à mon goût, et il a fallu attendre la moitié du livre pour voir l'histoire prendre une tournure inattendue et en apprendre plus sur le caractère et la psychologie de chacun des protagonistes. Ce qui m'a le plus plu c'est la description d'une amitié nouvelle entre Alex et Marc. Ce dernier étant psychologiquement fragile après le départ de sa femme mutée pour travailler à 200 km et laissé seul toute la semaine avec ses deux fillettes. Alex le rencontra lors de l'un de ses baby-sitting.
Cette lecture était néanmoins agréable et pleine de poésie et d'optimisme.

Le mystère Napoléon - Steve Berry

Mon résumé : Cotton Malone, ancien agent du ministère américain de la justice, devenu depuis libraire au Danemark, rencontre son vieil ami Henrick Thorvaldsen qui veut venger le mort de son fils, tué par un millionnaire nommé Graham Ashby.
Cotton reprend alors du service pour aider Henrick à s'infiltrer dans un club très fermé  qu'Asby tente d'intégrer lui aussi : "Le club de Paris" dirigé par une femme milliardaire elle aussi, nommée Eliza Larocque. Car moyennant finances, elle propose à ses 7 membres de tenter de découvrir un secret et un trésor  que Napoléon aurait donné à Saint Denis juste avant sa mort en 1821. En effet, durant ses nombreuses conquêtes, il avait eu accès à de nombreuses richesses mais aussi des archives occultes, en particulier celles du Vatican et des Chevaliers de Malte. Elle promet à ses membres un bénéfice colossal et un très important retour sur investissement. Ashby, voleur d'art, ne reculerait devant rien pour s'approprier à lui seul cette future découverte... Les énigmes vont se succéder au fil des pages et des lieux historiques : Paris, la Tour Santa Maria en Corse, les Châteaux de la Loire...
 
Mon avis : Attirée par le résumé de quatrième de couverture et par le crédit donné à ce livre par Harlan Coben  sur la couverture : "Le meilleur livre de Steve Berry", je me suis laissée tenter.... mais je dois dire que j'ai été déçue! Ce livre est le cinquième Tome des aventures de Cotton Malone dans lequel on nous promet des énigmes historiques. Hors, il y a beaucoup d'énigmes (même trop pour une compréhension fluide), et le coté historique n'est pas forcément vrai....
A la lecture je prenais toutes ces informations historiques pour argent comptant, mais à la fin, après l'histoire, l'auteur consacre un chapitre à "Fixer la limite entre les faits et la fiction" et là, même si beaucoup de faits sont véridiques, on apprend que le fondement même de l'intrigue portant sur le livre des Mérovingiens est pure invention! Dommage.
Par contre, point positif : l'auteur (qui est américain) s'est rendu sur les lieux de son histoire et a visité tous les monuments et sites dont il parle. C'est pourquoi les descriptions sont aussi précises et documentées et c'est instructif.
Concernant l'histoire en elle même, je trouve qu'il y a trop de personnages . Très peu décrits, on a vite fait de les confondre.
Les énigmes s'enchaînent à une très grande vitesse, c'est pourquoi je pense qu'une lecture d'une traite est préférable pour ne pas perdre le fil.
L'auteur alterne les chapitres : un sur deux parlant de Malone et de son ami, et un sur deux parlant d'Eliza Larocque et des membres de son club de milliardaires. On sait, et on attend avec impatience  que les deux se rejoignent, mais ça tarde à arriver car bien que découpé en 76 courts chapitres, il y a beaucoup trop de longueurs comme par exemple lorsque Malone descend de l'hélicoptère  pour rejoindre l'avion (p357). Rien que pour décrire l'action de descendre, l'auteur écrit 14 lignes! Et c'est pareil pour toutes les actions des 500 pages! N'hésitant pas à répéter plusieurs fois le même mot et faire de nombreuses redondances.
C'est le premier livre de Steve Berry que je lis, et je pense que j'aurais mieux fait de commencer par le premier tome, ce qui m'aurait permis de découvrir les personnages de Cotton, Stéphanie et autres plus sereinement et d'avoir un meilleur portrait de leurs personnalités.
 
Je remercie néanmoins  BlogOBook et les Editions Le Cherche Midi de m'avoir fait profiter de ce livre dans le cadre d'un partenariat lecture, car j'ai tout de même passé un agréable moment!
 
