mercredi 4 octobre 2017

Aucun été n'est éternel - Georges-Olivier Chateaureynaud


Aucun été n'est éternel - Georges-Olivier Chateaureynaud

1965: le moment beatnik avant le déferlement hippie. Aymon a dix-huit ans. « Fils de vieux » élevé dans du coton, il étouffe entre un père mourant et une mère trop possessive. C’est l’été. La vie appelle Aymon en Grèce. À Athènes, il découvre pêle-mêle la liberté, le sexe, l’amitié, la musique et la drogue. Il se joint à une petite bande qui mène sous l’Acropole une vie d’oiseaux sur la branche. Il y a Crevard, authentique routard famélique, Heinz le dealer-copain, Anji l’anorexique aux trois overdoses, le busker Kilian, guitariste surdoué et le pauvre Naze, son acolyte ingénu au tatouage infamant… Aymon s’affranchit peu à peu du groupe qui se démembre pour « tailler la route » vers Tanger puis Londres. Mais aucun été n’est éternel : il faudra, un jour de rêve fracassé, qu’Aymon regagne Paris et affronte la vie, la vraie, et le drame qu’en partant il a laissé derrière lui.
La fugitive utopie communautaire de ce temps si proche et déjà si lointain attendait son ode. Ceux qui l’ont vécue en gardent à jamais la nostalgie. Être jeune alors, c’était autre chose…


Je remercie les éditions Grasset pour cette belle découverte!

Mon avis"Aucun été n'est éternel" est une sorte de parenthèse qui durera un petit peu plus que le temps d'un été dans la vie d'Aymon, un jeune de 18 ans. Ne supportant plus la vie avec ses parents très âgés, il a besoin de s'affranchir et de découvrir la vie par lui même sans avoir sa mère surprotectrice sur le dos en permanence. Cette quête initiatique au gré de l'insouciance et des rencontres le mènera à Athènes, Tanger puis Londres avant qu'un sursaut de lucidité ne le ramène à Paris chez sa mère.
J'ai beaucoup aimé ce livre car il décrit les mœurs des jeunes en pleine période Hippie, leur besoin de découvrir de nouvelles sensations et de vivre comme bon leur semble. (Ce roman n'est pas une apologie de la drogue car il en aborde les dangers).
Si au début Aymon m'a rebutée par sa façon de considérer ses parents comme de "vieux cons" et sa décision de partir alors qu'il sait pertinemment qu'il ne reverra jamais son père mourant, j'ai ensuite apprécié sa candeur lors de sa quête initiatique. Lui qui a toujours été surprotégé par sa mère va découvrir les filles, les paradis artificiels et surtout faire des rencontres peu recommandables mais il sortira grandi de cette expérience et se félicitera d'avoir échappé au pire (contrairement à deux de ses amis). Finalement Aymon n'est pas un mauvais garçon, il a simplement besoin de couper le cordon avec sa mère, et pour cela, la rupture doit être radicale. 
Après de graves événements, des sursauts de conscience le font revenir à la réalité. Il analyse alors sa vie et son avenir mais difficile de quitter ses amis de voyage et se retrouver livré à lui même pour rentrer. Il continue donc son périple qu'il ne maîtrise finalement pas du tout puisqu'il se laisse porter par ses amis. Néanmoins cette expérience lui aura été nécessaire pour passer de l'adolescent insouciant à l'homme qui assume ses actes.
J'ai eu de la peine pour Rochelle, la mère d'Aymon car on comprend qu'elle aime son fils plus que tout et que c'est finalement par amour qu'elle le laisse partir. J'ai regretté qu'elle ne soit pas plus présente dans le roman.
J'ai aussi aimé la façon dont l'auteur décrit cette époque et ces jeunes qui font route commune malgré leurs différences sociales ou géographiques. Ce roman m'a souvent fait penser à une sorte "d'auberge espagnole" pour jeunes paumés.
Un livre teinté de la nostalgie d'une époque et une parenthèse plus ou moins enchantée dans la vie d'un homme. Je recommande!


Extrait : "— Reste, Aymon, reste ! Tu partiras en vacances quand il ira mieux, ou bien après, quand tout sera fini… Mais tu ne peux pas partir maintenant, me laisser seule avec lui dans cet état. Faut-il que je t’en supplie ? Eh bien voilà, je t’en supplie, ne pars pas ! Tu rejoindras tes amis plus tard, ou tu partiras avec eux l’été prochain, ou même cet hiver, à la montagne. Vous êtes jeunes, vous avez toute la vie devant vous, ce n’est pas comme nous !
Rochelle pleurait. Les larmes glissaient mal sur ses vieilles joues, se perdaient dans les rigoles de ses rides. Aymon détourna son regard. Qu’est-ce qu’un fils était supposé faire en pareil cas ? Prendre sa mère aux épaules, l’attirer contre lui, lui tapoter le dos, peut-être pleurer avec elle, en tout cas céder et la rassurer : « Ne pleure plus, je ne pars pas. » Aymon n’esquissa pas un geste. Fils à contrecœur. Les larmes de sa mère l’agaçaient. Pire, elles le dégoûtaient.
— Tu prendras un autre train, tu les retrouveras dans quelques jours…, plaida-t-elle encore d’une voix cassée.
— Non, on a prévu de vagabonder. Si je ne pars pas avec eux je ne les retrouverai pas, dit-il.
Sa mauvaise foi était éclatante. Les jeunes gens avaient déjà un point de chute à Athènes, dans cette auberge de jeunesse où ils avaient réservé depuis Paris, où il pourrait les appeler à leur arrivée. Rochelle le savait. Elle renifla. Du dos de la main, elle si délicate, elle essuya ses larmes et ce qui coulait de son nez.
— Tu ne comprends pas ? Il va mourir !
— Mais non !"

Éditions Grasset - Littérature contemporaine - 336 pages


4 commentaires:

  1. Je note, j'aime bien le thème. Merci :)

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  2. On sent que tu t'es attaché aux personnages.

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    1. Je me suis surtout attachée à Aymon. Car à vrai dire, les autres personnages portent plutôt bien leurs noms (Naze, Crevard...)

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