dimanche 6 novembre 2016

Je sais pas - Barbara Abel

Je sais pas - Barbara AbelSynopsis : À cinq ans, on est innocent, dans tous les sens du terme...
Une belle journée de sortie des classes qui vire au cauchemar.
Une enfant de cinq ans a disparu.
Que s'est-il passé dans la forêt ?
À cinq ans, on est innocent, dans tous les sens du terme.
Pourtant, ne dit-on pas qu'une figure d'ange peut cacher un cœur de démon ?
 
Je remercie les Éditions Belfond pour l'envoi de ce livre!

Mon avis : Je découvre Barbara Abel avec cette lecture prenante et addictive dont j'étais vraiment loin de deviner le dénouement!
Si vous croyez encore que la vérité sort de la bouche des enfants, détrompez-vous!
Il s'agit ici de bien plus qu'une simple disparition d'enfant puisque sans vous spoiler l'histoire, la petite Emma est très rapidement retrouvée, mais sa maîtresse, Mylène, partie à sa recherche reste quant à elle introuvable. 
Et c'est là que commence le suspens puisque un élément prouve qu'Emma et Mylène se sont bien rencontrées dans cette forêt. Interrogée par la police et son entourage, la petite Emma n'aura de cesse de répéter "Je sais pas". Quelle que soit la question, elle ne sait pas... mais pourquoi un tel entêtement? Que s'est-il réellement passé dans cette foret? Qu'a-t-il bien pu  passer dans la tête de cette gamine pour qu'elle s'obstine à dire qu'elle ne sait pas?
Pour nous plonger encore plus dans les interrogations, l'auteure a pris un malin plaisir à nous présenter des personnages tous plus énigmatiques les uns que les autres à commencer par Emma qui, malgré ses 5 ans semble très capricieuse et manipulatrice, Mylène sa maîtresse pas franchement appréciée de ses collègues, Camille et Patrick, les parents de la petite qui se cachent leurs relations extra-conjugales, Etienne, le père de Mylène qui trimballe derrière lui un passé mouvementé.
Un véritable page-turner où le temps est compté :  il faut rapidement retrouver Mylène qui est insulino-dépendante à cause de son diabète. Chaque heure passée sans sa piqûre peut la faire basculer dans un irréversible coma. Cette angoisse supplémentaire m'a encore plus donné envie d’attraper Emma et lui faire avouer ce qu'elle sait. Car si elle et sa maîtresse étaient fâchées avant l'évènement, il ne s'agit plus ici de laisser cette enfant faire un caprice de plus...
L'intrigue est vraiment bien ficelée car les non-dits, les mensonges et cachotteries de chacun des personnages nous font douter de tout..
A lire d'urgence donc! (Et je rajoute les anciens titres de l'auteure à ma wish-list de Noël!)

Extrait : "Une fois le dernier élève embarqué, la directrice reprend la caisse en carton dans laquelle ne restent que quelques brassards, tandis que Bruno grimpe à son tour, suivi de Sandrine, une des surveillantes de garderie. À l’intérieur du véhicule, Éliane et Mylène, les deux institutrices, aidées de Véronique, la bibliothécaire, achèvent de placer les enfants, gérer les caprices de chacun, veiller à ce que ceux qui ont le mal des transports soient installés à l’avant, consoler l’un ou l’autre petit que toute cette agitation impressionne.
Enfin, le car est prêt à partir. Le nez collé aux vitres, les enfants agitent joyeusement les mains en direction du trottoir opposé, signes d’au revoir auxquels les parents répondent avec chaleur. Le véhicule se met en branle et s’éloigne enfin, au grand soulagement du concierge, qui émet cette fois un grognement de contentement. Si elle éprouve la même satisfaction, Mireille Cerise n’en montre rien et salue courtoisement les parents qui, enfin, se décident à quitter les lieux.
— Ils ont de la chance, avec le temps ! fait remarquer un jeune papa en passant à sa hauteur.
— En effet ! convient-elle en levant les yeux vers le ciel. Ils ont annoncé des orages, mais seulement en début de soirée. C’est une merveilleuse journée qui les attend !
"

