lundi 17 février 2014

La solitude des nombres premiers - Paolo Giordano

Mon résumé : Mattia et Alice, touchés tous les deux par un drame dans leur petite enfance ont pour point commun leur solitude et leur caractère singulier. Mattia a perdu sa soeur jumelle après l'avoir abandonnée dans un parc pour se rendre seul à l'anniversaire d'un de ses copains. Alice a eu un grave accident de ski lorsqu'elle était toute jeune, lequel lui a laissé des séquelles à une jambe. Ils font connaissance au lycée et Mattia est persuadé qu'Alice est sa jumelle de coeur : même passé douloureux, même solitude à la fois voulue et subie, même difficulté à réduire la distance qui les isole des autres. De l'adolescence à l'âge adulte, leurs existences ne cesseront de se croiser, de s'effleurer et de s'éloigner dans l'effort d'effacer les obstacles qui les séparent.
 
Mon avis : "Les nombres premiers ne sont divisibles que par 1 et par eux-mêmes. Ils occupent leur place dans la série infinie des nombres naturels, écrasés comme les autres entre deux semblables, mais à un pas de distance. Ce sont des nombres soupçonneux et solitaires, raison pour laquelle Mattia les trouvait merveilleux. Il lui arrivait de se dire qu’ils figuraient dans cette séquence par erreur, qu’ils y avaient été piégés telles des perles enfilées. Mais il songeait aussi que ces nombres auraient peut être préféré être comme les autres, juste des nombres quelconques, et qu’ils n’en étaient pas capables.[...] Mattia avait appris que certains nombres premiers ont quelque chose de particulier. Les mathématiques les appellent premiers jumeaux : ce sont des couples de nombres premiers voisins, ou plutôt presque voisins, car il y a toujours entre eux un nombre pair qui les empêche de se trouver vraiment. Des nombres tels que le 11 et le 13, tels que le 17 et le 19, le 41 et le 43. Si on a la patience de continuer, on découvre que ces couples se raréfient progressivement. On tombe sur des nombres premiers de plus en plus isolés, égarés dans cet espace silencieux et rythmé, constitué de seuls chiffres, et l’on a le pressentiment angoissant que les couples rencontrés jusqu’alors n’étaient qu’un fait accidentel, que leur véritable destin consiste à rester seuls. Mais au moment où l’on s’apprête à baisser les bras, découragé, on déniche deux autres jumeaux, serrés l’un contre l’autre. Mattia pensait qu’Alice et lui étaient deux nombres premiers jumeaux, isolés et perdus, proches mais pas assez pour se frôler vraiment." Voilà le passage qui, a mon sens, explique le mieux le titre du livre et le ressenti de Mattia quant à la singularité de son caractère et de celui d'Alice.
L'histoire se déroule de 1983 à 2007 et nous raconte au fil du temps les existences de Mattia et d'Alice qui ne feront que de se croiser.
J'ai été touchée par ces deux jeunes plein de souffrances : Mattia tente d'exorciser ses blessures par des automutilations. En effet, c'est de sa faute s'il a perdu sa soeur jumelle. Il n'avait qu'une rue à traverser pour se rendre à l'anniversaire de son copain, mais pour avoir la paix, il a demandé à Michela de rester à l'attendre dans le parc. Deux heure plus tard, la petite fille n'y était plus. Son corps n'a jamais été retrouvé. Alice, quant à elle a eu un grave accident de ski un jour ou le brouillard ne laissait aucune visibilité.
Ses deux drames vont laisser à ces enfants des cicatrices indélébiles qu'ils vont devoir traîner toute leur vie telle une valise trop lourde. Mattia ne cesse de s'automutiler et se réfugie dans les mathématiques et Alice devenue boiteuse à vie se réconforte dans l'anorexie. C'est ce qui va causer tout au long de leur vie l'isolement et les railleries. Les émotions y sont décrites avec intensité et le lecteur va suivre leur cheminement jusqu'à l'âge adulte et les aléas de la vie qui font qu'ils vont alternativement  se perdre de vue puis se retrouver.
Tout au long du récit, j'ai eu envie de prendre Alice sous mon aile car sa fragilité et son détachement  vis à vis de son existence m'ont émue. Par exemple, quand son mari Fabio quitte le domicile conjugal, elle ne fait rien pour le retenir, fait comme si de rien n'était mais se plonge encore davantage dans ses troubles alimentaires. Mattia et elle n'expriment jamais leurs sentiments mais l'auteur arrive à exprimer leur ressenti avec force.
A noter que ce livre a été adapté au cinéma en 2011. Voici la fiche Allociné. Il est d'ores et déjà disponible en VOD et j'ai hâte de le visionner.
De plus, je tire mon chapeau à Paolo Giordano qui a obtenu avec ce  premier roman le très prestigieux Prix Strega... Et il a deux ans de moins que moi (Il est né en 1982). C'est peut être aussi ça qui m'a touchée chez Mattia et Alice : nous avons le même age...
 
La phrase que je retiendrai  : "Les choix se font en l'espace de quelques secondes et se paient le reste du temps."
 
Éditions Points - Drame - 342 pages.

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