mercredi 13 janvier 2016

L'arbre du pays Toraja - Philippe Claudel

L'arbre du pays Toraja - Philippe Claudel
Synopsis : « Qu’est-ce que c’est les vivants ? À première vue, tout n’est qu’évidence. Être avec les vivants. Être dans la vie. Mais qu’est-ce que cela signifie, profondément, être vivant ? Quand je respire et marche, quand je mange, quand je rêve, suis- je pleinement vivant ? Quand je sens la chaleur douce d’Elena, suis-je davantage vivant ? Quel est le plus haut degré du vivant ? »
 Un cinéaste au mitan de sa vie perd son meilleur ami et réfléchit sur la part que la mort occupe dans notre existence. Entre deux femmes magnifiques, entre le présent et le passé, dans la mémoire des visages aimés et la lumière des rencontres inattendues, L’Arbre du pays Toraja célèbre les promesses de la vie.

Je remercie les éditions Stock pour l'envoi de ce livre!

Mon avis : Mes deux précédentes lectures de Philippe Claudel ayant été des coups de cœur, je ne pouvais passer à côté de cette nouvelle publication. Et comme d'habitude, j'ai beaucoup aimé. Car malgré le thème très sombre de la mort, et du temps qui passe l'auteur a réussi à me transporter grâce à sa jolie plume. Et quelle plus belle image que celle de l'arbre du pays Toraja en Indonésie qui est un arbre-sépulture dans le tronc duquel on place les corps de jeunes enfants décédés puis "l'arbre continuait de pousser et emmenait le corps de l'enfant vers le ciel." pour illustrer cet hommage à son meilleur ami et producteur Eugène.
Dans ce roman, le narrateur semble être le double littéraire de Philippe Claudel car on note de grands points communs entre la vie des deux hommes à commencer par leur métier de cinéaste et la disparition de leur ami le plus cher et producteur Eugène dans le livre et Jean-Marc Roberts dans la vie.
Au delà de cette disparition, il nous parle aussi du vieillissement qu'il constate sur lui même et qu'il n'a pas vu venir, de la peur des maladies, du temps qui passe et laisse des traces sur les corps et des amours qui viennent et s'en vont sans qu'on ait le temps de s'en rendre compte.
Le gros point fort de ce roman est qu'il est ponctué de très belles réflexions philosophiques dont la poésie efface la noirceur et la tristesse des idées "Nous autres vivants sommes emplis par les rumeurs de nos fantômes. Notre chair et la matière de notre âme résultent de combinaisons moléculaires et du tissage complexe de mots, d’images, de sensations, d’instants, d’odeurs, de scènes liés à celles et ceux que notre existence nous a fait côtoyer de façon passagère ou durable. Poursuivre sa vie quand autour de soi s’effacent les figures et les présences revient à redéfinir constamment un ordre que le chaos de la mort bouleverse à chaque phase du jeu. Vivre, en quelque sorte, c’est savoir survivre et recomposer."
Je vous conseille vivement ce livre à l'écriture poétique qui nous rappelle à chaque instant que la vie est précieuse.

L'arbre du pays Toraja

Extraits : "On m'a fait voir un arbre particulier. Remarquable et majestueux, il se dresse dans la forêt à quelques centaines de mètres en contrebas des maisons. C'est une sépulture réservée aux très jeunes enfants venant à mourir au cours des premiers mois. Une cavité est sculptée à même le tronc de l'arbre. On y dépose le petit mort emmailloté d'un linceul. On ferme la tombe ligneuse par un entrelacs de branchages et de tissus. Au fil des ans, lentement, la chair de l'arbre se referme, gardant le corps de l'enfant dans son grand corps à lui, sous son écorce ressoudée. Alors peu à peu commence le voyage qui le fait monter vers les cieux, au rythme patient de la croissance de l'arbre."
"Depuis quelques années, la mort m'encercle. Elle cherche à m'enclore. A s'approcher au plus près de moi. Afin de me tâter un peu. Pour me faire comprendre que je vieillis? Qu'il faut que je m'attende à elle? Que le match a commencé alors que je n'ai pas encore l'impression qu'on m'ait tiré des vestiaires?"

A lire aussi :
Le café de l'Excelsior

Éditions Stock - Littérature contemporaine - 216 pages

16 commentaires:

  1. Rien que pour l'écriture, cela me tente :)

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    1. Si tu ne connais pas l'auteur, je te conseille de commencer avec "La petite fille de Monsieur Linh"

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  2. J'ai eu ce livre en mains tout à l'heure. J'ai lu la 4e de couverture. Je l'ai reposé, j'ai vraiment trop de lectures en retard !
    Un jour il rejoindra quand même ma PAL.
    Bonne soirée.

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    1. C'est aussi mon problème! Beaucoup me font envie, mais il faut tout de même sélectionner!(malheureusement...)

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  3. J'avais beaucoup aimé La petite fille de Monsieur Linh. Et après ce que tu dis de celui-ci, je note.

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    1. Celui-ci est d'un tout autre registre, mais la plume est toujours aussi belle!

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  4. Hello, c'est le genre de livres que j'aime vraiment beaucoup, du coup, je prends note ! Je pense que ça me plaira :) Bisous à toi et merci pour ton avis !

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  5. J'aime beaucoup cet auteur. L'édition est très jolie en plus, ce qui ne gâche rien!

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    1. Moi aussi, j'aime beaucoup cet auteur. Alors malgré le thème, je ne pouvais pas passer à côté!

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  6. J'ai déjà deux titres de cet auteur pas encore lus dans ma bibliothèque : "Les âmes grises", ainsi que "Le Rapport de Brodeck"... Et en lisant ton billet j'ajouterai bien celui-ci aussi car l'aspect philosophique et poétique dont tu parles me tentes énormément ! Encore merci pour ce nouveau titre :)

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  7. Laeti, je note ce livre parce que récemment un médecin me disait que je ne suis pas dans la vie, et j'apprécie ce genre de livre. Je crains de ne pas vivre assez longtemps pour lire tous les livres intéressants ! il y en a tellement !

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    1. Et en plus, il en paraît tous les jours des livres intéressants! Pour sûr, nous ne pourrons jamais tous les lire...

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  8. Très beau roman. Un hommage tout en discrétion à Jean-Marc Roberts qui fut l'éditeur de Ph. Claudel et décédé il y a quelques temps d'un cancer quasi foudroyant. Une très belle histoire et comme toujours une écriture irréprochable.

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    1. Eh oui! Et c'est toi qui m'a fait découvrir cet auteur!

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