vendredi 10 février 2017

Chanson douce - Leila Slimani

Chanson douce - Leila Slimani
Synopsis : Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame.
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Mon avis : Avec un aussi joli titre, je ne m'attendais pas à un choc pareil! Voici comment débute le livre : "Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu'il n'avait pas souffert. On l'a couché dans une housse grise et on a fait glisser la fermeture éclair sur le corps désarticulé qui flottait au milieu des jouets. La petite, elle, était encore vivante quand les secours sont arrivés. Elle s'est battue comme un fauve." Dès le début nous savons donc ce qui est arrivé aux enfants de Myriam alors qu'ils étaient sous la responsabilité de leur baby-sitter Louise une quinquagénaire qui semblait pourtant être la nounou parfaite. Nous remontons ensuite le temps pour découvrir les événements qui ont mené à cette tragédie.
J'ai beaucoup aimé ce livre pourtant vraiment dérangeant car il aborde des faits de société inhérents à notre époque où les femmes privilégient leur réussite professionnelle plutôt que familiale. Mais surtout, Leila Slimani nous montre que la désocialisation, les échecs et les petites humiliations du quotidien peuvent finir par mener à l’aliénation mentale  sur des personnes fragiles comme Louise. Pourtant tout semblait si parfait avec elle : en plus de s'occuper des deux enfants Adam et Mila, elle préparait les repas et faisait le ménage. Elle a rapidement su se rendre indispensable au couple Myriam et Paul ravis de pouvoir se décharger un peu de leurs responsabilités sur la nounou. Passant de plus en plus de temps chez ses patrons, Louise en oublie sa propre vie, sa fille et son compagnon. Pourtant Myriam et Paul ont toujours su conserver la distance nécessaire pour que Louise ne devienne pas l'amie de la famille et qu'elle garde uniquement ses prérogatives de nounou. Mais du coup, sentant bien qu'elle n'est qu'une employée, que l'avenir sera forcément différent de celui qu'elle désire tant, et ayant en plus des problèmes personnels, elle va alors commettre l'irréparable...
Un livre qui décrit avec justesse les liens parent-enfants mais aussi parents-réussite professionnelle et qui malgré le sujet difficile ne tombe jamais dans le pathos. Je recommande vivement!

Extrait : "Ce matin, ils ont fait le marché en famille, tous les quatre. Mila sur les épaules de Paul, et Adam endormi dans sa poussette. Ils ont acheté des fleurs et maintenant ils rangent l’appartement. Ils ont envie de faire bonne figure devant les nounous qui vont défiler. Ils rassemblent les livres et les magazines qui traînent sur le sol, sous leur lit et jusque dans la salle de bains. Paul demande à Mila de ranger ses jouets dans de grands bacs en plastique. La petite fille refuse en pleurnichant, et c’est lui qui finit par les empiler contre le mur. Ils plient les vêtements des petits, changent les draps des lits. Ils nettoient, jettent, cherchent désespérément à aérer cet appartement où ils étouffent. Ils voudraient qu’elles voient qu’ils sont des gens bien, des gens sérieux et ordonnés qui tentent d’offrir à leurs enfants ce qu’il y a de meilleur. Qu’elles comprennent qu’ils sont les patrons.         
Mila et Adam font la sieste. Myriam et Paul sont assis au bord de leur lit. Anxieux et gênés. Ils n’ont jamais confié leurs enfants à personne. Myriam finissait ses études de droit quand elle est tombée enceinte de Mila."

Éditions Gallimard - Littérature contemporaine - 227 pages

jeudi 9 février 2017

Jeux de miroirs - E.O. Chirovici

Jeux de miroirs - E.O. Chirovici
Synopsis : Un agent littéraire, Peter Katz, reçoit un manuscrit intitulé Jeux de miroirs qui l'intrigue immédiatement. En effet, l'un des personnages n'est autre que le professeur Wieder, ponte de la psychologie cognitive, brutalement assassiné à la fin des années quatre-vingt et dont le meurtre ne fut jamais élucidé. Se pourrait-il que ce roman contienne des révélations sur cette affaire qui avait tenu en haleine les États-Unis ? Persuadé d'avoir entre les mains un futur best-seller qui dévoilera enfin la clef de l'intrigue, l'agent tente d'en savoir plus. Mais l'auteur du manuscrit est décédé et le texte inachevé. Qu'à cela ne tienne, Katz embauche un journaliste d'investigation pour écrire la suite du livre. Mais, de souvenirs en faux-semblants, celui-ci va se retrouver pris au piège d'un maelström de fausses pistes.

