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mardi 4 octobre 2016

La ballade de l'enfant gris - Baptiste Beaulieu

La ballade de l'enfant gris - Baptiste Beaulieu
Synopsis : C’est l’histoire de Jo’, jeune interne en pédiatrie à la personnalité fantasque, à qui tout sourit.
C’est l’histoire de No’, un petit garçon de sept ans attachant et joueur, qui est atteint d’un mal incurable et ne comprend pas pourquoi sa maman ne vient pas plus souvent le voir à l’hôpital.
C’est l’histoire de Maria, une mère secrète, qui disparaît à l’autre bout du monde au lieu de rester au chevet de son fils.
Un matin, dans la chambre de l’enfant, survient un drame qui lie à jamais le destin de ces trois êtres.
Jo’ devra tout quitter pour partir sur les traces de Maria et percer ses mystères.
Inspiré par le choc ressenti lors de la disparition de l’un de ses jeunes patients, l’auteur livre une quête initiatique et poétique, semée de recoins obscurs qui s’illuminent. Un magnifique troisième roman, porté par des personnages profondément humains.

Je remercie les éditions Mazarine pour l'envoi de ce livre.

Mon avis : Ayant beaucoup aimé "Alors voilà, les 1001 vies des urgences" je ne pouvais pas passer à côté de cette parution de la rentrée littéraire dans laquelle Baptiste Beaulieu nous présente une histoire très touchante et émouvante qui ressemble à un conte pour adultes. (Est-ce d'ailleurs la raison pour laquelle ballade est écrite avec deux L alors qu'il s'agit d'un voyage?).
Contrairement à "Alors voilà", même si l'auteur s'est inspiré de l'histoire d'un enfant qu'il a réellement côtoyé, ici la part belle est faite au fantastique puisque "La ballade de l'enfant gris" raconte l'histoire de Jo' un médecin qui se retrouve face à face avec le fantôme d'un petit patient qui semblait être le dernier des soucis de sa mère. Jo' étant le seul à avoir accompagné si poétiquement No' jusqu'au bout, il est le seul à voir le petit fantôme de cet enfant de 7 ans.  Atterré par tant de détachement de la mère, il se sent investi de la mission de la retrouver et de lui rendre son enfant afin qu'il puisse partir dans l'autre monde...
J'ai adoré les personnages de cette histoire, même la mère car on comprend à la fin le but de sa disparition.
Jo m'a touchée par son empathie envers son petit patient mais surtout sa capacité à mettre du fantastique et de la poésie dans le quotidien de l'enfant qui subit de nombreux examens médicaux alors que sa vie à lui n'est pas toute rose non plus puisqu'il vient de quitter Manon. No m'a émue par tant de maturité. C'est un enfant qui parle très peu mais pose les bonnes questions et a des pensées très positives malgré sa maladie et le fait que sa mère vienne très peu le voir : "Tu peux lui dire quelque chose, Jo'? Dis lui qu'elle ne doit pas pleurer, dis lui que je l'aime, que je suis vraiment content de l'avoir choisie comme maman et d'être sorti de son ventre à elle." Crinchon, la chef de service atteinte du syndrome de Gilles de la Tourette et qui ne peut s’empêcher des proférer des insultes commençant toujours toutes par la même lettre m'a beaucoup fait rire! "Crétin, crâne d'obus au cul terreux, et de babouin crasseux!"
Concernant l'écriture, le fait de raconter alternativement et à rebours avant puis après la Déchirure est un procédé qui permet de comprendre l'attachement qui s'est crée entre No' et Jo' et ensuite de suivre leurs aventures à Rome et à Jérusalem pour retrouver la maman.
Une belle histoire très émouvante  qui ne tombe jamais dans le pathos grâce aux traits d'humour de l'auteur. A lire d'urgence!

L'image que je retiendrai : Qu'il faut jeter, brûler ou abandonner les choses pour que ceux de l'autre monde puissent les utiliser  : Jo' qui transforme méthodiquement les craies en poussière pour que No puisse profiter de belles craies toutes neuves!

Extrait : "Arrivé au salon, je me suis cogné l' orteil contre la porte des toilettes j'ai  lâché un juron. Je tâtonnais pour trouver l' interrupteur, le manœuvrai; L'ampoule pendue au plafond a crachoté 10 bonnes secondes (Elle crachote tout le temps, cette ampoule, je la soupçonne même de communiquer en morse : ."AR RE TE DE TOUR NER AU TOUR DU POT!" ânonne-t-elle). Quand le filament a cessé de balbutier j'ai levé la tête et poussé un hurlement. 
Il était là, l' enfant, avec ses yeux de porcelaine. 
Dans l' obscurité et l' infini de ses sept ans.
Seul. 
Exactement dans la même position que lors de notre rencontre à l'hôpital, 61 jours avant la Déchirure."


Éditions Mazarine - Littérature contemporaine -

lundi 11 avril 2016

Les jours fragiles - Philippe Besson

Les jours fragiles - Philippe Besson
Synopsis : Elle a grandi dans l'ombre de son frère aîné, surdoué scandaleux.
Lorsqu'il a choisi de s'enfuir, elle a appris l'absence et le manque. Aujourd'hui, l'exilé volontaire est de retour de ses lointains voyages et il la réclame. Il ne lui propose que des jours fragiles, fébriles. Elle accepte sans réfléchir. Empêtrée dans ses frayeurs, guidée par un infatigable espoir, Isabelle Rimbaud est enfin prête, à trente ans, à cheminer aux côtés d'Arthur vers l'irréparable.

Mon avis : Un bel hommage à Arthur Rimbaud! Dans "Les jours fragiles" Philippe Besson nous raconte les derniers jours de la vie du poète par le biais d'un journal intime romancé écrit par Isabelle, la sœur d'Arthur.
Malgré le fait que ce journal soit romancé, il nous raconte les événements tels qu'ils se sont réellement déroulés et certaines phrases (en italique) ont vraiment été prononcées ou écrites par Isabelle ou Arthur ce qui implique un énorme travail de documentation et de recherches.
Arthur Rimbaud, qui souffre depuis des mois d'une tumeur au genou, quitte l'Afrique où il est négociant et revient en France pour se faire hospitaliser. Admis à l'Hôpital de la Conception, à Marseille, il est amputé de la jambe droite deux jours après. Deux mois plus tard, il sort de  l'hôpital et revient sur ses terres natales dans le nord de la France. Là, sa sœur Isabelle veille sur lui et se confie dans son journal intime. Mais son état de santé s'aggravant de nouveau, Rimbaud doit repartir pour Marseille, cette fois-ci accompagné de sa sœur...
J'ai aimé me plonger dans cette histoire vraie, apprendre les derniers jours de Rimbaud mais aussi découvrir cet homme capable de renier son passé, notamment ses poésies et Verlaine : "La poésie l’exaspère, le rend presque furieux. Je suppose qu’en manifestant une telle colère, c’est à son passé qu’il s’en prend, même s’il m’assure que ce sont les poèmes que je choisis qu’il exècre." Sa douleur le rend agressif et verbalement violent. Sa mère semble totalement détachée de la situation. Elle qui est décrite par Isabelle comme autoritaire et exigeante n'aura jamais un gentil mot pour son fils souffrant. quant à Arthur lui-même, il semble ne pas accepter l'issue de ce cancer.
Un livre très intéressant, servi par une belle plume que j'ai pris plaisir à découvrir et qui m'a appris beaucoup de choses sur ce grand poète qu'était Rimbaud!

Les Jours fragiles

Extrait : "Je m’emploie à lui faire la lecture. Je vois bien que je l’ennuie parfois et qu’il contemple le ciel par la fenêtre de la chambre alors que je lis, mais tant qu’il ne me prie pas de m’interrompre, je continue. Je l’aide à traverser les jours comme je peux.
Il profère des jurons lorsque je lui propose de la poésie. Il me crie qu’il refuse d’écouter pareilles balivernes. La poésie l’exaspère, le rend presque furieux. Je suppose qu’en manifestant une telle colère, c’est à son passé qu’il s’en prend, même s’il m’assure que ce sont les poèmes que je choisis qu’il exècre. Il a «pissé» sur ses vers autrefois, m’assure-t-il, et, s’il avait encore ses deux jambes valides, nul doute qu’il se dresserait sur elles et qu’il pisserait à nouveau sur ces «borborygmes indignes». Son mépris pour la médiocrité et la boursouflure n’est pas retombé. Ses injures en donnent l’exacte mesure. 
Même si je ne goûte pas ces insultes, qui heurtent mes oreilles, je l'écoute les vomir sans le faire taire parce qu'elles sont le signe que la vie ne l'a pas tout à fait abandonné.
Les romans que je lui présente lui paraissent trop sirupeux, trop féminins. Il n’a jamais prisé le romantisme. Et il déteste cette «littérature de l’instant», oubliée aussi vite que consommée. Il croit que l’Histoire ne sauvegarde que la gravité, le désespoir ou la mélancolie. La légèreté sera balayée selon lui. « L’eau de rose ne se conserve pas : on ne se souvient que du sang »".

Éditions 10/18 - Historique - 151 pages

mercredi 6 avril 2016

Le jardin au clair de lune - Corina Bomann

Le Jardin au clair de lune - Corina Bomann
Synopsis : Le jour où un étrange vieil homme lui offre un violon orné d'une rose qui aurait appartenu à sa famille, Lilly Kaiser voit sa vie basculer. Quelle énigme renferment l'instrument et la partition intitulée Le Jardin au clair de lune dissimulée à l'intérieur ?
De Berlin à Londres en passant par l'Italie, ses recherches vont mener Lilly jusqu'à Sumatra, une île d'Indonésie intense au riche passé colonial. Des plantations de canne à sucre aux concerts éblouissants, Lilly met ses pas dans ceux de deux violonistes virtuoses, Rose et Helen, qui ont enchanté les foules cent ans plus tôt. Elle est encore bien loin de se douter qu'en pénétrant dans le mystérieux et sublime jardin « au clair de lune », elle a rendez-vous avec sa propre histoire… et avec l'amour.