 
Editions Cherche Midi - 505 pages- Thriller historique

La prière de l'absent - Tahar Ben Jelloun

Mon résumé : "La prière de l'absent" est un récit extraordinaire, qui raconte l'épopée de deux hommes (Boby et Sindibad) et un femme (Yamna) qui, un jour découvrent un enfant abandonné dans un cimetière à Fes au Maroc. Ils entreprennent alors un voyage initiatique avec ce bébé à travers le désert marocain , vers la cité sainte de Moulay Idriss. Leur voyage est peuplé de rencontres...
 
 
Mon avis : Voici la première des cinq histoires compilées dans ce livre et qui ont toutes pour point commun de parler du destin d'un enfant mal né car abandonné ou renié par sa famille. Ici, c'est le cas d'un enfant retrouvé entre les tombes d'un cimetière et qui deviendra bien plus tard un héros de la résistance marocaine.
J'ai beaucoup aimé cette histoire car le style est très poétique. (Rappelons que Tahar Ben Jelloun est un écrivain  poète franco-marocain)
Par contre, beaucoup de choses sont suggérées ou imagées ce qui ne facilite pas vraiment la compréhension, mais cela ne gâche en rien la lecture de ce conte marocain.
Voici un court extrait ou Sindibad rappelle à Yamna leur mission envers cet enfant :
"Notre mission est belle : ressourcer l'âme d'un enfant dans l'esprit d'une haute mémoire
- On dirait que tu te sens coupable...
- Je ne suis pas encore l'Indifférent, il nous reste du chemin à faire, des gens à découvrir et des histoires à tisser. Allons! Les mots m'enivrent. Partons!
Il montèrent à l'arrière d'un camion qui transportait une tonne d'oranges en vrac."
J'ai beaucoup aimé toutes les rencontres d'abord celle de Boby et Sindibad puis leur rencontre avec l'enfant et Yamna et toutes celles qui rythment leur voyage plus particulièrement la rencontre avec le chauffeur de taxi qui raconte des histoires et demande à ses clients d'en faire autant pour ne pas angoisser face à la longueur du chemin qui les attend. En effet, chaque personnage rencontré narre son histoire à la façon d'un conte mais il y a aussi pas mal de références à l'histoire et aux croyances...
A noter que ce conte commence par la fin pour ensuite décrire très précisément ce qui s'est passé avant...
Une belle histoire écrite il y a trente ans mais qui n'a pas perdu de sa magie...
 
 
Éditions Seuil - 234 pages- conte marocain
 

L'école des saveurs - Erica Bauermeister

Mon résumé : Lorsqu'elle était petite Lillian, s'était promis de sortir sa mère de son mutisme suite au départ de son père. Elle va alors tenter de la faire réagir en lui stimulant les papilles. En effet, la petite fille n'a que cette méthode pour la sortir de ses livres et pour la faire revenir  à la vie. Pour cela, elle fut aidée de sa grand-mère Abuelita qui lui a transmis son don. Nous la retrouvons plusieurs années après  : elle a ouvert un  restaurant et donne des cours de cuisine un lundi par mois. Huit élèves, de tous âges et de tous milieux, s'y retrouvent et dévoilent leurs fêlures et leurs souvenirs, tout en se transformant grâce à la magie des saveurs partagées.
 
Mon avis : Composé de neuf chapitres décrivant chacun un des protagonistes de l'histoire, "L'école des saveurs" nous décrit les caractères de chacun et ce qui les a amené a fréquenter les cours de cuisine du lundi de Lillian.
Lillian : C'est elle qui anime cet atelier de cuisine dans son restaurant un lundi soir par mois. Elle ne manque pas d'imagination pour enseigner son art, et, pour elle, chaque situation correspond à un plat.
Claire, la jeune maman meurtrie pas ses deux grossesses qui  a l'impression d'être devenue inutile et de n'être que l'ombre de sa progéniture. Elle va trouver dans la cuisine la joie de partager enfin des goûts et l'impression de resservir à quelque chose.
Carl, le mari d' Helen, retraité et a peine tracassé par les infidélités avouées de sa femme.
Antonia la décoratrice  italienne expatriée aux Etats-Unis (L'histoire s'y déroule).
Tom détruit par le décès prématuré de sa femme à cause d'un cancer du sein va apprendre la confection d'une sauce tomate aux fruits de mer,  plat que lui avait concocté sa femme lors de leur premier rendez-vous galant.
Chloe l'étudiante maladroite qui gagne difficilement sa vie en étant serveuse et que Lillian va embaucher pour servir au restaurant et lui assurer par la même occasion sa formation professionnelle pour un jour passer en cuisine ou sa maladresse aura moins de répercussions.
Isabelle  qui souffre de la maladie d'Alzheimer mais qui, grâce à certaines odeurs va retrouver quelques vieux souvenirs.
Helen, la femme de Carl retraitée elle aussi.
Et enfin Ian réfractaire à la cuisine dont les cours lui ont été offerts par sa mère. Il trouve cela d'un ennui profond mais ne va pas tarder à apprécier la cuisine notamment en apprenant toutes les subtilités du riz.
Nous allons suivre les évolutions de ces personnages pendant une année de cours.
Bien  que les descriptions mettent l'eau à la bouche, que Lillian ne manque jamais d'idées   et que certains personnages comme par exemple Isabelle  soient émouvants, je n'ai pas trop accroché à cette histoire composée de neuf portraits.
Les recettes préférées de chacun des élèves ont été répertoriées sur le site de "L'école des saveurs" du Livre de Poche. (Les faire défiler à l'aide des flèches grises au dessus du titre de la recette)
 
