samedi 23 septembre 2017

Le jour d'avant - Sorj Chalandon

Le jour d'avant - Sorj Chalandon

«  Venge-nous de la mine  », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

Je remercie les éditions Grasset pour cette très belle lecture!

Mon avis : Deuxième lecture d'un livre de cet auteur et encore un coup de cœur! 
Ici, il est question d'un témoignage sur la vie des mineurs du Pas-de-Calais qui travaillaient aux mines dans les années 1970 et plus particulièrement un hommage aux 42 victimes de la fosse Saint-Amé de Liévin-Lens le 27 décembre 1974.
J'ai vraiment apprécié découvrir une époque et des vies conditionnées par le travail dans les mines, même si ce récit est très sombre. J'ai été atterrée de comprendre à quel point la rentabilité primait sur la sécurité et la santé des mineurs. J'avais entendu parler des conditions de travail exécrables mais j'étais loin de penser que c'était à ce niveau là! Par exemple, lors de la catastrophe de Saint-Amé, la compagnie des mines a demandé aux familles des victimes de rembourser les habits et équipements des travailleurs décédés par leur propre faute suite au coup de grisou!
Pour raconter cette catastrophe, l'auteur a choisi de nous parler de la famille Flavent. 
Le narrateur, Michel Flavent nous raconte l'histoire de sa famille conditionnée par le travail aux mines notamment à cause de Joseph, son grand frère. Michel, encore enfant semble d'abord émerveillé par cette organisation souterraine qui est quasiment l'unique source de subsistance des habitants de sa région. Mais, au fil des mois, il va comprendre que ce travail n'est que souffrance, manque de respect et que, pire encore il entraîne à coup sûr une maladie mortelle, la silicose (les poumons remplis de poussière de silice). Son avis sur les mines va définitivement changer le 27 décembre 1974, jour de la catastrophe. Dès lors, il n'aura qu'une idée en tête, venger son frère quitte à ce que cette dernière le mène en prison.
Nous le retrouvons alors 40 ans plus tard. Il a eu le temps de mûrir sa préparation et de trouver sa "victime"...
J'ai beaucoup aimé le retournement de situation même s'il m'a fait penser que Michel est complètement fou! Ou veut il en venir? Tout est contre lui et ses affirmations. A-t-il quelque chose à se reprocher pour rester mutique au point de ne pas vouloir se défendre? (J'éveille votre curiosité mais il faudra lire ce livre pour comprendre de quoi je parle, car si je précise, je vous spoile l'histoire!)
L'écriture est très juste et la fin émouvante. J'aurais aimé avoir les conclusions du procès. Ce sera mon seul tout petit bémol à cette lecture coup de cœur qui m'a appris beaucoup de choses tant au niveau des conditions de vie de ces travailleurs qu'au niveau du champ lexical utilisé par l’auteur.


Extrait : " En remontant du fond, avant de remettre leurs vêtements civils, Joseph et ses camarades passaient par la salle de bains. Il avait toujours prononcé ce mot sans jamais le décrire.
— Les journalistes parisiens appellent ça « la salle des pendus ».
Un dimanche de printemps, j’ai pu la visiter. J’avais imaginé des lavabos blancs, des baignoires, des serviettes rangées sur des étagères, mais c’était un hangar, un vestiaire suspendu. Les douches ? Rien à voir avec celles des ingénieurs. Elles longeaient trois murs de l’immense pièce. Un carrelage blanc sale couvrait la brique jusqu’aux fenêtres. Des dizaines de robinets de laiton étaient alignés, arqués en col-de-cygne et actionnés par des vannes. Ni pommeaux, ni flexibles, ni rideaux. De simples jets. Et des caillebotis pour protéger le carrelage du sol.
— Où sont les savons ? j’ai demandé.
Jojo a ri. Il faisait partie du groupe de mineurs qui guidaient les écoliers. D’autres élèves ont ri, et je leur en ai voulu. Leurs pères leur racontaient, moi je ne savais rien.
— C’est une très bonne question, galibot, a répondu mon frère.
Il s’est tourné vers les autres.
— Qui peut me dire où sont les savons ?
Des dizaines de doigts tendus vers le plafond.
— Les pendus ! Les savons sont avec les pendus, m’sieur !
Des centaines de vêtements étaient suspendus à des crochets, tapissant la charpente sous le plafond immense. Au bout de leurs chaînes, les habits pendus. Des coutils ouvriers, des pantalons de ville, des enveloppes vides qui attendaient les hommes. Les bleus et les vestons alignés côte à côte, comme une armée de spectres."

A lire aussi

Éditions Grasset - Drame - 336 pages

2 commentaires:

  1. Comme je n'ai pas aimé "Le 4e mur" (j'ai souvent un avis qui diffère de la majorité), je ne sais pas si je lirai encore cet auteur...
    Bon dimanche.

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    Réponses
    1. En tous les cas, celui-ci et profession du père ont été des coups de cœur alors que comme toi, j'ai souvent un avis qui diffère de la majorité.

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