Je remercie les éditions Charleston pour l'envoi de ce livre!

Mon avis : Comme dans "Les sept sœurs", ma précédente lecture coup de cœur des éditions Charleston,  et "La colline aux esclaves", "Le Jardin au clair de lune" alterne entre le présent et le passé et j'aime particulièrement ce procédé narratif lorsqu'il me permet d'apprendre des choses ou de m'imaginer des époques. Ici, il s'agit du début des années 1900 à Padang sur l'île indonésienne de Sumatra pendant la colonisation néerlandaise. 
     Au présent, Lilly Kaiser, propriétaire d'un magasin d'antiquités qui ne fonctionne pas très bien, se voit remettre un violon orné d’une rose par un vieil inconnu qui lui dit simplement qu'elle est la nouvelle propriétaire de cet instrument. Lilly alors un peu désœuvrée dans sa boutique est intriguée par ce violon et la partition qui l'accompagne car ils paraissent anciens et semblent avoir une grande valeur. Voyant un prétexte pour rompre la monotonie de son quotidien et renouer avec Ellen, son amie de longue date qui s'y connaît en musique elle décide d'enquêter sur le passé de cet instrument et  tenter comprendre pourquoi il lui revient. Pour se faire, elle se rend  à Londres chez son amie. Son enquête la mènera de Crémone en Italie où sont encore fabriqués les stradivarius à Sumatra en Indonésie. Mais elle ne se doute pas encore que ce qu'elle va découvrir à l'issue de cette enquête sur Rose et Helen, les deux femmes dont elle tente de remonter l'histoire  va bouleverser sa vie...
     Dans l'époque du passé, l'auteure nous présente Rose et Helen, les deux personnes qui ont eu le fameux violon entre les mains. J'ai adoré le personnage de Rose, cette virtuose qui a dû mettre entre parenthèse sa vie de femme pour assurer ses tournées et répondre aux exigences de Carmichael son impressario. Elle m'a même fait de la peine à plusieurs reprises à causes de ses sacrifices professionnels mais surtout ses deux énormes sacrifices personnels... J'ai aussi beaucoup aimé la jeune Helen qui a un don elle aussi mais est contrainte de jouer en cachette de ses parents puisqu’elle n'est pas en mesure de leur expliquer la provenance de ce violon récemment offert par une mystérieuse dame... Dans cette partie, les descriptions ainsi que les explications de certaines coutumes m'ont vraiment permis de m'évader et de me représenter ce pays que je n'ai pas la chance de connaître.
Par contre, je ne me suis pas vraiment attachée à Lilly et Ellen. J'ai trouvé que ce qui arrivait à Lilly était prévisible surtout concernant sa rencontre avec Gabriel Thornton alors qu'elle est veuve depuis peu et qu'elle le vit évidement mal.
A relire mes anciennes chroniques des livres des éditions Charleston, je me rends compte (il était temps!!!) qu’apparemment chacun de leurs livres suit le même procédé présent passé.. Du coup, j'ai vraiment hâte de lire un autre titre pour découvrir une autre époque!
Vous l'aurez compris, je ne peux que recommander cette lecture vraiment agréable et addictive dont chaque fin de chapitre en cliffhanger incite à prolonger le temps de lecture faisant de ce pavé un livre finalement trop vite lu! Comme les titres cités plus haut, il restera longtemps dans ma mémoire.

Le Jardin au clair de lune

Extrait : "Quand l’aiguille de la grande horloge s’approcha du cinq, Lilly Kaiser se résigna à ne plus accueillir d’autre client dans sa boutique ce soir. Le visage caché dans le col remonté de leur manteau, le couvre-chef enfoncé jusqu’aux yeux, les passants filaient devant la vitrine sans la gratifier du moindre regard. Pendant les premières semaines de la nouvelle année, plus personne ne s’intéressait aux antiquités. [...]
Le tintement de la sonnette – une pièce récupérée dans une vieille bâtisse de campagne, qui lui évoquait invariablement une armada de domestiques affairés – la tira de sa rêverie.
Des flocons de neige scintillaient sur le manteau du vieil homme qui se tenait sur le pas de la porte et se demandait visiblement s’il pouvait entrer. Au contact de la chaleur, les flocons se transformèrent lentement en gouttes d’eau. Le visage buriné du vieillard aurait sans peine pu passer pour celui d’un marin dans une publicité. Sous son bras était coincé un ancien étui à violon, élimé par endroits. Espérait-il le lui vendre ? Lilly se leva, lissa d’une main son gilet bleu marine et avança vers ce nouveau client.
— Bonjour ! En quoi puis-je vous être utile ?
L’homme la détailla brièvement, puis un sourire contenu s’afficha sur son visage.
— Je suppose que cette boutique vous appartient ?
— En effet, oui, répondit Lilly en souriant. Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?
Quel type de client son interlocuteur pouvait-il bien être ? Un vieux musicien qui rentrait chez lui après une représentation, peut-être ? Un professeur de violon qui se battait avec des élèves au talent introuvable ?
"

Éditions Charleston - Littérature contemporaine - 448 pages

samedi 31 octobre 2015

Otages intimes - Jeanne Benameur

Otages intimes - Jeanne Benameur
Synopsis : Photographe de guerre, Étienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l'ampleur de ce qu'il lui reste à ré-apprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril. De retour au village de l'enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre duquel il pourrait reprendre langue avec le monde. Au contact d'une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement, se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l'Italien, l'ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, l'ex petite fille abandonnée, avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de témoigner. Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l'urgence de la question cruciale : Quelle est la part d'otage en chacun de nous ? De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l'otage après la libération. Otages intimes trace les chemins de la liberté vraie, celle qu'on ne trouve qu'en atteignant l'intime de soi.

[Rentrée littéraire]

Mon avis : Je découvre Jeanne Benameur avec ce livre qui m'a fait passer un très bon moment.
Dans "Otages intimes", il est question de la difficulté de se reconstruire après une captivité aussi bien pour l'otage que pour son entourage. Et si le titre est au pluriel, c'est certainement pour nous montrer que parfois, le retour à la vie d'avant est aussi difficile pour l'entourage que pour le captif lui même.
Le roman commence à la libération d’Étienne, un photographe de guerre. Durant toute sa captivité, il a eu les yeux bandés pour ne voir ni ses ravisseurs ni l'endroit où il se trouvait. On le retrouve dans un avion le menant en France, son bandeau sur les yeux ne lui a été retiré qu'un moment après le décollage toujours pour qu'il ne puisse pas voir où il se trouvait. Alors qu'il se réhabitue à la luminosité, commence sa lutte intérieure pour tenter de se re-familiariser avec le monde. De retour chez sa mère dans un paisible village de montagne, il prend le temps d'apprécier ce qui l'entoure et, grâce à de longues balades en foret, la musique et ses amis Enzo et Jofranka, il se reconstruit alors peu à peu. Mais ce retour à la vie lui fait se poser de multiples questions notamment concernant l'utilité de son métier (qui n'a jamais fait cesser les guerres) et sur le fait de retourner (ou pas)  sur le terrain...
"Otages intimes" est un roman ou différents narrateurs se succèdent : Irène, la mère d’Etienne qui l'a attendu si longtemps mais qui ne trouve maintenant plus les mots pour son fils "Irène n’essaie aucun mot de consolation. Il n’y en a pas. Peu à peu la désolation cédera la place, c’est à cela qu’elle s’arrime.", Enzo son ami d'enfance avec qui il aimait jouer de la musique, qui parle très peu mais dont la présence le  rassure : "Enzo, c’est comme les arbres. Juste la force de sa présence." Jofranka, la petite sœur d'adoption maintenant avocate à la Cour pénale internationale de la Haye, et Emma, son ex petite amie qui a rompu avec lui avant son départ. Autant de personnages qui sont finalement eux aussi comme pris en otage de leurs propres vies.
Un livre que je recommande pour son style poétique, pour ses portraits psychologiques très fins,  mais aussi pour le message qu'il délivre et qui nous amène à réfléchir sur nos propres vies.

Otages intimes

Extrait : "C’est trop fort le souffle entre ses côtes, il n’arrive plus à respirer. Il y a eu l’air contre sa peau, une sensation tellement intense avant d’entrer dans l’avion. Maintenant il essaie de se concentrer sur une musique dans sa tête. Pendant tout ce temps enfermé c’est comme ça qu’il a réussi à tenir quand tout menaçait d’exploser à l’intérieur. Jamais il n’aurait pensé qu’il avait si bien gardé en mémoire cette musique. Des années et des années qu’il s’était détaché du piano de son enfance, de son adolescence. Des années qu’il n’était plus dédié qu’à son métier de photographe de guerre : témoigner, informer, prendre les clichés les plus justes, ceux qui saisissent le monde tel qu’il est, dans son horreur, dans sa force de vie parfois, qui résiste. Il était loin, son piano. Pourtant une partition était là, dans sa tête. Le trio de Weber. Et il s’est efforcé de la retrouver, note par note. Il pense à Enzo, l’ami de toujours, à la voix puissante, tendre, du violoncelle et à Jofranka, leur sœur de cœur, au son grave et léger de sa flûte. C’est avec ce souvenir qu’il s’est rassuré quand il se sentait prêt à sombrer complètement. Il se concentrait pour retrouver les notes et il accompagnait à nouveau Enzo, déjà plein de cette force qu’il lui enviait et leur petite Jofranka, comme quand ils étaient enfants, dans leur village. Il essaie de se concentrer sur les exercices de respiration qu’ils avaient appris il y a longtemps pour assouplir le diaphragme, laisser respirer le ventre. Ça peut calmer la peur. Un peu."