Extrait :
 
Lillian avait quatre ans lorsque son père les avait quittées et que sa mère, sous le choc, s'était réfugiée dans les livres. Elle l'avait regardée s'immerger et disparaître, percevant instinctivement, malgré son jeune âge, que cette décision avait été prise par instinct de survie, et elle s'était adaptée à l'univers qui allait désormais être le sien.
Dans cette nouvelle vie, la figure de sa mère se transforma en une série de couvertures de livres à la place habituelle des yeux, du nez et de la bouche. Lillian ne tarda pas à comprendre que les couvertures pouvaient annoncer une humeur au même titre que les expressions du visage : sa mère s'enfonçait à tel point dans les profondeurs de ses lectures que la personnalité du personnage principal la nimbait comme un parfum appliqué sans discernement. Lillian ne savait jamais qui elle allait trouver à la table du petit déjeuner, bien que le peignoir, les cheveux et les pieds soient toujours les mêmes. C'était comme si elle avait une magicienne pour mère, à une différence près : Lillian soupçonnait les magiciens qu'elle voyait aux goûters d'anniversaire de rentrer chez eux et d'y redevenir des hommes corpulents, pères de trois enfants, avec une pelouse à tondre. Tandis que sa mère, elle, se contentait de finir un livre avant de passer directement au suivant.
Pour sa mère, lire n'était pas une occupation totalement silencieuse. Bien avant le départ de son père, bien avant que Lillian apprenne que les mots avaient un sens au-delà de leur musique, sa mère lui faisait la lecture tout haut. Et elle ne lui lisait pas des livres en carton, avec leurs illustrations en couleurs primaires et leurs rimes monosyllabiques ; ceux-là, elle les ignorait tel un contrôleur de la qualité qui a peu de temps et beaucoup de produits à inspecter.
 
Éditions le Livre de Poche - 244 pages -  Littérature contemporaine

Crains le pire - Linwood Barclay

Mon résumé : Sydney, une jeune fille de 17 ans ne rentre pas de son travail. Tim (son père divorcé) part alors à sa recherche. Il se retrouve seul face aux pièges tendus et face à la police qui croit à une fugue. Seulement, bien qu'ils se soient disputés le matin de la disparition, pour Tim, la thèse de la fugue ne tient pas. En effet, Sydney n'a emporté aucune affaire personnelle. Va-t-il la retrouver? et si oui, dans quel état? Quelles sont les raisons de cette mystérieuse disparition?
 
