mercredi 28 septembre 2016

La succession - Jean-Paul Dubois

La succession - Jean Paul Dubois
Synopsis : Paul Katrakilis vit à Miami depuis quelques années. Jamais il n’a connu un tel bonheur. Pourtant, il se sent toujours inadapté au monde. Même la cesta punta, ce sport dont la beauté le transporte et qu’il pratique en professionnel, ne parvient plus à chasser le poids qui pèse sur ses épaules. Quand le consulat de France l’appelle pour lui annoncer la mort de son père, il se décide enfin à affronter le souvenir d’une famille qu’il a tenté en vain de laisser derrière lui. Car les Katrakilis n’ont rien de banal: le grand-père, Spyridon, médecin de Staline, a fui autrefois l’URSS avec dans ses bagages une lamelle du cerveau du dictateur; le père, Adrian, médecin lui aussi, est un homme étrange, apparemment insensible; la mère, Anna, et son propre frère ont vécu comme mari et femme dans la grande maison commune. C’est toute une dynastie qui semble, d’une manière ou d’une autre, vouée passionnément à sa propre extinction. Paul doit maintenant rentrer en France pour vider la demeure. Lorsqu’il tombe sur deux carnets noirs tenus secrètement par son père, il comprend enfin quel sens donner à son héritage.

Mon avis : Si vous suivez mon blog régulièrement, vous savez que j'aime beaucoup ce qu'écrit Jean-Paul Dubois donc, je ne pouvais pas rater cette sortie de la rentrée littéraire. Comme d'habitude, le personnage principal s'appelle Paul mais d'un livre à l'autre ce n'est jamais tout à fait le même puisque le nom de famille diffère. La passion pour les voitures américaines et le fait de vivre et/ou aimer les États-Unis restent, quant à eux, des points communs à tous ces Paul. 
Ici, nous suivons Paul Katrakilis, médecin de formation qui a préféré s'exiler aux États-Unis pour devenir joueur professionnel de cesta-punta (une sorte de pelote basque) plutôt que de suivre les traces de son père et devenir un médecin au professionnalisme reconnu.
Paul essaye en effet de s'éloigner de sa famille car une terrible malédiction en frappe les membres les uns après les autres : le suicide. Son grand-père, son oncle puis sa mère deux mois après et maintenant son père dont il doit gérer la succession seul et pour cela revenir en France. Lorsqu’il tombe sur deux carnets noirs tenus secrètement par son père, il comprend enfin quel sens donner à son héritage... Arrivera-t-il à dépasser ses appréhensions et rester en France? Reprendra-t-il le cabinet médical de son père? Mais surtout, sera-t-il assez fort pour contrer cette malédiction qui touche sa famille? Autant de questions auxquelles vous trouverez les réponses en lisant ce livre. Certainement l'un des plus noirs de l'auteur puisqu'il incite à réfléchir sur la vie qui ne tient finalement à pas grand chose mais aussi sur l'héritage que l'on reçoit de sa famille tant au niveau génétique que patrimonial et professionnel.
Comme d'habitude je me suis beaucoup attachée à Paul qui m'a touchée par sa quête d'un bonheur simple malgré toutes les difficultés "psychologiques" rencontrées par sa famille. Et avant l'annonce du décès de son père, il avait enfin réussi à retrouver un équilibre et une stabilité. Il vivait de sa passion, avait des amis, parfois même des petites-amies et aimait la simplicité d'aller faire un tour en mer, s'occuper d'un chien...Mais cette annonce de succession à gérer va de nouveau l'ébranler dans son quotidien.
J'ai aussi eu un réel plaisir à retrouver l'agile et élégante plume de Jean-Paul Dubois qui manie ici avec brio un certain humour noir que j'adore! (je vous laisse découvrir par exemple, ce qu'a fait le père de Paul avec du Scotch avant de se jeter du huitième étage..). Paul est le narrateur de cette histoire dans laquelle le passé et le présent s’alternent judicieusement afin que le lecteur découvre petit à petit les éléments qui ont poussé cette famille à ces gestes regrettables.
J'ai frôlé le coup de cœur pour cette famille au destin programmé!
Un incontournable de cette rentrée littéraire!