Je remercie les éditions Les Escales pour cette lecture!

Mon avis : Une intrigue qui parle d'un livre inachevé qui relaterait un meurtre ayant eu lieu 25 ans plus tôt et qui est toujours non élucidé, il n'en a pas fallu plus pour me convaincre de lire ce beau livre à la couverture miroir!
Un agent littéraire reçoit un manuscrit dont la lettre d'accompagnement envoyée par Richard Flynn l'intrigue. Il commence sa lecture et est rapidement fasciné par le manuscrit qui décrit comment Richard Flynn (l'auteur du manuscrit) est venu à connaître Joseph Wieder brutalement assassiné il y a 25 ans. Lorsque le manuscrit se termine brusquement, l'agent tente de retrouver la fin. Mais quelle est la vraie histoire? Les souvenirs se sont ils déformés au fil du temps? Que s'est il réellement passé? J'ai adoré ce livre pour sa construction originale (qui m'a fait penser à "Ainsi fleurit le mal" de Julia Haeberlin.) et pour le thème abordé : la mémoire qui  peut se déformer ou s’altérer, après un événement traumatique ou simplement à cause du temps qui passe.  
Le livre est divisé en trois parties, chacune avec un narrateur différent. Le premier tiers parle du manuscrit et est presque une histoire dans l'histoire. Cette partie nous montre le déroulement des faits sous l’œil de Richard. Notre perception des personnages va totalement changer à la lecture de la seconde partie dont le narrateur est le journaliste d'investigation embauché par Katz pour retrouver la fin du livre car lors de ses entretiens avec les protagonistes de l'époque, les versions différent totalement. Est-ce que Richard mentait ou les personnages ont réellement oublié le déroulement des faits? Quant à la troisième partie, racontée par un policier à la retraite et atteint du début de la maladie d'Alzheimer, on peut avoir des doutes sur  la véracité de ses propos!
Une lecture qui m'a fait passer un très agréable moment même si la fin reste un peu (comme celle de Richard) en suspens!
Ce livre est le premier de Eugen Ovidiu Chirovici a être traduit en français. J'espère que ses précédents ne tarderont pas à l'être aussi!

Extrait : "J’ai reçu la proposition de manuscrit en janvier, au moment où tout le monde à l’agence tentait de se remettre d’une bonne gueule de bois post-festivités. 
Le mail, qui avait adroitement échappé au dossier du courrier indésirable, s’était retrouvé dans ma boîte de réception, parmi des dizaines d’autres en attente. Au premier coup d’œil, la lettre d’accompagnement a piqué ma curiosité, alors je l’ai imprimée, de même que l’extrait du texte envoyé en pièce jointe, puis j’ai rangé le tout dans un tiroir de mon bureau. 
Occupé comme je l’étais à négocier un contrat, j’ai totalement oublié l’existence de ces pages. C’est seulement à la fin du mois, à la veille du week-end prolongé par le Martin Luther King Day, que je les ai redécouvertes au milieu de ma pile de documents à lire pendant ces trois jours. La lettre, signée « Richard Flynn », était ainsi formulée : 
Cher Peter, 
Je m’appelle Richard Flynn et, il y a vingt-sept ans, j’ai obtenu une licence d’anglais à Princeton. Je rêvais de devenir écrivain, j’ai publié quelques nouvelles dans des revues et même écrit un roman de trois cents pages, que j’ai abandonné après avoir essuyé un certain nombre de refus de la part d’éditeurs (et qu’avec le recul je trouve moi-même médiocre et ennuyeux). Par la suite, j’ai décroché un poste dans une petite agence de publicité du New Jersey et je suis toujours resté dans ce secteur d’activité. Au début, je parvenais presque à me convaincre que la publicité se rapprochait de la littérature et que je retournerais un jour à mes premières amours. Il est évident aujourd’hui que ce n’est pas arrivé. Je crois que, pour la plupart d’entre nous, devenir adulte signifie hélas acquérir la faculté d’enfermer ses rêves dans une boîte et de la jeter dans l’East River. Je n’étais manifestement pas destiné à être l’exception qui confirme la règle.
Or, il y a quelques mois, j’ai fait une découverte importante, qui m’a remis en mémoire une série d’événements dramatiques survenus au cours de l’automne et de l’hiver 1987, pendant ma dernière année à Princeton..."

