lundi 17 février 2014

Nagasaki - Eric Faye

Mon résumé : Shimura - San un japonais de 56 ans vit seul dans un grand appartement qui fait face aux chantiers navals de Nagasaki. N'ayant que son métier de météorologue pour s'occuper la journée, il a pris de vieilles habitudes de célibataire et, se rend compte de quelque chose d'anormal se passe chez lui... En effet, il a l'impression que certaines nourritures disparaissent de ses placards. Pour preuve, il y a un yaourt de moins dans son frigo lorsqu'il rentre du travail, la bouilloire a bougé, et le niveau de jus de fruits se retrouve en dessous du trait qu'il avait fait sur la bouteille. Mais qui peut bien vider ses placards de la sorte? Pour en avoir le coeur net, il décide d'installer une webcam face à sa cuisine, et surveille son appartement depuis le bureau de son travail....
 
Mon avis : Ce roman est tiré d'un fait réel relaté dans les journaux japonais en 2008.
Pour ne pas casser le suspens de ce récit, je ne vous dévoile pas quoi ou qui  a pu se servir dans les placards de Shimura - San.
J'ai beaucoup aimé le passage ou il commence à se poser des questions. Ayant quelques doutes, il a eu le bon sens de tirer des traits sur les niveaux de ses aliments : " J'ai attendu quelques secondes, le temps que ma sonde s'imprègne de liquide, puis l'ai retirée lentement. Je n'osais pas regarder. Huit centimètres, ai-je lu. Il ne restait que huit centimètres de boisson, contre quinze à mon départ... Quelqu'un s'était servi. Or je vis seul."  Cependant, je peux déjà vous dire que ce petit manège a duré pendant un an avant qu'il n'ait l'idée de coincer l'intrus(e) en installant une webcam : " Je comprenais que cette année commune, à .... et à moi, même si .... m'avait ignoré et que je n'avais rien su de...., allait me changer et que je n'étais déjà plus tout à fait le même. En quoi, je n'aurais pas su le définir. Mais je n'en sortirais pas indemne. " (j'ai remplacé le nom de cet(te) intrus(e) par des petits points pour garder le suspens).
J'ai particulièrement aimé le passage ou il regarde avec obsession l'écran de son ordinateur filmant sa cuisine. C'est à ce moment là que le suspens est à son maximum et où on va en apprendre davantage. "Sans bouger de mon siège, je suis un ninja invisible et immatériel qui épie son domicile"
Plus que le récit d'un fait réel, ce petit livre nous fait réfléchir sur la solitude et ses conséquences : la déshumanisation de la vie. "La Crise rend les hommes un peu plus seuls. Que signifie encore ce nous qui revient à tire-larigot dans les conversations? Le nous meurt. Au lieu de se regrouper autour d'un feu, les je s'isolent, s'épient. Chacun croit s'en sortir mieux que le voisin et cela, aussi, c'est probablement la fin de l'Homme"
Shimura -San vit très mal cette intrusion, mais nous verrons par la suite l'avis de l'intrus(e) qui explique les raisons de cet acte qui n'était en rien pour déstabiliser mais une façon de revivre le passé : "On dit de certaines tortues de mer qu'elles reviennent mourir sur la plage où elles sont nées. On dit des saumons qu''ils quittent la mer et remontent pour frayer dans la rivière où ils on grandi. Le vivant est gouverné par de tels protocoles. Après avoir achevé un vaste cycle de mon existence, je regagnais l'un de mes plus anciens biotopes" explique l'intrus(e) et nous explique aussi toutes les précautions prises pour ne pas éveiller les soupçons : "Dans la cuisine, aussi, je devais redoubler d'attention jusqu'à tourner en bourrique. Le plus souvent pour manger, j'allais me servir dans les poubelles à l'arrière d'un libre-service du quartier, ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre, qui m'entretenait sans le savoir en jetant des produits à peine périmés. Les jours de pluie torrentielle, ou lorsque je ne me sentait pas bien, je puisais un peu dans les stocks de mon hôte, me contentant de riz ou de pâtes. Je ne prenais rien dont il aurait pu remarquer la présence. Presque rien. Exceptionnellement, je succombais à la tentation d'un yaourt ou d'un peu de jus de fruits. C'est tout. Avec le temps, j'ai fini par me ranger à ses goûts, par les apprécier même."...
Un petit roman que je vous recommande vraiment. Et si quelqu'un avait le double de mes clés et venait dormir chez moi la nuit quand je suis au travail?!!! 
 
Pour finir, je remercie Mélusine de m'avoir envoyé ce livre dont le résumé m'avait interpelée sur son blog et dont vous pourrez lire son avis ici.
 
 
Édition Le Club - 108 pages - Littérature contemporaine inspirée d'un fait réel.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Laissez-moi une trace de votre passage!

Recevoir les prochains articles par mail

* obligatoire

Partagez!