Extrait : "Ce furent des années merveilleuses. Quatre années prodigieuses durant lesquelles je fus soumis à un apprentissage fulgurant et une pratique intense du bonheur. Il m’avait fallu attendre vingt-huit ans pour éprouver chaque jour cette joie d’être en vie au petit matin, de courir pour polir mon souffle, de respirer librement, de nager sans peur, et de ne rien espérer d’autre d’une journée sinon qu’elle m’accompagne comme l’on promène une ombre et que le soir venu elle me laisse en l’état, simplement satisfait, abruti de quiétude et de paix loin de ce territoire désarticulé que j’avais abandonné, et surtout loin de ceux qui m’avaient mis au monde par des voies naturelles, m’avaient élevé, éduqué, détraqué et sans aucun doute transmis le pire de leurs gènes, la lie de leurs chromosomes.
Sur ce dernier point, je sais parfaitement ce dont je parle.
De la mi-novembre 1983 au 20 décembre 1987, je fus donc un homme profondément heureux, comblé en toutes choses et vivant modestement des revenus du seul métier que j’aie jamais rêvé d’exercer depuis mon enfance : pelotari.
En Floride, et surtout au Jaï-alaï de Miami, j’ai fait partie de ce petit cercle de professionnels de la pelote basque rétribués à l’année pour danser sur les murs, jouer du grand gant, fendre l’air avec une cesta punta et propulser des balles de buis cousues de peau de chèvre à 300 km/h sur le plus grand fronton du monde – un Vatican peuplé de cent papes aux mains d’osier – frôlé par les avions de l’aéroport de Miami International, et fréquenté alors par ce qui se faisait de mieux dans une ville qui, il faut bien le reconnaître, n’avait jamais été trop regardante sur la fabrique de son aristocratie.
"

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mardi 27 septembre 2016

Huit mois pour te perdre - Marie-Diane Meissirel

Huit mois pour te perdre - Marie-Diane Meissirel
Synopsis : « —     Eh bien, tu l’aimes, ce gosse, on pourrait croire que c’est le tien ! Tu devrais faire attention de ne pas trop t’y attacher, il pourrait bien te briser le cœur ce petit ! »
Emma est française, expatriée en Croatie, elle y conseille le ministère de la justice. Dunja est croate. À soixante ans, elle aimerait prendre sa retraite mais doit travailler pour gagner sa vie et entretenir son fils musicien. Les deux femmes ont un lien : le bébé d’Emma, Bruno, dont Dunja est la nourrice. Alors qu’Emma s’absente souvent pour son travail, Dunja et Bruno fusionnent et l’amour de Dunja pour l’enfant ne cesse de grandir. Le quotidien de ces trois personnages n’est pas parfait, mais ils ont trouvé un certain équilibre. Jusqu’au jour où Emma, rentrant de voyage, apprend que son appartement a été cambriolé et que Bruno et Dunja ont disparu. Ces deux événements pourraient-ils être liés au passé d’Emma qui a longtemps travaillé sur les questions de crimes de guerre dans la région ? Qu’est-il arrivé à Bruno et Dunja? Emma arrivera-t-elle à les retrouver à temps ?
Un roman à deux voix où le talent d’écriture de l’auteur nous fait entrer dans l’intimité de deux mères en difficulté et nous transporte dans un pays qui, à l’heure d’intégrer l’Union européenne, porte encore les stigmates du conflit yougoslave.

Je remercie Eric Poupet et les éditions Daphnis et Chloé pour l'envoi de ce livre.

