mardi 21 août 2018

Chagrin d'école - Daniel Pennac


Chagrin d'école - Daniel Pennac

Synopsis :  Chagrin d’école, dans la lignée de Comme un roman, aborde la question de l’école du point de vue de l’élève, et en l’occurrence du mauvais élève. Daniel Pennac, ancien cancre lui-même, étudie cette figure du folklore populaire en lui donnant ses lettres de noblesse, en lui restituant aussi son poids d’angoisse et de douleur.


Ceci n’est pas un roman. Ce n’est pas non plus une autobiographie.
En 2007, Daniel Pennac écrit un véritable plaidoyer pour les cancres. Ancien cancre lui-même, il sait ce que souffrance de ne pas pouvoir apprendre veut dire. Souffrance aussi de se sentir isolé dans une famille qui ne connaît pas, jusqu’à lui, l’échec scolaire.
Mais comment un cancre a pu devenir enseignant puis écrivain ? Grâce à la générosité d’un professeur qui a su l’amener à la lecture en lui demandant d’écrire lui-même un roman ne comportant aucune faute d’orthographe. Son sauveur ! Enfin il existait aux yeux de quelqu’un en dehors de l’habit du cancre, le bon dernier de la classe.
Il y a donc l’intelligence d’un enseignant qui a su trouver la bonne méthode, mais il y a aussi les liens avec son frère Bernard (voir dernier livre « Mon frère » paru en 2018). Ce dernier avait la patience de lui expliquer les incompris aussi souvent qu’il le fallait. Il lui démontrait que le « par cœur » demandé par les professeurs n’était pas toujours adapté et qu’il devait trouver des solutions par lui-même.
Ce livre, qui a reçu le prix Renaudot lors de sa première sortie, est pour moi un « classique ». Il devrait être intégré dans les ouvrages à lire obligatoirement par les élèves-enseignants au cours de leur formation.
En étant passé de cancre à professeur, Daniel Pennac est bien placé pour tirer quelques leçons de cette double expérience. Il le fait en toute humilité. Il ne pense pas posséder toutes les clés de la réussite des élèves et celle des enseignants.
Il se qualifie de « sauveur de cancres », tout en restant modeste. Ayant abandonné le cartable de professeur pour la plume d’écrivain, il lui arrive de croiser des cancres d’aujourd’hui. Sont-ce les mêmes ? L’environnement a bien changé, mais les causes et les conséquences ne diffèrent pas tant que cela.
Je n’ai pas dévoré ce livre comme on ne lâche pas un roman. Ce n’était pas non plus le but de l’auteur. On a tous autour de nous, famille et amis, un ou plusieurs cancres ou au moins un élève qui a rencontré des difficultés. Daniel Pennac nous fait revivre quelques souvenirs indirects et nous donne envie de les partager avec les intéressés d’alors en commentant « tu vois, tu n’étais pas le seul ! »
J’ai un peu moins apprécié les dernières pages qui sont plus des conseils sociétaux, car je ne sais pas si on trouvera un jour la solution aux différentes maladies de notre société. Mais Daniel Pennac nous prescrit un premier traitement : celui qui redonne l’amour de l’apprentissage. Puissions-nous suivre l’ordonnance pour le bien-être des générations futures.
(…) Nos « mauvais élèves » (élèves réputés sans devenir) ne viennent jamais seuls à l’école. C’est un oignon qui entre dans la classe : quelques couches de chagrin, de peur, d’inquiétude, de rancœur, de colère, d’envies inassouvies, de renoncement furieux, accumulés sur fond de passé honteux, de présent menaçant, de futur condamné.
(…) Féroce candeur des majorités de pouvoir… Ah ! les tenants d’une norme, et quelle qu’elle soit : norme culturelle, norme familiale, norme d’entreprise, norme politique, norme religieuse, norme de clan, de club, de bande, de quartier, norme de la santé, norme du muscle ou norme de la cervelle (…)
(…) Il suffit d’un professeur – un seul ! – pour nous sauver de nous-mêmes et nous faire oublier tous les autres.
C’est du moins le souvenir que je garde de monsieur Bal.
Il était notre professeur de mathématiques en première. (…) Il nous attendait assis à son bureau, nous saluait aimablement, et dès ses premiers mots, nous entrions en mathématique. De quoi était faite cette heure qui nous retenait tant ? Essentiellement de la matière que Monsieur Bal y enseignait et dont il semblait habité, ce qui faisait de lui un être curieusement vivant, calme et bon. Étrange bonté, née de la connaissance même, désir naturel de partager avec nous la « matière » qui ravissait son esprit et dont il ne pouvait concevoir qu’elle nous fût répulsive, ou seulement étrangère. Bal était pétri de sa matière et de ses élèves. Il avait quelque chose du ravi de la crèche mathématique, une effarante innocence. L’idée qu’il pût être chahuté n’avait jamais dû l’effleurer, et l’envie de nous moquer de lui ne nous serait jamais venue, tant son bonheur d’enseigner était convaincant.

Éditions Folio – Essai - 298 pages

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