mardi 18 février 2014

Le sumo qui ne pouvait pas grossir - Eric-Emmanuel Schmitt

Mon résumé : Au Japon, Jun est un adolescent qui survit chichement en vendant des babioles dans la rue. Bien que très maigre, il se fait un jour accoster par Shomintsu, un maître sumo qui "voit en lui un gros" et veut lui faire intégrer son école de sumo. Il entreprend donc, (bien que Jun n'arrive pas à grossir) de lui expliquer les éléments fondamentaux et les pratiques d’un sport ancestral et d’un art martial qui touche à la plus profonde philosophie zen. Philosophie grâce à laquelle Jun va comprendre des éléments douloureux de son enfance : Son père qui s'est suicidé à cause du surmenage, et l'illettrisme de sa mère atteinte d'une maladie mentale...
Mais comment atteindre le zen lorsque l'on n'est que douleur et violence ? Comment devenir sumo quand on ne peut pas grossir ?
 
Mon avis : Un coup de coeur! Un conte philosophique qui se lit très rapidement mais qui restera longtemps dans ma mémoire. (Comme tous les livres d'EE Schmitt)
Encore une fois j'ai adoré la plume de l'auteur, toujours très subtile et pleine de poésie. J'ai particulièrement aimé le passage dans lequel Jun se décide enfin à ouvrir les courriers envoyés par sa mère. Courriers qu'il avait longtemps remisés au placard sachant que sa mère ne savait pas écrire. Le parcours initiatique dans lequel Shomintsu va le mener, va amener Jun à se poser les bonnes questions sur sa vie personnelle :
"En quoi consistaient ses courriers?
Dans le premier, il y avait une feuille blanche.  Je la retournai, l'approchai, l'éloignai, puis, en l'examinant à contre-jour, j'aperçus une tache ronde qui, attendrissant la trame du papier, ombrait sa couleur.  Je reconnus une larme: maman avait pleuré à mon départ.
Dans la deuxième, manquait le papier.  Au fond, coincé entre les plis, gisait seulement un morceau de laine jaune pâle, doux, un brin de mohair pelucheux, celui avec lequel elle tricotait les vêtements de mon enfance.  Cela signifiait: je te serre contre moi.
Dans le troisième, il n'y avait rien. Je l'agitai plusieurs fois souhaitant détecter un détail qui m'échappait. Enfin, en déchirant l'enveloppe, je repérai à l'intérieur du rabat des empreintes de rouge à lèvres qui chuchotaient "je t'embrasse".
Le quatrième s'expliqua clairement : il consistait en une pierre grise, un galet triangulaire aux angles ronds dont le port avait exigé un timbrage coûteux. Maman m'avouait : "mon coeur est lourd". 
Le cinquième me posa davantage de problèmes : une plume le constituait. Je crus qu'elle déclarait : "Ecris-moi", puis je remarquai qu'il s'agissait d'une plume de pigeon, identifiable aux évolutions de ses teintes, ivoire à la racine, cendrée sur les côtés, puis colorée en arc-en-ciel au bout ; dès lors, le message dégageait deux nouveaux sens, soit "Où es-tu?", soit "Reviens", car le pigeon voyageur est censé rentrer chez lui. Dans le dernier cas, cela cachait-il un appel au secours?
Le sixième me réconforta d'abord : il présentait un vieux collier de chien dont le système de fermeture était cassé. Maman me rassurait : "Tu es libre". Parce que c'était l'ultime message, je finis par douter : il pouvait aussi dire : "tu es parti et je m'en fous"".
Une fin inattendue et très belle...
A lire et à relire!
 
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Éditions Albin Michel - Conte philosophique - 102 pages

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