Mon avis : Jamais déçue par les publications des éditions Daphnis et Chloé, c'est avec grand plaisir que je me suis plongée dans cette nouvelle parution, d'autant que l'intrigant synopsis laissait présager une lecture forte en émotions. (Ce qui a été le cas!). Ce troisième roman de Marie-Diane Meissirel, est inspiré de sa vie en Croatie et aborde le délicat sujet de la conciliation entre maternité et carriérisme.
En effet, Emma est une jeune expatriée française en Croatie qui a fait le choix de privilégier sa carrière professionnelle au détriment de Bruno, son fils qu'elle confie à Dunja, lors de ses absences. Elle a beaucoup de mal a accepter le fait de se retrouver seule à élever ce bébé qui ressent tellement fort ses frustrations  qu'il  lui retourne son mal être en étant colérique et capricieux. Le choix de le laisser à la nounou est donc pour Emma une solution de facilité et un moyen de se détacher de ses problèmes relationnels avec son fils. Connaissant les difficultés relationnelles entre Emma et Bruno, Dunja va alors se croire investie d'une mission de protection et d'amour envers Bruno dépassant largement le cadre de son rôle de nounou...
Même si ce choix de vie d'Emma parait difficile à comprendre pour une lectrice, je l'ai trouvée très attachante. Et c'est d'ailleurs - pour moi -le gros point fort de ce livre : on s'attache aux deux protagonistes malgré leurs travers car l'auteure nous fait découvrir petit à petits les moments douloureux traversés par chacune qui font ce qu'elles sont devenues aujourd'hui : l'une carriériste et égocentrique, l'autre possessive et exclusive mais au cœur tellement grand.
Pour parvenir à nous faire ressentir les émotions de ces deux femmes perdues dans leurs vies et leurs sentiments dont les caractères  sont diamétralement opposés, l'auteure alterne les chapitres entre la narration de Dunja et celle d'Emma, ce qui nous permet d'avoir  les points de vue des deux femmes vis à vis des événements qui s'enchaînent de plus en plus vite au cours du livre pour notre plus grand bonheur. 
Un livre très court mais intense en émotions que je recommande!

Extrait : "Ce choix de garder mon bébé, je l’ai fait seule et je l’assume seule…
Enfin, c’est ce que je pensais avant de réaliser que j’en étais incapable. J’ai volontairement laissé la place à Dunja, elle remplit si bien mes vides de tendresse, de patience et de gaieté, et peut-être même d’amour.
C’est moi qui ai laissé partir Bruno, je l’ai laissé glisser loin, très loin. Ne plus entendre ses pleurs, ne plus voir ses colères, ne plus être responsable, je l’ai tant souhaité ! Des mois que je m’enfonce ce clou de culpabilité dans le cœur et que je guette un sursaut d’instinct maternel. Comment la maternité peut-elle être si cruelle? Comment un enfant peut-il devenir le miroir d’une face obscure et insoupçonnée? Comment donner la vie peut-il rendre si égoïste et pessimiste, transformer au point de ne plus se reconnaître? À qui appartiennent cette voix qui crie sur un si petit enfant, ces lèvres qui craignent de l’embrasser, ces mains qui n’arrivent pas à le câliner et ce regard qui ne s'émerveille plus de ses sourires?"

Éditions Daphnis et Chloé - littérature contemporaine - 173 pages

jeudi 1 septembre 2016

Aux petits mots les grands remèdes - Michael Uras

Aux petits mots les grands remèdes - Michael Uras
Synopsis : Alex, notre héros passionné par les livres, a choisi d’exercer le métier peu commun de bibliothérapeute. Sa mission : soigner les maux de ses patients en leur prescrivant des lectures. Yann, l’adolescent fragile qui s’est fermé au monde ; le cynique Robert, étouffé par son travail et qui ne sait plus comment parler à sa femme ; Anthony, la star de football refusant de s’avouer certaines de ses passions... Tous consultent Alex. Mais qui donnera des conseils au bibliothérapeute lui-même ?
La clé du bonheur se trouve-t-elle vraiment entre les lignes de ses livres chéris ?
En convoquant les auteurs qui ont compté, Michaël Uras propose, sous une plume vive et légère, une histoire revigorante et inspirante, pleine d’humour et d’esprit, qui rend hommage aux mots, ceux des autres, ou ceux que chante notre petite musique intérieure.

Je remercie les éditions Préludes pour cette lecture en avant-première. Date de sortie : 1er septembre.

