lundi 17 février 2014

c2h4o2 - Condie Raïs

Présentation : Une sociopathe qui tue tous ceux qu'elle touche, un frappadingue qui veut réussir dans le roman sentimental, une stagiaire subissant un harcèlement d'un nouveau genre, un dingue qui pense que John Wayne est toujours vivant, une petite fille inquiétante, un gigolo qui picole comme un trou, une femme humiliée et des philosophes néo-kantiens qui s'étripent. Tels sont les personnages de ces huit nouvelles dans lesquelles on oublie souvent que boire et fumer nuisent dangereusement à la santé.
 
Mon avis : Je remercie vivement Condie Raïs de m'avoir contactée pour me proposer son livre en l'échange d'une critique. Moi qui adore lire des nouvelles, je ne pouvais pas mieux tomber!
Apparemment c'est mon billet sur "Mon chien stupide" de John Fante qui a convaincu Condie de me contacter. En effet, et elle le dit dans son livre, elle apprécie (entre autres) John Fante. Je me régale alors d'avance de la lecture qui m'attend. Et je n'ai pas été déçue! De l'humour noir, du cynisme, tout était là pour me faire passer un agréable moment.
c2h4o2 est la formule chimique de l'alcool, et la consommation excessive d'alcool d'un des personnages est le point commun entre chacune de ces 8 nouvelles.
J'ai aimé le ton de l'écriture et de l'aplomb avec lequel Condie se moque gentiment de certaines personnes notamment certains auteurs à succès tels que Marc Levy et Guillaume Musso.
J'ai aimé 6 des 8 nouvelles. Les deux autres ("Eloge de John Wayne" et "métaphysique des mails") ne m'ont pas parlé.
Voici un bref résumé de chacune :
 
Maneater : Une jeune fille se rend compte dès son plus jeune âge qu'elle a un don étrange : tous les gens avec lesquels elle a un contact tactile décèdent dans les deux à quinze heures suivantes. Au début, elle prend d'infinies précautions avec tout le monde, et ensuite, à l'âge adulte, elle en joue. Elle rencontre des hommes sur Internet, a des rapports avec eux, puis les suit quand ils rentrent chez eux pour voir de quel façon tragique ils finissent. Ce don (ou handicap) a fait d'elle la plus grande tueuse en série du net...
 
Pars vite mais ne reviens pas trop tard : Cette nouvelle se moque gentiment de Marc Levy. il est ici décrit comme un auteur n'arrivant pas à exprimer ses idées sur papier. Sa jeune voisine (qui n'est autre que Condie Rais) va alors l'aider à écrire ses romans sentimentaux en écrivant la trame et en laissant le soin à Marc Levy d'écrire lui même les descriptions. Elle va même jusqu'à lui trouver un pseudo plus vendeur : Marc Mussaut (abréviations de Muscadet et sauterne!). Marc Levy profite alors  de la gloire de ses parutions grâce à sa voisine devenue sa "nègre".
 
Harcèlement : Isabelle, une jeune employée se retrouve injustement licenciée à cause d'un prétendu "harcèlement littéraire" dont elle serait l'auteur. En effet, elle tente de faire découvrir la littérature anglo-saxonne à son patron, lui troquant ses livres de Marc Mussaut contre des John Fante ou Bukowski. Ce dernier qui ne jure que par Mussaut, ne comprend pas que l'on puisse lire des livres d'une telle vulgarité. Il voit en Isabelle un être abjecte dénué de tout sentiment et la vire...
--->Pour une jeune auteure, Condie Rais ne manque pas de cran pour critiquer aussi violemment des auteurs tels que Marc Levy ou Guillaume Musso!
 
Éloge de John Wayne : Une courte nouvelle retraçant la vie de l'acteur. Il est dépeint sous un jour très positif.
 
La petite fille qui n'aimait pas Noel : Une jeune collégienne voit son père et sa mère sombrer progressivement dans la dépression et l'alcoolisme. Elle ne tardera pas à comprendre pourquoi... Mais elle n'est plus une enfant. Ses parents auraient du lui dire la vérité.
 
Décadences : Un escort boy accro à l'alcool et aux antidépresseurs, se retrouve contraint de parler à la fille du couple qui l'emploie régulièrement. Mais l'adolescente qui n'écoute déjà pas ses parents ne risque pas de se faire imposer la loi par un homme aux moeurs légères qui est payé par son père pour avoir du bon temps avec sa mère. Cette famille pour le moins atypique pourrait bien pousser notre dépressif à commettre l'irréparable...
---> Bien que le ton soit très cru et l'histoire très cynique, cette histoire a été ma préférée. Je ne m'attendais pas à cette fin...
 
Prospérine la louve : Seconde guerre mondiale : Prospérine est une jeune femme qui a été chassée de son village en subissant les pires humiliations en public. Son tort : elle est tombée enceinte d'un soldat allemand. Quelque mois plus tard, elle revient dans son village pour se venger...
 
Métaphysique des mails : échange de mails entre deux collègues du département philosophie de la faculté. Suite à de petites incompréhensions, le ton monte entre les deux professeurs. Comme quoi on peut être féru de philophie et en venir aux mains...
 
Pour vous procurer ces nouvelles et connaître tous ces personnages immoraux et politiquement incorrects, c'est par ici.
 
L'image que je retiendrai : Dans la nouvelle "Harcèlement", Isabelle parle du style de Marc Mussaut, et elle ne mâche pas ses mots : " le style de l'auteur m'a fait l'effet du raclement d'une pelle sur une surface granuleuse [...] L'histoire pourrait se résumer en 5 lignes et aucun personnage ne peut entrer dans une pièce sans que le narrateur nous inflige la description des murs, du parquet, de la moquette ainsi que de tous les objets et accessoires qui traînent dans le coin..."
 
 
Auto-édition - Nouvelles - 160 pages

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