Éditions Actes Sud - Drame - 192 pages 

lundi 20 juillet 2015

Et je danse, aussi - Bondoux et Mourlevat

Et je danse, aussi - Bondoux et Mourlevat
Synopsis : La vie nous rattrape souvent au moment où l’on s’y attend le moins. Pour Pierre-Marie, romancier à succès (mais qui n’écrit plus), la surprise arrive par la poste, sous la forme d’un mystérieux paquet expédié par une lectrice. Mais pas n’importe quelle lectrice ! Adeline Parmelan, « grande, grosse, brune », pourrait devenir son cauchemar… Au lieu de quoi, ils deviennent peu à peu indispensables l’un à l’autre. Jusqu’au moment où le paquet révèlera son contenu, et ses secrets... Ce livre va vous donner envie de chanter, d’écrire des mails à vos amis, de boire du schnaps et des tisanes, de faire le ménage dans votre vie, de pleurer, de rire, de croire aux fantômes, d’écouter le Jeu des Mille Euros, de courir après des poussins perdus, de pédaler en bord de mer ou de refaire votre terrasse. Ce livre va vous donner envie d’aimer. Et de danser, aussi !

Mon avis : Je ne suis d'habitude pas vraiment fan des romans épistolaires, mais là, c'est originalité de la couverture qui a guidé mon choix. Et je n'ai pas été déçue car il y a une vraie intrigue : l'enveloppe envoyée par Adeline Parmelan à l'écrivain Pierre-Marie Sotto. De plus, le fait que les échanges entre les protagonistes se fassent exclusivement par mail rajoute de la modernité, du coup, le style est beaucoup moins pompeux qu'il aurait pu l'être avec des courriers postaux. Et la rapidité du courrier électronique donne beaucoup plus de rythme à l'histoire car  plusieurs mails peuvent être envoyés chaque jour.
Tout au long du roman, j'avais hâte de savoir ce que contenait la fameuse enveloppe. Je m'imaginais plein de choses mais au final, j'étais loin du compte et ce fut une belle surprise.
J'ai apprécié Adeline Parmelan, une femme seule qui n'hésite pas à se dévoiler à son correspondant en lui racontant ses expériences quotidiennes ou sentimentales réussies ou malheureuses. Par contre, elle a une légère tendance à travestir la réalité pour la rendre plus belle (mais sans se mettre en avant elle-même) et ainsi maintenir l’intérêt de Pierre-Marie Sotto. Ce sont justement ces traits de caractère qui m'ont plu.
Pierre-Marie Sotto, quant à lui m'a parfois un peu énervée. C'est un écrivain seul lui aussi, parfois mufle avec les femmes. Il est devenu égoïste depuis que Véra, sa quatrième femme est partie sans laisser d'adresse. En mal d'inspiration, il voit finalement une bonne distraction dans cette correspondance. Petit à petit, il a besoin d'en savoir plus sur Adeline. Il aime lui poser des questions ou lui donner des conseils et, au fil des pages leurs échanges semblent devenir vitaux pour l'un comme pour l'autre.
Concernant les  autres personnages : Oliver, Josy, Max, et Lisbeth, j'ai trouvé que leurs rôles ne servaient pas à grand chose et qu'ils étaient un peu superflus au récit mais j'ai tout de même apprécié les suivre.
Ce livre écrit à quatre mains a débuté par un échange de mails complètement improvisés et farfelus entre les deux auteurs. Ils ne devaient alors certainement pas imaginer qu'ils se prendraient au jeu au point de s'inventer chacun un personnage et de le faire vivre sans concertation pendant plus de 6 mois. Ils ont dû  bien s'amuser!
Une lecture idéale pour l'été!

Et je danse, aussi

Extrait
"De : Pierre-Marie
        À  : Adeline
        Le 27 février 2013
        Chère Adeline,
        Rempochez (ça se dit ?) vos scrupules. Vous ne me dérangez pas. Votre courrier n’était pas trop long. Si encore j’étais plongé dans l’écriture de mon meilleur roman, alors oui je pourrais m’agacer. Cela m’est souvent arrivé, et je rêve que cela recommence : être tellement dans son travail qu’on considère tout le reste comme une insupportable perte de temps ! Quand l’écriture galope ainsi, je vous jure que c’est une incomparable jubilation. Mais hélas, j’en suis loin en ce moment. Je ne suis plongé dans aucun projet littéraire. C’est la pétole (absence de vent dans l’argot de la navigation). Et cette liberté totale que vous m’enviez, j’y renoncerais volontiers, je la déteste. Je préférerais de loin être ensorcelé par moi-même, pris dans une histoire haletante que je serais en train d’inventer. Mais non, rien, le silence. Pas un souffle d’air. Bon, j’arrête là. Je ne veux pas vous ennuyer avec mes soucis. Je préfère vous dire (allez, j’ose !) que je suis content lorsque je vois apparaître votre nom dans mon courrier électronique.
"

Éditions Fleuve - Épistolaire - 280 pages

dimanche 12 juillet 2015

Chaines - Solène Bakowski

Chaînes - Solène Bakowski
Synopsis : Héloïse est une jeune femme fascinée par la mort. Peu sociable, elle trouve dans la proximité des défunts la sérénité qui lui manque au contact des vivants. Quand, un jour, au hasard d’une de ses déambulations dans les allées d’un cimetière qu’elle connaît parfaitement, elle découvre sur une tombe la photographie d’une adolescente éclatante en maillot de bain, elle s’étonne. Lorsque, le lendemain, c’est un cliché de la même femme pris plusieurs années plus tard qu’elle ramasse, elle est terrifiée. Ce qu’elle ne sait pas encore, c’est à quel point ces photographies vont changer sa vie. 

Je remercie de nouveau Solène Bakowski pour cette très bonne lecture!

Mon avis : Après mon coup de cœur pour "Un sac" je ne pouvais pas passer à côté de ce troisième roman de Solène Bakowski et, encore une fois, la magie de son univers si particulier a opéré!
L'auteure nous fait pénétrer ici dans un univers plutôt fantastique et ésotérique, celui des défunts et des rêves. Je ne pouvais qu'être captivée par cette lecture car depuis très jeune j'adore tout ce qui a trait à l'inexplicable et l'irrationnel même si cela me fait souvent peur!
Héloïse est une jeune femme réservée qui adore passer son temps dans les cimetières. Elle y trouve plénitude au grand dam de sa mère qui préférerait la voir trouver un travail et s'épanouir dans une vie normale. Elle connaît le cimetière par cœur et, un jour, une mystérieuse photo va attirer son attention. Elle la prend et lorsqu'elle revient le lendemain d'autres photos ont été placées en évidence sur la tombe d'une certaine Émilie Torence. Surprise par ce qu'elle pense être une mise en scène, Héloïse rencontre alors une vieille dame à l'allure fatiguée et malade dont la ressemblance avec les photos est frappante. Cette dame, c'est Aphasie Marny de Charvet, et elle va lui faire une demande plutôt étonnante : l'aider à "partir". Héloïse refuse et pense que cette dame est à moitié folle. Mais, depuis cette rencontre étonnante, Héloïse vit quelque chose d'inexplicable  : chaque fois qu'elle s'endort, elle voit la vie des défunts. Si au début, elle trouve cela plaisant, elle va rapidement comprendre que ce pouvoir est davantage une malédiction qu'une chance et que tous ces rêves dont elle ne peut qu'être spectatrice sont oppressants. Elle va alors essayer de retracer la vie de cette vielle dame  pour tenter de comprendre comment elle en est arrivée à cette solitude et à ce rejet de sa famille et qui était cette Émilie dont la ressemblance est frappante avec Aphasie...Et la vie d'Héloïse a beaucoup de similitudes avec celle de la vieille dame. "Les rêves paraissent si réels que c'est à se demander si ce ne sont pas plutôt des voyages dans le temps. La réalité et les songes s'entremêlent. Vous ne savez plus rien, vous perdez vos repères. Au début, vous pensez que vous êtes bénie, que ce pouvoir, car c'en est un, est un pouvoir d'élu. Puis, très vite, vous réalisez que vous êtes en fait condamnée, condamnée et maudite."
Les chapitres alternent entre le présent et les rêves d'Héloïse ce qui rend la lecture très captivante et nous donne l'envie d'en savoir toujours plus pour faire le lien entre Pascal, Pascale, Béatrice, Catherine... et Aphasie, Émilie et Candice.
Une très bonne lecture!
Pour vous procurer ce livre, c'est ici que ça se passe!

Extrait : "Je m'y rendais chaque jour. Au début, quelques dizaines de minutes. Puis, très vite, des heures entières. Si bien qu'au bout de trois mois, le cimetière, la disposition des pierres, les poubelles, les visites régulières de parents éplorés, tout cela n'avait plus de secret pour moi. Au fur et à mesure de mes promenades, je mis en place une sorte de rituel : je commençais toujours par les défunts les plus anciens dont les tombes, mangées de lierre et de mousse, indiquaient des dates et des noms à moitié effacés. Aussi, à défaut de pouvoir lire l'inscription mortuaire, je leur donnais des noms, Edgar, Georges, Henriette, Mercedes, des noms que je m'imaginais ancrés dans l'époque qui les avait vus naître. Je passais ensuite dans les allées plus récentes, allais à la rencontre des défunts dont les noms ou les visages m'inspiraient de la sympathie. Je les saluais, leur donnais des nouvelles, leur en demandais. Eux, naturellement, ne répondaient jamais, murés qu'ils étaient dans un silence impassible et éternel. Mais cela m'était égal : ils étaient mes amis, les seuls peut-être, les plus fidèles en tout cas. Eux ne me trahiraient jamais. Eux ne me quitteraient jamais."

