lundi 4 décembre 2017

Une apparition - Sophie Fontanel

Une apparition - Sophie Fontanel



« Et enfin, à cinquante-trois ans, j'ai entrepris d'apparaître. »
Et si tout ce qu'on racontait sur les cheveux blancs était faux? Et si ces monceaux de teinture, sur des millions de chevelures, aux quatre coins de la planète, cachaient en fait une beauté supplémentaire que les femmes pourraient prendre avec le temps, beauté immense qui les sauverait de bien des angoisses, de bien de servitudes?
C'est en partant de cette intuition que Sophie Fontanel, un soir d'été, décide d'arrêter les colorations et de regarder pousser ses cheveux blancs. Comme elle est écrivain, elle en fait un livre, sorte de journal romancé de ce qu'elle n'hésite pas à appeler une « naissance ».
Les semaines, les mois passent : un panache lui vient sur la tête, à mille lieues des idées préconçues sur les ravages du temps. Elle réalise que l'âge embellit aussi les femmes et que les hommes n'ont pas pour les cheveux blancs l'aversion qu'on supposait. Elle découvre que notre société n'attendait qu'un signal, au fond, pour s'ouvrir à une splendeur inédite, d'une puissance extraordinaire.
Ce roman est une fête. Celle de la liberté.




Il est des livres dont on entend tellement parler, que l’on finit par avoir envie de les lire. Ce fut le cas avec Une apparition : la promotion a été bonne. Je n’avais jamais entendu parler de Sophie Fontanel avant cela, et l’interview de Laurène Bastide (podcast La poudre), a achevé de me convaincre. J’ai donc laissé sa chance à son dernier roman.
Ce texte est présenté comme un roman, c’est d’ailleurs écrit sur la couverture. Et pourtant, une question se pose très vite : sommes-nous vraiment dans de la fiction ? L’auteure raconte l’expérience qu’elle a vécue, celle de laisser ses cheveux devenir blancs, en d’autres termes arrêter de se les teindre. On trouve dans le livre un cahier central avec des photos en noir et blanc des différents stades de son évolution capillaire vers le blanc, et elle est aussi en couverture. Toutes ces photos, comme elle l’écrit, ont d’ailleurs été postées sur son compte Instagram, très suivi paraît-il, dont on nous donne à lire de (trop) nombreux extraits :

Post Instagram. 17 octobre.
Mon visage, de profil, visage renversé en arrière.
La photo prise par Delphine l’instant auparavant.
J’avais écrit : 
« Prendre l’hair le week-end. »
Je n’osais que l’humour, mon trouble était grand.
Parmi les commentaires :
« Que c’est beau, de faire soi ! » / « Ça commence à avoir sacrément de la gueule. »
« Je vous admire beaucoup. » / « On dirait une gamine ! »/ « Ça valait la peine d’être patiente. »
« C’est joli, aérien, on a envie qu’ils deviennent vite tous blancs, comme blanc d’hiver. »
« Rouleaux de liberté. » / « On dirait que tu vas voler. »/ « J’ai hâte d’avoir les cheveux gris. »
« Oh non !!! »

Nous sommes donc bien dans le récit d’une expérience réelle. Sophie Fontanel raconte à la première personne, son prénom est conservé, ainsi que les prénoms de son frère, de ses amies, qu’elles soient Arielle Dombasle ou Inès de la Fressange. Les indictions de dates et de lieux sont nombreuses, conférant une authenticité au récit. Seul le magazine dans lequel elle a œuvré n’est pas nommé (mais on sait très bien qu’il s’agit de Elle). Cette expérience est peut-être un peu romancée, des anecdotes ont sans doute été inventées, mais est-ce là un roman ?
J’aurais dû me méfier du thème de ce livre… Je m’attendais à une réflexion profonde sur le fait de se voir vieillir, d’accepter de vieillir, sur le difficile sentiment de ne plus maîtriser son corps et ses changements. Finalement, même s’il y avait parfois de l’idée, j’ai trouvé cette histoire auto-centrée, et sans grand intérêt. Sophie Fontanel semble vouloir dénoncer le regard des gens sur les cheveux blancs et l’injonction de la société faite aux femmes : cachez vos cheveux blancs que l’on ne saurait voir. Cela n’est pas inintéressant, mais la manière ne m’a pas touchée. Sophie Fontanel se compare à ses femmes qu’elle croise et qui, elles, n’osent pas. Elle est souvent celle que l’on reconnaît dans la rue, que l’on complimente, que l’on félicite, le modèle que l’on suit… Avec un personnage de fiction, cela aurait été moins gênant, les personnages secondaires sont de toute façon des faire-valoir. Ici, c’est une façon de plus de se placer au centre, même si cette renaissance est salutaire pour Sophie Fontanel et que, honnêtement,  c’est tant mieux pour elle.

