lundi 17 février 2014

Les souvenirs - David Foenkinos

Résumé : Le narrateur, alors apprenti romancier, prend conscience à l’occasion du décès de son grand-père de tout ce qu’il n’a pas su vivre avec lui. Il comprend que le seul moyen de garder l’amour vivant est de cultiver la mémoire des instants heureux. Dans le même temps, frappée par le deuil, sa grand-mère semble perdre la tête. Il assiste aux manœuvres des proches pour la placer en maison de retraite et vendre à son insu son appartement. Ce qu’il n’a pas su vivre avec son grand-père, il décide alors de le vivre avec elle. Il va la voir souvent, parvient à égayer sa solitude, à la faire rire de tout. Mais elle finit par apprendre que son appartement a été vendu, et fait une fugue…
Le narrateur va partir à sa recherche, et la retrouver pour lui offrir ses derniers moments de bonheur. Le hasard lui fait en même temps rencontrer Louise, qu’il va aimer..... Les souvenirs, nourris de joies, de douleurs et de mélancolie, lui offrent désormais la possibilité d’écrire son roman – et peut-être son avenir.
 
Mon avis : J'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans ce roman autobiographique. Le début, avec la mort du grand-père et la grand-mère alors veuve que sa famille veut mettre en maison de retraite et vendre son appartement. Les maisons de retraite nous sont décrites sans concessions : les pensionnaires qui ont hâte d'en "finir" ou de "partir" et le peronnel qui fait tout pour déculpabiliser les enfants de mettre leurs parents dans de tels établissements par exemple en présentant le menu du refectoire à la façon de cartes de grands restaurants avec des noms de plats pompeux. J'ai trouvé cette situation très triste. Mais bien vite, je suis rentrée dans l'histoire et je n'ai pas pu en décrocher...
Car au delà de cette triste situation de deuil, il y a une très belle histoire d'amour entre la grand-mère et le narrateur. Il est en effet le seul à se soucier du sort de cette dernière. Son père est trop occupé entre son travail et sa femme (la mère du narrateur) en pleine dépression nerveuse. C'est lui qui partira à sa recherche lorsqu'elle fera sa fugue vers sa ville natale : Etretat. La vieille femme n'a pas l'intention de rester croupir dans la maison de retraite, elle a envie de revenir sur son passé revivre ce qu'elle a l'impression d'avoir laissé inachevé. Son petit fils va alors lui faire une belle surprise : revenir passer une journée dans l'école de son enfance. La grand mère vit alors un grand moment avec les enfants qui lui posent plein de questions. Une m'a d'ailleurs particulièrement amusée : "Est-ce que tout était vraiment en noir et blanc quand vous étiez petite?".
Cette idée de retourner dans l'école de de sa grand-mère va permettre au narrateur de faire une belle rencontre : Louise la maîtresse qui deviendra alors sa femme et avec qui il aura quelques années plus tard Paul.
Les chapitres sont entrecoupés de souvenirs de gens célèbres ou non que le narrateur a croisé au court de sa vie. J'ai trouvé ces apartés peu utiles pour l'histoire mais parfois plein de poésie.
 
En conclusion : Une très belle histoire malgré des thèmes difficiles (nostalgie du temps qui passe, sénilité, mort, dépression, rupture sentimentale, incompréhension entre les êtres)
 
Extraits: "Deux jours auparavant, mon grand-père était encore vivant. J'étais allé le voir à l'hôpital avec l'espoir gênant que ce serait la dernière fois. L'espoir que le long calvaire prendrait fin. (...) Il m'a regardé d'un air désemparé, avec sa lucidité des jours valides. C'était sûrement ça le plus violent, de le sentir conscient de son état. Chaque souffle s'annonçait à lui comme une décision insoutenable. Je voulais lui dire que je l'aimais, mais je n'y suis pas parvenu. J'y pense encore à ces mots, à la pudeur qui m'a retenu dans l'inachèvement sentimental. Une pudeur ridicule en de telles circonstances. Une pudeur impardonnable et irrémédiable. J'ai si souvent été en retard sur les mots que j'aurais voulu dire. Je ne pourrai jamais faire marche arrière vers cette tendresse. Sauf peut-être avec l'écrit, maintenant. Je peux lui dire, là."
"Pendant les jours qui ont suivi, j'ai été un étranger dans ma vie. J'étais là, je vivais, mais comme irrémédiablement attaché à la mort de mon grand-père. Puis les douleurs s'échappent. J'ai pensé à lui de moins en moins souvent,et maintenant il navigue paisiblement dans ma mémoire, mais je n'éprouve plus le poids au coeur des premiers temps. Je crois même ne plus ressentir de véritable tristesse. La vie est une machine à explorer notre insensibilité. On survit si bien aux morts. C'est toujours étrange de se dire que l'on peut continuer à avancer,même amputés de nos amours. Les jours nouveaux arrivaient, et je leur disais bonjour."
 
Éditions Folio - Autobiographie - 290 pages

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