mardi 9 septembre 2014

Madame - Jean-Marie Chevrier

Madame - Jean-Marie Chevrier
Synopsis : C’est une étrange éducation que Madame, veuve excentrique et solitaire, s’obstine à donner au fils de ses fermiers dans un lointain domaine menacé par la décadence. Que cherche-t-elle à travers lui ? Quel espoir, quel souvenir, quelle mystérieuse correspondance ?
Curieusement, le garçon accepte tout de cette originale. Avec elle, il habite un autre temps que celui de ses parents et du collège. Un temps hanté par l’ombre de Corentin, l’enfant perdu de Madame.
C’est dans ces eaux mêlées que nous entraîne l’écriture secrète, raffinée, et cruelle jusqu’à la fascination de Jean-Marie Chevrier.

Mon avis : J'ai découvert cet auteur grâce à la rentrée littéraire et même si ce n'est pas le livre de l'année, j'ai beaucoup aimé me plonger dans cette sorte de huis-clos entre Antoinette (que tout le monde appelle Madame certainement à cause de son statut de Baronne de La Terrade) et Guillaume qu'elle s'obstine à appeler Willy. Pourtant, il ne lui reste pas grand chose de son rang de noble à part ses terres et son château dans la Creuse. Chez elle, le temps semble s'être arrêté le jour de la mort accidentelle de son mari il y a longtemps : ses robes sont longues et sombres, elle conduit une Renault Frégate Grand Pavois 1956 et chasse les ragondins... C'est justement cet anachronisme entre notre époque actuelle et cette époque dans laquelle elle semble vivre qui m'a beaucoup plu. Et Guillaume ne semble pas non plus être dérangé par cette façon de vivre que la vieille dame a conservé loin des occupations de ses camarades du collège comme la télévision, l’ordinateur ou des consoles de jeu . Au contraire, il apprécie lui rendre visite tous les mercredis pour travailler son français, ses mathématiques ou même sa spiritualité. Et si ses parents ne voient pas cette femme d'un bon œil, ils ne peuvent rien dire car se sont eux qui cultivent les terres de Madame.
Chaque moment de la vie est prétexte à de nouveaux apprentissages, et j'ai aimé l'obstination qu'à Madame à lui faire apprendre des poèmes dont le thème correspond avec les événements qu'ils vivent comme par exemple lors du décès d'Alexandrine la servante de Madame, elle va lui faire apprendre un poème de Baudelaire : "La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse,/ Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,/ Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs./ Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs (...)" J'ai aimé découvrir ou redécouvrir ces classiques de la littérature.
Bien que Madame ne soit pas une personne très agréable à côtoyer (elle est aigrie, fume comme un pompier et a une légère addiction à la bouteille) Guillaume aime se rendre chez elle car beaucoup de choses l'intriguent, notamment des pièces du château qui restent fermées à clé et qu'il voudrait bien découvrir. Au fil de ses discussions, il va se rendre compte que la vieille dame cache un lourd secret qui pourrait bien expliquer pourquoi elle veut absolument parfaire son éducation.
J'ai particulièrement apprécié la fin du livre et, si je me doutais que les choses allaient déraper, je ne pensais pas que ce serait de cette façon.
Un roman simple et sans prétention avec lequel j'ai passé un agréable moment.

Extrait : "Il compte le nombre d’albums que Madame vient de lui offrir : vingt-trois. Il ne manque que Tintin au pays des Soviets, car il connaît tous les titres. Ils sont moins neufs que le ballon de foot, la couverture de L’Étoile mystérieuse est même griffonnée de coups de crayon et on a renversé de l’encre sur Le Sceptre d’Ottokar. Quelle richesse ! Il rêvait depuis longtemps d’avoir la collection, depuis ses huit ans, quand un camarade lui avait prêté Le Crabe aux pinces d’or. Son émotion avait été si forte à la lecture de l’album qu’elle ne s’effacera jamais, et c’est elle qu’il cherche à retrouver dans les nouveaux titres qu’il a sous les yeux. Le goût du passé arrive tôt. Il demande :
– Je les laisse ici ou je les emporte chez moi ?
– Ils sont à toi. Tu en fais ce que tu veux.
– J’aimerais bien les avoir chez moi mais mes parents, quand ils vont voir tout ça, ils vont penser je ne sais quoi. Ils n’aiment pas ce qui vient de vous.
– Je sais, mon enfant, je sais. C’est pour récompenser ta bonne note et j’anticipe un peu ton anniversaire. Ce n’est que dans un mois. C’est bien ça ? Quatorze ans ?
– Quatorze ans le vingt-huit novembre.
– Quatorze ans, répète-t-elle. Le chiffre des années m’a toujours fait soupirer. Le temps n’est pas à notre mesure, ou trop lent ou trop rapide.
"

Éditions Albin Michel - Littérature contemporaine - 208 pages

11 commentaires:

  1. J'avais noté ce titre, il a l'air sympa :)

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  2. Ce livre est dans ma pal, j'ai vraiment hâte de le commencer !

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  3. Je ne connaissais pas du tout ce livre mais ta chronique m'intrigue énormément !

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    1. Moi non plus je ne connaissais pas mais c'est une belle découverte.

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  4. Moi je suis un peu passée à côté, je l'ai trouvé sympa mais sans plus : vite lu, vite oublié.

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    1. C'est sûr que ce n'est pas le roman de l'année, mais j'ai passé un bon moment ;-)

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    2. J'ai le même ressenti que toi Praline... tu as écrit un billet que je pourrais lire ? :)

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  5. Je n'ai pas apprécié cette lecture.... seule l'écriture m'a semblé réussie. Pour l'histoire, vraiment un gros bof pour moi...
    Je me suis permis de citer ton billet à la fin du mien pour offrir d'autres points de vue :)
    Au plaisir de te lire,
    Cajou

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    1. Je viens de voir sur ton blog que l'espace temps t'a décontenancée... Dommage, au contraire, moi, j'ai pensé que l'auteur l'avait voulu...

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