A lire aussi

Auto-édition - Littérature contemporaine fantastique - 161 pages

mercredi 8 juillet 2015

Le secret de la manufacture de chaussettes inusables - Annie Barrows

Le secret de la manufacture de chaussettes inusables - Annie Barrows
Synopsis : Layla Beck, une jeune citadine fortunée, fille d'un puissant sénateur du Delaware, refuse d'épouser le riche parti que son père a choisi pour elle et se voit contrainte d'accepter un emploi de rédactrice au sein d'une agence gouvernementale. Elle n'a jamais travaillé de sa vie, mais en ces temps de grande dépression, nécessité fait loi. Sa mission : se rendre dans la petite ville de Macedonia, interroger ses habitants hauts en couleur, et rédiger l'histoire de cette ville sur le point de célébrer le cent-cinquantenaire de sa fondation. Elle prend pension chez les Romeyn, des excentriques désargentés, autrefois propriétaires d'une grande fabrique de chaussettes et autres articles de bonneterie – Les Inusables Américaines – qui a été ravagée par un incendie plusieurs années auparavant. Ce drame, qui a coûté la vie au grand amour de Jottie Romeyn, reste gravé dans les mémoires et suscite encore bien des questions. Ce même été, Willa Romeyn, douze ans, grande admiratrice de Sherlock Holmes, décide de tourner le dos à l'enfance et d'utiliser ses dons de déduction pour percer les mystères qui semblent entourer sa famille. De question en réponse, de soupçon en révélation, Layla et Willa vont bouleverser le cours des choses, changer profondément et à jamais l'existence de tous les membres de leur petite communauté, et mettre au jour vérités enfouies et blessures mal cicatrisées.

Mon avis : Je ne pouvais pas rester sur ma déception du "Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates" surtout que la majorité des critiques sur ce livre étaient positives. Et grâce à cette lecture, j'ai renoué avec ce style de roman dans lequel les personnages sont nombreux, ou les narrateurs s'alternent et ou les correspondances épistolaires prennent une large place.
J'aime beaucoup quand les livres me permettent de faire un voyage dans le temps (ici nous sommes en 1938) car j'adore découvrir les habitudes de vie  des personnages sans toutes les technologies actuelles qui nous facilitent la vie.
L’intérêt de ce roman repose sur le fait d'avoir 3 narratrices : Jottie et Willa qui parlent à la première personne et Layla par le biais de ses lettres et les extraits de son livre. Ce procédé permet de comprendre le ressenti de chacune, d'avoir sa version des faits et surtout d'expliquer sa propre histoire.
Si Layla m'est premièrement apparue comme une jeune femme empotée ne sachant pas faire grand chose à cause de ses origines de riche famille, j'ai découvert au fil des pages une jeune femme motivée par son travail, n'hésitant pas à relater la réalité des faits dans son livre quitte à faire des vagues. Petit à petit, son enquête sur la ville de Macédonia va lui faire découvrir les origines de cette petite bourgade de Virginie-Occidentale et sur sa manufacture qui emploie quasiment toute la ville "La bonneterie Les Inusables Américaines" mais surtout les secrets de la famille qui l'accueille : Les Romeyn dont certains travaillent ou ont travaillé dans cette usine et dont tous cachent des blessures ou de lourds secrets...
Jottie et Willa sont quant à elles beaucoup plus attachantes. 
Willa est une petite fille de 12 ans très intelligente et en avance pour son âge. Rusée, elle n'hésite pas à faire ses propres enquêtes et se fait  passer pour plus innocente qu'elle ne l'est pour que les adultes lui révèlent certains de leurs secrets sans s'en rendre compte. Comme moi, elle n'apprécie pas vraiment Layla et voit d'un mauvais œil son installation dans sa famille. Espiègle et maligne, elle n'hésite pas à tendre des pièges.
Jottie, quant à elle, est une femme dévouée qui s'occupe de Willa et Bird, les filles de son frère Félix qui est bien trop occupé par ses activités dissimulées pour élever ses propres filles. Jottie a eu le cœur brisé il y a plusieurs années et, lors d'une visite aux Inusables où elle accompagnait Layla pour son livre, elle va rencontrer Sol, un garçon qu'elle n'avait pas vu depuis plusieurs années et qui pourrait bien faire basculer la tranquillité de la petite famille Romeyn.
Certes, l'histoire est un peu longue à se mettre en place et à se développer (plus de 600 pages quand même), mais j'ai pris plaisir à suivre les événements de cet été caniculaire à Macédonia.
L'image que je retiendrai et qui se prête à notre situation météo actuelle : 
"Il y a intérêt à ce que cette journée soit la plus chaude de l’année, dit-elle.
— Ou sinon ? demandai-je.
— Ou sinon, je rends les armes.
"
Que vous aillez aimé ou non "Le cercle littéraire.." je vous recommande cette lecture!

Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables

Extrait : "Nous avons tourné au coin d’une rue et Bird a annoncé : « Ça, c’est notre cornouiller. » J’aurais marmonné alléluia à la vue de la maison – en briques blanches et gracieuse – si mon attention n’avait été distraite par un petit attroupement dans l’allée du jardin. Comment te décrire les Romeyn ? En fait, au début, je ne savais pas qui étaient les Romeyn et lesquels étaient de simples passants. La foule entourait une fillette – Willa, me semble-t-il – dont le sang coulait abondamment sur ses chaussettes et qui sautillait tandis qu’une femme hurlait que la pauvre enfant portait les stigmates. Elle s’est tue dès qu’elle a remarqué ma présence, mais tu ne penses pas que j’aie pu atterrir dans une famille de revivalistes ? Que vais-je faire s’ils organisent des réunions de prière après dîner ? Ou, pire, avant le dîner. Et... je sais bien que c’est impossible, mais quand même... et si cette enfant portait vraiment les stigmates ? Quelle est l’étiquette à adopter quand on cohabite avec une personne qui porte les marques des plaies du Christ ? Je serai sûrement une gêne si des pèlerins arrivent de partout.
Je me suis avancée dans l’allée et ils m’ont tous dévisagée. Pour sonder mon âme de pécheresse, sans doute. J’avais l’horrible impression de rétrécir. Je n’arrivais pas à prononcer un mot, et je suppose que nous serions restés pétrifiés sur place jusqu’à la fin des temps si M. Romeyn n’était apparu et ne m’avait accueillie comme un gentleman. Il m’a offert une poignée de main, s’est présenté et m’a présenté le reste de l’assistance hébétée.
"

A lire aussi

Éditions Nil - Littérature contemporaine - 622 pages

jeudi 11 juin 2015

Alors voilà Les 1001 vies des Urgences - Baptiste Beaulieu

Alors voilà Les 1001 vies des urgences - Baptiste Beaulieu
Synopsis :  Un jeune couple arrive aux urgences. Elle a des douleurs au bas-ventre. L'interne s'interroge sur la possibilité d une grossesse. Elle ne prend pas sa pilule de manière très sérieuse. « Du coup, quand elle l'oublie, c'est moi qui la prends », dit son compagnon. Baptiste Beaulieu est un jeune interne en médecine de vingt-sept ans, en stage dans le sud-ouest de la France. En novembre 2012, il crée le blog « Alors voilà ». Son but : réconcilier les soignants et les soignés en racontant, avec humour et sensibilité, l'incroyable réalité de l'hôpital. Le succès est immédiat et le blog compte, à ce jour, 2 millions de lecteurs. Ce blog est devenu un livre, riche en anecdotes inédites. Voilà le récit au quotidien d'un interne en médecine. Il fait des allers-retours entre son poste aux urgences et les soins palliatifs. Là, pendant sept jours, il décrit à une patiente en stade terminal (dans la Chambre 7), ce qui se passe sous les blouses et dans les couloirs. Pour la garder en vie le temps que son fils, bloqué dans un aéroport, puisse la rejoindre. Se nourrissant de situations vécues par lui ou par ses collègues, chirurgiens ou aides-soignants, Baptiste Beaulieu passe l'hôpital au scanner. Il peint les chefs autoritaires, les infirmières au grand cœur, les internes gaffeurs, les consultations qui s'enchaînent... Par ses histoires drolatiques, poignantes et tragiques, il restitue tout le petit théâtre de la Comédie humaine.

Mon avis : Avant ce livre, Baptiste Beaulieu (un interne en médecine de 27 ans) racontait ses anecdotes sur son blog "Alors voilà" destiné à faire découvrir et dédramatiser  le monde hospitalier. Le blog rencontrant un beau succès, un éditeur lui a proposé d'en faire un livre. (Rassurez-vous, si vous suivez le blog, les anecdotes du livre sont toutes inédites!).  L'histoire ne se déroule que sur 7 jours, mais vu le nombre de patients rencontrés, il y a une multitude d'anecdotes.
J'ai beaucoup aimé toutes ces petites histoires vécues par Baptiste Beaulieu ou par ses collègues. Certaines sont franchement drôles d'autres tristes mais il parvient à nous les raconter de façon hilarante pour les unes et positive et poétique pour les autres. Je pense que pour lui, la médecine est une vraie vocation car il aime les gens et on le sent dans ses récits. Pourtant, certains patients n'ont rien à faire dans un service d'urgences et auraient fait perdre patience à beaucoup. Mais Baptiste, lui, arrive toujours à garder de l'humour et voir le côté positif des événements. Contre les abrutis, il a son AAGC (Arme Anti-Gens Cons) : son sourire! Et cela fonctionne!
Les noms donnés au personnel soignant mais aussi aux patients (pour garder leur anonymat) sont un vrai régal!  Ils sont parfois un jeu de mot ou ont un rapport avec l'anecdote : Chef Viking, Chef Gueulard, Frottis, Poussin, Tante Quechua... J'aime beaucoup l'humour de Baptiste, plusieurs fois j'ai éclaté de rire toute seule (les gens autour de moi devaient se demander ce que je pouvais bien lire de si drôle!)
J'ai particulièrement aimé aussi découvrir sa façon de décompresser après une dure journée ou nuit de garde (cf extrait ci-dessous : les soirées camouflage).
J'ai apprécié découvrir cet univers qui ressemble parfois à la cour des miracles, mais aussi en apprendre plus sur les liens entre infirmières et médecins ou en collègues en général, connaître certaines de leurs failles ou même assister à quelques petites bourdes.
Une lecture très divertissante que je recommande!

