lundi 9 octobre 2017

Bakhita - Véronique Olmi


Bakhita - Véronique Olmi

Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion.
Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres.
Bakhita est le roman bouleversant de cette femme exceptionnelle qui fut tour à tour captive, domestique, religieuse et sainte.



Il faut lire Bakhita. Et mon jugement est sans appel ! Même si ce n’est pas facile, il faut lire Bakhita. L’écriture est fluide, les chapitres courts, mais parfois la violence est telle qu’il faudra faire une pause dans ce beau roman de Véronique Olmi.
Ce roman est une véritable épopée. Il raconte la vie de Bakhita, non pas de sa naissance à sa mort, mais de son enlèvement à sa mort. Parce que sa vie finalement commence à ce moment-là. Elle est arrachée à ses parents, à son pays, puis à l’Afrique. Comme Ulysse, Bakhita quitte son pays, et comme lui, elle traverse bien des épreuves. Son histoire nous est racontée d’un seul souffle, avec l’utilisation continue du présent et des ellipses habilement utilisées (la montée du fascisme de Mussolini tient en une page environ !) Ainsi traverse-t-on de nombreuses époques, et notamment les deux guerres mondiales, du Soudan à l’Italie.
Mais Bakhita a-t-elle vraiment été chez elle quelque part à la fin ? Cette question me travaillera longtemps.
On suit le personnage de Bakhita, qui évolue malgré lui, un personnage qui subit : être enlevée, être rendue « impure », être déracinée de son Afrique natale vers l’Europe, l’Italie. Même après l’esclavage, jamais Bakhita ne choisit réellement, ce qui prouve à quel point son humanité est réduite. Elle ne comprend pas pourquoi elle subit tout ça et longtemps on l’entend demander pardon. Ce sont les rencontres qui la mènent en Italie et la mettent sur la voie de la religion. Et même au sein de l’Eglise on la change sans cesse de poste comme si elle était empêchée de s’épanouir.
Pourtant elle n’est pas faible. Au contraire : parce qu’elle a subi et survécu à tout cela, quelle force ! On sait qu’au fond d’elle, elle est révoltée, parfois elle a même honte, de sa nudité en Europe par exemple, de sa façon de parler, mais seule la vieillesse la fera fléchir. Et dans ce roman peuplé de personnages féminins, elle est la plus admirable.
Elle réussit à obtenir une chose : devenir religieuse. Même si l’on peut se demander si elle n’est pas la cible d’une volonté d’évangélisation. Parce qu’elle est plus évangélisée qu’instruite.
Sa force est visible aussi dans l’amour qu’elle voue aux enfants, non pas les siens, mais tous les enfants qu’elle rencontre au cours de sa vie et sur lesquels elle a dû veiller. En un mot elle semble croire toujours en l’avenir.
Un point fort de ce livre est sa capacité à révolter le lecteur. Comme il est question d’esclavage, les scènes violentes sont nombreuses et d’autant plus insupportables que bébés et enfants ne sont pas épargnés. Et les esclaves, dont Bakhita est ici une forme de porte-parole,  sont la cible de pratiques humiliantes et douloureuses : le jeu du torchon, le tatouage dont la douleur peut tuer… c’est parfois insoutenable dans la première partie du livre.
Et l’on est révolté par l’attitude de nombreux personnages, indifférents à la souffrance des autres ou qui ne cherchent qu’à assouvir leurs propres désirs.
Une des thématiques principales est celle de la perte. Tout au long de son épopée, Bakhita ne cesse de perdre les gens qu’elle aime. Sa famille, sa mère, sa sœur, à qui elle est arrachée, mais encore toutes les autres, rencontrées, aimées, et inévitablement perdues. Kishmet, Binah, Mimmina, Elvira, toutes.
Bakhita n’est vue que comme noire, elle est toujours « enfermée dans le regard des autres », c’est elle-même qu’elle perd. Elle a d’ailleurs oublié son prénom. Et cela est concrétisé avec le livre qui raconte son histoire, qui lui vole son histoire. Même la journaliste en a des remords.
On est entre amertume et tristesse après avoir lu Bakhita. Quel portrait de notre monde ! De quoi sommes-nous donc capables !

Éditions Albin Michel - Historique - 455 pages

6 commentaires:

  1. Je connais l'auteure, mais pas le titre. Je n'ai jamais rien lu d'elle, mais d'après ce que tu dis ici, je suis sûr que ce livre me plairait. Je note !

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  2. Bonjour Philippe ! Ce livre est sorti il y a environ 1 mois. Il est même dans la première sélection pour le Goncourt (quoiqu'on pense de ce prix...).
    J'espère que tu auras l'occasion de le lire, il fait partie de ces livres qu'on ne peut oublier.
    À bientôt !

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  3. Je l'ai lu il y a peu et il m'a bouleversée aussi ! Quelle puissance dans l'écriture et dans la personnalité de cette femme ! Je suis d'accord avec toi, c'est un roman à lire malgré la dureté du propos.

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    1. Ce roman la capacité de tous nous bouleverser, je pense ! Ça fait du bien dans le paysage littéraire français contemporain un roman qui est tourné vers l'autre, vers le "nous" plutôt que le "moi" !

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