Éditions Les Escales - Policier - 315 pages

mardi 7 février 2017

Il y a un robot dans le jardin - Deborah Install

Il y a un robot dans le jardin - Deborah Install
Synopsis : Ben est peut-être en train de laisser passer le train de sa vie. Vivant sur l’héritage de ses parents, il regarde, impuissant, sa femme avocate s’éloigner de lui. Loser ? Et puis, un matin, Ben trouve un robot dans son jardin. Un adorable petit machin de ferraille qui, assis dans l’herbe, contemplant des chevaux, éprouve toutes les peines du monde à expliquer ce qu’il fabrique ici. « Débarrasse-nous de ce truc ! » exige sa femme en substance. Mais, pour une raison qu’il a du mal à s’expliquer lui-même – et au moment où Amy, à bout de patience, a décidé de demander le divorce –, Ben s’embarque avec Tang dans une quête à travers tout le pays afin de ramener le robot à son propriétaire. Tendre et malicieux, drôle et manipulateur, Tang apprend vite. Et si, sous le vernis écaillé de l’intelligence artificielle, se cachait un vrai cœur ? Et si, au bout du chemin, Ben trouvait bien plus que ce qu’il pensait chercher ?

Je remercie les Éditions super 8 pour cette lecture!

Mon avis : J'avoue que j'ai choisi ce livre pour sa couverture! En effet, ce petit robot qui tient la main d'un adulte à la manière d'un petit garçon et de son papa m'a fait craquer et le synopsis a terminé de me convaincre. Ma lecture a quant à elle dépassé mes espérances puisque ce livre fait maintenant partie de mes coups de cœur!
Plusieurs éléments m'ont vraiment plu dans cette histoire à commencer par l'époque : une époque futuriste mais néanmoins proche de la notre puisque la seule différence est qu'il y a en plus des humains et animaux des "androïdes" (sortes de robots utilisés chacun pour une tache différente. exemple :  les androïdes machines à laver, les androïdes cuisiniers...).
Ensuite l'histoire simple mais addictive qui m'a rappelé certains dessins animés que je regardais quand j'étais petite, et surtout cette improbable amitié qui se construit petit à petit entre un adulte et un robot cabossé qui semble hors d'usage mais qui va vite se révéler unique par ses capacités à ressentir et exprimer des émotions. Un robot qui n'a rien à voir avec les androïdes ( qui ont une forme plus humaine) et que l'on peut croiser un peu partout. 
Concernant les personnages, j'ai vraiment adoré Tang ce petit robot qui s'est retrouvé un beau matin dans le jardin de Ben. Il semble sorti du passé car il est à moitié cassé et rouillé, il a beaucoup de mal à s'exprimer et sa singularité d'aspect pousse Ben à partir avec lui à la recherche de la personne qui l'a fabriqué. Et il va vite se rendre compte qu'il est un modèle unique car durant leur périple des États-Unis, jusqu' à Tokyo puis Osaka, Tang s'exprime de mieux en mieux, est capable de faire des phrases mais aussi et contrairement aux androïdes, il est capable de ressentir la peur, la colère, la jalousie, l'ennui, la joie. Un lien de plus en plus fort  et surtout bien plus puissant qu'une amitié se tisse entre Tang et Ben...
J'ai été touchée aussi par le couple que formaient Ben en Amy avant que Tang ne vienne perturber leur relation. Ben, ébranlé par la perte de ses parents lors d'un accident d'avion et l'échec de ses études de vétérinaire trouve alors grâce à Tang un prétexte pour fuir le quotidien et ce robot va vite devenir une occupation de tous les instants car depuis qu'il a évolué, il se comporte comme un enfant de 5 ans avec ses bêtises, ses caprices et ses moments attendrissants... Amy, quant à elle n'a jamais exprimé clairement ses sentiments à Ben.
Un livre "doudou" plein d'humour et de bons sentiments à conseiller autant aux adultes qu'aux adolescents!

