lundi 17 février 2014

La servante du Seigneur - Jean-Louis Fournier

Résumé de l'éditeur : Ma fille était belle, ma fille était intelligente, ma fille était drôle…
Mais elle a rencontré Monseigneur. Il a des bottines qui brillent et des oreilles pointues comme Belzébuth. Il lui a fait rencontrer Jésus. Depuis, ma fille n’est plus la même.
Elle veut être sainte.
Rose comme un bonbon, bleue comme le ciel.
 
Mon avis : Ce livre très court mais très émouvant est une sorte de lettre ouverte à sa fille. Jean-Louis Fournier qui a l'habitude de parler de sa famille dans ses livres revient ici sur les difficultés relationnelles qu'il a avec  Marie depuis qu'elle a rencontré un théologien qui l'initie à la religion intégriste. Il fait un bilan de ses relations devenues très complexes.
Pour ne pas tomber dans le pathos, il emploie beaucoup d'humour noir : il appelle le compagnon de sa fille "Monseigneur" et semble d'une certaine manière un peu jaloux de lui. Car sa fille n'écoute que "Monseigneur".
Il évoque le temps regretté ou ils s'entendaient bien et qu'elle était encore  dans le milieu de la mode, (elle a quitté son emploi lorsqu'elle a rencontré "Monseigneur") qu'elle s'habillait avec des vêtements colorés et où il pouvait donner son avis sans être contredit à chaque fois.
On sent que ce sectarisme l'effraie et qu'il a peur de perdre sa fille.
J'ai adoré ce livre qui m'a néanmoins beaucoup émue. En effet, Jean-Louis Fournier n'a plus que sa fille. Après les décès de sa femme Sylvie (Dont il parle dans "Veuf") et de ses deux garçons lourdement handicapés (Où on va, Papa?), il n'a plus que Marie pour se raccrocher à la vie. Le sort semble s'acharner contre lui. Même Marie n'a de cesse de lui répéter "Tu as le diable au corps". Je trouve cela très courageux de sa part d'avoir une nouvelle fois publié son histoire personnelle. Cela aura au moins eu le mérite de la faire réagir et peut être la faire réfléchir. C'est ce que nous apprenons dans les dernières pages du livre  où Marie a eu un droit de réponse sur ce qu'elle a ressenti comme une attaque. En voici un extrait : "Tout le monde n'a pas la chance d'avoir un père qui offre sa propre fille au monde entier après l'avoir défigurée. En tant que "chef-d’œuvre" cubiste de Jean-Louis Fournier, j'aurais préféré que ce dernier le garde accroché dans sa maison. Il avait promis. Par générosité, il a voulu en faire profiter tout un chacun. M'y résigner était le prix à payer pour garder un père, même si j'en ressors flétrie."
 
Extraits :
  • "Ma fille m’a demandé pour Noël un 4 × 4 intérieur cuir. Je l’ai exaucée. Je lui en ai acheté un.
    Heureusement qu’elle a fait vœu de pauvreté, sinon elle m’aurait demandé une Rolls-Royce.
    Je l’ai échappé belle."
  • "Monseigneur m’a envoyé une lettre de condoléances lors du décès de Thomas. La lettre commence par « Je vous félicite pour cette exceptionnelle réussite ».
    J’ai eu du mal à comprendre. Thomas était lourdement handicapé.
    Ce n’était pas de l’humour. J’ai compris après.
    Il me félicitait d’avoir peuplé le ciel d’un nouvel ange, d’avoir fait cadeau de mon fils au ciel et à Dieu.
    De quoi culpabiliser les parents qui, égoïstement, gardent leurs enfants pour eux.
    Pourquoi ne pas revenir à la charmante époque des sacrifices humains où l’on savait partager ?"
  • "Pourquoi depuis que tu es à Dieu, tu es odieuse ?"
 
A lire aussi :
Où on va, Papa?
Veuf  
 
 
Éditions Stock - Témoignage - 149 pages

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