Mon avis : Un grand moment de suspens qui a duré tout le long du livre sans s'essouffler. Les rebondissements s'enchaînent et à chaque fois qu'on croit que Tim va retrouver sa fille, un événement surprise fait que les retrouvailles n'ont pas lieu. Je dois dire que c'est la couverture de ce livre qui m'a poussée à sa lecture et je ne regrette pas. Le titre aussi laisse présager qu'on n'est pas au bout de nos surprises.
J'ai aimé me mettre à la place de Tim (le narrateur) et essayer de réfléchir à ce qu'il faut faire pour retrouver Sydney. Il ne baisse jamais les bras bien que toutes les apparences soient contre lui. Mais qui a intérêt à lui faire porter le chapeau de cette disparition?
Aux yeux de Tim, tout le monde est suspect, que ce soit son ex-femme Suzanne ou son nouveau mari Bob, sa meilleure amie Patty, les gens avec qui il travaille à la concession automobile.... Tout le monde y passe. Mais pour la police, le suspect numéro un est Tim lui même. En effet, comment expliquer que Patty ait disparu elle aussi? Que sa petite amie Carol ait été assassinée chez lui pendant son absence? Pourquoi a t-il été cambriolé pendant qu'il était parti chercher Sydney à Seattle? Et pourquoi, lors de la perquisition la police a trouvé de la cocaïne cachée dans les oreillers? Je ne peux pas vous en dire plus pour ne rien dévoiler de l'intrigue, mais si vous voulez avoir la réponse à toutes ces questions, il faut le lire.  Vous serez littéralement happés par cette histoire.
Le dénouement  (qui arrive vraiment aux toutes dernières pages) ne m'a pas déçue non plus. On comprend mieux pourquoi le/la coupable a brouillé les pistes dès le début.
 