Éditions Belfond - Thriller - 429 pages

mardi 4 octobre 2016

La ballade de l'enfant gris - Baptiste Beaulieu

La ballade de l'enfant gris - Baptiste Beaulieu
Synopsis : C’est l’histoire de Jo’, jeune interne en pédiatrie à la personnalité fantasque, à qui tout sourit.
C’est l’histoire de No’, un petit garçon de sept ans attachant et joueur, qui est atteint d’un mal incurable et ne comprend pas pourquoi sa maman ne vient pas plus souvent le voir à l’hôpital.
C’est l’histoire de Maria, une mère secrète, qui disparaît à l’autre bout du monde au lieu de rester au chevet de son fils.
Un matin, dans la chambre de l’enfant, survient un drame qui lie à jamais le destin de ces trois êtres.
Jo’ devra tout quitter pour partir sur les traces de Maria et percer ses mystères.
Inspiré par le choc ressenti lors de la disparition de l’un de ses jeunes patients, l’auteur livre une quête initiatique et poétique, semée de recoins obscurs qui s’illuminent. Un magnifique troisième roman, porté par des personnages profondément humains.

Je remercie les éditions Mazarine pour l'envoi de ce livre.

Mon avis : Ayant beaucoup aimé "Alors voilà, les 1001 vies des urgences" je ne pouvais pas passer à côté de cette parution de la rentrée littéraire dans laquelle Baptiste Beaulieu nous présente une histoire très touchante et émouvante qui ressemble à un conte pour adultes. (Est-ce d'ailleurs la raison pour laquelle ballade est écrite avec deux L alors qu'il s'agit d'un voyage?).
Contrairement à "Alors voilà", même si l'auteur s'est inspiré de l'histoire d'un enfant qu'il a réellement côtoyé, ici la part belle est faite au fantastique puisque "La ballade de l'enfant gris" raconte l'histoire de Jo' un médecin qui se retrouve face à face avec le fantôme d'un petit patient qui semblait être le dernier des soucis de sa mère. Jo' étant le seul à avoir accompagné si poétiquement No' jusqu'au bout, il est le seul à voir le petit fantôme de cet enfant de 7 ans.  Atterré par tant de détachement de la mère, il se sent investi de la mission de la retrouver et de lui rendre son enfant afin qu'il puisse partir dans l'autre monde...
J'ai adoré les personnages de cette histoire, même la mère car on comprend à la fin le but de sa disparition.
Jo m'a touchée par son empathie envers son petit patient mais surtout sa capacité à mettre du fantastique et de la poésie dans le quotidien de l'enfant qui subit de nombreux examens médicaux alors que sa vie à lui n'est pas toute rose non plus puisqu'il vient de quitter Manon. No m'a émue par tant de maturité. C'est un enfant qui parle très peu mais pose les bonnes questions et a des pensées très positives malgré sa maladie et le fait que sa mère vienne très peu le voir : "Tu peux lui dire quelque chose, Jo'? Dis lui qu'elle ne doit pas pleurer, dis lui que je l'aime, que je suis vraiment content de l'avoir choisie comme maman et d'être sorti de son ventre à elle." Crinchon, la chef de service atteinte du syndrome de Gilles de la Tourette et qui ne peut s’empêcher des proférer des insultes commençant toujours toutes par la même lettre m'a beaucoup fait rire! "Crétin, crâne d'obus au cul terreux, et de babouin crasseux!"
Concernant l'écriture, le fait de raconter alternativement et à rebours avant puis après la Déchirure est un procédé qui permet de comprendre l'attachement qui s'est crée entre No' et Jo' et ensuite de suivre leurs aventures à Rome et à Jérusalem pour retrouver la maman.
Une belle histoire très émouvante  qui ne tombe jamais dans le pathos grâce aux traits d'humour de l'auteur. A lire d'urgence!

L'image que je retiendrai : Qu'il faut jeter, brûler ou abandonner les choses pour que ceux de l'autre monde puissent les utiliser  : Jo' qui transforme méthodiquement les craies en poussière pour que No puisse profiter de belles craies toutes neuves!

Extrait : "Arrivé au salon, je me suis cogné l' orteil contre la porte des toilettes j'ai  lâché un juron. Je tâtonnais pour trouver l' interrupteur, le manœuvrai; L'ampoule pendue au plafond a crachoté 10 bonnes secondes (Elle crachote tout le temps, cette ampoule, je la soupçonne même de communiquer en morse : ."AR RE TE DE TOUR NER AU TOUR DU POT!" ânonne-t-elle). Quand le filament a cessé de balbutier j'ai levé la tête et poussé un hurlement. 
Il était là, l' enfant, avec ses yeux de porcelaine. 
Dans l' obscurité et l' infini de ses sept ans.
Seul. 
Exactement dans la même position que lors de notre rencontre à l'hôpital, 61 jours avant la Déchirure."


