dimanche 16 février 2014

Crains le pire - Linwood Barclay

Mon résumé : Sydney, une jeune fille de 17 ans ne rentre pas de son travail. Tim (son père divorcé) part alors à sa recherche. Il se retrouve seul face aux pièges tendus et face à la police qui croit à une fugue. Seulement, bien qu'ils se soient disputés le matin de la disparition, pour Tim, la thèse de la fugue ne tient pas. En effet, Sydney n'a emporté aucune affaire personnelle. Va-t-il la retrouver? et si oui, dans quel état? Quelles sont les raisons de cette mystérieuse disparition?
 
Mon avis : Un grand moment de suspens qui a duré tout le long du livre sans s'essouffler. Les rebondissements s'enchaînent et à chaque fois qu'on croit que Tim va retrouver sa fille, un événement surprise fait que les retrouvailles n'ont pas lieu. Je dois dire que c'est la couverture de ce livre qui m'a poussée à sa lecture et je ne regrette pas. Le titre aussi laisse présager qu'on n'est pas au bout de nos surprises.
J'ai aimé me mettre à la place de Tim (le narrateur) et essayer de réfléchir à ce qu'il faut faire pour retrouver Sydney. Il ne baisse jamais les bras bien que toutes les apparences soient contre lui. Mais qui a intérêt à lui faire porter le chapeau de cette disparition?
Aux yeux de Tim, tout le monde est suspect, que ce soit son ex-femme Suzanne ou son nouveau mari Bob, sa meilleure amie Patty, les gens avec qui il travaille à la concession automobile.... Tout le monde y passe. Mais pour la police, le suspect numéro un est Tim lui même. En effet, comment expliquer que Patty ait disparu elle aussi? Que sa petite amie Carol ait été assassinée chez lui pendant son absence? Pourquoi a t-il été cambriolé pendant qu'il était parti chercher Sydney à Seattle? Et pourquoi, lors de la perquisition la police a trouvé de la cocaïne cachée dans les oreillers? Je ne peux pas vous en dire plus pour ne rien dévoiler de l'intrigue, mais si vous voulez avoir la réponse à toutes ces questions, il faut le lire.  Vous serez littéralement happés par cette histoire.
Le dénouement  (qui arrive vraiment aux toutes dernières pages) ne m'a pas déçue non plus. On comprend mieux pourquoi le/la coupable a brouillé les pistes dès le début.
 