Extrait : "Nous avons atterri à San Francisco au milieu de la nuit. Lorsque j’avais réservé le vol, je n’avais pas pris en compte le décalage horaire, ni la fraîcheur des nuits d’automne californiennes. En traversant le hall d’arrivée, je regrettai de ne pas porter des vêtements chauds plutôt qu’un tee-shirt, un pantalon en coton et des chaussures bateau.      
Nous nous rendîmes au carrousel à bagages, où nous attendîmes que mon sac à dos flambant neuf défile jusqu’à nous. Je me souvins tout à coup de l’appel manqué. C’était Bryony. Je fronçai les sourcils et mis mon portable sur silencieux avant de le ranger dans ma poche. J’envisageai de l’éteindre complètement, mais renonçai, car je voulais avoir accès à Internet.      
Malgré mes protestations, Tang s’assit sur le rebord du tapis roulant et laissa traîner sa pince, la relevant de temps à autre pour ne pas être entraîné.Finalement, je l’éloignai du carrousel pour le mettre en sécurité. Je n’avais aucune envie d’aller aux objets trouvés à 3 heures du matin, après un long vol, pour expliquer que j’avais perdu mon robot parce qu’il avait refusé de m’obéir.      
Quand je récupérai enfin mon sac à dos, celui-ci me sembla bien plus lourd que dans mon souvenir. La fatigue avait quelque peu érodé mon excitation à l’idée de partir en voyage, et je décidai de louer une voiture pour trouver une chambre d’hôtel.      
À ma stupéfaction, l’agence de location de véhicules était fermée. Dans quel aéroport international ne pouvait-on pas louer de voiture une fois la nuit tombée ? Hors de question de prendre un taxi. Je dis à Tang : « Viens, on va prendre le bus.      
— Bus ?      
— Oui. Par ici. » 
Je me dirigeai vers la gare routière, laissant Tang claudiquer derrière moi aussi vite que ses petites jambes le lui permettaient."

Éditions Super 8 - Littérature contemporaine - 341 pages

dimanche 22 janvier 2017

Cet été là - Lee Martin

Cet été là - Lee Martin
Synopsis : Tout ce qu'on a su de cette soirée-là, c'est que Katie Mackey, 9 ans, était partie à la bibliothèque pour rendre des livres et qu'elle n'était pas rentrée chez elle. Puis peu à peu cette disparition a bouleversé la vie bien tranquille de cette petite ville de l'Indiana, elle a fait la une des journaux nationaux, la police a mené l'enquête, recueilli des dizaines de témoignages, mais personne n'a jamais su ce qui était arrivé à Katie. Que s'est-il réellement passé cet été là ? Trente ans après, quelques-uns des protagonistes se souviennent. Le frère de Katie, son professeur, la veuve d'un homme soupçonné du kidnapping, quelques voisins, tous prennent la parole, évoquent leurs souvenirs. Des secrets émergent, les langues se délient. Qui a dit la vérité, qui a menti, et aujourd'hui encore, qui manipule qui ? Avec ce magnifique roman polyphonique, littéralement habité par le désir et la perte, Lee Martin nous entraîne dans la résolution d'un crime à travers une exploration profonde et déchirante de la nature humaine.