Éditions Mazarine - Littérature contemporaine -

lundi 3 octobre 2016

Le pactole - Cynthia d'Aprix Sweeney

Le pactole - Cynthia d'Aprix Sweeney
Synopsis : Dispersée dans New York, la fratrie Plumb préfère s'éviter.
Jack, antiquaire endetté, rêve d'offrir à son conjoint un peu de tranquillité. Auteur d'un unique best-seller, l'ex-« Glitterary Girl » Béatrice rêve, elle, de retrouver l'inspiration. Quant à Melody, dont le mari peine à solder le prêt de leur maison, elle, rêve d'un avenir luxueux pour ses jumelles adorées.
À vrai dire, ils n'ont pas grand-chose en commun. Excepté « Le Pactole », une fortune léguée par leur père qui doit leur revenir aux quarante ans de Melody, dans cinq mois...
C'était sans compter l'accident de Leo, l'aîné, golden boy déchu de la presse : pour couvrir le scandale, leur frère a dilapidé le fonds, fauchant tous leurs espoirs.
Mais qu'attendre de l'égocentrique Leo ? Et de ces retrouvailles forcées? Sinon une fiévreuse partie de poker menteur qui, en révélant les failles de chacun, va balayer toutes leurs certitudes, et bouleverser leurs vies...

Je remercie les éditions Fleuve pour l'envoi de ce livre.

Mon avis : En lisant la quatrième de couverture, je pensais avoir affaire à un livre drôle, avec des quiproquos et des personnages loufoques... Ce n'a pas du tout été le cas... "Le pactole" est donc ma première grande déception de cette rentrée littéraire. Pas parce que ce n’était pas le livre auquel je m'attendais (car on a parfois de belles surprises) mais parce que je me suis profondément ennuyée et j'ai trouvé les protagonistes détestables tellement ils sont pressés de recevoir leur "pactole" d'héritage.
L'idée de départ était pourtant bonne mais pour moi tous les personnages étaient beaucoup trop caricaturaux, à l’extrême des clichés de ce qu'ils étaient censés représenter. De plus, leurs caractères et leurs vies si diamétralement opposés ne m'ont pas laissé imaginer une seule seconde qu'il s'agissait d'une fratrie.
Entre Jack l'antiquaire homosexuel endetté, Beatrice, l'écrivain en panne d'inspiration, Mélody la mère de famille qui veut élever ses jumelles comme des princesses mais n'en a pas les moyens et enfin Léo l'ainé arrogant, capricieux et trop gâté, les Plumb étaient tout simplement ennuyeux, avec leurs problèmes banals dont ils font presque une affaire d'état.
Au niveau de l'écriture, j'ai souvent eu du mal à comprendre ou l'auteur voulait nous amener passant du coq à l’âne, multipliant les événements sans forcément leur donner une suite ou un enchainement logique. 
En général, j'essaye toujours de trouver des points positifs pour un livre même si je ne l'ai pas apprécié, mais là, j'ai du mal, et je dois même avouer qu'il m'est tombé des mains juste avant la fin (cette fin qui peut être m'aurait fait changer d'avis sur ma lecture...)
 
Extrait : "Les derniers invités déambulaient sur le ponton du yacht  club sous un ciel de soir d' été, savourant lentement leurs cocktails pour évaluer la qualité des ingrédients utilisés par les barmen, tout en maintenant en équilibre de minuscules canapés au crabe sur des serviettes en papier. Ils convenaient qu'ils avaient de la chance avec le temps, car la pluie serait de retour le lendemain, ou tenaient des propos beaucoup moins convenus sur la robe de satin ajustée de la mariée, se demandant si son décolleté plongeant était dû à une coupe ratée, un goût douteux (un look diraient leurs filles) ou encore à un soudain embonpoint, avec force clins d'œil et allusions éculées à une brioche dans le four. C'est alors que Leo Plumb quitta le mariage de son cousin avec une des serveuses . 
Il avait pris soin d' éviter sa femme, Victoria, qui lui parle à peine, et sa sœur, Béatrice, qui lui parlait sans cesse, insistant pour qu'ils passent Thanksgiving ensemble. Thanksgiving. En juillet. Léo n'avait pas passé un seul jour de fête avec sa famille en 20 ans, depuis le début des années 1990, si ses souvenirs étaient exacts,  et il n'avait pas l'intention de commencer maintenant. 
A cran, en quête du bar en plein air qu'on disait désert, Léo avait remarqué Mathilda Rodriguez qui portait un plateau de coupes de champagne. Elle traversait la foule, nimbée d'un éclat lumineux – à cause du soleil couchant qui baignait l'extrémité est de long Island d'un rose insolent, ou de la cocaïne d'excellente qualité qui faisait des ravages dans les synapses de Léo?"