Extrait (le prologue) :   Le matin du jour où j'ai perdu ma fille, elle m'a demandé de lui faire des œufs brouillés.
— Tu veux du bacon avec ? ai-je crié en direction de l'étage, où Sydney se préparait pour aller travailler.
— Non, a-t-elle répondu de la salle de bains.
— Des toasts ?
— Non plus.
J'ai entendu le claquement du fer à lisser. Ce bruit indiquait généralement la fin de son rituel matinal.
— Du fromage dans tes œufs ?
— Non. Ou alors un peu, pourquoi pas ?
Je suis retourné dans la cuisine, j'ai ouvert le frigo, en ai sorti des œufs, un morceau de cheddar, du jus d'orange, et j'ai mis la cafetière électrique en route.
Susanne, mon ex-femme, qui venait d'emménager chez Bob, son nouveau compagnon, à Stratford, de l'autre côté du fleuve, aurait sans doute dit que je gâtais trop notre fille, qu'à dix-sept ans elle était assez grande pour se préparer son petit déjeuner. Mais l'avoir avec moi pour l'été était un tel plaisir que ça ne me dérangeait pas de la dorloter. L'an passé, je lui avais trouvé un job à la concession Honda de Milford où je suis vendeur, de ce côté-ci du fleuve. Mis à part quelques échanges virulents, partager notre quotidien avait été dans l'ensemble une expérience plutôt agréable. Cette année, toutefois, Sydney avait choisi de ne pas retourner chez Honda. Cohabiter avec moi lui suffisait. Que je garde un œil sur elle pendant qu'elle travaillait était une autre histoire.
— Tu as remarqué, avait-elle observé l'été précédent, que tu critiques chaque garçon à qui je parle, même une minute ?
— Une femme avertie en vaut deux, avais-je répliqué.
— Dwayne, par exemple, à l'atelier ?
— Il a mauvais caractère.
— Et Andy ?
— Tu plaisantes. Beaucoup trop vieux pour toi. Il a bien vingt-cinq ans.
Alors cette année, elle avait trouvé un autre emploi, toujours à Milford, afin de pouvoir vivre avec moi de juin au jour de la fête du Travail, début septembre. Elle s'était fait embaucher au Just Inn Time, un hôtel pour représentants de commerce ne restant qu'une nuit ou deux. Milford est une jolie ville, sans être une destination touristique. Dans une existence antérieure, l'hôtel avait été un Days Inn ou un Holiday Inn ou encore un Comfort Inn, mais la chaîne propriétaire, quelle qu'elle fût, avait repris ses billes et un indépendant l'avait remplacée.
Je n'avais guère été étonné quand Sydney m'avait appris qu'on lui avait donné un poste à la réception.
— Tu es intelligente, charmante, bien élevée…
— Je suis surtout une des rares à parler anglais, avait-elle riposté, coupant court à ma fierté paternelle.
Il fallait lui tirer les vers du nez pour la faire parler de son nouveau travail. « C'est juste un boulot », disait-elle. Au bout de trois jours, je l'ai surprise en pleine dispute au téléphone avec sa copine Patty Swain, elle voulait trouver autre chose, même si son salaire était correct puisqu'elle ne paierait pas d'impôts.
— Ce n'est pas déclaré ? lui ai-je demandé lorsqu'elle a raccroché. Tu es payée au noir ?
— Tu écoutes mes coups de fil ou quoi ?
J'ai préféré la laisser tranquille. Qu'elle règle ses problèmes elle-même.
J'ai attendu que Sydney descende l'escalier pour verser les deux œufs battus avec du cheddar râpé dans la poêle beurrée. L'idée m'est alors venue de lui faire le même genre de surprise que lorsqu'elle était petite. J'ai pris une moitié de coquille d'œuf vide et, à l'aide d'un crayon à mine tendre, j'ai dessiné un visage dessus. Un sourire tout en dents, une demi-lune pour le nez, et deux yeux menaçants. Après avoir tiré un trait de la bouche jusque derrière la coquille, j'ai écrit : SOURIS, BON SANG !
Elle est entrée dans la cuisine d'un pas traînant, comme un prisonnier en route pour l'échafaud, puis elle s'est affalée sur sa chaise, le regard baissé, les cheveux sur les yeux, les bras inertes le long du corps. Une énorme paire de lunettes de soleil, que je ne lui connaissais pas, était perchée au sommet de son crâne.
J'ai fait glisser les œufs, devenus fermes en quelques secondes, sur une assiette que j'ai déposée devant elle.
— Votre Altesse, ai-je déclaré par-dessus le son de l'émission Today qui s'échappait du petit téléviseur de la cuisine.
Levant lentement la tête, Sydney a d'abord regardé l'assiette, avant de s'arrêter sur le petit bonhomme qui la fixait.
— Oh, mon Dieu, a-t-elle soufflé.
Puis elle a tourné la salière coiffée de la demi-coquille pour lire ce qui se trouvait à l'arrière.
— Souris toi-même, a-t-elle riposté avec une inflexion espiègle dans la voix.
— Tu as de nouvelles lunettes de soleil ?
D'un air absent, comme si elle avait oublié qu'elle venait de les poser là, elle a touché une des branches, les a vaguement ajustées sur sa tête.
— Oui.
J'ai remarqué la griffe Versace inscrite en lettres minuscules dessus.
— Très chouette, ai-je commenté.
Syd a hoché la tête avec lassitude.
— Tu es rentrée tard ? ai-je poursuivi.
— Pas tellement.
— Minuit, ça l'est.
Elle savait que nier l'heure de son retour ne servirait à rien. Je ne fermais jamais l'œil avant de l'entendre franchir le seuil de notre maison de Hill Street et verrouiller la porte derrière elle. Je supposais qu'elle était sortie avec Patty Swain, qui, bien qu'également âgée de dix-sept ans, donnait l'impression d'avoir un peu plus d'expérience que Syd dans les domaines qui empêchent les pères de dormir la nuit. J'aurais été naïf de croire Patty Swain encore novice en matière d'alcool, de sexe ou de drogue.
Cela dit, Syd n'était pas un ange non plus. Je l'avais surprise une fois avec un joint, sans compter ce jour où, alors qu'elle avait quinze ans, elle était rentrée de la boutique Abercrombie & Fitch de Stamford avec un nouveau T-shirt, incapable d'expliquer à sa mère l'absence de ticket de caisse. Ç'avait bardé.
Voilà peut-être pourquoi ces lunettes de soleil me titillaient.
— Elles t'ont coûté cher ? ai-je demandé.
— Pas tant que ça.
— Et comment va Patty ?
En fait, je voulais surtout m'assurer que Syd était bien sortie avec elle. Même si leur amitié ne remontait qu'à un an, elles passaient tellement de temps ensemble qu'on aurait dit qu'elles se connaissaient depuis le jardin d'enfants. J'aimais bien Patty, elle avait un franc-parler rafraîchissant, mais j'aurais parfois préféré que Syd traîne un peu moins avec elle.
— Nickel, répondit-elle.
À la télévision, Matt Lauer1 nous mettait en garde contre la radioactivité potentielle des plans de travail en granit. Chaque jour apportait son nouveau sujet d'inquiétude.
Sydney a pioché dans ses œufs.
— Mmm, a-t-elle fait avant de relever les yeux vers le poste. Tiens, c'est Bob.
J'ai suivi son regard. Il s'agissait d'un spot publicitaire de la chaîne locale. Un grand type avec un début de calvitie et un sourire éclatant se tenait devant un océan de voitures, les bras étendus, tel Moïse fendant les eaux de la mer Rouge.
« Venez dare-dare chez Bob Motors ! Vous n'avez pas de reprise ? Aucun problème ! Vous n'avez pas d'acompte ? Aucune importance ! Vous n'avez pas de permis de conduire ? Bon, ça, c'est un peu embarrassant ! Mais si vous recherchez une voiture, et si vous voulez une bonne affaire, venez vous éclater dans l'une de nos trois… »
J'ai coupé le son.
— Il est crétin sur les bords, a dit Sydney de l'homme avec lequel vivait sa mère, mon ex-femme. Mais dans ces pubs il fait carrément Supercrétin. Qu'est-ce qu'on mange ce soir ?
Le petit déjeuner ne se terminait jamais sans que nous discutions du dîner.
— Si on se faisait livrer un truc ?
Avant que je puisse répondre, elle a ajouté :
— Une pizza ?
— Je crois que je vais préparer quelque chose, ai-je objecté.
Syd n'a pas cherché à cacher sa déception.
La pub de Bob passée, j'ai remis le son du téléviseur. Al Roker2 se mêlait à la foule habituelle du Rockefeller Center, où la plupart des gens agitaient des panneaux souhaitant un bon anniversaire à des parents postés devant l'émission.
J'ai observé ma fille manger son petit déjeuner. Être père, du moins pour moi, c'est aussi être constamment fier. Sydney devenait vraiment ravissante. Cheveux blonds aux épaules, long cou gracile, teint de porcelaine, traits affirmés. Sa mère a des racines norvégiennes, d'où ce côté scandinave.
Comme si elle sentait mon regard sur elle, Syd a demandé :
— Tu crois que je pourrais être mannequin ?
— Mannequin ?
— Inutile de prendre cet air choqué.
— Je ne suis pas choqué, ai-je riposté, sur la défensive. Simplement, c'est la première fois que tu m'en parles.
— Ça ne m'avait jamais traversé l'esprit. C'est une idée de Bob.

