vendredi 6 octobre 2017

Amelia - Kimberly McCreight

Amelia - Kimberly McCreight

À New York, Kate élève seule sa fille de 15 ans, Amelia. Très proches, elles n'ont pas de secrets l'une pour l'autre. Jusqu’à ce matin d'octobre, où elle reçoit un appel du lycée qui lui demande de venir de toute urgence. Elle ne reverra plus jamais Amelia : celle-ci a sauté du toit de l'établissement.
Rongée par le chagrin, Kate plonge dans le désespoir et l’incompréhension. Pourquoi une adolescente en apparence si épanouie s’est-elle donnée la mort ? Mais un jour, Kate reçoit un SMS anonyme qui remet tout en question : « Amelia n'a pas sauté. » Obsédée par cette révélation, elle s'immisce dans la vie privée de sa fille et découvre, à travers les réseaux sociaux, les mails et les SMS d’Amelia, une réalité terrible, un véritable monde parallèle qu’elle n’aurait jamais pu imaginer.


Je ne lis pas beaucoup de thriller, je n'ai donc pas trop d'exigences. Ce que j'aime avec ce genre de livre, les thrillers, c'est me laisser prendre au jeu, et essayer de comprendre ce qu'il s'est passé ! Avoir le cerveau qui « carbure » et une seule obsession : tourner les pages. Avec Amelia, ça marche, mais non sans mal !

La forme 

Quand on commence ce roman, on peut être surpris par sa forme. Extraits de pages Facebook, échanges de SMS : voilà le lecteur intrigué. Et puis vient la voix de Kate, la mère, qui vit le drame et nous emporte avec elle rapidement pour savoir ce qui est arrivé à sa fille Amelia. On tourne les pages, et enfin on écoute Amelia.

Le fond 

Le nœud du roman, c’est donc un drame : la mort d’Amelia. Et cela on le pressent même sans avoir lu la 4ème de couverture. Quelle surprise, donc, de lire qu’un policier dit : "Tout va bien Madame " à Kate avant de lui annoncer la mort de sa fille ! Une erreur peut-être. Il faut passer outre et poursuivre sa lecture pour comprendre ce drame. On est moins agacé et ça y est, ça prend,  on essaie vraiment d'imaginer ce qu'il s'est réellement passé. Si la forme nous a surpris au début, finalement n’est-ce pas logique de croiser les témoignages dans une enquête. Et cela permet de rythmer le roman même si l’écriture est déjà suffisamment fluide.
On traverse des excès de pathos avec le début du deuil de Kate, puis on l’accompagne tout au long de l’enquête. Mais l’empathie totale est empêchée par des choses peu crédibles qui interpellent le lecteur et ne le laisse pas aller à sa peine. Comment ne pas être ulcéré par les parents de Kate qui ne vont pas voir leur fille immédiatement après la mort d'Amelia mais seulement pour l’enterrement ! Choquant mais pas impossible dans certaines familles... Est-ce pour dire la solitude de chacun au XXIe ? Est-ce pour dénoncer les changements d’une société qui méprise la famille ?  Le trait est un peu forcé, mais peut-être est-ce pour faire plus qu’un thriller, un livre avec une réflexion…sociologique ? Et cela à travers une galerie de personnages plus malmenés les uns que les autres par leur créatrice.

Le traitement des personnages

Les adolescents

Malheureusement, concernant les personnages, les premiers agacements viennent aussi dès les premières pages. D’abord les passages qui reproduisent les dialogues entre adolescents : c'est un peu grossier, voire caricatural, ces phrases remplies de "grave" ou "carrément", et les textos avec "L" pour "elle", je ne savais même pas que ça se faisait...
De façon générale, dans ce livre tous les adolescents sont des stéréotypes (beaux/méchants/riches)  qui ne sont pas sans nous évoquer ceux des séries télévisées.
Heureusement d’autres aspects évoluent positivement. Le point de vue d'Amelia est de plus en plus intéressant au fil du roman, ces passages sont de plus en plus doux à mesure qu'on va vers sa mort. C’est très efficace pour s’attacher à ce personnage d’adolescente mal dans sa peau, enfant non désirée, élève modèle mais de père inconnu, délaissée par sa mère au profit de son travail, prise au piège des clubs de lycéens aux jeux douteux, et en passe d’assumer sa sexualité. Même si ce point de vue du mort a déjà été vu dans La nostalgie de l’ange de Alice Sebold, ce procédé m’a plu. Tous les personnages adolescents sont des stéréotypes sauf elle, à qui on donne la parole. Y a-t-il ici un message ?
L’évolution du personnage de Sylvia est aussi très intéressante. Au début, même si Sylvia et Amelia sont « meilleures amies », les réflexions faites par la première à la seconde ne sont pas sympathiques, elle est égoïste et Amelia ne peut jamais parler. Mais finalement elle remplit son rôle et l'aide après sa rupture, elle ne se vexe pas vraiment des secrets qui lui ont été cachés, et fait preuve d’une tolérance exemplaire. Une amie géniale comme le dit Amelia... En fait Sylvia n'est ni populaire ni heureuse en amour : sa fragilité explique ses erreurs. La relation dépeinte au début est à l'image des relations qu’entretiennent beaucoup d’adolescents dans la réalité (malheureusement), idem pour leur sexualité. Et leur promenade (un peu trop pathétique) à travers leurs souvenirs le prouve.

