lundi 17 février 2014

La passerelle - Lorrie Moore

Mon résumé : Tassie Keltjin est une jeune étudiante de 20 ans qui doit quitter Delacrosse, sa ville natale du Midwest , pour aller étudier à Troie un peu plus loin. mais c'est la première fois qu'elle quitte son village où ses parents cultivent des pommes de terre bio pour aller en ville et découvrir les grands magasins, les cinémas... Pour subsister et payer sa colocation, elle n'a d'autres moyens que de chercher un petit job, et tombe par hasard sur un travail de baby-sitter pour une enfant de deux ans adoptée et métisse  nommée Mary-Emma. Mais elle ne va pas tarder à se rendre compte qu'en ville, le racisme et la cruauté sont de mise....Parallèlement à ce baby-sitting, elle va  tomber  amoureuse de Reynaldo, un jeune homme qu'elle a rencontré à la fac et qu'elle croyait brésilien... Seulement, les évènements post  11 septembre pourraient bien changer le cours de sa vie...
 
Mon avis : Dans la première partie du livre, ou sont présentés les personnages, il ne se passe pas grand chose mais le style et l'histoire nous portent et nous incitent à vouloir en savoir plus. 
Tassie : la jeune fille d'une vingtaine d'années encore étudiante, observe le monde dans lequel elle vit. Pour subsister, elle trouve ce travail de baby-sitter chez Sarah et Edward.
Sarah et Edward : Un couple ordinaire qui souhaite adopter. Professionnellement  très occupés, ils décident de faire garder leur petite Mary-Emma par Tassie. On va voir par la suite que ce couple cache un secret...
La famille de Tassie : Son père luthérien et cultivateur de pommes de terre qui a d'ailleurs donné son nom à une variété : Les Keltjin. Sa mère, juive et neurasthénique et son jeune frère très maladroit.
Reynaldo : le jeune homme que Tassie rencontre sur les bancs de la fac et avec qui elle va passer ses journées accompagnée de Mary-Emma. Le jeune couple fait comme si la petite fille était la leur mais tous les soirs, Tassie la ramène chez ses parents. Elle croit que Reynaldo est brésilien mais ne lui a jamais posé la question....
Ensuite, les événements se précipitent et l'histoire prend une autre tournure. "Car tout le monde savait que tout était simple, sans complication : la vie rebondissait sur les vitres comme un insecte et puis, un jour, s’arrêtait net." Tassie se rend compte que les apparences sont trompeuses et ne reflètent pas la réalité. Elle va bien vite se rendre compte des faux-semblants et, petit à petit et sans s'en rendre compte, tomber dans une sorte de dépression.
Parlant tour à tour, des préjugés, du racisme, de la difficulté de devenir adulte, mais aussi de l'islamisme et de la délicate situation des soldats envoyés faire la guerre en Afghanistan (Car le frère de Tassie y est envoyé et n'en reviendra malheureusement pas), ce livre est un regard critique et parfois ironique sur la société américaine actuelle. (L'histoire se déroule juste après les évènements du 11 septembre.)
Un très bon moment de lecture où, pour une fois, le personnage principal n'est pas une jeune fille blanche issue des beaux quartiers, mais une jeune fille ordinaire fille de paysan.
 
 
Extraits :
 
Les cours ne débutaient pas avant la semaine suivante, mais je sentais le semestre remonté à bloc et prêt à tirer comme une kalachnikov. Le semestre du printemps, à la fois bien et mal nommé. Tant qu'il n'avait pas commencé, je dormais jusqu'à midi, puis me levais et me préparais une sorte de pitoyable baklava du pauvre : un grand biscuit de blé complet sur lequel je versais du miel et des cacahuètes écrasées. La cuisine était toujours à l'abandon. Des nouvelles fraises avaient moisi dans le réfrigérateur, alors que j'avais l'impression de les avoir tout juste achetées. Cette fois, elles arboraient le gris turquoise d'un toit cuivré. Le pain lui aussi était poudré d'une moisissure bleutée qui aurait fait une ravissante ombre à paupière pour choriste - mais une choriste ayant besoin de pénicilline. Un quignon resté plusieurs semaines dans un sac en plastique semblait contenir un serpent de moisissure aux taches orange et noire : le musée d'Art moderne des Filles fauchées.

Ainsi se poursuivit ma longue incompréhension des langues romantiques (au lycée,j'avais un peu étudié l'allemand avec frau Zinkraub ; en haut de chacune de mes interrogations écrites, je dessinais des tanks avec, juché dessus, Hitler qui saluait ;j'avais essayé le latin, mais in situ, n'avais trouvé personne avec qui le parler - alors à quoi bon ? Du coup j'imaginais que conseco signifiait 'par conséquence'). Les langues romantiques m'échappaient de façon générale et particulière ; rien ne me semblait plus énigmatique et incompréhensible que le langage corporel de l'amour chez un garçon. Ce qui n'était qu'une grimace involontaire, je prenais ça pour de l'extase. La pulsion masculine naturelle de vouloir pénétrer, creuser, pousser, je considérais ça comme le désir tendre de se laisser envelopper avec douceur et, momentanément du moins, dominer par les attentions dévouées de quelqu'un d'autre. L'instinctif et urgent aller-retour d'un corps dans l'autre, je pensais que c'était le retour romantique de l'éternel amant. Embrasser n'était pas un appétit animal, mais le coeur qui, pour exprimer son attraction unique et profonde tendresse, volait jusqu'aux lèvres. Les trépidations de la jouissance, aussi involontaires que les râles de la mort, je voyais ça comme la déclaration d'un attachement désespéré. Pourquoi, je l'ignore. Je ne me percevais pas comme quelqu'un de sentimental. Je me considérais comme ayant l'esprit vif.
 
Éditions Points collection Cercle - 410 pages - Drame  

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