lundi 13 novembre 2017

Notre vie dans les forêts - Marie Darrieussecq

Notre vie dans les forêts - Marie Darrieussecq



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« Une femme écrit au fond d’une forêt. Son corps et le monde partent en morceaux. Avant, elle était psychologue. Elle se souvient qu’elle rendait visite à une femme qui lui ressemblait trait pour trait, et qu’elle tentait de soigner un homme. »



Attention, il ne s’agit pas là d’un roman, mais d’un cahier. Le cahier d’une survivante : Marie. Avant, elle était psychologue, et dans ce cahier, elle nous raconte pourquoi et comment elle, et d’autres, en sont venus à vivre dans la forêt. Ou plutôt à survivre dans la forêt.
Rapidement, on comprend que dans le futur où vit la narratrice, certains humains ont « une moitié », la seconde étant « exploitée » pour la survie du premier. On comprend en effet que l’on peut y prélever… des organes. Mais cette « moitié » est en fait un double qui a été créé uniquement dans ce but, en d’autres termes un clone. Marie raconte comment elle a découvert cette autre Marie, comment elle s’est souciée d’elle.
Ce livre relève donc bien de l’anticipation, de Science-Fiction, et comme tout livre du genre, il devrait contenir une critique de notre monde : mais que critique l’auteure ? Il y a évidemment une question éthique et une prise de position puisque Marie et d’autres vont sauver des moitiés et les emmener vivre dans la forêt. Mais cette vie semble être un échec. Est-ce le refus de vieillir qui est ici dénoncé ? Il ne me semble pourtant pas généralisé dans notre société. Ou peut-être les possibilités que pourraient nous offrir un jour la science et la médecine ? Et cela bien entendu selon les classes sociales puisque pour ceux qui n’ont pas de moitié, il question de « jarres », une sorte de réserve d’organes de secours. Et puis Marie nous révèle ce qu’elle a compris, qui elle est réellement… Jugez plutôt l’ambiance :
« La greffe de cerveau, c’est leur limite. Ils ont essayé mille fois avec des singes : ça marche, mais on octroie un rab de vie seulement au cerveau, pas au corps. »
Mais qui sont-ils, ceux qui font ces expériences ?
Volontairement Marie Darrieussecq va au-delà de ce qui est entendable, pour nous alerter. Encore faut-il se sentir concerné. Et puis il y a assez peu de faits évoqués, une grande place est donc laissée au lecteur, qui ne pourra être passif s’il veut suivre ce récit qui n’est pas linéaire et ou les choses sont sous-entendues. Il aurait été plus percutant de nous dire aussi comment nous en arriverions là.
Le point fort de ce livre, ce sont les efforts pour lui conférer de l’authenticité. D’abord, il y a le choix du prénom. Comme Houellebecq, notamment dans La carte et le territoire, l’auteur donne son prénom à son personnage. Pourquoi ? Peut-être pour semer le doute sur la réalité de cet écrit… ça ne fonctionne pas aujourd’hui, mais pourquoi pas avec le passage des années.
A plusieurs reprises, on trouve aussi des précisions, entre parenthèses, par exemple sur ce qu’était la grotte de Lascaux, la Joconde ou encore qui était Victor Hugo. Le futur doit donc être bien lointain,  et l’on s’inquiète de savoir comment tout ce patrimoine a pu tomber aux oubliettes, ou alors le cahier de Marie se veut être une arme pour lutter contre l’oubli de toutes ces choses, car le danger est réel.
Marie répète qu’elle a froid, elle perd sans cesse le fil de sa pensée, se demandant où elle en était, sa vigueur s’amoindrit au fil des pages, il n’y a plus de touche d’humour comme au début, plus de mots durs. Elle est plus pressée de nous raconter ce qu’il s’est passé, on semble avoir basculé dans un récit de fin du monde. Mais impossible de le visualiser, ce monde.
Un livre à lire si vous avez aimé Auprès de moi toujours de Kazuo Ishiguro, prix Nobel de Littérature 2017.

Éditions P.O.L - Science-fiction - 192 pages

6 commentaires:

  1. J'avais bien aimé Auprès de moi toujours, mais ce que tu dis de ce roman ne me tente pas.

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    1. Je pense qu'il mérite qu'on lui laisse sa chance, il est beaucoup plus percutant... Je suis quand même contente de l'avoir lue, et peut-être que tu sauras saisir davantage de détails, ou une dimension politique intéressante.
      A bientôt !

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  2. Réponses
    1. Et il est très court, donc je te conseille cette expérience de lecture !

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  3. ça m'interpelle mais en même temps j'ai peur que ce soit trop compliqué à suivre

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    1. C'est sûr, cette lecture demande concentration et imagination, mais ce n'est pas complexe, ne t'inquiète pas ! Tiens-moi au courant si tu tentes !

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