« Octobre.
Place de la Madeleine.
Une gosse de vingt ans, une Asiatique, les cheveux rose buvard. A l’évidence, un jeune model. C’était la saison des défilés à Paris.
Elle s’écria : 
« I like your hair ! » [J’adore vos cheveux !]
Cette formule, ah, je l’avais entendue cent fois. Je ne m’en lassais pas, elle venait réparer une faille ancienne. Et si j’avais réussi quelque chose, c’était ça : je m’étais offert cette phrase. »

Le récit des différentes réactions, notamment chez les hommes, sont assez intéressantes. Ceux-là ont-ils leur mot à dire, chez qui les cheveux poivre et sel sont adorés ? L’auteure s’en donne à cœur joie pour « les remettre à leur place », c’est plaisant, même si parfois un peu trop vindicatif.
Ce qui a gâché réellement l’ensemble, ce qui a pris le dessus dans ma lecture de ce texte, ce sont tous ces épisodes propres à la vie des gens « du milieu ». De vernissage en exposition, en passant par le festival de Cannes, à travers de nombreuses villes, Londres, New York, Barcelone, Venise… mais aussi en vacances sur la Côte d’Azur ou en Grèce, on suit Sophie et on lit les remarques des uns et des autres sur ses cheveux, hommes femmes ou enfants, Agnès Varda, ou inconnu. Et c’est ainsi que le lecteur est tenu à distance. Car c’est un monde bien particulier. Et cette histoire de cheveux blancs qui nous concerne tous, on se dit qu’elle ne sera pas la même pour nous, et pour celle qui connaît les marques de haute couture. J’aimerais savoir si Sophie Fontanel pensait s’adresser à toutes les femmes, car pour moi elle ne s’adresse qu’à son milieu social et professionnel, voire seulement à « son cercle ». De nombreux passages apparaissent comme des clins d’œil à ses relations amicales. Par exemple à ses « copines » avec qui elle va chez le coiffeur :

« -- Tu me trouves vieille ? »
Elle m’envoya des baisers dans le miroir.
En sortant de là, on se mit en terrasse, rue de Rivoli. Elle si blonde, moi si blanche. Coiffées, les deux. Devant des verres de rosé et des chips au poivre. Nous profitions de cette fin de journée, nos deux têtes unifiées par la lumière dorée du soir, qui tombait de biais sur nos visages. Elle venait du jardin, où rien, sur des centaines de mètres, ne l’avait arrêtée.
« Moi, j’aurais coupé plus court…
-- Je sais. »

Une lecture qui ne me laisse pas indifférente, qui peut faire réfléchir, mais qui aborde le sujet de façon encore trop superficielle et trop peu universelle. Les cheveux blancs soulèvent essentiellement la question de l’apparence. J’aurais préféré davantage de réflexions plutôt que tous ces extraits de compte instagram. Mais l’apparence semble tellement compter...

Éditions Robert Laffont - Littérature contemporaine - Autobiographie - 252 pages

4 commentaires:

  1. Pour l'instant, il ne m'attire pas...
    Bonne semaine.

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    1. Bonjour Philippe ! Je suis sûre que ce livre a un public pourtant...

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  2. Toujours pas attirée non plus. Une lecture qui ne t'a pas marqué.

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    1. Quelque part, si, ce livre m’a marquée. J’ai pris conscience de la bienveillance des médias envers certains...

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