Je remercie les éditions Sonatine pour cette lecture. Sortie prévue le 9 février 2017

Mon avis : A chaque fois que j'entame un livre des éditions Sonatine, je sais que je ne vais pas m'ennuyer et que cette lecture va me tenir en haleine d'un bout à l'autre. Et ce fut encore le cas avec "Cet été là" de Lee Martin. Je fais confiance à cette maison d'éditions pour me faire découvrir des auteurs talentueux!
Katie Mackey neuf ans, vit avec son frère aîné, Gilley et ses parents dans une petite ville de l'Indiana. Cette famille aisée possède la plus grande verrerie de la vile, et Katie est une enfant privilégiée. Henry Dees, (le narrateur) professeur mathématique de Katie, vit de l'autre côté de la rue. Célibataire solitaire, il s'est lié d'amitié avec son autre voisin l'énigmatique Raymond R. Malgré des personnalités plutôt malsaines, tout semble se passer dans une bonne entente entre voisins jusqu'à ce soir d'été, où Katie disparaît alors qu'elle ramenait ses livres à la bibliothèque...
Ce livre est original dans sa construction car le narrateur, Henry Dees revient sur les faits qui ont mené à la disparition de la jeune Kathy Mackey 30 ans plus tôt. Dès lors, et à entendre tous les remords et regrets de ce professeur de mathématiques, on se doute qu'il est au courant de ce qu'il s'est passé le jour de la disparition...
En plus de la narration du professeur, l'auteur utilise la voix de différents personnages comme Raymond R, le voisin du professeur de mathématiques avec qui il a lié une amitié, Clare, la femme de Raymond, Gilley, le frère de Katie et Junior, son père. Je me suis alors retrouvée plongée dans une ambiance captivante mais malsaine et pesante due aux personnalités complexes de Henry et Raymond. Et ce changement de point de vue au fil des chapitres nous permet de mieux cerner chacun mais du coup et vu leurs déviances nous les présente tour à tour comme des coupables potentiels..
Si je n'ai pas pu m'attacher à l'un ou l'autre des personnages car l'un semble pervers et l'autre drogué et imprévisible, j'avais hâte de connaître le fin mot de l'histoire.
Un bon page-turner à retrouver en librairies le 9 février.

Extrait : "Je n’ai jusqu’à présent jamais réussi à relater cette histoire et le rôle que j’y ai tenu, mais écoutez, je la raconterai en toute honnêteté : un homme ne peut vivre qu’un temps avec une telle chose sans la partager. Mon nom est Henry Dees et j’étais alors enseignant – professeur de mathématiques et tuteur pendant l’été auprès d’enfants tels que Katie qui en avaient besoin. Je suis désormais un vieil homme, et même si plus de trente années se sont écoulées, je me rappelle encore cet été et ses secrets, la chaleur et la manière qu’avait la lumière de se prolonger le soir comme si elle n’allait jamais partir. Si vous voulez écouter, vous allez devoir me faire confiance. Sinon, refermez ce livre et retournez à votre vie. Je vous préviens : cette histoire est aussi dure à entendre qu’elle l’est pour moi à raconter."

Éditions Sonatine - Thriller - 320 pages

samedi 21 janvier 2017

Les amants du presbytère - Marie-Bernadette Dupuy

Les amants du presbytère - Marie-Bernadette Dupuy
Synopsis : Nommé curé d’un petit bourg rural, le jeune et séduisant Roland Charvaz n’a pas la vocation. Le beau sexe le préoccupe davantage que le salut de ses ouailles. Pour sa part, Mathilde, la jolie épouse du docteur local, n’a jamais connu la passion amoureuse avant l’arrivée de l’ecclésiastique. Dès leur première rencontre, c’est le coup de foudre et les deux amants se lancent dans une brûlante liaison.
Ils se croient à l’abri de tout soupçon. Ils ont tort. Ils seront bientôt victimes de la plus horrible des machinations…
Marie-Bernadette Dupuy a tiré d’une authentique et retentissante affaire criminelle une intrigue haletante qui nous entraîne dans la spirale infernale de la passion.

Je remercie les éditions Calmann-Levy pour l'envoi de ce livre!

