mercredi 10 juin 2015

Cette nuit, la mer est noire - Florence Arthaud

Cette nuit, la mer est noire - Florence Arthaud
Synopsis : "J'ai basculé en une fraction de seconde. Je suis dans l'eau. Il fait nuit noire. Je suis seule [...]. Dans quelques instants, la mer, ma raison de vivre, va devenir mon tombeau." Le samedi 29 Octobre 2011, alors qu'elle naviguait seule à bord de son voilier, Florence Arthaud tombe à l'eau, au large du cap Corse. Isolée, en pleine nuit, sans gilet de sauvetage, la navigatrice va affronter la mort pendant de longues heures. Elle restera en vie grâce à une série de petits miracles : une lampe frontale, un téléphone portable étanche, du réseau et sa mère qui veillait en pleine nuit. Dans ce livre confession, Florence Arthaud revient sur cet épisode tragique. Elle livre les sentiments, les pensées et les souvenirs qui l'ont accompagnée alors qu'elle se noyait en pleine mer.
Florence Arthaud, disparue tragiquement le 9 mars 2015, est la première et unique femme vainqueur de la course transocéanique de la Route du Rhum en solitaire en 1990. Elle est l’auteur de Un vent de liberté (Arthaud, 2009)

Mon avis : Passionnée de bateaux et de navigation depuis mon plus jeune âge, je me souviens de cette nuit de l'année 1990 où, n'arrivant pas à dormir j’avais supplié mon père de regarder l'arrivée de la Route du Rhum en direct à la télévision. Du haut de mes 10 ans, l'exploit de cette femme m'avait marquée et avait déclenché l'envie de suivre tous les grands navigateurs connus ou moins connus. Ayant lu les livres de Ellen MacArthur, Tabarly, Moitessier, Desjoyeaux (que j'ai eu la chance de rencontrer 2 fois) et bien d'autres, je ne pouvais pas passer à côté de celui de Florence Arthaud. Et je ne suis pas déçue!
Ironie du sort, la pauvre Florence est décédée le 9 mars 2015 d'un accident d'hélicoptère alors qu'elle venait juste d'achever d'écrire ce livre dont la sortie était prévue le 19 mars...
J'ai apprécié cette  lecture car Florence nous raconte différents événements importants de sa vie de navigatrice parallèlement à ce tragique épisode à l'issue heureuse où elle a failli mourir noyée après être tombée de son bateau. Les chapitres sont courts et rythmés. Le procédé d'alternance entre passé et événement de cette nuit du 29 octobre 2011 m'a fait lire ce livre d'une traite car, si je savais qu’elle allait être secourue, je voulais savoir de quelle manière et comment les secours l'ont retrouvée dans cette nuit sans lune.
J'ai appris pas mal de choses sur sa vie, mais j'ai surtout apprécié le récit de ce fameux "accident idiot" dans lequel elle nous exprime tous ses sentiments sur ses faibles chances d'en réchapper : l’espoir, la peur, l'effroi, l'abandon... 1000 pensées lui viennent alors en tête et la peur de la mort est le sentiment dominant. D'ailleurs, dans le récit de son passé, on se rend compte que la mort est toujours omniprésente dans son esprit car ses camarades morts ou disparus en mer lui rappellent chaque instant que l'Homme n'est rien face aux éléments.
L'autre point positif de ce récit est qu'il ne s'adresse pas seulement aux marins. Tout le monde peut le lire car n'y a pas de termes spécifiques à la navigation qui bloqueraient la compréhension.
Il est aussi question d'amour. De son premier petit copain qui à 17 ans  lui a proposé de traverser l'Atlantique, à ses rencontres d'un soir, puis sa fille. Même si elle reconnaît que la vie de couple ne l'a jamais fait rêver et qu'aucun homme ne l'a comblée autant que l'Océan, elle a quand même vécu de belles histoires qui lui ont permis d'évoluer.
Un livre témoignage d'une femme battante et attachante que je recommande!

L'image que je retiendrai : Une passion plus forte que la raison : le lendemain de cet "accident idiot", Florence reprend déjà la mer : " Au bout de quelques heures, on voit un signal sur le radar : mon bateau est localisé. Il y a beaucoup de vent et de mer. Nous nous approchons. Bylka hurle sur le pont. La mer est trop agitée pour que nous puissions nous accoupler au bateau. Je saute, au risque de me retrouver une fois encore dans l’eau. [...] À peine le temps de faire signe que tout va bien et me voilà repartie direction Marseille… Hier j’avais pourtant promis à ma mère de ne pas y aller seule."

Extrait : "J’ai basculé en une fraction de seconde. Je suis dans l’eau. Il fait nuit noire. Je suis seule. Je tourne la tête en tous sens, instinctivement. Je vois mon bateau qui s’éloigne. Je cherche un repère. Une lueur. Un objet. Un signe de vie. Rien. Je suis absolument seule. Isolée dans l’immense masse sombre et mouvante de la mer. Dans quelques instants, la mer, ma raison de vivre, va devenir mon tombeau. Effacer toute trace de mon existence. M’engloutir. Je pense à ma fille Marie. Elle va être orpheline. Je me dis que c’est impossible. Pourtant c’est là. Évidence effrayante qui me laisse hébétée. Le silence remplit tout. Dans les ténèbres liquides, l’effroi prend peu à peu possession de moi. Mon bateau a été secoué par une vague plus forte que les autres – peut-être une vague de paquebot. Je ne sais pas. Je ne sais plus. C’est totalement irréaliste. Un instant avant, j’étais accroupie sur le balcon arrière du voilier. Ne me demandez pas ce que je faisais, c’est facile à deviner. Je ne me tenais pas. La vague a secoué le bateau. J’ai perdu l’équilibre J’ai été projetée en arrière. Jetée à l’eau culotte baissée. C’est sinistre et ridicule. Dérisoire et terrible. Je n’ai pas de gilet de sauvetage. Il ne me reste que ma lampe frontale. Une lueur insignifiante au milieu de nulle part."

Éditions Arthaud - Témoignage -191 pages

10 commentaires:

  1. Ce témoignage a l'air vraiment interessant ... j'adore la mer et le milieu maritime mais je connais très mal l'univers des navigants...

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    1. En le lisant, tu pourrais un peu découvrir leur univers! ^^

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  2. N'étant pas passionné par la navigation, ce livre ne m'intéresse pas.
    Bonne soirée.

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  3. Le témoignage ne me tente pas trop. Mais tu as appris pleins de choses.

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    1. Oui! Et en plus j'adore en apprendre plus sur les grands navigateurs

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  4. Ce livre a l'air très interressant. Je ne me suis jamais interressée à cette navigatrice mais tu me donne envie de la découvrir. Sa mort est une grande perte ceci dit... Bisous.

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    1. Elle qui avait peur de tomber à l'eau et mourir en mer. La vie est pleine d'ironie :-((

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  5. Je suis admirative du courage de cette femme mais je n'aime pas les récits de mer... donc je ne vais pas m'y aventurer.

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