Les parents

Ceux qui marquent le plus sont donc les parents de Kate. Sa mère, malgré tous ses efforts n’a pu la convaincre d’avorter, lui dit 15 ans plus tard, à la mort d’Amelia : "Tu vas enfin avoir le temps de rencontrer quelqu'un ". Pour moi c'est sans appel : L’auteur va trop loin. On s’interroge sur l’intérêt d’un tel personnage qui n’a ni tact, ni délicatesse, peut-être même pas d’amour. Et ce père qui n'appelle jamais ne change pas, pas même après la mort d'Amelia : ce sont donc des monstres ! Ils sont beaucoup trop détachés pour que ce soit réaliste ! Et ce sont donc les choix de l’auteur qui font réagir le lecteur, pas les attitudes des personnages. Kimberly McCreight semble ici jouer avec nos représentations en exagérant les défauts du couple parental. Dans quel but ? D'ailleurs ils disparaissent au 3/4 du roman ce qui soulève une réelle interrogation sur l'intérêt de leur présence. Une Kate orpheline suffisait à en faire un personnage terriblement seul. L'auteur force le trait en lui donnant des parents horribles... pour que l'on s'apitoie sur son sort. Ceci n’est pas appréciable.
Kate n’est pas non plus une maman irréprochable. Faut-il voir ici la volonté de faire du personnage principal quelqu'un qui n'est pas parfait par souci de réalisme ? Pour éviter le stéréotype ? Pour pointer du doigt la difficulté d'être maman et working woman ? Pour dire ce qu'est une famille monoparentale ? Peut-être même pour défendre la cause des femmes : voilà le prix de leur sacrifice pour être considérées au travail. Je me dis cela avec le recul.
Les autres parents évoqués dans ce roman ne semblent être là que pour couvrir leur progéniture en situation délicate. Pas de nuances, pas de subtilités. Seule Kate, un peu trop tard, réfléchit et regrette la mère qu’elle a été (et cela de façon très convenue). C’est alors Amelia qui, en sort plus attachante.
On remarquera les nombreuses figures maternelles évoquées, mais pas une positivement. Ça laisse songeur. Un auteur ne peut pas créer un personnage avec des aspects antipathiques pour rien.
Outre les parents, de nombreux adultes, voisins, amis, proviseur, enseignants, sont présents. Aucun pourtant ne sait prévenir le drame, et pour certains l’on découvre même des comportements douteux.
Aucun adulte n’est fiable, l’auteur leur règle bien leur compte. Ici elle prend le parti d’Amelia et des adolescents en général.

Quelques points négatifs

Les erreurs ponctuent le roman : comment un personnage dont on nous dit (une bonne dizaine de fois) qu'il tient une bière dans chaque main, peut-il en "choper" un autre ? Parfois c’est presque risible.
Il n’est quand même pas courant qu'un inspecteur soit accompagné par la mère de la victime pour ses interrogatoires, mais l’on est sceptique quand c’est Kate elle-même qui dit : " Je vous présente l'inspecteur Lew Thompson. Il m'aide à enquêter sur la mort d'Amelia."
Comment Liv, un des personnages, peut-elle refuser de répondre aux questions d'un inspecteur de police ?

Le mot de la fin

La fin, la résolution, donc, est une demi-surprise. On déterre bien le passé, on fait rejaillir des secrets, ce qui est toujours plaisant pour le lecteur ! On a émis des hypothèses, accusé à tort, bref ce roman nous apporte le divertissement voulu à hauteur d’un bon épisode de série policière.  La réflexion la plus intéressante, celle sur le reflet de la société, on la mène avec le recul. On regrette tout de même que les sorts respectifs des différents personnages ne soient pas bien scellés à la fin. On a besoin de savoir que chacun paie ses erreurs pour bien refermer le livre. Bien entendu, on n’échappe pas à une touche de happy end. Pourquoi ce besoin de caser Kate dans l'épilogue? Après une réflexion assez intéressante l’auteur semble conclure que le bonheur est essentiellement dans l’amour. Ou alors lui offre-t-elle une seconde vie.

Éditions Le Livre de Poche - Thriller - 567 pages




4 commentaires:

  1. J'aime la même chose que toi : me torturer le cerveau avec un thriller, ne rien comprendre, chercher qui est le coupable, tourner les pages de plus en plus vite et finalement être surpris !
    Bon dimanche.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et n'est-ce pas la seule situation où l'on aime parfois aussi se tromper ?
      Quels titres me conseilles-tu Philippe ?
      Bon dimanche également.

      Supprimer
  2. Bof, bof, voilà une lecture qui ne m'attire pas.

    RépondreSupprimer
  3. Il y a des aspects intéressants mais c'est vrai que si l'on veut une lecture inoubliable, il vaut mieux passer son chemin.
    Pour ma part je donnerais quand même sa chance au second roman de l'auteur : Là où elle repose.
    À bientôt !

    RépondreSupprimer

Laissez-moi une trace de votre passage!

Recevoir les prochains articles par mail

* obligatoire

Partagez!