Mon avis : Lorsqu'on m'a proposé ce livre, au premier abord, je n'étais pas tentée pensant à une énième histoire à l'eau de rose. Mais la lecture du synopsis m'a convaincue car il s'agit en fait d'une histoire tirée d'une affaire criminelle ayant réellement eut lieu en Charente en 1849. Et, si j'avais peur que le côté sentimental prenne le pas sur l'histoire, mes craintes se sont vite effacées car il y a bien une histoire entre Mathilde de Salignac et le curé Roland Charvaz mais l'auteure a su nous épargner les scènes niaises et torrides.
J'ai adoré cette histoire et ai même été complètement happée par cette lecture car ceux qui me suivent savent que j'adore les romans qui se déroulent au siècle précédent : une époque où tout était plus compliqué que maintenant. 
Concernant les personnages, on ne peut pas dire qu'ils soient attachants et bien loin de là, mais ce sont leurs défauts et leurs caractères qui donnent du piment à l'histoire. Entre le curé qui ne pense qu'aux frivolités, à mentir et manipuler son petit monde, Mathilde de Salignac, la jeune femme de bonne famille dissimulatrice, menteuse (elle aussi), infidèle et calculatrice je me suis demandé dans quel village j'étais tombée! Et comme c'est justement un village, tout finit par se savoir, surtout depuis que Annie Meunier, la bonne du curé fraîchement recrutée par Mathilde a pris ses fonctions... Car elle a la langue bien pendue! Mais au moins, elle est honnête et franche et c'est ce qui  fera basculer le destin de nos protagonistes... D'ailleurs, de tous les personnages, ce fût elle ma préférée car cette pauvre dame a besoin de travailler pour vivre (contrairement aux deux autres!) et ce nouveau travail qu'elle n'apprécie pas l'éloigne de ses enfants qu'elle aime tant.
Quand de pense que cette histoire est vraie, je me demande comment peut-on être aussi bête que Mathilde et Roland et faire entrer sciemment la brebis "galeuse?" et même la prendre pour cacher leur liaison. Dommage que je ne puisse pas vous en dire plus ni sur les caractères ni sur l'histoire au risque de dévoiler l'intrigue, mais ce roman restera dans ma mémoire car l'élaboration d'un tel plan machiavélique irréfléchi m'a fait froid dans le dos.
Je découvre Marie-Bernadette avec ce livre et espère bien retrouver sa plume fluide très prochainement.
Un roman que je recommande!

Extrait : "Des questions se bousculaient dans sa tête alors qu’il progressait vers la paroisse. Il tentait d’imaginer comment était aménagé le presbytère, si c’était une construction ancienne ou une bâtisse plus récente. Ses futurs paroissiens l’intriguaient aussi. Il s’amusa à se les représenter, fermiers, notables, femmes et enfants en habits du dimanche.      
Son cœur se mit à battre un peu plus vite à l’idée qu’il se trouverait peut-être quelques jolis minois parmi les demoiselles ou les dames du pays. « Hé, où est le mal? se dit-il. C’est toujours plus agréable de discuter avec une jeune personne rieuse qu’avec un vieux renfrogné. »      
Le curé Charvaz savait pourquoi son prédécesseur avait été envoyé dans une autre paroisse, en région bordelaise. Sa conduite avait éveillé des soupçons; on l’accusait de préférer les jupons aux sermons. 
« Il n’était pas malin! Il faut ruser, il ne faut pas se trahir et surtout prendre garde aux commérages, se répéta-t-il. De servir Dieu n’oblige pas à la solitude ni à la mortification. On doit aimer son prochain et sa prochaine, il me semble… »"

Éditions Calmann-Levy - Drame historique - 318 pages

dimanche 6 novembre 2016

Je sais pas - Barbara Abel

Je sais pas - Barbara AbelSynopsis : À cinq ans, on est innocent, dans tous les sens du terme...
Une belle journée de sortie des classes qui vire au cauchemar.
Une enfant de cinq ans a disparu.
Que s'est-il passé dans la forêt ?
À cinq ans, on est innocent, dans tous les sens du terme.
Pourtant, ne dit-on pas qu'une figure d'ange peut cacher un cœur de démon ?
 
Je remercie les Éditions Belfond pour l'envoi de ce livre!

