mercredi 7 février 2018

Les loyautés - Delphine de Vigan

Les loyautés - Delphine de Vigan

Synopsis« J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas.» 
Théo, enfant du divorce, entraîne son ami Mathis sur des terrains dangereux. Hélène, professeur de collège à l’enfance violentée, s’inquiète pour Théo : serait-il en danger dans sa famille ? Quant à Cécile, la mère de Mathis, elle voit son équilibre familial vaciller, au moment où elle aurait besoin de soutien pour protéger son fils. Les loyautés sont autant de liens invisibles qui relient et enchaînent ces quatre personnages.


Mon avis : Dans ce roman choral, Delphine de Vigan renoue avec la fiction et nous présente quatre personnages : Théo et Mathis deux inséparables collégiens en classe de cinquième, Hélène, leur professeur de biologie et Cécile, la mère de Mathis. 
Chacun des quatre est a un tournant de sa vie : Mathis et Théo car ils rentrent petit à petit dans la vie d'adultes en empruntant la mauvaise porte : celle des expériences alcoolisées, Cécile qui consulte un psy en cachette et qui vient de découvrir une sombre facette de son mari, et enfin Hélène qui ressent la détresse de Théo qui, par effet miroir lui fait repenser à sa propre enfance maltraitée. 
Pourtant, chacun est tenu par ses propres "loyautés" pour protéger les autres : ne pas accuser sans preuves pour Hélène, ne pas trahir son ami pour Mathis, ne pas exposer la situation de son père pour Théo et faire comme si de rien était vis à vis de son mari pour Cécile...
J'ai eu beaucoup d'affection pour les deux adolescents notamment pour Théo en garde alternée après le divorce compliqué de ses parents. Entre une mère qui ne veut rien savoir de ce qu'il vit lorsqu'il est chez son père une semaine sur deux et dénigre tout ce que son ex-mari pourrait dire ou faire et un père qui se laisse lentement sombrer dans l'oisiveté, Théo aurait bien besoin de se confier.  J'ai eu de la peine de voir qu'il avait trouvé refuge dans les sensations euphorisantes de l'alcool. 
Mathis m'a touchée aussi car malgré la méfiance de sa mère vis à vis de Théo, il le couvre et tait la situation dramatique qu'il a su déceler chez le père de ce dernier.
Encore un livre de Delphine de Vigan qui fait partie de mes coups de cœur car les personnages et leurs portraits psychologiques sont très réalistes et dépeints avec beaucoup de minutie. Je pense que beaucoup de lecteurs peuvent s'identifier facilement à l'un d'entre eux. 
Un roman noir qui se lit la gorge serrée et qui fait réfléchir aux "loyautés" conscientes ou instinctives que l'on peut avoir envers les autres sans même forcément pouvoir les identifier.
Le seul petit bémol à ma lecture fût cette fin ouverte qui m'a laissée avec mes questions...
Un roman à la plume toujours aussi belle que je recommande vivement!

Extrait : "J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon de se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas. Les coups je les ai reçus quand j’étais gosse et les marques je les ai cachées jusqu’au bout, alors à moi, on ne me la fait pas. Je dis le gamin parce que franchement il faut les voir, les garçons, à cet âge-là, avec leurs cheveux fins comme ceux des filles, leur voix de petit poucet, et cette incertitude qui colle à leurs mouvements, il faut les voir s’étonner grands yeux écarquillés, ou se faire engueuler, mains nouées derrière le dos, la lèvre tremblotante, on leur donnerait le bon Dieu sans confession. Pourtant, il n’y a aucun doute, c’est à cet âge-là que ça commence, les vraies conneries. Quelques semaines après la rentrée, j’ai demandé un entretien avec le Principal au sujet de Théo Lubin. Il a fallu que j’explique plusieurs fois. Non, pas de traces ni de confidences, c’était quelque chose dans l’attitude de l’élève, une sorte de claustration, une manière particulière de fuir l’attention."

A lire aussi :
No et Moi ♥♥♥
Rien ne s'oppose à la nuit ♥♥♥
Jours sans faim ♥♥♥
D'après une histoire vraie ♥♥♥

Éditions JC Lattès - Littérature contemporaine - 208 pages

7 commentaires:

  1. Je ne connais pas.
    Moi, une fin ouverte, j'aime ça...parfois !
    Bonne fin de semaine.

    RépondreSupprimer
  2. Je l’ai beaucoup aimé aussi, même la fin !
    Ce que tu en dis est très juste.
    Je trouve l’écriture encore meilleure que dans les heures souterraines, j’adore ce style « économique » bien que minutieux comme tu dis.
    À bientôt !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Khadija!
      Au plaisir de lire une de tes chroniques ici ou ailleurs!
      Bises

      Supprimer
  3. J'ai beaucoup aimé ce livre aussi. Delphine de Vigan a la réputation d'écrire des histoires tristes. Il me semble qu'elle observe la société telle qu'elle est, en utilisant une jolie écriture pour la dépeindre.
    Le livre refermé, on reste un long moment attaché aux personnages et la fin ouverte y est probablement pour quelque chose. Comment analyser cette conclusion ? C'est selon si on regarde le verre à moitié plein ou à moitié vide.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, je me souviendrai longtemps de ces 4 personnages!

      Supprimer
  4. Des avis vraiment très différents sur ce dernier roman de l'auteure.

    RépondreSupprimer

Laissez-moi une trace de votre passage!

Recevoir les prochains articles par mail

* obligatoire

Partagez!