Extrait (le prologue) :   Le matin du jour où j'ai perdu ma fille, elle m'a demandé de lui faire des œufs brouillés.
— Tu veux du bacon avec ? ai-je crié en direction de l'étage, où Sydney se préparait pour aller travailler.
— Non, a-t-elle répondu de la salle de bains.
— Des toasts ?
— Non plus.
J'ai entendu le claquement du fer à lisser. Ce bruit indiquait généralement la fin de son rituel matinal.
— Du fromage dans tes œufs ?
— Non. Ou alors un peu, pourquoi pas ?
Je suis retourné dans la cuisine, j'ai ouvert le frigo, en ai sorti des œufs, un morceau de cheddar, du jus d'orange, et j'ai mis la cafetière électrique en route.
Susanne, mon ex-femme, qui venait d'emménager chez Bob, son nouveau compagnon, à Stratford, de l'autre côté du fleuve, aurait sans doute dit que je gâtais trop notre fille, qu'à dix-sept ans elle était assez grande pour se préparer son petit déjeuner. Mais l'avoir avec moi pour l'été était un tel plaisir que ça ne me dérangeait pas de la dorloter. L'an passé, je lui avais trouvé un job à la concession Honda de Milford où je suis vendeur, de ce côté-ci du fleuve. Mis à part quelques échanges virulents, partager notre quotidien avait été dans l'ensemble une expérience plutôt agréable. Cette année, toutefois, Sydney avait choisi de ne pas retourner chez Honda. Cohabiter avec moi lui suffisait. Que je garde un œil sur elle pendant qu'elle travaillait était une autre histoire.
— Tu as remarqué, avait-elle observé l'été précédent, que tu critiques chaque garçon à qui je parle, même une minute ?
— Une femme avertie en vaut deux, avais-je répliqué.
— Dwayne, par exemple, à l'atelier ?
— Il a mauvais caractère.
— Et Andy ?
— Tu plaisantes. Beaucoup trop vieux pour toi. Il a bien vingt-cinq ans.
Alors cette année, elle avait trouvé un autre emploi, toujours à Milford, afin de pouvoir vivre avec moi de juin au jour de la fête du Travail, début septembre. Elle s'était fait embaucher au Just Inn Time, un hôtel pour représentants de commerce ne restant qu'une nuit ou deux. Milford est une jolie ville, sans être une destination touristique. Dans une existence antérieure, l'hôtel avait été un Days Inn ou un Holiday Inn ou encore un Comfort Inn, mais la chaîne propriétaire, quelle qu'elle fût, avait repris ses billes et un indépendant l'avait remplacée.
Je n'avais guère été étonné quand Sydney m'avait appris qu'on lui avait donné un poste à la réception.
— Tu es intelligente, charmante, bien élevée…
— Je suis surtout une des rares à parler anglais, avait-elle riposté, coupant court à ma fierté paternelle.
Il fallait lui tirer les vers du nez pour la faire parler de son nouveau travail. « C'est juste un boulot », disait-elle. Au bout de trois jours, je l'ai surprise en pleine dispute au téléphone avec sa copine Patty Swain, elle voulait trouver autre chose, même si son salaire était correct puisqu'elle ne paierait pas d'impôts.
— Ce n'est pas déclaré ? lui ai-je demandé lorsqu'elle a raccroché. Tu es payée au noir ?
— Tu écoutes mes coups de fil ou quoi ?
J'ai préféré la laisser tranquille. Qu'elle règle ses problèmes elle-même.
J'ai attendu que Sydney descende l'escalier pour verser les deux œufs battus avec du cheddar râpé dans la poêle beurrée. L'idée m'est alors venue de lui faire le même genre de surprise que lorsqu'elle était petite. J'ai pris une moitié de coquille d'œuf vide et, à l'aide d'un crayon à mine tendre, j'ai dessiné un visage dessus. Un sourire tout en dents, une demi-lune pour le nez, et deux yeux menaçants. Après avoir tiré un trait de la bouche jusque derrière la coquille, j'ai écrit : SOURIS, BON SANG !
Elle est entrée dans la cuisine d'un pas traînant, comme un prisonnier en route pour l'échafaud, puis elle s'est affalée sur sa chaise, le regard baissé, les cheveux sur les yeux, les bras inertes le long du corps. Une énorme paire de lunettes de soleil, que je ne lui connaissais pas, était perchée au sommet de son crâne.
J'ai fait glisser les œufs, devenus fermes en quelques secondes, sur une assiette que j'ai déposée devant elle.
— Votre Altesse, ai-je déclaré par-dessus le son de l'émission Today qui s'échappait du petit téléviseur de la cuisine.
Levant lentement la tête, Sydney a d'abord regardé l'assiette, avant de s'arrêter sur le petit bonhomme qui la fixait.
— Oh, mon Dieu, a-t-elle soufflé.
Puis elle a tourné la salière coiffée de la demi-coquille pour lire ce qui se trouvait à l'arrière.
— Souris toi-même, a-t-elle riposté avec une inflexion espiègle dans la voix.
