mardi 4 octobre 2016

La ballade de l'enfant gris - Baptiste Beaulieu

La ballade de l'enfant gris - Baptiste Beaulieu
Synopsis : C’est l’histoire de Jo’, jeune interne en pédiatrie à la personnalité fantasque, à qui tout sourit.
C’est l’histoire de No’, un petit garçon de sept ans attachant et joueur, qui est atteint d’un mal incurable et ne comprend pas pourquoi sa maman ne vient pas plus souvent le voir à l’hôpital.
C’est l’histoire de Maria, une mère secrète, qui disparaît à l’autre bout du monde au lieu de rester au chevet de son fils.
Un matin, dans la chambre de l’enfant, survient un drame qui lie à jamais le destin de ces trois êtres.
Jo’ devra tout quitter pour partir sur les traces de Maria et percer ses mystères.
Inspiré par le choc ressenti lors de la disparition de l’un de ses jeunes patients, l’auteur livre une quête initiatique et poétique, semée de recoins obscurs qui s’illuminent. Un magnifique troisième roman, porté par des personnages profondément humains.

Je remercie les éditions Mazarine pour l'envoi de ce livre.

Mon avis : Ayant beaucoup aimé "Alors voilà, les 1001 vies des urgences" je ne pouvais pas passer à côté de cette parution de la rentrée littéraire dans laquelle Baptiste Beaulieu nous présente une histoire très touchante et émouvante qui ressemble à un conte pour adultes. (Est-ce d'ailleurs la raison pour laquelle ballade est écrite avec deux L alors qu'il s'agit d'un voyage?).
Contrairement à "Alors voilà", même si l'auteur s'est inspiré de l'histoire d'un enfant qu'il a réellement côtoyé, ici la part belle est faite au fantastique puisque "La ballade de l'enfant gris" raconte l'histoire de Jo' un médecin qui se retrouve face à face avec le fantôme d'un petit patient qui semblait être le dernier des soucis de sa mère. Jo' étant le seul à avoir accompagné si poétiquement No' jusqu'au bout, il est le seul à voir le petit fantôme de cet enfant de 7 ans.  Atterré par tant de détachement de la mère, il se sent investi de la mission de la retrouver et de lui rendre son enfant afin qu'il puisse partir dans l'autre monde...
J'ai adoré les personnages de cette histoire, même la mère car on comprend à la fin le but de sa disparition.
Jo m'a touchée par son empathie envers son petit patient mais surtout sa capacité à mettre du fantastique et de la poésie dans le quotidien de l'enfant qui subit de nombreux examens médicaux alors que sa vie à lui n'est pas toute rose non plus puisqu'il vient de quitter Manon. No m'a émue par tant de maturité. C'est un enfant qui parle très peu mais pose les bonnes questions et a des pensées très positives malgré sa maladie et le fait que sa mère vienne très peu le voir : "Tu peux lui dire quelque chose, Jo'? Dis lui qu'elle ne doit pas pleurer, dis lui que je l'aime, que je suis vraiment content de l'avoir choisie comme maman et d'être sorti de son ventre à elle." Crinchon, la chef de service atteinte du syndrome de Gilles de la Tourette et qui ne peut s’empêcher des proférer des insultes commençant toujours toutes par la même lettre m'a beaucoup fait rire! "Crétin, crâne d'obus au cul terreux, et de babouin crasseux!"
Concernant l'écriture, le fait de raconter alternativement et à rebours avant puis après la Déchirure est un procédé qui permet de comprendre l'attachement qui s'est crée entre No' et Jo' et ensuite de suivre leurs aventures à Rome et à Jérusalem pour retrouver la maman.
Une belle histoire très émouvante  qui ne tombe jamais dans le pathos grâce aux traits d'humour de l'auteur. A lire d'urgence!

L'image que je retiendrai : Qu'il faut jeter, brûler ou abandonner les choses pour que ceux de l'autre monde puissent les utiliser  : Jo' qui transforme méthodiquement les craies en poussière pour que No puisse profiter de belles craies toutes neuves!

Extrait : "Arrivé au salon, je me suis cogné l' orteil contre la porte des toilettes j'ai  lâché un juron. Je tâtonnais pour trouver l' interrupteur, le manœuvrai; L'ampoule pendue au plafond a crachoté 10 bonnes secondes (Elle crachote tout le temps, cette ampoule, je la soupçonne même de communiquer en morse : ."AR RE TE DE TOUR NER AU TOUR DU POT!" ânonne-t-elle). Quand le filament a cessé de balbutier j'ai levé la tête et poussé un hurlement. 
Il était là, l' enfant, avec ses yeux de porcelaine. 
Dans l' obscurité et l' infini de ses sept ans.
Seul. 
Exactement dans la même position que lors de notre rencontre à l'hôpital, 61 jours avant la Déchirure."


Éditions Mazarine - Littérature contemporaine -

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