lundi 17 février 2014

Le marin américain - Karsten Lund

Mon résumé : Au Danemark, par une nuit d'hiver,  le narrateur revient sur le lieu où son arrière grand-mère Ane a caché un terrible secret. Il sait que son grand-père est né d'un adultère, et pour cause, il était  le seul de la famille à avoir les cheveux noirs et les yeux noirs. En effet, en 1902, un trois mâts a fait naufrage au large de Skagen un petit village de pécheurs. Le seul survivant était un marin d'origine américaine et Ane l'a gentiment hébergé le temps qu'il se remette de ses blessures pendant que son mari Jens Peter était en mer en campagne de pêche. Neuf mois plus tard est né son grand-père Tonny Christensen. Grand-père dont il était très proche et auquel il était le seul a ressembler. Le marin américain a, quant à lui disparu. Bien que toute la famille était au courant de l'adultère, le sujet était tabou. C'est donc cent ans plus tard que le narrateur tente de percer le mystère de ses origines.
 
Mon avis :  Ce roman a reçu le prix "Gens de mer - Étonnants voyageurs" en 2009 et le mérite totalement. Néanmoins, si j'ai adoré les deux premiers tiers et le dénouement (inattendu), j'ai trouvé que le passage où le narrateur raconte sa propre vie un peu long et inintéressant pour le reste de l'histoire.
En effet, il nous raconte l'histoire de son arrière grand-mère Ane et du fils qu'elle a eu d'un adultère :  Anthon (surnommé Tonny). C'est cette partie qui m'a beaucoup plu. On apprend beaucoup de choses sur la mentalité des danois habitant un petit port de pêche au début du XXème siècle.
Au village, tout le monde (et même Tonny)  sait qu'il est  illégitime, mais le sujet reste tabou et personne n'en parle. Le narrateur aimait plus son grand-père que n'importe quel autre membre de sa famille et sait que Tonny a tout fait pour connaître ses origines, et c'est cette démarche qu'il va continuer après la mort de celui-ci. En effet, Tonny a vaguement entendu parler d'une lettre qu'aurait laissé Ane avant de mourir et c'est cette lettre qu'il va tenter de découvrir. La tache ne va pas être facile pour lui, car il n'a pas d'autres renseignements que le nom de son père : Frédéric Porter.
J'ai aimé me plonger dans l'histoire de cette famille où les non-dits auraient pu être un handicap, mais ont au contraire été une force. Tonny était le plus grand patron de pêche du village, avait quatre bateaux et beaucoup d'employés. Celui qu'on raillait et surnommait l'américain a pris une belle revanche sur la vie.
Ane, quant à elle, n'a jamais baissé les yeux quand elle croisait quelqu'un dans son village. Son fils unique  et son succès en tant que patron de pêche ont finalement été sa force et son orgueil. Elle aussi a eu une très belle réussite professionnelle : elle avait une grande fabrique de hareng séchés et  a même été précurseur de la médecine du travail dans son pays grâce au docteur Warming avec qui elle a toujours eu une grande complicité.
Le narrateur nous raconte quatre générations : ses arrières grands-parents Ane et Jens Peter, Ses grands parents Tonny et Rie, ses parents Jens Peter Junior, et lui même. C'est le moment concernant ses parents et lui même que je n'ai pas aimé. On se perd dans les prénoms des oncles, tantes, cousins, cousines du coté paternel et maternel. Ce récit est long et n'a aucun intérêt pour la suite. En plus, l'auteur nous perd dans des allers et retours dans le temps et les générations. 
L'histoire commence en 1880 et dure un peu plus de 100 ans. 100 ans pendant lesquels on va apprécier suivre l'évolution des mentalités, l'évolution des progrès techniques aussi bien à terre (voitures....) qu'en mer (échosondeur pour localiser les bancs de poissons...) On apprendra aussi que beaucoup de ces évolutions ont eu lieu grâce à la grande guerre.
On comprendra à la fin pourquoi Ane est restée avec son mari Jens Peter.
Mon passage préféré est celui où le narrateur est avec son grand-père Tonny. Il est son portrait craché et on sent bien que la particularité commune de ces deux là leur a crée un très fort lien d'amour. Le narrateur n'a d'admiration que pour lui. Il est son modèle. Son décès a probablement été le pire moment de sa vie.
Je pensais ce roman était autobiographique et que le narrateur était l'auteur et fut déçue d'apprendre à la fin que tout était inventé à part le naufrage du bateau. On ne sait donc pas qui est le narrateur qui ne dit jamais son nom.
J'ai tout de même passé un très agréable moment bien que la police de caractère soit beaucoup trop petite dans cette édition et ne donne pas envie.
Par ailleurs, j'ai remarqué de nombreuses erreurs de traduction où les expressions sont pour la plupart traduites littéralement ce qui nous donne parfois des phrases totalement loufoques et sans aucun sens!
 
 L'image que je retiendrai : Ane , désespérée d'avoir toujours son ventre vide de vie, se rend chez le médecin du village pour lui demander "le mode d'emploi"  qu'elle va finalement mettre en oeuvre avec le naufragé... "Les quelques questions qu'elle balança étaient de nature si intimes que le docteur en eut le souffle coupé. [...] Il se dit que la démarche était certes inhabituelle, mais qu'a cela ne tienne [...] Fais le au milieu du mois, tu sais, entre les saignements, et ensuite reste étendue, tout à fait immobile. [...] reste  allongée sur le dos et bascule le bassin vers le haut, comme ça, ça tombe où il faut..."
 
Éditions Babel - Drame familial - 407 pages

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