Mon avis : Un livre qui parle de livres et qui aborde le métier de bibliothérapeute (je ne connaissais pas!), il n'en faut pas plus pour me convaincre! 
J'ai aimé l'originalité de cette histoire et découvrir les prescriptions livresques d'Alex selon les maux de ses patients : beaucoup de classiques comme Homère ou Salinger que j'ai maintenant envie de lire! D'ailleurs, je me demande si l'auteur n’avait pas lui aussi (comme Alex)  une mère professeur de littérature car l'étendue de ses connaissances en la matière est impressionnante! Par les situations des personnages des romans, Alex invite ses patients à faire un parallèle avec leur vie et essayer de trouver une réponse à leurs questions.
Alex aime tellement ses livres qu'il arrive à transmettre sa passion à ses patients. Pour preuve : il réussit à donner soif de lecture à un business-man à l'emploi du temps surchargé et à un joueur de football professionnel! 
Par contre, au niveau de sa vie personnelle, il ferait bien de suivre ses propres conseils car ses lectures l'isolent de la société, rendent la communication avec ses proches et son entourage beaucoup plus difficiles  et, en plus, il ne sait pas tirer un trait sur une histoire et tourner la page comme par exemple avec son ancienne petite amie Mélanie, à qui il ne cesse de penser et qu’il tente vainement de reconquérir par tous les moyens. Pour un homme qui aide les autres à résoudre leur mal-être, j'ai trouvé ça un peu dommage. Avec sa mère aussi, il a eu de nombreux problèmes de communication. Pourtant, il parvient à aider Yann, l'adolescent qui vit une situation qui lui rappelle ses propres problèmes avec sa mère. Si je ne me suis pas identifiée aux personnages, Alex m'est tout de même apparu comme quelqu'un de très attachant car finalement, il vit complètement dans son monde "livresque" et c'est lui que l'on a envie d'aider...
Dès aujourd'hui en librairie!

Extrait "Je ne laisse personne indifférent. Quand la porte s'ouvre, c'est la même chose, la même incrédulité, le même étonnement, le même questionnement. Comment va-t-il faire pour me sortir de là avec ses livres? 
Dans le meilleur des cas, le temps d' adaptation de mon interlocuteur est bref et on passe directement à autre chose, à un autre sujet, la raison de ma visite. 
Dans le pire, le stade du « essayons » est inaccessible. Alors, je me rends compte qu'il ne sert à rien d' insister. Je n'ouvre pas mon livre. Je me déplace ou je reçois pour aider les autres, pas pour ajouter du trouble à leur existence. On peut aider sans toucher. Et si on fait appel à moi, il faut y croire, un peu.
 « Tu ne laisses personne indifférent » Ma mère a prononcé cette phrase des centaines de fois. Elle enseignait la littérature à l' université, pourtant elle manquait de mots pour expliquer son trouble . Sa voix dans ma tête.
 Tu ne laisse personne indifférent . Tu ne laisse personne indifférent . Tu ne laisse personne indifférent …
 Un copier-coller comme un aveu de faiblesse verbale . Un comble pour une spécialiste du roman réaliste."

Éditions Préludes - Littérature contemporaine - 384 pages

jeudi 25 août 2016

Je vais m'y mettre - Florent Oiseau

Je vais m'y mettre - Florent Oiseau
Synopsis : Fred, la petite quarantaine, surfe sur l’écume des jours. Après des années à enchaîner jobs alimentaires et périodes de chômage, il a renoncé à faire carrière. Il passe désormais ses journées à dormir, manger des Knacki devant les émissions de Sophie Davant et boire des demis au bistrot du coin en attendant l’amour.
Jusqu’au moment où il découvre qu’il arrive en fin de droits, et que ses maigres allocations disparaîtront bientôt. Il n’a plus le choix : il doit s’y mettre. Un emploi salarié ? Il n’en trouvera pas. Mais des ennuis, oui. Fred, par paresse ou naïveté, a une fâcheuse tendance à se laisser glisser dans les embrouilles…
De Paris à Malaga, Je vais m’y mettre nous embarque pour une série d’aventures drolatiques en compagnie d’un personnage aussi attachant que désabusé. Une comédie d’aujourd’hui où, derrière les éclats de rire, se dessine le devenir de la génération précaire.

Je remercie les éditions Allary pour cette lecture en avant première! Date de sortie : 25 août.

