samedi 26 janvier 2019

Leurs enfants après eux - Nicolas Mathieu

Leurs enfants après eux - Nicolas Mathieu

SynopsisAoût 1992. Une vallée perdue quelque part dans l’Est, des hauts-fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a quatorze ans, et avec son cousin, pour tuer l’ennui, il décide de voler un canoë et d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté, sur la fameuse plage des culs-nus. Au bout, ce sera pour Anthony le premier amour, le premier été, celui qui décide de toute la suite. Ce sera le drame de la vie qui commence.

Avec ce livre, Nicolas Mathieu écrit le roman d’une vallée, d’une époque, de l’adolescence, le récit politique d’une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt. Quatre étés, quatre moments, de Smells Like Teen Spirit à la Coupe du monde 98, pour raconter des vies à toute vitesse dans cette France de l’entre-deux, des villes moyennes et des zones pavillonnaires, de la cambrousse et des ZAC bétonnées. La France du Picon et de Johnny Hallyday, des fêtes foraines et d’Intervilles, des hommes usés au travail et des amoureuses fanées à vingt ans. Un pays loin des comptoirs de la mondialisation, pris entre la nostalgie et le déclin, la décence et la rage.



Mon avis : Dans "Leurs enfants après eux" (Prix Goncourt 2018), nous suivons la vie de quelques personnages, Anthony, un garçon de 14 ans au début de l'histoire, son père Patrick, un aloolique, Steph, une fille qui l'intéresse, et Hacine, un garçon du même âge que Anthony d'origine marocaine. 
A travers ces personnages, que l'on rencontre tout au long des années 90, en différents épisodes tous les deux ans, émerge l'histoire de toute une région et de tout un pays, la France dans les années 90, qui ressemble énormément à la France d'aujourd'hui.
Le livre est bien écrit, les personnages sont vifs et absolument crédibles, leurs histoires vraies et intéressantes et les dialogues naturels et fluides. Les scènes sont bien construites, les multiples façons dont elles se croisent correctement mises en scène. 
L'époque des années 90 où les jeunes n’avaient pas autant de passe-temps qu'aujourd'hui, où les industries accusent la crise, où chômage et immigration sont devenus un problème depuis longtemps est aussi très bien décrite (j'ai eu l'impression de me retrouver dans ma propre adolescence).
La municipalité de cette petite ville (fictive?) tente de trouver autre chose (tourisme ? ) pour garder vivante cette petite agglomération au bord d'un lac. Ce lac joue un rôle déterminant dans les histoires et les destins des personnages, et tous influencent la vie des uns et des autres d'une manière subtile complexe ... Mais voilà, je m'attendais à ce qu'il se passe quelque chose, et mon attente fut vaine. Même si j'ai apprécié en demi teinte cette lecture, je ne la recommanderais qu'aux nostalgiques des années 1990.


Extrait : "Anthony venait d’avoir quatorze ans. Au goûter, il s’enfilait toute une baguette avec des Vache qui Rit. La nuit, il lui arrivait parfois d’écrire des chansons, ses écouteurs sur les oreilles. Ses parents étaient des cons. À la rentrée, ce serait la troisième. Le cousin, lui, ne s’en faisait pas. Étendu sur sa serviette, la belle achetée au marché de Calvi, l’année où ils étaient partis en colo, il somnolait à demi. Même allongé, il faisait grand. Tout le monde lui donnait facile vingt-deux ou vingt-trois ans. Le cousin jouait d’ailleurs de cette présomption pour aller dans des endroits où il n’aurait pas dû se trouver. Des bars, des boîtes, des filles. Anthony tira une clope du paquet glissé dans son short et demanda son avis au cousin, si des fois lui aussi ne trouvait pas qu’on s’emmerdait comme pas permis. Le cousin ne broncha pas. Sous sa peau, on pouvait suivre le dessin précis des muscles. Par instants, une mouche venait se poser au pli que faisait son aisselle. Sa peau frémissait alors comme celle d’un cheval incommodé par un taon. Anthony  aurait bien voulu être comme ça, fin, le buste compartimenté. Chaque soir, il faisait des pompes et des abdos dans sa piaule. Mais ce n’était pas son genre. Il demeurait carré, massif, un steak. Une fois, au bahut, un pion l’avait emmerdé pour une histoire de ballon de foot crevé. Anthony lui avait donné rendez-vous à la sortie. Le pion n’était jamais venu. En plus, les Ray-Ban du cousin étaient des vraies."

Éditions Actes Sud - Littérature contemporaine - 432 pages

1 commentaire:

  1. Il est vrai qu'une fois le roman fermé, je me suis aperçue qu'il ne s'était pas passé grand chose.

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