jeudi 27 décembre 2018

La vraie vie - Adeline Dieudonné

La vraie vie - Adeline Dieudonné

SynopsisC'est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est un chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu'au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.
Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l'autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l'existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l'espoir fou que tout s'arrange un jour.
Mon avis : "La vraie vie".... Voilà un titre qui nous laisse présager un roman noir. Et quelle gifle! J'ai dévoré ce livre d'une traite tellement il m'a subjuguée par sa noirceur mais en même temps par son humour (tout aussi noir) qui m'a souvent mise mal à l'aise. 
En tous cas cette lecture ne peut pas laisser indemne. J'ai eu un véritable coup de cœur pour  la narratrice que l'on suit de ses 10 ans à ses 15 ans environ. Elle vit dans une famille qui pourrait paraître ordinaire vue de l'extérieur mais son père boit et tape sa mère qui, terrorisée n'ose jamais ouvrir la bouche. Son petit frère quant à lui, choqué par le drame du marchand de glace, semble prendre petit à petit le chemin violent du père... Elle n'a alors qu'une idée en tête : sortir son petit frère de son mutisme et fabriquer une machine à remonter le temps. Malgré son jeune âge, cette jeune fille (dont on ne saura jamais le prénom) a une lucidité sur sa vie et sa situation qui ferait presque froid dans le dos. En plus d'assister aux brimades sur sa mère, elle comprend vite qu'elle sera la prochaine proie de son ivrogne de père car son apparence change, elle devient une vraie petite femme. Et avec un père comme le sien, on comprend mieux qu'elle s'imagine chaque scénario possible et qu'elle soit toujours sur ses gardes! 
Les deux moments qui resteront gravés dans ma mémoire : quand pour les 8 ans de Gilles son père lui offre un abonnement au stand de tir et quand plusieurs mois plus tard la mère implore sa fille de partir car son père a franchi un cap de plus dans la violence "Gagne ton propre argent et pars!, gagne ton propre argent et pars!"
Si je me doutais qu'il y allait y avoir un autre drame, je ne pensais pas du tout à ce dénouement!
Je recommande vivement ce roman qui restera dans mon top trois de 2018!

Extrait : "Et dans un coin, il y avait la hyène.
Tout empaillée qu’elle était, elle vivait, j’en étais certaine, et elle se délectait de l’effroi qu’elle provoquait dans chaque regard qui rencontrait le sien. Aux murs, dans des cadres, mon père posait, fier, son fusil à la main, sur des animaux morts. Il avait toujours la même pose, un pied sur la bête, un poing sur la hanche et l’autre main qui brandissait l’arme en signe de victoire, ce qui le faisait davantage ressembler à un milicien rebelle shooté à l’adrénaline du génocide qu’à un père de famille. [...]
Moi, j’aimais bien caresser l’ivoire. C’était doux et grand. Mais je devais le faire en cachette de mon père. Il nous interdisait d’entrer dans la chambre des cadavres.
C’était un homme immense, avec des épaules larges, une carrure d’équarrisseur. Des mains de géant. Des mains qui auraient pu décapiter un poussin comme on décapsule une bouteille de Coca. En dehors de la chasse, mon père avait deux passions dans la vie : la télé et le whisky. Et quand il n’était pas en train de chercher des animaux à tuer aux quatre coins de la planète, il branchait la télé sur des enceintes qui avaient coûté le prix d’une petite voiture, une bouteille de Glenfiddich à la main. Il faisait celui qui parlait à ma mère, mais, en réalité, on aurait pu la remplacer par un ficus, il n’aurait pas vu la différence.
Ma mère, elle avait peur de mon père."

Éditions L'iconoclaste - Drame - 270 pages

4 commentaires:

  1. Moi, je n'ai pas beaucoup aimé ce bouquin. Il y a même des passages que j'ai détestés. Le passage qui m'a marqué négativement, c'est l'explosion de la tête du marchand de glaces. Un succès, pour moi, très exagéré, mais chacun ses gouts.
    Bonne fin d'année.

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  2. Une lecture qui m'avait déçue. j'en attendais trop, sans doute.

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