— Tu as de nouvelles lunettes de soleil ?
D'un air absent, comme si elle avait oublié qu'elle venait de les poser là, elle a touché une des branches, les a vaguement ajustées sur sa tête.
— Oui.
J'ai remarqué la griffe Versace inscrite en lettres minuscules dessus.
— Très chouette, ai-je commenté.
Syd a hoché la tête avec lassitude.
— Tu es rentrée tard ? ai-je poursuivi.
— Pas tellement.
— Minuit, ça l'est.
Elle savait que nier l'heure de son retour ne servirait à rien. Je ne fermais jamais l'œil avant de l'entendre franchir le seuil de notre maison de Hill Street et verrouiller la porte derrière elle. Je supposais qu'elle était sortie avec Patty Swain, qui, bien qu'également âgée de dix-sept ans, donnait l'impression d'avoir un peu plus d'expérience que Syd dans les domaines qui empêchent les pères de dormir la nuit. J'aurais été naïf de croire Patty Swain encore novice en matière d'alcool, de sexe ou de drogue.
Cela dit, Syd n'était pas un ange non plus. Je l'avais surprise une fois avec un joint, sans compter ce jour où, alors qu'elle avait quinze ans, elle était rentrée de la boutique Abercrombie & Fitch de Stamford avec un nouveau T-shirt, incapable d'expliquer à sa mère l'absence de ticket de caisse. Ç'avait bardé.
Voilà peut-être pourquoi ces lunettes de soleil me titillaient.
— Elles t'ont coûté cher ? ai-je demandé.
— Pas tant que ça.
— Et comment va Patty ?
En fait, je voulais surtout m'assurer que Syd était bien sortie avec elle. Même si leur amitié ne remontait qu'à un an, elles passaient tellement de temps ensemble qu'on aurait dit qu'elles se connaissaient depuis le jardin d'enfants. J'aimais bien Patty, elle avait un franc-parler rafraîchissant, mais j'aurais parfois préféré que Syd traîne un peu moins avec elle.
— Nickel, répondit-elle.
À la télévision, Matt Lauer1 nous mettait en garde contre la radioactivité potentielle des plans de travail en granit. Chaque jour apportait son nouveau sujet d'inquiétude.
Sydney a pioché dans ses œufs.
— Mmm, a-t-elle fait avant de relever les yeux vers le poste. Tiens, c'est Bob.
J'ai suivi son regard. Il s'agissait d'un spot publicitaire de la chaîne locale. Un grand type avec un début de calvitie et un sourire éclatant se tenait devant un océan de voitures, les bras étendus, tel Moïse fendant les eaux de la mer Rouge.
« Venez dare-dare chez Bob Motors ! Vous n'avez pas de reprise ? Aucun problème ! Vous n'avez pas d'acompte ? Aucune importance ! Vous n'avez pas de permis de conduire ? Bon, ça, c'est un peu embarrassant ! Mais si vous recherchez une voiture, et si vous voulez une bonne affaire, venez vous éclater dans l'une de nos trois… »
J'ai coupé le son.
— Il est crétin sur les bords, a dit Sydney de l'homme avec lequel vivait sa mère, mon ex-femme. Mais dans ces pubs il fait carrément Supercrétin. Qu'est-ce qu'on mange ce soir ?
Le petit déjeuner ne se terminait jamais sans que nous discutions du dîner.
— Si on se faisait livrer un truc ?
Avant que je puisse répondre, elle a ajouté :
— Une pizza ?
— Je crois que je vais préparer quelque chose, ai-je objecté.
Syd n'a pas cherché à cacher sa déception.
La pub de Bob passée, j'ai remis le son du téléviseur. Al Roker2 se mêlait à la foule habituelle du Rockefeller Center, où la plupart des gens agitaient des panneaux souhaitant un bon anniversaire à des parents postés devant l'émission.
J'ai observé ma fille manger son petit déjeuner. Être père, du moins pour moi, c'est aussi être constamment fier. Sydney devenait vraiment ravissante. Cheveux blonds aux épaules, long cou gracile, teint de porcelaine, traits affirmés. Sa mère a des racines norvégiennes, d'où ce côté scandinave.
Comme si elle sentait mon regard sur elle, Syd a demandé :
— Tu crois que je pourrais être mannequin ?
— Mannequin ?
— Inutile de prendre cet air choqué.
— Je ne suis pas choqué, ai-je riposté, sur la défensive. Simplement, c'est la première fois que tu m'en parles.
— Ça ne m'avait jamais traversé l'esprit. C'est une idée de Bob.

1. Journaliste présentateur de l'émission Today sur NBC. (Toutes les notes sont de la traductrice).
2. Présentateur météo et animateur sur NBC.

2 commentaires:

  1. J'adore quand la réponse/le mystère est dévoilé très tard et ce thriller a l'air vraiment bien :) !

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    1. Oui, j'ai hâte de lire aussi le dernier de l'auteur!

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