jeudi 7 avril 2016

L'homme qui n'a pas inventé la poudre - Stéphanie Claverie

L'homme qui n'a pas inventé la poudre - Stéphanie Claverie
Synopsis : Depuis qu’il est enfant, Sébastien ne fait rien comme tout le monde. Tout commence le jour de la noyade de sa mère : à l’inverse des gens du village, il ne pleure pas mais ne mange plus de poisson. À l’école, il ne récite pas la table de multiplication, il la chante à tue-tête. Au square, il ne joue pas au foot, il culbute la jolie Lili dans l’herbe grasse... C’est une évidence, Sébastien tourne à l’envers. Il faut le placer dans une institution spécialisée. Effrayé de rester seul, son père, René, le récupère à la maison et fait son éducation. À sa majorité, devenu jardinier municipal sur l’île d’Oléron, il obéit à l’appel des fleurs et à tous ceux qui n’ont pas peur de lui, comme Lucas au centre de rééducation, Émilie, née paraplégique, Simone la vieille dame dont plus personne ne se soucie et surtout Barbara qui l’initie aux délicieux plaisirs de l’amour. Sébastien n’a pas inventé la poudre mais n’a-t-il pas découvert le secret du bonheur ?

Je remercie Les éditions de la Différence pour l'envoi de ce livre!

Mon avis : Sébastien est différent. Depuis la mort de sa mère, il ne tourne par rond et vit avec son père sur l'île d'Oléron. Sa différence fait peur à beaucoup de monde car ce qu'on ne connaît pas effraie. Hors, Sébastien est un modèle de gentillesse, conscience professionnelle et serviabilité mais tout ce qui sort de son train-train quotidien lui fait peur.
"L'homme qui n'a pas inventé la poudre" nous présente d'abord Sébastien enfant et nous explique pour quelle raison il en est arrivé là et nous raconte ensuite sa vie de jeune adulte attachant qui vit en profitant des petits bonheurs du quotidien tels que son travail de jardinier ou ses rencontres amicales. Et pour lui, tout est simple. Il ne se pose pas de questions de qu'en dira-t-on ou autres futilités.
J'ai beaucoup aimé cette lecture qui, comme "Où on va, papa?" parle de handicap mental. Si Jean-Louis Fournier (qui a d'ailleurs écrit la préface du livre) parlait de ses enfants sur un ton sarcastique et un brin moqueur qui m'avait un peu déroutée, ici, Stéphanie Claverie parle sans moquerie ni apitoiement de Sébastien, un jeune homme devenu handicapé mental suite à un choc psychologique. Elle en parle tout simplement comme elle parlerait amicalement de quelqu'un de naïf mais profondément attachant et surtout, à aucun moment elle ne le juge.
Ce court roman a été pour moi une lecture "feel-good" puisque malgré le sujet difficile, elle permet de voir la vie différemment, de se rendre compte que si nous avions un point de vue plus enfantin, et si nous arrêtions de penser à la place des autres, tout se passerait probablement mieux.
Le seul petit bémol à ce livre est à mon avis le choix de son titre puisque j'y ai vu une connotation méchante et / ou moqueuse alors que c'est justement l'exact opposé du ton donné par l'auteure*.
*(Après échange de mail avec l'éditeur, il s'avère que c'est Jean-Louis Fournier qui a choisi ce titre que l'on doit voir juste comme une façon d'abolir la différence et de traiter Sébastien comme les autres. Je ne l'avais pas vu sous cet angle, mais cette opinion se défend aussi!).
 Je recommande vivement cette petite bouffée d'optimisme!
 
L'homme qui n'a pas inventé la poudre

Extrait : "La vie de Sébastien s’est écoulée paisiblement, sans problème, jusqu’au jour des obsèques de sa mère Yvette.
C’est à la fin de la célébration que tout s’est déréglé, quand il a fallu dire au revoir à Yvette et se recueillir tous ensemble une dernière fois avant qu’elle ne repose en paix. Sébastien submergé par l’émotion a envahi le lieu, dérangé les fidèles, choqué les endeuillés, en chantant debout sur sa petite chaise, sa chanson favorite, «
Mon cœur te dit je t’aime» de Frédéric François.
René s’est rendu à l’évidence: son fils avait le cerveau lent et l’oreille musicale. Loin d’un chant liturgique, cette chanson est devenue sa profession de foi.
Depuis qu’Yvette avait chaviré du chalutier familial, Sébastien voulait avec sa chanson les consoler tous, y compris le Bon Dieu. Tout le village regrettait Yvette et son optimisme à toute épreuve. Tous repensaient à son sourire qu’elle distribuait avec ses oursins et ses crevettes sur le marché, les mercredis et samedis matin. Tous admiraient ce bonheur qu’elle affichait coûte que coûte, même par gros temps. Tous pleuraient sauf Sébastien qui préférait ne plus manger de poisson.[...]
Après la tragique disparition de sa mère, les adultes se sont concertés ; le diagnostic a été sans équivoque : Sébastien tournait à l'envers.
Pour stabiliser ses émotions et ramener le calme en lui, Sébastien a pris des bonbons comme il les appelait. Le bleu contre la peur, le jaune pour l'euphorie et le rose contre les larmes. Les sucreries médicales lui rendaient la vie plus douce, sans marée haute ni basse.
"
Éditions De la Différence - Littérature contemporaine - 176 pages

12 commentaires:

  1. Je ne connais pas du tout, mais ce que tu en dis me plait.
    Bonne fin de semaine.

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  2. C'est vrai que le titre pourrait prêter à confusion, en tout cas, le livre pourrait me plaire vu ce que tu en dis :)

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  3. Le titre est génial! C'est clairement un récit qui pourrait me plaire! Merci de la découverte!

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    1. Au moins, ce titre est original et a le mérite de faire parler...
      Oui, je pense qu'il pourrait te plaire!

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  4. C'est un thème qui ne peut pas laisser indifférent, c'est certain ! Je ne connaissais pas du tout, ni ce titre ni même cet auteur, alors merci :)

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  5. Je note ce livre car il me semble touchant et rempli de sensibilité.

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