Extrait : "Nous buvons une tisane, Amélie et moi. Une tisane et du rhum. On a régulièrement ce que nous appelons des soirées « camouflage ». Notre repas a des allures de dîner pour pensionnaires d’un club de lecture du quatrième âge, mais il s’agit en vérité d’une grosse beuverie.
Au menu :
– Un potage potiron-courgette-cumin ;
– Un yaourt nature avec 0 % de matière grasse ;
– Une orange ;
– Une tisane sauge-romarin.
Tout le mystère d’une soirée camouflage réussie consiste à bien doser la quantité de rhum mélangée aux différents plats. Amélie et moi avons chacun notre seringue pour intra-musculaire de 10 ml. Car, une soirée camouflage, ça se mérite ! C’est d’abord de savants calculs, notre ébriété est mathématiquement et biologiquement parfaitement adaptée à nos besoins. Nous avons tout évalué en fonction de notre masse corporelle, de notre taille, de notre âge et de l’efficacité de notre rein et de notre foie à éliminer l’éthanol. Notre état d’ébriété ne laissera aucune trace le lendemain. Du foie aux reins, vous n’imaginez pas le nombre de douanes qu’une petite quantité de rhum doit passer entre le moment où vous portez le verre à vos lèvres et celui où vous urinez ! 
Un peu de rhum dans le potage, une petite lichée dans le yaourt et une injection intra-musculaire dans la pulpe de l’orange. Cela nous donne bonne conscience, on boit en ayant l’impression d’être sage, de manger sainement. Le repas a l’air ennuyeux, mais il finit, le plus souvent, de façon très festive. Depuis le jour où j’ai découvert les soirées camouflage, je n’ai jamais autant bu de tisane et mangé de yaourt 0 % de matière grasse…"

Éditions Le livre de poche - Témoignage - 312 pages

lundi 1 juin 2015

Maman a tort - Michel Bussi

Maman a tort - Michel Bussi
Synopsis : Quand Malone, du haut de ses trois ans et demi, affirme que sa maman n’est pas sa vraie maman, même si cela semble impossible, Vasile, psychologue scolaire, le croit. Il est le seul… Il doit agir vite. Découvrir la vérité cachée. Trouver de l’aide. Celle de la commandante Marianne Augresse par exemple. Car déjà les souvenirs de Malone s’effacent. Ils ne tiennent plus qu’à un fil, qu’à des bouts de souvenirs, qu’aux conversations qu’il entretient avec Gouti, sa peluche. Le compte à rebours a commencé. Avant que tout bascule. Que l’engrenage se déclenche. Que les masques tombent. Qui est Malone ?

Mon avis : Un coup de cœur! Encore une fois, Michel Bussi prend un malin plaisir à nous balader jusqu'à la fin sur de fausses pistes! J'ai adoré le fait que l'intrigue se joue autour de Malone, un enfant de 3 ans et demi. Malgré son jeune âge, ce petit bonhomme n'a pas sa langue dans sa poche : il prétend que Maman-Da et Pa-di ne sont pas ses vrais parents. Il le sait puisque c'est Gouti son Doudou qui lui répète tous les soirs.. Malgré l'adage "la vérité sort toujours de la bouche des enfants" personne ne le croit à part Vasile le psychologue de l'école qui décide d'en parler à Marianne Augresse la commandante de police. Malheureusement, cette dernière et son équipe ont d'autres affaires bien plus importantes à gérer : une enquête sur le braquage de magasins de luxe en plein centre de Deauville. Mais lorsque Vasile est retrouvé assassiné, ses dires sont pris bien plus au sérieux... (Je ne spolie pas, ça se passe au tout début de l'histoire!). Et il faut faire vite pour découvrir le passé de Malone car chez un enfants de 3 ans, les souvenirs disparaissent aussi vite qu'ils apparaissent. Le rythme est d'ailleurs effréné puisque l'histoire ne se déroule que sur 5 jours et chaque chapitre ne représente qu'une poignée de minutes!
Comment ne pas adorer ce petit garçon qui écoute son doudou lui parler tous les soirs, qui a peur de la pluie comme s'il tombait du verre, et qui dessine un bateau de pirate et une fusée en disant que c'est son ancienne maison? Pour sûr, il a dû se passer de drôles d'événements dans sa courte vie...
J'ai aussi beaucoup aimé l’explication sur la mémoire en particulier chez les jeunes enfants. Je pense que Michel Bussi s'est vraiment bien renseigné sur la question (cf extrait ci-dessous).
Comme à son habitude, L'auteur nous présente des personnages atypiques et attachants aux noms plutôt amusants.
La façon d'introduire les chapitres est aussi originale : Ils commencent par une anecdote du site "envie-de-tuer.com" qui nous donne un indice de ce qu'il va se passer ensuite.  
Si vous voulez en savoir plus sur ce livre, je vous conseille de regarder la conférence de M. Bussi sur Youtube, vous apprendrez entres autres comment M. Bussi choisit les noms de ses personnages (Merci Léa d'avoir posé cette question!)
Un page-turner que je recommande vivement!

Extrait : " — A partir de quand peut-on avoir des souvenirs que l’on conservera toute sa vie ?
 — C’est difficile à dire, justement à cause de ce que je viens de vous expliquer. Certaines personnes prétendront se rappeler de faits qu’elles ont vécus à l’âge de deux ou trois ans, mais il s’agit exclusivement de souvenirs racontés ou reconstruits. C’est le cas des enfants adoptés par exemple, en particulier ceux qui viennent de l’étranger : comment peuvent-ils faire la part entre leurs souvenirs réels, ceux qu’on leur a rappelés, et ceux qu’ils ont imaginés ? Des études canadiennes ont démontré que des enfants adoptés, mis au courant de cette adoption dès leur plus jeune âge, pensaient sincèrement posséder des souvenirs de leur première vie, alors que ce n’est absolument pas le cas des enfants adoptés qui ignorent leur adoption (le psy plongea un instant les yeux vers les dessins d’enfant sur le bureau). Donc, en résumé, commandante, pour tenter de répondre précisément à votre question, chez la plupart d’entre nous, il n’existe presque aucun souvenir direct de tout ce que l’on a vécu avant quatre ou cinq ans. Tout ce que vous faites avec vos gosses pendant les soixante premiers mois de leur vie, les emmener au zoo, à la mer, leur raconter des histoires, fêter leur anniversaire ou Noël, vous vous en souviendrez avec émotion, toute votre vie, comme si c’était hier, alors que pour eux, pschitt… le néant !
Marianne le regarda bizarrement, comme s’il venait de proférer une hérésie.
— Le néant ? Ça les aide à se construire, non ? Les pédiatres disent que tout se joue avant quatre ans…
Vasile Dragonman afficha un large sourire ; il avait amené la commandante exactement là où il le voulait.
— Bien entendu ! Tout se joue les premières années. Et même avant la naissance si on se réfère aux théories de la psychogénéalogie et aux fantômes transgénérationnels. Les valeurs, les goûts, la personnalité… Tout se joue dans les premières années de notre existence. Tout est gravé à jamais ! Mais par contre, du point de vue strict de la mémoire directe des faits… rien ! C’est assez stupéfiant comme paradoxe, non ? Notre vie est guidée par des événements, des actes de violence ou des marques d’amour dont nous n’avons aucune preuve. Une boîte noire à laquelle nous n’aurons jamais accès."

A lire aussi
Les nymphéas noirs
Ne lâche pas ma main ♥♥♥
N'oublier Jamais 

Éditions Presses de la Cité - Thriller - 512 pages

mercredi 29 avril 2015

Un sac - Solène Bakowski

Un Sac - Solène Bakowski
Synopsis : En pleine nuit, une femme attend face au Panthéon, seule, un petit sac dans ses bras frêles qu'elle serre comme un étau. Cette femme, c'est Anna-Marie Caravelle, l'abominable, l'Affreuse Rouquine, la marginale. Lorsque, vingt-quatre ans plus tôt, Monique Bonneuil décide de prendre en charge, en secret, à l'insu du reste du monde, l'éducation de la petite Anna-Marie, fille d'un suicidé et d'une folle à lier, elle n'imagine pas encore le monstre qu'elle abrite sous son toit et que, lentement, elle fabrique. La petite fille, poussée par ses démons, hantée par son histoire, incapable de distance, tue, un peu, beaucoup. Elle sacrifie, règle ses comptes, simplement. Mais que fait-elle là, cette jeune femme agenouillée en plein Paris, au beau milieu de la nuit ? Et que contient ce mystérieux sac qui semble avoir tant d'importance ? Voici l'histoire d'Anna-Marie Caravelle.

Je remercie Solène Bakowski pour l'envoi de son livre!

Mon avis : Voilà un livre qui mériterait vraiment d'être davantage connu! Quelle belle découverte servie par une si belle plume!
Autant vous prévenir de suite, cette histoire fait vraiment froid dans le dos. Mais j'ai adoré suivre le récit d'Anna-Marie Caravelle de sa naissance jusqu'à ses 24 ans qui nous présente  les événements successifs qui l'ont menée jusqu'à cette fameuse nuit où on la voit transporter un mystérieux sac. D'ailleurs, le roman est intelligemment ponctué de courts interludes qui nous présentent petit à petit le dénouement de l'histoire et nous tiennent encore plus en haleine. Mais pour comprendre le fin mot de l'histoire, il faut patienter jusqu'au bout. Le suspense est à son maximum. C'est donc quasiment d'une traite que j'ai lu cette histoire.
Anna-Marie Caravelle n'a pas eu une enfance facile et je me suis vraiment attachée à elle malgré ses actes diaboliques et sa double personnalité. Le pire, c'est qu'elle se rend compte de sa dualité et sent venir ses crises mais elle n'arrive pas à lutter contre. C'est ce qui, bizarrement me l'a rendue encore plus attachante. J'ai vraiment eu de la peine pour elle surtout qu'elle n'a de cesse de vouloir contrôler sa vie et essayer d'en faire quelque chose de bien, mais cela n'est pas évident quand on grandit sans repères et dans l'isolement. Malgré son manque d'instruction, cette jeune femme est très intelligente, a une grande maturité et arrive à ressentir les choses. 
La perversité d'Anna-Marie m'a souvent fait penser à Barbara dans "Sa vie dans les yeux d'une poupée" d'Ingrid Desjours (Un livre que j'avais adoré aussi) mais là, on est encore un cran au-dessus car les portraits psychologiques des personnages sont davantage travaillés et il s'agit d'un drame, il n'y a donc pas d'enquête ce qui rend la lecture d'autant  plus fluide.
Pas facile d'en dire plus sans dévoiler l'histoire. Mais lisez vite ce livre qui a été pour moi un coup de coeur/ coup de poing et vous découvrirez Anna-Marie et sa lutte contre son obscure  personnalité, mais aussi son "ange blond" qui deviendra par la suite son "ange déchu", Moni et  Max.