Éditions Fleuve - Littérature contemporaine - 427 pages

dimanche 2 octobre 2016

Tu comprendras quand tu seras plus grande - Virginie Grimaldi

Tu comprendras quand tu seras plus grande - Virginie Grimaldi
Synopsis : Quand Julia débarque comme psychologue à la maison de retraite Les Tamaris, elle ne croit pas plus au bonheur qu’à la petite souris. Pire, une fois sur place, elle se souvient qu’elle ne déborde pas d’affection pour les personnes âgées. Et dire qu’elle a tout plaqué pour se sauver, dans tous les sens du terme.
Au fil des jours, Julia découvre que les pensionnaires ont bien des choses à lui apprendre. Difficile pourtant d’imaginer qu’on puisse reprendre goût à la vie entre des papys farceurs, des mamies fantaisistes et des collègues au cœur brisé… Et si elle n’avait pas atterri là par hasard ? Et si l’amour se cachait là où on ne l’attend pas ?
C’est l’histoire de chemins qui se croisent. Les chemins de ceux qui ont une vie à raconter et de ceux qui ont une vie à construire.
C’est une histoire d’amour(s), une histoire de résilience, une ode au bonheur.

Je remercie les éditions Fayard pour l'envoi de ce livre!

Mon avis : Ayant apprécié le précédent livre de Virginie Grimaldi, "Le premier jour du reste de ma vie", je ne pouvais pas passer à côté de celui-ci. Et je ne regrette pas du tout car il est encore mieux que le premier!
Après deux deuils successifs (son père et sa grand-mère Maminou) et alors que Marc son compagnon l'a quittée, Julia, parisienne d'adoption  décide sur un coup de tête de retourner vers ses racines : la côte basque....Là bas, elle accepte de remplacer  la psychologue d'une maison de retraite les Tamaris pendant son congé de maternité. Pourtant, elle n'apprécie pas spécialement de côtoyer des personnes âgées, mais à sa grande surprise, ces papys grincheux ou farceurs, ces mamies pleines de fantaisie et de joie de vivre vont réussir à la faire sortir de sa déprime ....
Si la quatrième de couverture laisse présager une histoire triste et pesante dans cette maison de retraite, rassurez-vous, ce n'est absolument pas le cas grâce à l'humour de l'auteure et la force de caractère de Julia.
Ce roman très optimiste, présente une vision  idéalisée et réconfortante de la vieillesse et des maisons de retraite. Pour autant, tout n'y est pas tout rose car la situation de certaines de ces personnes âgées n'est pas enviable, (difficultés à se déplacer, pertes de mémoire...) on a envie de les aider mais surtout de profiter de leur expérience, leur vécu. Et c'est justement de cela dont va profiter Julia pour se reconstruire.
Une plume acérée et toujours bourrée d'humour ( pour vous en faire une idée, je vous conseille d'aller voir le blog de Virginie "FemmeSweetFemme" et plus particulièrement lire la rubrique "Je réponds aux spams". A pleurer de rire!) Des chapitres courts et un rythme rapide incitent à en lire toujours plus avant l’heure de reposer le livre.
Une lecture que je recommande vivement et qui vous fera certainement oublier l'arrivée de l'automne pendant quelques heures.

