vendredi 11 août 2017

La ferme des Miller - Anna Quindlen

La ferme des Miller - Anna Quindlen
Résumé : Petite fille précoce et curieuse, Mimi mène une enfance protégée dans la ferme familiale. Il y a là Bud, son père cultivateur et répare-tout ; Miriam, sa mère infirmière; ses deux frères, le taiseux Eddie et le caïd séducteur Tommy; ainsi que Ruth, sa tante, qui, pour une raison étrange, ne s'éloigne jamais de la maison. Un monde rassurant, fait d'éclats de rire et de joie, que Mimi pense immuable. Mais nous sommes en 1966 et ces jours heureux sont comptés... La guerre du Vietnam qui laisse Tommy à jamais meurtri, la maladie qui frappe Bud, les drames passés de la tante Ruth... et cet impensable projet du gouvernement de transformer leur vallée en barrage. Ce monde que Mimi aime tant disparaîtrait englouti sous les eaux ? Qui désormais pour sauver la ferme et ses habitants ? Alors qu'elle envisageait de quitter le village pour suivre des études de médecine et retrouver son amour d'enfance, Mimi va devoir faire un terrible choix.

Je remercie les éditions Belfond pour cette lecture!

Mon avis : Une nouvelle collection chez les éditions Belfond "regroupant des ouvrages de littérature féminine étrangère de qualité"? Il ne m'en faut pas plus pour avoir envie de découvrir cette récente publication d'Anna Quindlen (que je découvre elle aussi du coup!)
J'ai beaucoup aimé ce livre non pas pour son histoire car elle est plutôt ordinaire mais grâce à ses personnages présentés avec beaucoup de justesse, leurs défauts et leurs qualités, mais surtout des portraits psychologiques très travaillés.
Pour moi, la plus attachante fut Mimi, la narratrice qui nous raconte son histoire et celle de sa famille de son enfance à aujourd'hui. (Elle a maintenant 65 ans). Elle a 11 ans au milieu des années 1960 lorsque débute le roman dans une petite ville d'Amérique. La vallée des Miller est le genre d'endroit où vous ne pouvez pas faire une course ou même traverser une rue sans voir des gens qui savent tout sur votre vie et votre famille, et vice versa. Ses deux frères aînés, Eddie et Tommy, ont des caractères totalement opposés : Eddie est un jeune homme sérieux et un bon élève, alors que Tommy profite de son charme. Sa mère, Miriam, travaille de nuit comme infirmière et son père, Bud, exploite la ferme. La sœur de Miriam, Ruth, vit seule et ne quitte jamais sa petite maison installée sur la propriété des Miller. Mimi ne prononce jamais le mot, mais Ruth souffre d'agoraphobie. Depuis qu'elle a cessé de sortir, Mimi lui apporte des provisions.
Mais la tranquillité de la famille (pourtant propriétaire de la ferme depuis plusieurs générations) est remise en cause lorsqu'ils apprennent que le gouvernement envisage de noyer littéralement la vallée pour la transformer en lac touristique en créant un barrage et détournant la rivière puisque la vallée est assez régulièrement inondée. Mimi décrit d'ailleurs quelques fois où sa famille a été forcée d'évacuer les lieux. Sauf Ruth, qui se retire dans le grenier en attendant la décrue.
Le temps passe et Tommy s'engage dans l'armée au Vietnam et, comme tant d'autres anciens combattants, revient incroyablement changé. Eddie, quant à lui se marie et s'éloigne et leur père tombe gravement malade. Et l'impensable se produit : les maisons de la vallée se vident peu à peu. Et bientôt, ne restent plus que Mimi et sa mère pour s'accrocher à leur ferme, à leurs terres. Mais pour combien de temps encore ? Car Mimi rêve de partir elle aussi, de devenir médecin ; de retrouver Donald, son amour d'enfance, parti en Californie. Qui pour défendre la vallée, alors ? Qui pour veiller sur les secrets qu'elle abrite ?
Un roman qui vous plongera dans une atmosphère familiale particulière dans laquelle les secrets (notamment l'atroce secret de tante Ruth), les non-dits et les drames régissent le comportement de chacun des personnages. 
Une saga familiale passionnante et bouleversante que je recommande!


Extrait"Lorsqu'on possède une ferme, on a le sens du temps, de la valeur d'un jour ou d'une année. Dans une ferme, un calme bien particulier règne au petit matin et en fait un moment de la journée différent des autres, tandis qu'un soupçon de ciel noir pâlissant sur les bords indique la fin de la nuit. Excepté la lueur d'une éventuelle lune, la seule lumière provient alors de l'ampoule nue suspendue au centre du plafond de la grange, telle une petite lune personnelle. On peut facilement s'y sentir satisfait de la vie - ou perdu. Je me sentais souvent perdue ces jours-ci, sans jamais l'avouer à quelqu'un d'autre ni à moi-même. [...] Je savais qu'il était singulier pour une adolescente d'avoir cet espace vibrant entre l'estomac et le cœur. Je m'interrogeais : d'autres personnes se sentaient-elles comme moi, sans le montrer ? [...] Les vaches ne se comportent pas de la même façon le matin et le soir, et une ferme en hiver n'est pas la même qu'en été. Ici, l'année entière passait devant mes yeux : les bords jaunis des feuilles de maïs annonçaient la fin de l'été et la réouverture des salles de classe étriquées ; les citrouilles se tapissaient en octobre à la place des fleurs jaunes du mois d'août... Certains matins, quand le bétail se plaignait avec des bruits de vieux fumeur, vous saviez qu'on était en février, que l'eau était gelée dans les abreuvoirs, et qu'il fallait y aller avec une pelle et cogner sur la glace jusqu'à la briser. L'unique constante sur toute l'année était le bruit que faisait mon père dans la grange, dans le brouillard de l'été comme dans les brumes glacées de l'hiver."

Éditions Belfond Collection Le Cercle - Littérature contemporaine - 320 pages

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