Extrait : "La famille de ma mère brillant par une absence exemplaire, personne ne s'enquit de la malheureuse. Les jours et les nuits passèrent, les semaines ensuite sans que personne ne se préoccupât du sort d'Élise Caravelle. Pendant ce temps, Monique Bonneuil, elle, était aux petits soins : elle préparait les repas que ma mère n’avalait pas, elle faisait le lit que ma mère ne rejoignait jamais, elle racontait des histoires que ma mère n’écoutait pas, elle la lavait, l’habillait, la déshabillait, la rhabillait sans que ma mère ne bronche. Devenue pantin désarticulé, ma mère se laissait porter, au propre comme au figuré. La vieille, elle, ne pouvant croire un seul instant à l’ampleur des dégâts, restait persuadée que ma mère n’avait rien besoin de plus que de se faire dorloter et que la vie, bientôt, reprendrait son cours. Pourtant, la situation s'éternisait et ma mère, emmurée vivante, restait désespérément en elle-même, sourde aux appels de la voisine et de la vie qui, l'air de rien encore, poussait ses entrailles un peu plus chaque jour pour se faire une place au chaud. 
   Ma pauvre mère ne ressemblait plus à grand-chose et les jours glissaient sur elle sans même qu'elle ne s'en rende compte. Ils se suivaient à l'identique, rythmés par le bruit profond de l’horloge du salon, horloge que la voisine tenait de sa marraine, qui la tenait elle-même de sa grand-mère et qu’elle espérait pouvoir à son tour léguer à quelqu’un. Cette horloge, que l’on se refilait de générations en générations, semblait avoir la sagesse de ceux qui regardent le monde depuis des lustres et qui savent.
"

Drame - 240 pages

mardi 24 mars 2015

La fureur du prince - Thierry Berlanda

La fureur du Prince - Thierry Berlanda
Synopsis : Le criminel le plus sauvage du pays vient de s’échapper. À l’issue d’un carnage qui promet d’être le premier d’une longue série, il a franchi les murs de son hôpital psychiatrique. Qui l’a aidé ? Et à quelle fin ? De nouveau, Jeanne Lumet, celle qui a permis son arrestation un an auparavant, se dresse sur la route ensanglantée de celui que les journalistes ont surnommé Le Prince. Et de nouveau, elle agit au péril de sa vie, entre Bareuil – son mentor qui joue un jeu sadique avec elle – et Falier – le flic en fin de parcours censé la protéger. Dans La Fureur du Prince, Thierry Berlanda convoque les personnages de L’Insigne du Boiteux pour nous faire frémir de plus belle. Il y parvient au-delà de tout espérance. 

Je remercie les éditions La Bourdonnaye pour l'envoi de ce livre en avant première!

Mon avis : Thierry Berlanda revient avec la suite de "L'insigne du boiteux". Comme j'avais beaucoup aimé ce premier volet, je ne pouvais pas passer à côté de cette suite. Et j'ai bien fait! J'ai trouvé ce thriller encore plus réussi pour quatre raisons : 
La première est que je n'ai pas retrouvé cette ambiance si macabre et sanguinaire dans laquelle le "Prince" découpait ses victimes. Maintenant, il est enfermé et ne risque (théoriquement) plus de faire mal à qui que ce soit... Du coup, ne vous fiez pas au résumé de la quatrième de couverture, il y a beaucoup moins d'hémoglobine dans cette suite (du moins dans la première partie).
Ensuite, j'ai trouvé que tout s'enchaînait très vite et sans temps morts certainement à cause des très nombreux dialogues. La lecture est alors rapide et chaque fin de chapitre incite à connaître la suite.
La troisième raison est que j'ai beaucoup aimé découvrir le lieu dans lequel l'histoire se déroule : Une unité pour malades difficiles très sécurisée d'un hôpital psychiatrique. Du coup on a hâte de savoir de quelle façon le Prince va s'y prendre pour s'évader surtout qu'il est sous camisole chimique et est accroché à une chaine cimentée au sol. J'ai appris beaucoup de mots du langage médical. Thierry Berlanda semble connaitre son sujet sur le bout des doigts.
Dernière raison : dans "L'insigne du boiteux", je n'avais pas eu d'empathie pour les personnages. Ici, c'est l'inverse. Bien que Bareuil me soit apparu encore détestable au possible, j'ai aimé suivre l'évolution de Jeanne qui arrive petit à petit à passer outre ses angoisses et s'y confronter volontairement. Le Prince, quant à lui m'a encore une fois ébahie par son intelligence et sa capacité à berner son monde. J'ai aimé aussi découvrir d'autres personnages comme par exemple Élisabeth la nouvelle patronne de l'hôpital psychiatrique toujours très préoccupée par son apparence.
Concernant la fin, comme d'habitude, je n'ai rien vu venir (et tant mieux, je préfère garder le suspense jusqu'au bout) mais elle me laisse un peu dubitative : une suite serait-elle prévue?
Je pense que les deux tomes peuvent se lire indépendamment l'un de l'autre puisque les évènements passés y sont résumés au début. Néanmoins, la lecture du premier volet peut aider à comprendre les angoisses de Jeanne et les difficultés des autres à se remettre de ce qu'ils ont vécu un an plus tôt.
Alors pour savoir qui a aidé le Prince à s'échapper et pourquoi, je vous encourage à vous procurer "La fureur du Prince"  qui sortira le 8 avril prochain.

Extrait : "— Parce que je ne vais pas bien… Je voudrais… Il me semble que si je pouvais revoir ce… ce monstre, dans sa prison, je n’aurais plus le sentiment qu’il me suit partout, qu’il cherche à nous atteindre de nouveau, Léo et moi. Ma psy me dit que c’est comme ces gens qui ne parviennent pas à faire le deuil de quelqu’un tant qu’ils ne voient pas son cadavre, ou en tout cas l’endroit exact de sa mort, ou celui où il est enterré. Vous voyez ? Pour moi, il est encore là, prêt à surgir de n’importe où… J’ai le sentiment qu’il est plus vivant que toutes les autres personnes que je connais.
Elle se tait, bouleversée, puis reprend la parole en essuyant furtivement ses larmes avec les paumes de ses mains.
— Vous pensez que je pourrais le voir ?
— Vu son régime de détention, à mon avis, non. Je pense que seul son avocat peut avoir un contact direct avec lui. Je lui conseillerais plutôt un contact indirect, d’ailleurs.
— Mais moi, je ne veux pas lui parler. Surtout pas. Je veux juste le voir, là-bas, dans la cellule ou dans je ne sais quel endroit où il a été enfermé. Je veux voir un homme, qui aurait l’aspect d’un homme, pour ne plus jamais voir le démon que mon imagination réveille sans cesse. Ma psy dit que nos inconscients n’arrêtent jamais de tout faire pour nous mener à notre perte. Elle ajoute que le mien est particulièrement déterminé.
— Je comprends, mais…
— J’ai pensé que vous pourriez m’aider.
"

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Éditions La Bourdonnaye - Thriller - 294 pages

lundi 5 janvier 2015

L'insigne du boiteux - Thierry Berlanda

L'insigne du boiteux - Thierry Berlanda
Synopsis : Un assassin, qui se fait appeler le Prince, exécute des mères de famille sous les yeux horrifiés de leurs fils âgés de 7 ans. Opérant à l’arme blanche avec une rare sauvagerie, le meurtrier taille ses victimes en lanières. Telle est la punition qu’il inflige. Mais qui punit-il ? Et de quoi ?
Pour répondre à ces deux questions fondamentales, le commandant Falier s’adjoint les services du professeur Bareuil, spécialiste des crimes rituels, « retraité » de la Sorbonne, et de Jeanne Lumet, qui fut sa plus brillante élève. Or la jeune femme est mère d’un petit garçon de 7 ans. Détail qui n’échappera sans doute pas au Prince…
Dès les premières pages, l’auteur nous plonge dans une descente vertigineuse au fin fond de la folie meurtrière. Certaines figures cauchemardesques prennent vie dans notre réel. Le Prince est de celles-là. Gageons que cette créature qui se nourrit de nos peurs hantera longtemps nos mémoires.

