jeudi 28 septembre 2017

L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski - Romain Slocombe


L'étoile jaune de l'inspecteur Sadorski - Romain Slocombe

Après le succès de L'Affaire Léon Sadorski, une nouvelle enquête du sinistre et fascinant inspecteur des Renseignements généraux.
Paris, 29 mai 1942 : une bombe explose devant le Palais de Justice, dans un café fréquenté par les Brigades spéciales, faisant deux morts et plusieurs blessés. Quelques jours plus tard, le cadavre d'une inconnue est découvert en banlieue. Crime passionnel ou politique ?
Chargé d'enquêter sur ces deux affaires, l'inspecteur Léon Sadorski voit ses projets de vacances contrariés d'autant plus qu'il doit bientôt participer à la grande rafle du Vél'd'Hiv, exigée par les nazis et confiée à la police française. 
Un destin tragique menace désormais sa jeune voisine Julie Odwak, la lycéenne juive qu'il convoite en secret et dont il a fait interner la mère.


Je remercie La Bête Noire pour cette lecture!

Mon avis : J'ai choisi ce livre car c'est un policier historique et que j'adore approfondir certains événements de l'Histoire et de ce côté là, je n'ai pas été déçue car l'auteur a fait un énorme travail de recherche (cf la bibliographie à la fin de l'ouvrage). 
D'ailleurs tous les événements majeurs du livre ont été inspirés de faits réels qui ont été découverts par l'auteur lors de ses très nombreuses lectures et examens de rapports de police de l'époque. Les personnages ont existé, seuls leurs noms ont été changés. Par exemple, le chef de brigade de voie publique à la 3e section de la direction générale des Renseignements généraux et des Jeux, Léon Sadorski est lui même inspiré de Louis Sadosky. Tous ces éléments rendent ce livre encore plus passionnant mais du coup, encore plus difficile à supporter tellement les événements sont tragiques et les personnages odieux.
Bien sûr, comme tout le monde j'ai appris au collège ce pan de l'Histoire visant à une épuration ethnique, mais je me rends compte que nous n'avions que survolé cette époque. Grâce à cette lecture, j'ai vraiment réalisé l'atrocité des moyens employés pour parvenir à la suprématie de la race aryenne. 
Concernant le policier Sadorski, il n'est pas nécessaire de lire le précédent tome ("L'affaire Léon Sadorski") pour comprendre le livre car la fin du premier opus est expliquée au début de ce livre. D'ailleurs, je pense que si j'avais lu le premier et découvert la perversion malsaine de cet odieux personnage n'hésitant pas à voler, violer, mentir et trahir je n'aurais pas tenté une nouvelle lecture. (cf l'extrait ci-dessous lors de la rafle du Vel d'Hiv). Cet homme est prêt à tout pour parvenir à ses fins et se faire bien voir de ses supérieurs.
Au niveau de l'intrigue policière elle-même, je me suis souvent sentie un peu perdue par la multitude de personnages et surtout dans le nombre de détails incroyables que nous fournit l'auteur par de très nombreuses notes de bas de page et des retranscriptions complètes de rapports de police. Si tout cela n'avait pas de valeur Historique, j'aurais abandonné cette lecture avant la fin. Mais là, j'étais contente d'apprendre toujours plus même si je ne retiendrai pas tout. 
Heureusement que certains personnages comme Julie ou Yvette (l'épouse de Sadorski) apportent un peu de fraîcheur et d'humanité au récit. Dommage qu'elles ne soient pas plus présentes.
Je pense qu'après des lectures plus légères je me plongerai dans le premier tome non pas pour son personnage mais pour en apprendre toujours plus sur notre Histoire.
Une lecture éprouvante et très dense mais qui devrait devenir obligatoire au collège. Je recommande!

Extrait : "Alors, il agit comme Thuillier. Les locataires dont il possède les fiches d'arrestation n'ont pas de chance. Sadorski cogne aux portes en vociférant, balance des coups contre les battants de bois et les serrures qui sautent, débarque dans les domiciles en hurlant : « Police ! Vous avez cinq minutes pour rassembler vos affaires ! Allez, filez les clés à la bignole, et les animaux si vous en avez, on ferme les compteurs, l'eau, le gaz, l'électricité, tout le monde dehors ! » Il objecte aux dérogations, interprète la consigne de la manière la plus impitoyable, se refuse à considérer les nationalités françaises, ignore les limites d'âge chez les jeunes comme chez les vieux, déchire les extraits d'acte de naissance, les photographies, les certificats. Il crie, rouge de fureur : « Je m'en fous, vous raconterez ça au commissaire ! Au centre primaire de rassemblement ou au Vél'd'Hiv ! Moi, je vous embarque ! » Il arrache les petits à leur lit douillet, balance les affaires au sol, jette les jouets, les poupées, casse la vaisselle, vide les armoires, inspecte sous les meubles, derrière les rideaux, pour dénicher les planqués. Il fouille les sous-sols, les greniers, les soupentes, les ateliers, et jusqu'aux loges des concierges. Même ceux qui ne sont pas sur ses fiches, Sadorski les place en état d'arrestation. Même ceux qui n'ont pas d'étoile. Qui protestent, qui jurent qu'ils ne sont pas juifs, qu'ils peuvent le prouver. On verra plus tard. Les cas litigieux suivront le sort des autres. Tant pis pour eux, ils n'avaient qu'à pas se trouver sur son chemin. Le policier bouscule les femmes enceintes, brutalise les grands-mères qui piaillent en yiddish, gifle les mamans trop lentes ou affolées, traîne les mécontentes et les hystériques au bas des escaliers puis dans la rue en les empoignant par les cheveux, les relève à coups de pied dans les hanches. Il fait exprès de laisser les portes grandes ouvertes, défend d'apposer les scellés, afin que les voisins puissent piller à leur aise. Quand une valise mal fermée s'ouvre, répand son pauvre contenu sur la chaussée, il escorte sa propriétaire vers l'autobus avec de grandes tapes sur la nuque, en lui interdisant de ramasser ses hardes et en l'injuriant. Lorsqu'un vieux Polonais, bouleversé par son arrestation, fait une crise cardiaque, s'écroule sur le trottoir en se tordant de douleur, il ordonne de le remonter chez lui pour qu'il y crève seul. Il fait emmener les femmes en couches, les enfants avec 40° de fièvre, ceux qui ont la rougeole, les oreillons, la varicelle, la coqueluche ou la scarlatine. Il pousse vers les véhicules de la TCRP les grabataires, les aveugles, les fous (on leur fera des piqûres calmantes), les mutilés ou les éclopés avec des béquilles ou un membre dans le plâtre, il fait porter les agonisants et les paralytiques sur des civières. Idem pour une femme qui s'est ouvert les veines du poignet avec un morceau de glace brisée et qu'on a retrouvée exsangue, inconsciente – elle s'est mise à hurler en se réveillant, on a été obligé de l'attacher sur son brancard."

Éditions Robert Laffont- Collection La Bête Noire - Historique - Policier - 592 pages

2 commentaires:

  1. J'ai lu le précédent roman avec le même personnage. Je l'ai trouvé très noir et je n'ai pas envie de recommencer l'expérience.

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    Réponses
    1. Je te comprends... Mais au niveau Histoire, on apprend vraiment plein de choses.

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