samedi 15 février 2014

Les lisières - Olivier Adam

Mon résumé : Paul Steiner est tiraillé entre son ex-femme Sarah qu'il aime encore, ses enfants qui habitent en Bretagne, et ses parents qui sont en région parisienne et dont il doit s'occuper car sa mère est hospitalisée. Commence alors pour Paul une sorte de "pèlerinage" sur les lieux de son enfance.
Ses allers-retours entre la banlieue parisienne et la Bretagne vont lui permettre de revoir son frère François mais aussi beaucoup de ses amis d'enfance. Retourner fouiller son passé et découvrir un terrible secret que lui ont toujours caché ses parents n'est pas sans conséquence pour Paul de nature dépressive. Cela va même réveiller sa "Maladie" comme il l'appelle : en effet , il est aussi alcoolique.
Toujours "aux lisières" de sa propre existence, il va se retrouver obligé de faire face à sa réalité.
En quelques semaines et autant de rencontres, c'est à un véritable état des lieux personnel, social et culturel qu'il se livre, porté par l'espoir de trouver, enfin, sa place.
 
Mon avis : Un coup de coeur! Comme dans "Des vents contraires",  nous retrouvons Paul Steiner, son ex femme Sarah et ses deux enfants Manon et Clément. Si dans "Des vents contraires" Paul quittait la banlieue parisienne pour retrouver sa Bretagne natale, ici c'est tout l'inverse, il part de Bretagne pour aller en région parisienne : c'est ce qu'a fait Olivier Adam. D'ailleurs, de nombreux passages du livre me font me demander si ce n'est pas sa propre vie qu'il nous raconte. En effet, il nous parle des livres qu'il a déjà écrits et notamment d'un livre sur un camp de réfugiés à Calais : il doit faire référence à "A l'abri de rien".  Pourtant, on ne sait pas où s'arrête la partie autobiographique et où commence la partie romancée. D'ailleurs aucun nom de ville n'est cité. L'auteur nous parle de la ville de V. en banlieue et de la Bretagne sans préciser de quelle ville il s'agit. (Connaisant le vie d'Olivier Adam, le lecteur pensera de suite à Saint-Malo).
Les thèmes de prédilection d'Olivier Adam ( La Bretagne, Le Japon, la famille, le mal-être, la séparation, le manque) sont abordés ici encore avec beaucoup de justesse. En revanche, ce qui m'a un peu paru de trop dans cette histoire, c'est lorsqu'Olivier adam décrit la société actuelle : la montée du chômage, la crise, la poussée de l'extrême droite, l'égoïsme ambiant. Bien sur, tous ces éléments aident à comprendre les différents personnages et leurs travers, mais ce n'était à mon sens pas nécessaire. L'ambiance morose des banlieues y est très bien décrite, et je la trouve parfois même oppressante.
J'ai particulièrement été peinée pour Paul quand il découvre que son ex-femme de qui il est pourtant séparé depuis six mois à un amant qui n'est autre que le médecin de famille avec qui elle travaille à l'hôpital . Mais aussi lorsqu'il découvre petit à petit le secret que ses parents lui ont toujours caché. Il trouve alors une explication à sa nature dépressive.
Certains passages très noirs nous montrent la difficulté qu'a Paul à surmonter les problèmes de la vie. Son introspection va le pousser à tenter de comprendre pourquoi il ne se sent jamais concerné par quoi que ce soit et pourquoi son mal-être le pousse à boire. " Une Maladie m'avait dit le médecin. Vous n'y pouvez rien, c'est une Maladie, une autre forme de cette maladie qui vous a fait vouloir mourir à 10 ans, qui vous a fait cesser de vous alimenter quelques années plus tard, tentant de vous effacer en quelque sorte, de vous perdre de vue et de vous noyer dans l'air, une Maladie dont Sarah vous a sauvé pendant un moment mais qui s'était juste tapie, vaincue par la force de cet amour si puissant."
Ce livre pressenti pour la sélection au prix Goncourt n'a malheureusement pas été retenu.
Encore une fois, je n'ai pas été déçue par cette nouvelle histoire malgré le sentiment d'oppression et de mal être qu'elle dégage.
 
Extraits : "Je suis un être périphérique. Et j'ai le sentiment que tout vient de là. Les bordures m'ont fondé. Je ne peux jamais appartenir à quoi que ce soit. Et au monde pas plus qu'à autre chose. Je suis sur la tranche. Présent, absent. A l'intérieur, à l'extérieur. Je ne peux jamais gagner le centre. J'ignore même où il se trouve et s'il existe vraiment. La périphérie m'a fondé. Mais je ne m'y sens plus chez moi. Je ne me sens aucune appartenance nulle part. Pareil pour ma famille. Je ne me sens plus y appartenir mais elle m'a définie. C'est un drôle de sentiment. Comme une malédiction."
"Oh tu sais, je dors jamais bien. Je pense trop. Les soucis c'est comme les moustiques. Dès que la lumière s'éteint ils se mettent à voler partout en faisant ce bruit horrible et alors c'est fini, tu peux plus dormir."
"Je crois au fond que ma mère avait un peu honte, qu'écrivain ne lui paraissait pas un métier sérieux, une occupation avouable. Je crois que pour elle il résidait là-dedans quelque chose de vaguement malsain, une manière impudique, inconvenante de s'épancher, une forme de prétention qui poussait à prendre la parole et à considérer que ce qu'on avait à dire valait la peine d'être entendu, une façon de vouloir se distinguer, sortir du rang. Comment lui expliquer qu'écrivant je ne cherchais qu'à me sauver et rien d'autre, comment éviter la grandiloquence en évoquant là une question de vie ou de mort ?"
 
 
Éditions Flammarion - Littérature contemporaine - 453 pages

4 commentaires:

  1. Là encore un auteur que je dois rajouter à ma wish, il y en a tellement mais il semble incontournable :)

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    1. Alors pour découvrir l'auteur, je ne te conseille pas celui-ci mais plutôt "des vents contraires" c'est un livre que je garderai longtemps en mémoire...

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  2. Bonjour Laeti Envies-de-livres ...
    Félicitations pour votre blog...
    Ce billet sur "Les lisières " m'a interpellée plus particulièrement : ayant lu et accroché complètement à ce roman aux thèmes percutants et au style très soigné il y a quelques années, j'ai trouvé votre critique vraiment intéressante. Elle m'a donné envie de lire les autres ouvrages de l'auteur et m'a enrichi grâce aux détails que vous mentionnez sur l'écrivain. Ces informations me font encore plus apprécier "Les lisières" et ravivent ma curiosité de lectrice...
    Merci !
    Avec le plaisir de revenir bientôt sur votre blog...

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