1. Journaliste présentateur de l'émission Today sur NBC. (Toutes les notes sont de la traductrice).
2. Présentateur météo et animateur sur NBC.

Balades indiennes - Chitra Banerjee

Mon résumé : Nous partons cette fois-ci au pays des saris, des mariages arrangés, pays où la femme n'a pas d'autre rôle que de tenir une maison, s'occuper de son mari et lui assurer une descendance (masculine de préférence) : l'Inde.
Ce livre nous dresse des portraits de femmes à des moments importants de leurs vies et se compose de quatre nouvelles :
"L'échographie"  et "Une liaison" de Chitra Banerjee Divakaruni
"A flot" d'Anita Nair 
"En sandwich!" de Bulbul Sharma
 
 "L’échographie" : Anju et sa cousine Runu attendent en même temps un heureux événement. Anju est partie vivre aux états Unis et a la chance d'avoir  un mari attentionné qui l'encourage a reprendre des études, ce qui n'est pas le cas de Runu, qui est restée à Calcutta et qui vit comme la domestique de sa belle-famille qui attend d'elle un garçon....
 
"Une liaison" : Abha apprend par son mari le secret de sa meilleure amie Mina : elle a un amant. Cet événement va la pousser à  admettre une réalité difficile : l’union de sa meilleure amie était un mariage arrangé, tout comme le sien, et les époux n’était pas vraiment sur la même longueur d’onde.
 
"A flot" : Prabha Devi unique fille après 5 garçons a été bien élevée par sa mère. Mariée  avec un garçon gentil et attentionné c'est lors d'un voyage aux États Unis qu'elle découvre une nouvelle façon de s'habiller et d'attirer les regards sur elle... A trop jouer avec les moeurs occidentales elle ne se rend pas compte qu'elle va s'attirer les pires ennuis...
 
"En sandwich!" : Vinod, pris en sandwich entre sa femme et sa belle mère se force à manger les plats de ses deux cuisinières tous plus mauvais les uns que les autres. Lui qui fait semblant d'apprécier, comment va -t-il faire pour s'en sortir?
 
Mon avis : Ces trois portraits de femmes font réfléchir sur leur place dans la société qui n'attend d'elles que de faire des garçons avec des maris choisis par leurs parents. Elle n'ont malheureusement pas leur mot à dire... Heureusement qu'elles commencent à se rendre compte qu'elles ne sont pas obligées de subir ces humiliations, mais, pour cela, il leur faut partir dans les pays occidentaux...
Le portrait de Vinod, pris en sandwich entre les deux femmes de la maison nous offre une vison différente : celle perçue par les hommes...
Après " La fiancée de Bombay", ce livre est le deuxième que je lis parlant de la condition de la femme en Inde.

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