Je remercie Thierry Berlanda et les éditions La Bourdonnaye pour l'envoi de ce livre qui m'a fait passer un très bon moment! (à paraitre le 21 janvier 2016)

Mon avis : Le corps d'une femme vient d'être retrouvé entièrement lacéré. Le mode opératoire de l'assassin est le même que sur un crime précédent, (tous les membres d'une famille tués d'un balle dans la tête et les mères sauvagement découpées au couteau sous les yeux de leurs enfants de 7ans)  mais cette fois-ci, le tueur a oublié un indice sur les lieux : une dague antique. Persuadée que cet indice est capital, la police fait appel à Jeanne, une jeune femme qui enseigne l'histoire médiévale à la Sorbonne pour identifier ce joyau. Elle l' identifie alors  comme un joyau Perse très ancien et de très grande valeur. Mais à ce moment précis, elle ne sait pas que sa vie va basculer et qu'elle pourrait elle aussi se retrouver  traquée par ce dangereux criminel qui a l'habitude de s'en prendre aux mères de famille dont les petits garçons ont 7 ans... Et c'est justement l'âge de son fils... 
L'angoisse monte quand Jeanne reçoit des appels anonymes d'un homme qui prétend lui donner des indices sur celui qu'il appelle "Le Prince"'. Qui est cet homme qui prétend vouloir aider Jeanne? Que cherche ce "Prince"? De quoi ou de qui veut-il se venger? Comment l'enquête va réussir à faire le lien entre la dague et son propriétaire? Autant de questions auxquelles vous trouverez les réponses en lisant cet oppressant thriller au rythme effréné.
Ce que j'ai particulièrement apprécié dans ce livre, c'est le fait que l'on sache dès le début que l'assassin se fait appeler le Prince et que l'on suive son cheminement et les  explications de sa quête. C'est d'ailleurs cet énigmatique personnage qui m' a le plus plu car je n'ai pas réussi à avoir d'empathie pour les autres.  J'ai trouvé Jeanne trop téméraire pour être crédible car se sachant menacée, elle aurait dû tout simplement interrompre sa collaboration avec le commandant Falier et Bareuil son ancien professeur d'Histoire. Je n'ai pas apprécié Bareuil non plus  car il a un besoin presque maladif de mettre les autres dans l'embarras. Quant à Falier, il jure beaucoup et c'est sa dernière affaire avant la retraite, alors, pour ne pas partir sur un échec, il a intérêt à assurer et se repose un peu trop à mon goût sur la pauvre Jeanne.
Mon intérêt pour le Prince m'a entraînée à tourner les pages sans m’arrêter pour toujours en apprendre davantage et m'a totalement fait oublier mon manque d’intérêt envers la personnalité des personnages. (Il ne s'agit que de la personnalité des personnages qui ne m'a pas plu car je reconnais qu'ils ont rondement mené l'enquête et qu'ils sont compétents chacun dans leur domaine).
Un thriller que je vous recommande pour son enquête bien ficelée et son dénouement inattendu que je n'ai pas vu venir!

Extrait : "Cette nuit-là, par exception, Léo occupe l’étage et Paul dort en dessous. Jeanne, elle, assise par terre dans son bureau au milieu de cent volumes, tourne des kilos de pages depuis des heures.
Le joyau est posé devant elle sur un guéridon. Les lumières des lampes jouent dans les profondeurs de son émeraude.
Jeanne est tellement excitée par sa « mission » que la fatigue la contourne sans pouvoir mordre et que son angoisse aussi doit patienter à l’écart. Sa tâche est gigantesque mais ses recherches progressent vite. Elle a retourné le réveil à diodes contre le mur pour ne pas céder à l’appel raisonnable de son lit et fouille inlassablement thèses et traités.
Au milieu de la nuit, alors qu’elle examine les reproductions des parures de la cour des rois afghans au XIIIe siècle, le téléphone sonne. Elle se rue sur l’appareil mais ne porte pas tout de suite le combiné à son oreille, inquiète.
— Ne coupez surtout pas.
— Qui êtes-vous ?
— Votre téléphone est sans doute sur écoute, Jeanne. Je prends quand même le risque de vous fixer un rendez-vous. Je vous ai manqué de peu, cet après-midi, au café, et je regrette que nous perdions du temps. Avez-vous eu ma lettre ?
Après avoir été sur le point de raccrocher, elle avoue que oui.
La voix au téléphone est un mélange d’impérieux et de déférent. En d’autres circonstances, Jeanne en aurait trouvé le grain presque séduisant.
— Je peux vous aider dans votre mission, Jeanne. Il faudrait me faire confiance.
— Qui êtes-vous ?
"

Éditions La Bourdonnaye - Policier - 266 pages

samedi 15 novembre 2014

Respire - Anne-Sophie Brasme

Respire - Anne-Sophie Brasme
Synopsis : Ce roman est l’histoire d’une fulgurante amitié. Charlène, jeune adolescente de 13 ans un peu effacée, entre en classe de cinquième. Dès le premier jour de la rentrée, Sarah, nouvelle dans l’établissement, fait sensation auprès de tous les élèves, séduits par cette fille à la personnalité magnétique. Charlène la regarde avec admiration. Finalement les deux jeunes filles se lient d’amitié. Une amitié merveilleuse, complice, invulnérable, du moins du point de vue de Charlène pour qui Sarah est la lumière de ses journées. Mais les choses s’enveniment brusquement : après les vacances d’été, Sarah, devenue jeune fille, affiche une soudaine indifférence pour Charlène. Son corps a mûri, désormais elle se maquille... Désespérée, Charlène tente de reconquérir Sarah. Commence alors une relation perverse entre les deux adolescentes : Sarah va exercer un pouvoir quasi sadique sur sa "meilleure amie", Charlène, qui accepte de tout subir : humiliations publiques, reproches incessants, dédain et mépris.

Mon avis : On n'est pas passé loin du coup de cœur! Je suis tombée sur ce livre tout à fait par hasard et je ne savais même pas que le film qui vient de sortir avait été adapté de ce roman. pourtant la couverture me disait quelque chose... J'ai volontairement modifié et écourté le résumé de la quatrième de couverture qui en disait à mon sens beaucoup trop. Dommage, je n'aurais pas dû le lire avant et je vous conseille de ne pas faire comme moi sinon vous allez savoir dès le début ce qui va se passer ...
J'ai été tellement happée par cette histoire que je n'ai pas pu reposer le livre avant qu'il ne soit fini. Pourtant l'ambiance est oppressante dès le début, et, en général, je n'aime pas les livres qui parlent du mal être des adolescents (car c'est une période de ma vie que je ne voudrais revivre pour rien au monde) mais là, tout semble si réel, si juste que je me suis souvent revue à la place de Charlène.
Charlène est une jeune fille mal dans sa peau incomprise par ses camarades de classe. Alors, lorsque Sarah la nouvelle arrivée lui tend la main après une tentative de suicide ratée elle pense qu'enfin quelqu'un la comprend et se lie d'amitié avec elle. Cette amitié semble sincère mais Sarah grandit plus vite que Charlène et remarque rapidement qu'elle a l'ascendant sur son amie et en profite pour la rabaisser et l'humilier afin de se faire briller aux yeux des autres...
Cette histoire d'amitié est vraiment très forte. Tellement forte, que je me suis parfois demandé s'il n'y avait pas de l'amour derrière. Mais non, les adolescents sont parfois si bornés et obtus que quand ils découvrent la vie, ils veulent la vivre à 200% excluant tout ce qui se passe autour. Et c'est malheureusement ce qui est arrivé à la pauvre Charlène. D'ailleurs, j'ai souvent eu de la peine et de la compassion pour elle avant de me rendre compte qu'elle était en fait atteinte d'une sorte de maladie psychiatrique.
Je ne sais pas si l'histoire est inspirée d'un fait réel, mais je regrette que les mères de Charlène ou Sarah n'aient pas pris les devants car ce n'est pas parce que les enfants semblent "grands" qu'il ne faut pas continuer à les surveiller un peu surtout quand ils ont des comportements amicaux  trop exclusifs...
Ce livre est sorti en 2001, date à laquelle l'auteure n'avait que 17 ans (l'âge aussi de Charlène) et je pense que c'est pour ça que les sentiments adolescents sont décrits avec tant de justesse.
Pour voir la bande-annonce du film, c'est ici.
Un roman sur l'adolescence très réaliste et bien loin de beaucoup de "bleuettes" qu'on peut actuellement trouver en libraire. J'ai hâte de le voir au cinéma aussi!
Je ne peux que vous le recommander!

Extrait :  "J’enviais chaque facette de la personnalité exceptionnelle de Sarah. Mais je ne la jalousais pas : je l’admirais. Parce qu’elle me rassurait, parce qu’elle me faisait aimer la vie, parce qu’elle disait qu’elle m’adorait, peu à peu je ressentais ce besoin intarissable qui n’a fait que s’accentuer au fil des ans : celui de l’avoir là, auprès de moi, pour me prouver que j’avais une place dans sa vie. Il m’était impossible d’imaginer que je puisse ne plus être sa meilleure amie. J’aurais pu mourir pour qu’elle me redise encore et encore que je l’étais pour toujours.[...] La vérité, c’est que je m’ennuyais. Lorsqu’elle était absente, j’avais l’impression de ne plus être rien. Mes amis de l’an passé étaient revenus, mais j’avais choisi de ne plus les fréquenter. J’attendais l’achèvement de ces vacances avec empressement. Quelque part, en moi, une promesse secrète me rappelait que je ne devais appartenir qu’à elle seule"

Éditions Fayard - Drame - 184 pages

dimanche 21 septembre 2014

Oona & Salinger - Frédéric Beigbeder

Oona & Salinger - Frédéric Beigbeder
Synopsis : Il arrive toujours un moment où les hommes semblent attendre la catastrophe qui réglera leurs problèmes.
Ces périodes sont généralement nommées : avant-guerres. Elles sont assez mal choisies pour tomber amoureux.
En 1940, à New York, un écrivain débutant nommé Jerry Salinger, 21 ans, rencontre Oona O’Neill, 15 ans, la fille du plus grand dramaturge américain. Leur idylle ne commencera vraiment que l’été suivant... quelques mois avant Pearl Harbor. Début 1942, Salinger est appelé pour combattre en Europe et Oona part tenter sa chance à Hollywood. Ils ne se marièrent jamais et n’eurent aucun enfant.