Extrait : "Parfois, j'ai cette drôle d'impression que la vie est un jeu vidéo. On commence la partie avec plusieurs jauges pleines. La jauge de sérénité, la jauge de force, la jauge d'énergie, la jauge de joie. Sur notre chemin, on va croiser quelques ennemis, faire face à des attaques, parfois se tromper de chemin, sauter sur des bombes, chuter dans des trous, buter contre des obstacles. A chaque fois, nos jauges vont être entamées, mais des bonus "Bonheur" vont nous aider à les recharger. Le bonus "Mariage", le bonus "Naissance d'un enfant", le bonus "Soirée en famille". Ces bonus sont précieux, ce sont eux qui déterminent la qualité de la partie, parfois même sa durée. A la fin de chaque tableau, on doit affronter un gros monstre. Parmi les plus terrifiants, il y a le monstre "Deuil", le monstre "Maladie", le monstre "Chômage", le monstre "Rupture". Ceux-là, ils sont coriaces. Il faut du temps pour en venir à bout. Même si on y parvient, ils emportent toujours avec eux une bonne partie de chaque jauge. Un jour, les bonus ne sont plus assez costauds pour restaurer la joie, l'énergie et la force."

A lire aussi

Éditions Fayard - Littérature contemporaine - 505 pages

vendredi 30 septembre 2016

Il était une lettre - Kathryn Hugues

Il était une lettre - Kathryn Hugues
Synopsis : Tina est malheureuse auprès d'un mari trop porté sur la boisson et souvent violent. Le week-end, pour ne pas être à ses côtés, elle se réfugie dans une boutique caritative où elle est vendeuse bénévole. C’est alors que sa vie bascule lorsqu'elle découvre une lettre dans la poche d'un vieux costume. Cette lettre n'a jamais été ouverte, le timbre n’est pas cacheté et elle date de septembre 1939 : c'est une demande en mariage.
Très émue que la destinataire n’ait jamais reçu cette demande, Tina va mener l'enquête et découvrir l'histoire bouleversante d'un amour impossible… Celui de Chrissie, une jeune fille de 17 ans qui tombe éperdument amoureuse du jeune séducteur de son quartier, malgré les réticences de son père, un médecin très strict. La guerre finit par exploser et son grand amour est contraint de partir au front, la laissant enceinte, et seule face à ce secret honteux qui va faire exploser sa cellule familiale.
Pendant que Tina poursuit ses recherches, elle découvre qu’elle aussi est enceinte, mais d’un homme qu’elle n’aime plus. Elle décide d’essayer de retrouver à tout prix Chrissie et son enfant, en espérant ainsi redonner du sens à sa vie.

 Merci aux éditions Calmann-Lévy pour l'envoi de cet excellent livre!

Mon avis : Un vrai coup de cœur pour ce roman aux deux histoires parallèles qui se rejoignent petit à petit!
"Il était une lettre" nous transporte dans le quotidien de deux femmes Christina et Tina, nées à 30 ans d'intervalle, mais dont les vies ont de nombreux points communs. L'histoire se déroule donc en 1940 et en 1970.
Dans les années 1970, Tina, maltraitée par Rick son mari, trouve une échappatoire à son malheur en faisant du bénévolat dans une friperie. Un jour, lors d'un tri de vêtements, elle tombe sur une vieille lettre dans une poche de costume. Toujours scellée et non affranchie, cette enveloppe intrigue Tina qui l'ouvre. Elle a été écrite le 4 Septembre 1939. Émue par son contenu et perplexe quant à la raison de la non remise à sa destinataire, elle se lance dans une enquête pour découvrir ce qu'il est advenu de l'auteur de la lettre et de sa destinataire.
La mystérieuse façon dont cette lettre finit entre les mains de Tina est racontée à travers l'histoire de Billy au début des années 1940. En écrivant cette missive qui aurait dû changer sa vie pour toujours, il était loin de se douter qu'elle ne serait lue que 34 ans plus tard par une inconnue... C'est justement cette belle histoire d'amour entre Billy et Chrissie qui m'a transportée. L'histoire de Tina aurait pu quant à elle être fortement raccourcie.
Tous les personnages de cette histoire (agréables ou détestables) ont des traits de caractère si forts qu'on ne les oublie pas de si tôt. Tina, la femme violentée par son mari, mais qui continue d'essayer d'aller de l'avant malgré la peur des représailles. Rick, le mari violent physiquement mais qui joue surtout sur le psychisme de sa victime. Lui qui était justement détestable au plus haut point a pourtant réussi à gagner ma considération à la fin du roman... Billy et Christina les amoureux qui vivent à une époque difficile ont été mes préférés car malgré leur belle histoire, ils ne sont jamais tombés dans la mièvrerie.
Par contre, j'ai vraiment méprisé le père de Christina et les religieuses.
Deux époques distinctes qui nous montrent l'évolution des mentalités et des mœurs car si Billy et Christina s'étaient rencontrés en 1970, leur histoire n'aurait pas du tout été la même.
Un coup de cœur pour ce livre qui m'a tellement marquée que plusieurs mois après sa lecture, je me souviens encore des détails!