Mon avis : "Je vais m'y mettre" est le premier roman de Florent oiseau, un jeune auteur de 25 ans qui a réussi  à se mettre dans la peau d'un quadragénaire fainéant, procrastinateur, souvent vulgaire, mais plein d'humour et attachant.
Depuis qu'il s'est rendu compte qu'il arrivait en fin de droits, "Je vais m'y mettre" est devenu un leitmotiv pour Fred. Mais, plutôt fainéant de nature, il se trouve toujours une bonne excuse pour remettre au lendemain ses obligations. A commencer par exemple à aller au bistrot du coin se faire servir de bonnes bières et remplir une grille de loto. On se sait jamais! De fil en aiguille, notre antihéros qui souhaite s'en sortir mais à condition que ça ne lui demande pas trop d'efforts va se trouver un job en "free-lance" qui pourrait bien le mettre dans le pétrin encore plus qu'il ne l'est... 
J'ai aimé suivre les errements de Fred mais surtout ses réflexions et constations sur sa propre vie. Il arrive à voir sa situation avec recul, humour et autodérision. C'est ce qui m'a plu chez lui : il ne se prend jamais au sérieux et reste lucide sur son peu d'ambition (à part celle de se nourrir "sainement" à base de poisson pané et riz à tous les repas!) 
Malgré tous ces points positifs, deux choses m'ont un peu dérangée :  
Premièrement : tout au long du livre, je me suis demandé où l'auteur voulait nous mener car, même si les atouts de ce livre reposent sur l'humour et la personnalité attachante de notre héros, il faut bien dire qu'il ne se passe pas grand chose et que les événements ne s’enchaînent pas. 
Deuxièmement : pourquoi autant de vulgarité? Bien qu'il semble abuser régulièrement de la boisson, pourquoi  en avoir fait un personnage au langage souvent vulgaire.
Malgré tout une lecture agréable et un jeune auteur à suivre de près!

Extrait :  "J'étais un peu en avance, alors je me suis acheté une canette de bière. Réflexe pavlovien. Dix minutes plus tard, alors que j'hésitais à en reprendre une, mon rendez-vous s'est pointé. Quand je l' ai vue, je me suis rendu compte qu'elle était un peu plus grosse que ses photos ne le laissaient présager, mais je n' étais pas en droit de critiquer. Et puis, je ne suis pas du genre à dégrader les gens sur leur physique ou autre. Enfin bon, il y avait quand même facile quinze kilos de plus que ce que suggérait la photo sur son profil, prise dans la pénombre en habits de ski. L'art du camouflage dans toute sa splendeur. Ça ne paraît pas, mais quinze kilos, c'est le poids d'une petite table basse. Et quand une personne avale une table basse, on le remarque, croyez-moi. Je ne me suis pas démonté pour autant, ce n'est pas le genre de la maison. Après une brève inspection mutuelle, on est allés prendre un godet dans un bar, vers Rambuteau."

Éditions Allary - Littérature contemporaine - 230 pages

mercredi 24 août 2016

Un travail comme un autre - Virginia Reeves

Un travail comme un autre - Virginia Reeves
Synopsis : « On naît avec quelque chose dans les veines, pour mon père, c’était le charbon, pour Marie, c’est la ferme, pour moi un puissant courant électrique. » Roscoe T Martin est fasciné par cette force plus vaste que tout, plus grande que lui, qui se propage avec le nouveau siècle : l’électricité. Il s’y consacre, en fait son métier. Un travail auquel il doit pourtant renoncer lorsque Marie, sa femme, hérite de l’exploitation familiale. Année après année, la terre les trahit. Pour éviter la faillite, Roscoe a soudain l’idée de détourner une ligne électrique de l’Alabama Power. L’escroquerie fonctionne à merveille, jusqu’au jour où son branchement sauvage coûte la vie à un employé de la compagnie.. « Un premier roman exceptionnel, porté par une langue sincère, directe et suave. » Kevin Powers. « L’univers de ce roman exquis – les années 1920, en Alabama – ne m’a pas quittée depuis que je l’ai refermé. C’est magnifique, douloureux, original, et si juste dans ses moindres détails. Touffu, plein de terreur et de beauté. » Fiona McFarlane « C’est assurément un travail pas comme les autres en ce que l’humanité et l’optimisme survivent même dans les endroits les plus sombres – la cellule d’un pénitencier, la galerie d’une mine, la décomposition d’un mariage et la terre impitoyable. » Jim Crace

Je remercie les éditions Stock pour cette lecture en avant-première.. Date de sortie : 24 août 2016