Mon avis : Si j'avais beaucoup aimé "L'amour dure trois ans" et que je n'avais pas du tout apprécié "99 francs", pour "Oona & Salinger", mon avis est vraiment mitigé et je n'arrive pas à savoir si je l'ai aimé ou pas car certains éléments m'ont plu, d'autres m'ont déçue et agacée.
  • Commençons par les points positifs :
Le fait que Frédéric Beigbeder nous parle de personnages connus tels que Charlie Chaplin, Jerry Salinger, Truman Capote, Ernest Hemingway, Oona O'Neill et son père Eugène m'a permis d'apprendre plein de choses sur ces gens, leurs rencontres, leurs liens et leurs façons de vivre. J'ai aimé aussi suivre le début de l’idylle entre Oona et Jerry Salinger puis la rencontre entre Oona et Charlie Chaplin, qui malgré leur 37 ans de différence seront heureux jusqu'à la mort de Chaplin et auront  8 enfants. 
J'ai trouvé très original le très court passage du livre que l'auteur a voulu rendre interactif en nous proposant d'aller sur Google puis sur YouTube. Cette recherche a titillé ma curiosité et m'a poussée à aller plus loin (notamment sur Wikipédia) pour en apprendre davantage sur Oona, Charlot et Salinger j'apprécie vraiment les livres qui me poussent à faire des recherches et apprendre de nouvelles choses.
Le fait de suivre le déroulement de la seconde guerre mondiale d'un point de vue américain (par les lettres de Jerry envoyées à Oona alors qu'il allait combattre en tant qu'Allié) est très instructif et nous permet d'avoir une autre vision des choses que celle que nous apprenons à l'école.
  • Par contre, ce qui m'a déplu et même agacée
Pourquoi l'auteur a-t-il besoin de toujours se mettre autant en valeur? Ses apartés concernant sa propre vie (surtout sa rencontre avec sa femme) , sa façon d'écrire ou de faire ses recherches m'ont profondément agacée et n'ont rien à voir avec l'histoire. Je les aurais peut être trouvés bienvenus si l'histoire était contemporaine à sa vie, mais là ce n'est pas le cas puisqu'il nous dit être né en 1965...
J'ai été déçue aussi d'apprendre que les lettres de Jerry à Oona ont été inventées. Bien qu'elles existent vraiment, la famille d'Oona n'a pas souhaité le laisser les lire. Du coup j'ai eu beaucoup de mal à faire la distinction entre le réel de l'histoire et la fiction.
Tout au long de l'histoire, je m'attendais à ce qu'il se passe quelque chose. Mais en fait, il n'y a pas beaucoup plus qu'une amourette adolescente platonique et une histoire d'amour des plus banales. Je n'arrive pas non plus à me faire une opinion sur la personnalité d'Oona puisque l'auteur a voulu nous la dépeindre comme superficielle et frivole alors que ce n'est vraiment pas ce que j'ai ressenti en regardant la vidéo sur YouTube d'elle à 17 ans lors d'un casting.

J'espère que ma prochaine lecture de Beigbeder me permettra de me faire un avis plus tranché sur l'auteur qui ne m'a pour l'instant convaincue qu'à 50%...

Oona & Salinger

Extrait : "Charlie Chaplin arriva chez Minna en avance. Assise toute seule par terre, Oona regardait le feu dans la cheminée. Elle portait un haut noir décolleté qui contrastait avec une jupe longue plus sage, appartenant à sa mère. [...] Voici ce que Chaplin écrit dans ses mémoires : « Je n’avais jamais rencontré Eugene O’Neill, mais d’après la gravité de ses pièces, je me représentais plutôt sa fille sous des couleurs sépia. (…) Contrairement à mes craintes, j’aperçus une lumineuse beauté, au charme un peu secret et à la douceur des plus séduisantes. » Il sut immédiatement que cette personne allait jouer un rôle important dans sa vie.
Ne l’ayant jamais vu qu’en noir et blanc, Oona est surprise par les yeux très bleus de Charlot. Il est fin, attentionné, petit comme elle (un mètre soixante-sept), avec ce visage célèbre (sans la moustache), des cheveux blancs et une étrange façon de se déplacer, comme s’il dansait. Il porte un costume trois-pièces gris foncé, une cravate bleue qui fait ressortir ses yeux. Il a cinquante-quatre ans. Il ressemble à Charlot le « tramp », mais transfiguré en riche bourgeois.
"

Éditions Grasset - Littérature contemporaine - 335 pages

lundi 15 septembre 2014

Retour à Little Wing - Nickolas Butler

Retour à Little Wing - Nickolas Butler
Synopsis : «Ces hommes qui sont tous nés dans le même hôpital, qui ont grandi ensemble, fréquenté les mêmes filles, respiré le même air. Ils ont développé une langue à eux, comme des bêtes sauvages
Ils étaient quatre. Inséparables, du moins le pensaient-ils. Arrivés à l'âge adulte, ils ont pris des chemins différents. Certains sont partis loin, d'autres sont restés. Ils sont devenus fermier, rock star, courtier et champion de rodéo. Une chose les unit encore : l'attachement indéfectible à leur ville natale, Little Wing, et à sa communauté. Aujourd'hui, l'heure des retrouvailles a sonné. Pour ces jeunes trentenaires, c'est aussi celle des bilans, de la nostalgie, du doute... Nickolas Butler signe un premier roman singulier, subtil et tendre, récit d'une magnifique amitié et véritable chant d'amour au Midwest américain.

Mon avis : C'est le bandeau du livre avec cette phrase signée Olivier Adam qui m'a poussée à le lire. Et, je n'ai pas été déçue. Encore une belle découverte de cette rentrée littéraire.
Lee, Ronny, Kip et Hank ont grandi ensemble dans le petit village de Little Wing. Si leurs vies personnelles ou professionnelles les ont parfois éloignés du village, ils se retrouvent lors de leurs mariages respectifs. Chacun prend la parole à tour de rôle au fil des chapitres ce qui nous permet d'avoir les ressentis des uns et des autres vis à vis des événements. Chaque narrateur évoque le présent mais fait aussi de nombreux flash-backs sur l'enfance et l'adolescence du groupe. Lors de ces retrouvailles (et l'alcool aidant), des langues vont se délier et révéler des choses qu'il  aurait mieux valu taire pour ne pas compromettre les amitiés ...
J'ai adoré me plonger dans cette ambiance de campagne américaine où chacun fait ce qu'il peut pour échapper au train-train des classes moyennes :
Ronny était champion de rodéo avant que son alcoolisme ne soit la cause de l'accident qui lui a laissé des séquelles neurologiques. Depuis, ses amis le prennent pour un enfant, veillent sur lui, et Lee lui paye même ses factures sans qu'il le sache. Je l'ai trouvé attendrissant car il prend maintenant la vie comme elle vient sans se poser de questions. Lors de l'enterrement de vie de garçon de Kip, il va faire une belle rencontre...
Lee, justement, est celui de la bande qui a le mieux réussi. Parti de rien, il a sillonné les États-Unis avec ses groupes de rock. Il a galéré longtemps, mais il est maintenant un chanteur connu dans le monde entier. Toutes les mondanités auxquelles il participe et les femmes qu'il côtoie, (notamment Chloé l'actrice de cinéma avec qui il se mariera) pourraient bien lui faire perdre les vraies valeurs de l'amitié... Au point de ne pas savoir tenir sa langue...
Kip, est devenu prétentieux depuis qu'il a racheté la fabrique de Little Wing. Il veut en mettre plein la vue à ses amis. C'est lui qui se marie en premier et provoque les premières disputes car il n'a pas invité Ronny qu'il considère comme un attardé. Et cela met Lee en rogne.
Hank, quant à lui, est le seul qui soit resté à Little Wing depuis son enfance. Il est éleveur et agriculteur. Marié à Beth, et père de trois enfants, c'est celui de la bande qui a la vie la plus équilibrée. Il est l'ami sur lequel les autres peuvent compter. C'est le personnage (avec Ronny) qui m'a le plus touchée et vous comprendrez pourquoi à la fin du livre...
Un roman sur l'amitié, l'amour, la jalousie et les vraies valeurs de la vie. Pour moi, il n'est pas passé loin du coup de cœur et je vous le recommande!
Avec cette lecture, je n'ai pas pu m’empêcher de penser à "Quatre mariages et un enterrement", mais je vous rassure, il n'y aura pas d'enterrement!
Ce livre est le premier de l'auteur, et j'espère qu'il y en écrira d'autres! Il devrait d'ailleurs prochainement faire l'objet d'une adaptation cinématographique puisque les droits ont été vendus à la Fox.

Extrait :"J’avais pensé à l’avenir, à mon avenir, et j’avais vu ma vie étalée devant moi avec la précision de la topographie de Little Wing, ses collines, vallées, bourbiers, crêtes, routes de campagne et champs de maïs, chemins de fer et pistes de jeu. J’avais tout vu : j’allais continuer à composer, jouer de la musique et tourner et, bientôt, ça allait décoller. Les magazines publieraient des critiques, puis des articles. On me demanderait d’écrire des chansons pour des émissions télé et des bandes-son de films et, un jour, je monterais sur scène recevoir mon petit gramophone doré et je parlerais de mes héros devant une salle pleine. Je le voyais, parce que je croyais en la musique, en ma voix, en la musique que faisait le monde à mes oreilles. Je voyais que Hank et moi allions progressivement nous éloigner, par paliers de semaines et mois d’abord, puis par années jusqu’à ce qu’il ne reconnaisse même plus ma voix quand je l’appellerais. Mes amis auraient des familles, des enfants, des maisons douillettes – avec des meubles fatigués et confortables. Pendant ce temps, je sortirais et épouserais des femmes qui m’aimeraient puis me haïraient, qui ne me comprendraient pas du tout, qui s’emmerderaient avec moi, qui détesteraient ma ville natale et toléreraient tout juste mes amis. Puis, un jour, je n’aurais plus d’endroit où rentrer, plus de chez-moi. Plus d’amis, plus de famille, plus de visages souriants, plus de bonjour et au revoir."

Éditions Autrement - Littérature contemporaine - 444 pages

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