Extrait : "Cet endroit accueille des filles qui sont la honte de leur famille – qui se sont déshonorées sur le plan moral, si vous préférez. Tomber enceinte sans être mariée est un péché, mais les religieuses font tout pour que les filles purifient leur âme de cette souillure grâce au travail. Elles leur offrent un refuge lorsque leurs familles ne veulent plus entendre parler d’elles, et, en échange du gîte et du couvert, les filles se chargent de la lessive, cultivent des légumes et fabriquent des chapelets. [...] Toutes celles qui passent par ce couvent sont des filles déchues, des dégénérées sur le plan de la morale, que la société a mises à l’écart et qu’ont rejetées leurs familles sur qui elles n’ont apporté que la honte ! Nous leur donnons un foyer, nous veillons sur elles pendant leur grossesse et nous faisons tout pour que leurs bébés soient recueillis par des parents aimants. Nous nous assurons qu’elles purifient leur âme en effectuant un dur labeur."

Éditions Calmann-Lévy - Littérature contemporaine - 300 pages

jeudi 29 septembre 2016

Ainsi fleurit le mal - Julia Heaberlin

Ainsi fleurit le mal - Julia Heaberlin
Synopsis : « J'ai toujours pensé que la mort avait quelque compte à régler avec moi. »
À seize ans, Tessa est retrouvée agonisante sur un tas d'ossements humains et au côté d'un cadavre, dans une fosse jonchée de milliers de marguerites jaunes aux yeux noirs. Partiellement amnésique, seule survivante des « Marguerite » – surnom que les journalistes ont donné aux victimes du tueur en série –, elle a contribué, en témoignant, à envoyer un homme dans le couloir de la mort. Terrell Darcy Goodwin, afro-américain, le coupable parfait pour la juridiction texane.
Presque vingt ans ont passé. Aujourd'hui, Tessa est une artiste et mère célibataire épanouie. Si elle entend parfois des voix – celles des Marguerite qui n'ont pas eu sa chance –, elle est toutefois parvenue à retrouver une vie à peu près normale. Alors, le jour où elle découvre un parterre de marguerites jaunes aux yeux noirs planté devant sa fenêtre, le doute l'assaille... Son « monstre » serait-il toujours en cavale ? La narguerait-il ?

Je remercie les éditions Presses de la cité pour l'envoi de ce thriller!

