lundi 17 février 2014

Où on va, Papa? Jean-Louis Fournier

Résumé : Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J'avais honte ? Peur qu'on me plaigne ?
Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible : « Qu'est-ce qu'ils font ? »
Aujourd'hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre.
Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d'invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un ange.
Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d'eux avec le sourire. Ils m'ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement.
Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu'ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait : rien.
Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.
 
Mon avis : "Que ceux qui n'ont jamais eu peur d'avoir un enfant anormal lèvent la main. Personne n'a levé la main.Tout le monde y pense, comme on pense à un tremblement de terre, comme on pense à la fin du monde, quelque chose qui n'arrive qu'une fois. J'ai eu deux fins de monde." Le ton est donné. Après la naissance de Mathieu, son premier enfant, Jean Louis Fournier pense que le malheur ne peut pas frapper deux fois à la même porte. Malheureusement, il se trompe. Un livre non conventionnel  par son ton. En effet, Jean-Louis, le papa de Mathieu et Thomas a un ton sarcastique. Il tente de nous parler de ses deux fils handicapés avec humour et détachement, mais parfois, j'ai été choquée par sa façon de " se moquer" même si je pense que la meilleure façon d'assumer est l'auto-dérision : "Thomas essaie de s'habiller tout seul. Il a déjà mis sa chemise, mais il ne sait pas la boutonner. Il est en train maintenant d'enfiler son pull-over. Il y a un trou à son pull-over. Il a choisi la difficulté, il s'est mis dans l'idée de l'enfiler en passant sa tête non pas par le col, comme l'aurait fait un enfant normalement constitué, mais par le trou. Ce n'est pas simple, le trou doit mesurer cinq centimètres. Ça dure longtemps. Il voit qu'on le regarde faire, et qu'on commence à rire. A chaque essai, il agrandit le trou, il ne se décourage pas, il en rajoute d'autant qu'il nous voit rire de plus en plus. Après dix bonnes minutes, il a réussi. Son visage radieux sort du pull, par le trou. Le sketch était terminé. On a eu envie d'applaudir." Entre les railleries se trouvent des phrases imagées, belles et poétiques : "Mathieu est parti chercher son ballon dans un endroit où on ne pourra plus l'aider à le récupérer." Bien que son histoire soit triste, nerveusement et physiquement épuisante,  Jean Louis Fournier ne tombe jamais dans le pathos et réussit à merveille à nous donner une vision différente, touchante et émouvante  du handicap.
Le style est concis, clair, le livre est composé de multiples petits chapitres et se lit rapidement. Ce sont toutes ces raisons qui en ont fait le gagnant du Prix Fémina 2008.
 
Éditions Stock - Témoignage - 154 pages.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Laissez-moi une trace de votre passage!

Partagez!