mardi 18 février 2014

La couleur des sentiments - Kathryn Stockett

Mon résumé : Nous sommes en 1963 à Jackson, une petite ville du Mississippi. Les lois ségrégationnistes régissant les rapports entre les noirs et les blancs sont légion et dirigent le pays. Minny et Aibileen, sont des femmes noires employées dans des familles blanches ou elles s'occupent des taches quotidiennes, mais surtout élèvent les enfants.
Eugénia (surnommée Skeeter) vient de finir ses études, et son éducation fait qu'elle trouve les lois contre les Nnoirs absurdes et sans fondement. Pour le prouver, elle décide de recueillir discrètement des témoignages de bonnes de son entourage afin de peut être réussir à faire publier un ouvrage anonyme. Mais la tache est dure, car ces femmes risquent de perdre leurs places dans les familles et il n'est pas facile pour Skeeter de trouver une quinzaine de témoignages (condition sine qua non de l'éditrice). Le Mississippi étant l'état le plus touché par les lois ségrégationnistes, il faut qu'elle aide le reste des États Unis à ouvrir les yeux sur ces pratiques d'un autre âge, et ses études de journalisme et sa place de rédactrice en chef du Journal de la Ligue vont l'y aider.
De plus, sachant que toutes les bonnes se connaissent et qu'elles discutent entre elles, Skeeter pense réussir à en apprendre plus sur la disparition de Constantine, la bonne qui l'a élevée et qu'elle aime comme sa propre mère. Toutes ces entrevues doivent être les plus discrètes possibles afin que le secret soit préservé et Skeeter sait qu'elle risque gros mais que c'est le prix à payer  pour faire évoluer les mentalités, et son ouvrage, s'il est finalement publié, arrivera en même temps que le discours de Martin Luther King.
 
Mon avis : J'ai adoré cette histoire partie d'un fait réel ou la narratrice est alternativement au fil des chapitres Skeeter, Aibileen ou Minny ce qui nous permet de connaître les différents points de vues pour un même évènement et les différents ressentis. Le travail entrepris par Skeeter demande beaucoup de ruse et de discrétion car aucun détail trop précis ne doit être donné quant aux familles qui les emploient afin que personne ne puisse être reconnu. La ville de Jackson devient même Niceville.
J'ai particulièrement apprécié le lien de solidarité et d'entraide qu'il existe entre ces bonnes qui se connaissent toutes et aussi les liens que l'auteur nous relate entre ces femmes et les enfants qu'elles élèvent qu'elles considèrent souvent comme les leurs.  Le lien entre Aibileen et Mae Mobley âgée de deux ans à qui elle ne cesse de répéter qu'elle est gentille et intelligente pour lui redonner confiance en elle alors que sa mère (Miss Elisabeth Leefolt) est incapable de s'en occuper correctement et de lui montrer le moindre amour est le plus émouvant. Aibileen la surnomme d'ailleurs Baby Girl et lui raconte des histoires secrètes ou il est question d'un "martien" Luther King qui  n'est pas aimé des blancs, car, comme tous les martiens, il est vert et donc pas de la même couleur qu'eux.
"Aibileen : Aujourd’hui, je vais te raconter l’histoire d’un extra-terrestre. (…) Un jour, un martien plein de sagesse descendit sur la Terre pour nous apprendre une ou deux choses.
Mae Mobley : Un martien ? Grand comment ?
Aibileen : Oh environ deux mètres !
Mae Mobley : Comment il s’appelait ?
Aibileen : Martien Luther King. (…) C’était un très gentil martien ce Luther King, exactement comme nous, avec un nez, une bouche et des cheveux sur la tête, mais les gens le regardaient parfois d’un drôle d’air, et je crois qu’il y en avait qui étaient carrément méchants avec lui.
Mae Mobley : Pourquoi Aibi ? Pourquoi ils étaient méchants avec lui ?
Aibileen : Parce qu’il était vert. »
J'ai trouvé cette allusion amusante et intelligente pour montrer à une enfant de deux ans le mal que peut faire la ségrégation raciale. Aibileen résume sa vie chez les Blancs comme ceci :" Moi je m'occupe des bébés des Blancs, voilà ce que je fais, et en plus, de tout le boulot de la cuisine et du ménage. J'en ai élevé dix-sept de ces petits, dans ma vie. Je sais comment les endormir, les calmer quand ils pleurent et les mettre sur le pot le matin, avant que les mamans aient seulement le temps de sortir du lit."
J'ai aussi beaucoup aimé Minny et son insolence qui arrive à tisser des liens avec la jeune femme qui l'emploie en cachette : Miss Célia RaeFoote. Plus particulièrement le passage de la fausse couche de Célia, montrant que malgré toutes ces lois, les bonnes peuvent de venir de vraies confidentes et se montrer indispensables.
Malgré tout, certains passages sont révoltants : par exemple celui ou Hilly Holbrook, femme du futur sénateur veut faire promulguer une loi interdisant les toilettes des Blancs aux Noirs. En effet, les familles blanches devront mettre un WC dans leur jardin, il sera exclusivement réservé à leurs bonnes afin de ne pas attraper de maladies. Rappelons qu'à cette époque, il y a des hôpitaux, bibliothèques, quartiers, bus... pour les blancs et qui sont interdits aux noirs. Ils ne se mélangent pas et lorsqu'une femme noire promène un enfant blanc elle est obligée d'être vêtue de son uniforme de travail.
L'histoire, même si elle ne se termine pas vraiment bien pour tout le monde, finit par une note optimiste car les choses sont en train d'évoluer. Martin Luther King vient de prononcer son discours "Je fais un rêve" .
"La couleur des sentiments", que j'ai découvert et eu envie de lire grace à Mélusine fera partie de mes coups de coeur de 2011 et je le garderai longtemps en mémoire.
 
 
Editions Jacqueline Chambon - 520 pages.
 
En savoir  plus sur Martin Luther King.
En savoir plus sur les lois ségrégationnistes

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