Mon avis : Je peux déjà le dire, ce livre fait partie de mes coups de cœur de l'année! Je l'ai lu il y a un peu plus d'un mois et j'attendais impatiemment son jour de sortie pour pouvoir vous en parler. Quel talent pour un premier roman!
"Un travail comme un autre" a été un coup de cœur pour deux raisons : 
Premièrement, j'aime beaucoup les histoires qui se passent au début du siècle dernier car cela m'apprend toujours plein de choses (une époque qui n'est pas polluée de futilités et où chaque événement semble immuable puisqu'à l'époque, les gens respectaient les us et coutumes.) Ici, par exemple, j'ai été atterrée d'apprendre que dans ce passé très proche, les noirs emprisonnés aux États-Unis servaient encore d'esclaves dans les mines alors que les blancs se retrouvaient en prison.
Et deuxièmement car le suspens m'a tenu en haleine tout au long du livre : pourquoi Marie n'est elle pas venue voir son mari en prison? Pourquoi a-t-elle décidé de ne plus donner signe de vie?
J'ai eu beaucoup de compassion pour Roscoe, cet homme passionné par son travail d’électricien qu'il a dû abandonner pour suivre sa femme lorsqu'elle a hérité de la ferme de son père. Cette ferme qui périclite et qu'il tente maladroitement de remettre sur les rails de la productivité en y amenant illégalement le courant électrique. Alors que la ferme retrouve peu à peu la rentabilité, un électricien venu vérifier un transformateur s’électrocute. Le coupable est  vite retrouvé. Roscoe et Wilson (un noir qui travaillait avec lui) sont arrêtés.
Roscoe est envoyé en prison et enchaîne les travaux d’intérêt général à la laiterie, puis au chenil pour dresser les chiens à la poursuite de fugitifs. Il se dévoue alors entièrement à son travail pour éviter de ressasser la question qui l’obsède : pourquoi Marie ne donne plus signe de vie? Wilson, quant à lui, est envoyé à la mine où il est ni plus ni moins qu'un esclave.  Marie se retrouve donc seule avec leur fils Gérald et doit faire face aux dettes de Ross qui a acheté les bobines de cuivre sur le compte d'Alabama Power, son ancien employeur. Certainement à cause de la honte, elle fait tout pour éloigner Gérald de son père, ne répond pas aux lettres et ne vient pas le voir en prison. Malgré sa situation délicate, je n'ai pas éprouvé de pitié pour Marie et le dénouement m'a donné raison même si j'ai trouvé son geste envers la famille de Wilson admirable... 
Une histoire passionnante servie par une très belle plume.
Un roman de cette rentrée littéraire que je vous conseille vivement!

Extrait : Je vais amener l'électricité. Par là, le long du champ. L'endroit est parfait pour ça je peux me brancher sur ce poteau juste après l'angle. Wilson planta un second clou puis il secoua le nouveau barreau pour en éprouver la solidité. Le bois ne bougea pas.
"- Mais Ross, ces lignes là, c'est pour la ville. Qu'est-ce qui te permet de croire qu'ils vont en amener une par ici? 
- Je n'ai pas l' intention de leur demander."
Wilson rit de nouveau et avança le long de la barrière. Le morceau de rambarde suivant était complètement pourri est cassé en son milieu. 
"- Tu veux dire que tu vas les voler?"
Autour de Roscoe de rire. On perd déjà tellement de courant l'acheminant : "Ce qu'on perdra n'est rien en comparaison. C'est une goutte dans un lac, Wilson, ça ne manquera personne." 
Wilson retira le clou qui maintenait le bois pourri. 
"- Et comment tu vas détourner le courant sans te tuer au passage? 
- On le coupera avant, et puis tu sais, je fais ce genre de manip depuis tellement longtemps."
Wilson le regarda . 
"- Mais même si tu y arrives. Qu'est-ce que l' électricité peut apporter la ferme ?"
Les mains de Roscoe se plantèrent fermement sur la barrière solide, tant son idée était bonne . 
"- J'ai trouvé comment convertir la batteuse qui marche au pétrole pour qu'elle fonctionne à l'électricité. Réfléchis : tout le ramassage et le battage on n'en serait débarrassé . On pourrait cultiver davantage d' arachide . La machine accomplirait l'essentiel du boulot . Je suis sûr que ça rendrait cet endroit profitable , Wilson . Je le sais."