Mon avis : Je découvre Barbara Abel avec cette lecture prenante et addictive dont j'étais vraiment loin de deviner le dénouement!
Si vous croyez encore que la vérité sort de la bouche des enfants, détrompez-vous!
Il s'agit ici de bien plus qu'une simple disparition d'enfant puisque sans vous spoiler l'histoire, la petite Emma est très rapidement retrouvée, mais sa maîtresse, Mylène, partie à sa recherche reste quant à elle introuvable. 
Et c'est là que commence le suspens puisque un élément prouve qu'Emma et Mylène se sont bien rencontrées dans cette forêt. Interrogée par la police et son entourage, la petite Emma n'aura de cesse de répéter "Je sais pas". Quelle que soit la question, elle ne sait pas... mais pourquoi un tel entêtement? Que s'est-il réellement passé dans cette foret? Qu'a-t-il bien pu  passer dans la tête de cette gamine pour qu'elle s'obstine à dire qu'elle ne sait pas?
Pour nous plonger encore plus dans les interrogations, l'auteure a pris un malin plaisir à nous présenter des personnages tous plus énigmatiques les uns que les autres à commencer par Emma qui, malgré ses 5 ans semble très capricieuse et manipulatrice, Mylène sa maîtresse pas franchement appréciée de ses collègues, Camille et Patrick, les parents de la petite qui se cachent leurs relations extra-conjugales, Etienne, le père de Mylène qui trimballe derrière lui un passé mouvementé.
Un véritable page-turner où le temps est compté :  il faut rapidement retrouver Mylène qui est insulino-dépendante à cause de son diabète. Chaque heure passée sans sa piqûre peut la faire basculer dans un irréversible coma. Cette angoisse supplémentaire m'a encore plus donné envie d’attraper Emma et lui faire avouer ce qu'elle sait. Car si elle et sa maîtresse étaient fâchées avant l'évènement, il ne s'agit plus ici de laisser cette enfant faire un caprice de plus...
L'intrigue est vraiment bien ficelée car les non-dits, les mensonges et cachotteries de chacun des personnages nous font douter de tout..
A lire d'urgence donc! (Et je rajoute les anciens titres de l'auteure à ma wish-list de Noël!)

Extrait : "Une fois le dernier élève embarqué, la directrice reprend la caisse en carton dans laquelle ne restent que quelques brassards, tandis que Bruno grimpe à son tour, suivi de Sandrine, une des surveillantes de garderie. À l’intérieur du véhicule, Éliane et Mylène, les deux institutrices, aidées de Véronique, la bibliothécaire, achèvent de placer les enfants, gérer les caprices de chacun, veiller à ce que ceux qui ont le mal des transports soient installés à l’avant, consoler l’un ou l’autre petit que toute cette agitation impressionne.
Enfin, le car est prêt à partir. Le nez collé aux vitres, les enfants agitent joyeusement les mains en direction du trottoir opposé, signes d’au revoir auxquels les parents répondent avec chaleur. Le véhicule se met en branle et s’éloigne enfin, au grand soulagement du concierge, qui émet cette fois un grognement de contentement. Si elle éprouve la même satisfaction, Mireille Cerise n’en montre rien et salue courtoisement les parents qui, enfin, se décident à quitter les lieux.
— Ils ont de la chance, avec le temps ! fait remarquer un jeune papa en passant à sa hauteur.
— En effet ! convient-elle en levant les yeux vers le ciel. Ils ont annoncé des orages, mais seulement en début de soirée. C’est une merveilleuse journée qui les attend !
"

Éditions Belfond - Thriller - 429 pages

mardi 4 octobre 2016

La ballade de l'enfant gris - Baptiste Beaulieu

La ballade de l'enfant gris - Baptiste Beaulieu
Synopsis : C’est l’histoire de Jo’, jeune interne en pédiatrie à la personnalité fantasque, à qui tout sourit.
C’est l’histoire de No’, un petit garçon de sept ans attachant et joueur, qui est atteint d’un mal incurable et ne comprend pas pourquoi sa maman ne vient pas plus souvent le voir à l’hôpital.
C’est l’histoire de Maria, une mère secrète, qui disparaît à l’autre bout du monde au lieu de rester au chevet de son fils.
Un matin, dans la chambre de l’enfant, survient un drame qui lie à jamais le destin de ces trois êtres.
Jo’ devra tout quitter pour partir sur les traces de Maria et percer ses mystères.
Inspiré par le choc ressenti lors de la disparition de l’un de ses jeunes patients, l’auteur livre une quête initiatique et poétique, semée de recoins obscurs qui s’illuminent. Un magnifique troisième roman, porté par des personnages profondément humains.