Mon avis : Plus roman psychologique que thriller pur, ce livre m'a très agréablement surprise malgré une intrigue un peu longue à se mettre en place.
En 1995, Tessie Cartwright, 16 ans, est enlevée près de son domicile à Fort Worth. Plus de 30 heures plus tard, elle se réveille agonisante dans un champ de marguerites aux yeux noirs. Dans ce qui aurait dû être sa tombe, elle n'est malheureusement pas seule, mais l'autre fille n'a pas eu sa "chance"..
Dans "Ainsi fleurit le mal", Tessie raconte son histoire en alternant les chapitres au passé et au  présent pour décrire deux périodes de sa vie : adolescente, juste après son agression dans les mois qui ont précédé le procès de Terrell Goodwin, (l'homme accusé de son agression et du meurtre des autres "marguerites") et aujourd'hui âgée de 34 ans, en utilisant son nom adulte, Tessa, reprenant toute son histoire lors du procès en révision de Terrell Goodwin.
Les chapitres racontés par la jeune Tessie se concentrent sur ses séances chez le psychiatre. Bien qu'elle insiste sur le fait qu'elle ne se souvienne de rien, sauf de son réveil à moitié enterrée,  face à face avec la jeune fille morte, et à côté d'un tas d'ossements, le psychiatre tente de la soumettre à l'hypnose. Ces séances  ont été ordonnées par les juges afin d'essayer de faire ressurgir des éléments que Tessie aurait oubliés ou volontairement cachés.  Mais Tessie manipule le médecin, lui fait croire ce qu'elle veut, et refuse de se soumettre à l'hypnose. Je n'ai pas apprécié la Tessie enfant car elle semble vouloir faire tourner tout le monde en bourrique, elle est menteuse et manipulatrice.
Dans les chapitres au présent, Tessa maintenant adulte doit décider si elle va coopérer avec les avocats utilisant l'ADN pour innocenter Goodwin et d'autres condamnés à mort du Texas. Tessa regrette aujourd'hui d'avoir accusé Terrell Goodwin. En effet, elle est persuadée que le vrai tueur est encore en liberté et que c'est lui qui lui envoie des menaces... Là, par contre, son personnage a gagné en maturité. Elle est maintenant une femme qui tente de se reconstruire et d'avoir la vie normale d'une femme mère d'une adolescente de 15 ans.
J'ai aimé ce thriller car tous les personnages paraissent suspects les uns après les autres. Le psychiatre et le procureur semblent eux aussi manipuler Tessie afin de lui faire dire ce qu'ils souhaitent entendre. La disparition de Lydia, l'amie d'enfance de Tessie, juste après le procès a aussi de quoi faire planer le doute...
J'ai aimé aussi apprendre des choses concernant les analyses ADN et notamment l’analyse des os, tellement précise à l'heure actuelle qu'elle permet même de déterminer dans quelle ville a vécu la victime (selon par exemple les polluants respirés!)  
Malgré un début un peu long, le fait d'alterner les époques du récit nous entraîne à vouloir en savoir toujours plus et ne plus lâcher le livre jusqu'au dénouement que j'ai trouvé vraiment bien amené. Je ne l'ai même pas vu venir jusqu'à la toute fin.
Un premier roman d'une auteure à suivre!
 
Extrait : “Le tueur a planté pour moi des marguerites jaunes à six reprises. Quel que soit l’endroit où je vivais. Il aime me laisser dans le doute. J’en sus persuadée, désormais.
Il attendait si longtemps entre chaque repiquage, parfois, qu’avant l’intervention d’Angie je parvenais la plupart du temps à me convaincre que le véritable tueur était derrière les barreaux. Que les premières marguerites jaunes étaient l’œuvre d’un malade, et les suivantes dues aux caprices du vent.

Dans cette boîte étiquetée "Impôts", qui contenait initialement des tennis de marque Asics pointure 38, sont réunies les photographies que j’ai prises à chaque fois, on ne sait jamais. Au cas où.

Je soulève le couvercle de la boîte posée sur le lit. Au-dessus de la pile se trouvent celles que j’ai prises avec le vieux Polaroïd de mon grand-père. Cette première fois, juste après le procès, j’avais cru devenir folle…

Éditions Presses de la cité - Thriller - 552 pages

mercredi 28 septembre 2016

La succession - Jean-Paul Dubois

La succession - Jean Paul Dubois
Synopsis : Paul Katrakilis vit à Miami depuis quelques années. Jamais il n’a connu un tel bonheur. Pourtant, il se sent toujours inadapté au monde. Même la cesta punta, ce sport dont la beauté le transporte et qu’il pratique en professionnel, ne parvient plus à chasser le poids qui pèse sur ses épaules. Quand le consulat de France l’appelle pour lui annoncer la mort de son père, il se décide enfin à affronter le souvenir d’une famille qu’il a tenté en vain de laisser derrière lui. Car les Katrakilis n’ont rien de banal: le grand-père, Spyridon, médecin de Staline, a fui autrefois l’URSS avec dans ses bagages une lamelle du cerveau du dictateur; le père, Adrian, médecin lui aussi, est un homme étrange, apparemment insensible; la mère, Anna, et son propre frère ont vécu comme mari et femme dans la grande maison commune. C’est toute une dynastie qui semble, d’une manière ou d’une autre, vouée passionnément à sa propre extinction. Paul doit maintenant rentrer en France pour vider la demeure. Lorsqu’il tombe sur deux carnets noirs tenus secrètement par son père, il comprend enfin quel sens donner à son héritage.