Éditions Stock - Littérature contemporaine - 344 pages

mercredi 4 mai 2016

89 mois - Caroline Michel

89 mois - Caroline Michel
Synopsis : J'ai trente-trois ans, ça y est. A quarante ans et des poussières, mon corps sera hors jeu. Il me reste donc sept grosses années pour faire un enfant, soit quatre-vingt-neuf mois. Un chiffre minuscule. A peine deux mille sept cents jours. Que peut-on faire en deux mille sept cents jours ? Rien. J'en ai déjà mis cinq à construire trois meubles Ikea."
Jeanne, célibataire, contrôleuse de train sur la ligne Paris-Auxerre, n'a qu'une obsession : devenir maman avant que le temps la rattrape. Elle a fait une croix sur le couple, il lui faut simplement un géniteur. Sa décision ne fait pas l'unanimité auprès de ses amis, et, même si parfois elle doute, elle est déterminée à surveiller son cycle, à provoquer les rencontres, à boire des potions magiques et à lever les jambes après chaque rapport, sait-on jamais.
Après ce premier roman, empreint d'humour et de tendresse, à la fois jubilatoire et émouvant, Caroline Michel pose la question des choix intimes dans une société conformiste. Une nouvelle voix de la littérature féminine, d'une spontanéité rafraîchissante, avec laquelle il faudra désormais compter.

Je remercie les éditions Préludes pour cette lecture en avant première! Disponible à partir d'aujourd'hui.

Mon avis : D'habitude, j'adhère totalement aux choix de publication des éditions Préludes mais là, bien que ce livre m'ait bien fait rire, (car il est néanmoins plein d'humour) je regrette deux choses : la première et la plus gênante est qu'à mon avis, il ne faut pas mettre ce livre entre les mains de jeunes filles sans leur expliquer que quand on a un rapport, il faut se protéger car bien qu'on en parle de moins en moins, le sida est toujours là.. (Je ne plombe pas l'ambiance, mais contrairement à ce que pensent beaucoup de jeunes, on n'en guérit toujours pas). S'il est sûr que si Jeanne se protégeait, l'histoire n'aurait pas lieu puisqu'elle ne pourrait pas tomber enceinte, je pense que l'auteure n'aurait pas dû faire enchaîner les conquêtes à son héroïne ou au moins qu'elle se préoccupe un peu plus des MST et qu'elle ne couche pas avec des hommes qu'elle ne connaît pas depuis 30 minutes...
La deuxième chose qui m'a  dérangée est le langage vulgaire de Jeanne trop souvent utilisé (choper, bouffer, encloquer, pisser, je t'emmerde...) même si ce vocabulaire se trouve majoritairement dans les dialogues et rend les échanges plus "vivants", j'ai trouvé dommage de l'utiliser aussi dans les pensées de Jeanne.
A part ces deux bémols, j'ai tout de même apprécié ma lecture car l'idée de partir dans un compte à rebours de 89 mois avant l'anniversaire fatidique des 40 ans est originale et le fait que Jeanne s'adresse à sa future fille Augustine (elle est persuadée que ce sera une fille et qu'elle l'appellera Augustine) et lui explique ses déboires pour la concevoir est aussi bien pensé. La fin m'a beaucoup plu aussi !
Une lecture en demi teinte à cause de l'inconséquence de son héroïne à laquelle je n'ai du coup pas pu m'identifier malgré des situations similaires.

Extrait : "Je touche mon ventre en rentrant chez moi . J'espère que mon col est accueillant . Que tous les panneaux routiers sont en service . j'aimerais que mes ovules vivent longtemps , très longtemps , deux jours c'est peu . Il faudrait que mes ovules débarquent de chaque côté et s'installent pour la semaine , qu'ils prennent un bon bouquin , un bon verre , qu'ils patientent tranquillement et respirent à fond pour assurer leur survie . Je voudrais qu'ils ne meurent jamais ,ne s'éteignent pas et que ma muqueuse utérine soit toujours très épaisse , une grosse muqueuse utérine disposée à accueillir un embryon , une muqueuse utérine chaleureuse, polie et douillette , qui ouvre grand sa porte , offre à boire et à bouffer et met une petite musique d'ambiance pour que son invité se sente parfaitement bien .
Une muqueuse utérine un peu feng-shui.
"