Je remercie les éditions Mazarine pour l'envoi de ce livre.

Mon avis : Ayant beaucoup aimé "Alors voilà, les 1001 vies des urgences" je ne pouvais pas passer à côté de cette parution de la rentrée littéraire dans laquelle Baptiste Beaulieu nous présente une histoire très touchante et émouvante qui ressemble à un conte pour adultes. (Est-ce d'ailleurs la raison pour laquelle ballade est écrite avec deux L alors qu'il s'agit d'un voyage?).
Contrairement à "Alors voilà", même si l'auteur s'est inspiré de l'histoire d'un enfant qu'il a réellement côtoyé, ici la part belle est faite au fantastique puisque "La ballade de l'enfant gris" raconte l'histoire de Jo' un médecin qui se retrouve face à face avec le fantôme d'un petit patient qui semblait être le dernier des soucis de sa mère. Jo' étant le seul à avoir accompagné si poétiquement No' jusqu'au bout, il est le seul à voir le petit fantôme de cet enfant de 7 ans.  Atterré par tant de détachement de la mère, il se sent investi de la mission de la retrouver et de lui rendre son enfant afin qu'il puisse partir dans l'autre monde...
J'ai adoré les personnages de cette histoire, même la mère car on comprend à la fin le but de sa disparition.
Jo m'a touchée par son empathie envers son petit patient mais surtout sa capacité à mettre du fantastique et de la poésie dans le quotidien de l'enfant qui subit de nombreux examens médicaux alors que sa vie à lui n'est pas toute rose non plus puisqu'il vient de quitter Manon. No m'a émue par tant de maturité. C'est un enfant qui parle très peu mais pose les bonnes questions et a des pensées très positives malgré sa maladie et le fait que sa mère vienne très peu le voir : "Tu peux lui dire quelque chose, Jo'? Dis lui qu'elle ne doit pas pleurer, dis lui que je l'aime, que je suis vraiment content de l'avoir choisie comme maman et d'être sorti de son ventre à elle." Crinchon, la chef de service atteinte du syndrome de Gilles de la Tourette et qui ne peut s’empêcher des proférer des insultes commençant toujours toutes par la même lettre m'a beaucoup fait rire! "Crétin, crâne d'obus au cul terreux, et de babouin crasseux!"
Concernant l'écriture, le fait de raconter alternativement et à rebours avant puis après la Déchirure est un procédé qui permet de comprendre l'attachement qui s'est crée entre No' et Jo' et ensuite de suivre leurs aventures à Rome et à Jérusalem pour retrouver la maman.
Une belle histoire très émouvante  qui ne tombe jamais dans le pathos grâce aux traits d'humour de l'auteur. A lire d'urgence!

L'image que je retiendrai : Qu'il faut jeter, brûler ou abandonner les choses pour que ceux de l'autre monde puissent les utiliser  : Jo' qui transforme méthodiquement les craies en poussière pour que No puisse profiter de belles craies toutes neuves!

Extrait : "Arrivé au salon, je me suis cogné l' orteil contre la porte des toilettes j'ai  lâché un juron. Je tâtonnais pour trouver l' interrupteur, le manœuvrai; L'ampoule pendue au plafond a crachoté 10 bonnes secondes (Elle crachote tout le temps, cette ampoule, je la soupçonne même de communiquer en morse : ."AR RE TE DE TOUR NER AU TOUR DU POT!" ânonne-t-elle). Quand le filament a cessé de balbutier j'ai levé la tête et poussé un hurlement. 
Il était là, l' enfant, avec ses yeux de porcelaine. 
Dans l' obscurité et l' infini de ses sept ans.
Seul. 
Exactement dans la même position que lors de notre rencontre à l'hôpital, 61 jours avant la Déchirure."


Éditions Mazarine - Littérature contemporaine -

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