Mon avis : Si vous suivez mon blog régulièrement, vous savez que j'aime beaucoup ce qu'écrit Jean-Paul Dubois donc, je ne pouvais pas rater cette sortie de la rentrée littéraire. Comme d'habitude, le personnage principal s'appelle Paul mais d'un livre à l'autre ce n'est jamais tout à fait le même puisque le nom de famille diffère. La passion pour les voitures américaines et le fait de vivre et/ou aimer les États-Unis restent, quant à eux, des points communs à tous ces Paul. 
Ici, nous suivons Paul Katrakilis, médecin de formation qui a préféré s'exiler aux États-Unis pour devenir joueur professionnel de cesta-punta (une sorte de pelote basque) plutôt que de suivre les traces de son père et devenir un médecin au professionnalisme reconnu.
Paul essaye en effet de s'éloigner de sa famille car une terrible malédiction en frappe les membres les uns après les autres : le suicide. Son grand-père, son oncle puis sa mère deux mois après et maintenant son père dont il doit gérer la succession seul et pour cela revenir en France. Lorsqu’il tombe sur deux carnets noirs tenus secrètement par son père, il comprend enfin quel sens donner à son héritage... Arrivera-t-il à dépasser ses appréhensions et rester en France? Reprendra-t-il le cabinet médical de son père? Mais surtout, sera-t-il assez fort pour contrer cette malédiction qui touche sa famille? Autant de questions auxquelles vous trouverez les réponses en lisant ce livre. Certainement l'un des plus noirs de l'auteur puisqu'il incite à réfléchir sur la vie qui ne tient finalement à pas grand chose mais aussi sur l'héritage que l'on reçoit de sa famille tant au niveau génétique que patrimonial et professionnel.
Comme d'habitude je me suis beaucoup attachée à Paul qui m'a touchée par sa quête d'un bonheur simple malgré toutes les difficultés "psychologiques" rencontrées par sa famille. Et avant l'annonce du décès de son père, il avait enfin réussi à retrouver un équilibre et une stabilité. Il vivait de sa passion, avait des amis, parfois même des petites-amies et aimait la simplicité d'aller faire un tour en mer, s'occuper d'un chien...Mais cette annonce de succession à gérer va de nouveau l'ébranler dans son quotidien.
J'ai aussi eu un réel plaisir à retrouver l'agile et élégante plume de Jean-Paul Dubois qui manie ici avec brio un certain humour noir que j'adore! (je vous laisse découvrir par exemple, ce qu'a fait le père de Paul avec du Scotch avant de se jeter du huitième étage..). Paul est le narrateur de cette histoire dans laquelle le passé et le présent s’alternent judicieusement afin que le lecteur découvre petit à petit les éléments qui ont poussé cette famille à ces gestes regrettables.
J'ai frôlé le coup de cœur pour cette famille au destin programmé!
Un incontournable de cette rentrée littéraire!

Extrait : "Ce furent des années merveilleuses. Quatre années prodigieuses durant lesquelles je fus soumis à un apprentissage fulgurant et une pratique intense du bonheur. Il m’avait fallu attendre vingt-huit ans pour éprouver chaque jour cette joie d’être en vie au petit matin, de courir pour polir mon souffle, de respirer librement, de nager sans peur, et de ne rien espérer d’autre d’une journée sinon qu’elle m’accompagne comme l’on promène une ombre et que le soir venu elle me laisse en l’état, simplement satisfait, abruti de quiétude et de paix loin de ce territoire désarticulé que j’avais abandonné, et surtout loin de ceux qui m’avaient mis au monde par des voies naturelles, m’avaient élevé, éduqué, détraqué et sans aucun doute transmis le pire de leurs gènes, la lie de leurs chromosomes.
Sur ce dernier point, je sais parfaitement ce dont je parle.
De la mi-novembre 1983 au 20 décembre 1987, je fus donc un homme profondément heureux, comblé en toutes choses et vivant modestement des revenus du seul métier que j’aie jamais rêvé d’exercer depuis mon enfance : pelotari.
En Floride, et surtout au Jaï-alaï de Miami, j’ai fait partie de ce petit cercle de professionnels de la pelote basque rétribués à l’année pour danser sur les murs, jouer du grand gant, fendre l’air avec une cesta punta et propulser des balles de buis cousues de peau de chèvre à 300 km/h sur le plus grand fronton du monde – un Vatican peuplé de cent papes aux mains d’osier – frôlé par les avions de l’aéroport de Miami International, et fréquenté alors par ce qui se faisait de mieux dans une ville qui, il faut bien le reconnaître, n’avait jamais été trop regardante sur la fabrique de son aristocratie.
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