Éditions Préludes - Littérature contemporaine - 282 pages

vendredi 29 avril 2016

Fermez les yeux - C.J. Cooper

Fermez les yeux - C.J. Cooper
Synopsis : Déterminée à combattre sa phobie de l'avion pour obtenir le poste dont elle rêve, Sara décide de recourir à l'hypnose, et rencontre le fascinant docteur Stephen Devane. Au fil des séances, la jeune femme est victime d'hallucinations chaque fois plus terrifiantes... D'où viennent-elles ?
Face aux terribles découvertes auxquelles elle est confrontée et grâce à l'aide de Stephen, Sara va se lancer dans une quête d'identité effrénée, à ses risques et périls.
Dans ce thriller choral d'une maîtrise absolue, mêlant à la perfection effroi et tension, C.J. Cooper explore la complexité d'une relation perverse entre un médecin et sa patiente jusqu'à la révélation finale, totalement inattendue.
Fermez les yeux si jamais vous avez besoin de reprendre votre souffle...

Je remercie les éditions Préludes pour cette lecture différente mais très agréable!

Mon avis :  Autant le dire de suite, les avis sur ce livre sont très partagés et plus majoritairement négatifs... Mais comme souvent, je me rends compte que quand la majorité déteste j'aime beaucoup, et vice versa...
Il est vrai qu'au début, le procédé narratif sous forme d'interviews peut surprendre ou agacer.. Moi aussi, en commençant cette lecture, je me suis dit que si c'était toujours des entretiens, ça n'allait pas me plaire. Et en fait non, je me suis laissée prendre au jeu ! C'est justement ce qui fait l'originalité de cette lecture car l'interview de l'entourage familial, amical et professionnel de Sara à propos des mêmes événements permet de voir les choses sous d'autres angles mais aussi de prendre du recul par rapport à son histoire et ses ressentis. De plus, le fait que les personnages soient interviewés dès la première page sans que l'on sache pourquoi  laisse supposer qu'il s'est passé quelque chose de grave. Et c'est ce que l'auteur va nous faire découvrir petit à petit au fil des entretiens.
J'ai beaucoup aimé Sara, cette jeune fille ambitieuse qui doit régler sa phobie de l'avion pour évoluer professionnellement et accéder à une promotion. Elle qui a placé tous ses espoirs d'évolution sur l'hypnose est bien loin de se douter du machiavélisme de Stephen, son thérapeute et des conséquences sur sa vie personnelle et professionnelle... Car si sa phobie de l'avion disparaît bien, d'autres problèmes bien plus graves vont apparaître alors qu'une sorte de "transfert" va pousser Sara a multiplier ses séances et vivre un véritable enfer car ce ne serait pas sa meilleure amie Caroline qui l'aiderait car trop égocentrique ou son petit ami Nick, lui aussi bien trop occupé à s'occuper de sa propre petite personne...
Ce livre a aussi le mérite de faire réfléchir sur l'hypnose et ce qu'elle peut occasionner si elle est pratiquée à mauvais escient. Moi qui ai aussi la phobie des avions, si un jour je devais avoir recours à l'hypnose, je me ferais accompagner!
Je recommande cette lecture originale par sa narration et addictive par son suspens!

Extrait : "Mon dernier rendez-vous avec Stephen donc.
Je m’y étais préparée avec soin – quels mots dire, quelles fringues porter, quelles questions poser. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit simple, vu que me lever le matin était déjà difficile. Je ne me berçais pas d’illusions, je savais que ce ne serait pas une partie de plaisir et que je ne ressortirai pas avec toutes les réponses à mes interrogations et une ordonnance destinée à régler le problème. Pourtant, au plus profond de moi, je continuais de croire que, lorsque je lui donnerai des indices sur ce qui m’arrivait – pas de détails, juste de quoi lui permettre de s’en faire une idée – Stephen opinerait avec sagesse, m’expliquerait que le phénomène était courant, que la solution consisterait à visualiser une autre scène, voire de prendre des médicaments pendant un court laps de temps, et que c’en serait fini.
Malheureusement, ça ne s’est pas du tout déroulé comme ça.
"

Éditions Préludes - Drame - Thriller - 445 pages.

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