mercredi 4 mai 2016

89 mois - Caroline Michel

89 mois - Caroline Michel
Synopsis : J'ai trente-trois ans, ça y est. A quarante ans et des poussières, mon corps sera hors jeu. Il me reste donc sept grosses années pour faire un enfant, soit quatre-vingt-neuf mois. Un chiffre minuscule. A peine deux mille sept cents jours. Que peut-on faire en deux mille sept cents jours ? Rien. J'en ai déjà mis cinq à construire trois meubles Ikea."
Jeanne, célibataire, contrôleuse de train sur la ligne Paris-Auxerre, n'a qu'une obsession : devenir maman avant que le temps la rattrape. Elle a fait une croix sur le couple, il lui faut simplement un géniteur. Sa décision ne fait pas l'unanimité auprès de ses amis, et, même si parfois elle doute, elle est déterminée à surveiller son cycle, à provoquer les rencontres, à boire des potions magiques et à lever les jambes après chaque rapport, sait-on jamais.
Après ce premier roman, empreint d'humour et de tendresse, à la fois jubilatoire et émouvant, Caroline Michel pose la question des choix intimes dans une société conformiste. Une nouvelle voix de la littérature féminine, d'une spontanéité rafraîchissante, avec laquelle il faudra désormais compter.

Je remercie les éditions Préludes pour cette lecture en avant première! Disponible à partir d'aujourd'hui.

Mon avis : D'habitude, j'adhère totalement aux choix de publication des éditions Préludes mais là, bien que ce livre m'ait bien fait rire, (car il est néanmoins plein d'humour) je regrette deux choses : la première et la plus gênante est qu'à mon avis, il ne faut pas mettre ce livre entre les mains de jeunes filles sans leur expliquer que quand on a un rapport, il faut se protéger car bien qu'on en parle de moins en moins, le sida est toujours là.. (Je ne plombe pas l'ambiance, mais contrairement à ce que pensent beaucoup de jeunes, on n'en guérit toujours pas). S'il est sûr que si Jeanne se protégeait, l'histoire n'aurait pas lieu puisqu'elle ne pourrait pas tomber enceinte, je pense que l'auteure n'aurait pas dû faire enchaîner les conquêtes à son héroïne ou au moins qu'elle se préoccupe un peu plus des MST et qu'elle ne couche pas avec des hommes qu'elle ne connaît pas depuis 30 minutes...
La deuxième chose qui m'a  dérangée est le langage vulgaire de Jeanne trop souvent utilisé (choper, bouffer, encloquer, pisser, je t'emmerde...) même si ce vocabulaire se trouve majoritairement dans les dialogues et rend les échanges plus "vivants", j'ai trouvé dommage de l'utiliser aussi dans les pensées de Jeanne.
A part ces deux bémols, j'ai tout de même apprécié ma lecture car l'idée de partir dans un compte à rebours de 89 mois avant l'anniversaire fatidique des 40 ans est originale et le fait que Jeanne s'adresse à sa future fille Augustine (elle est persuadée que ce sera une fille et qu'elle l'appellera Augustine) et lui explique ses déboires pour la concevoir est aussi bien pensé. La fin m'a beaucoup plu aussi !
Une lecture en demi teinte à cause de l'inconséquence de son héroïne à laquelle je n'ai du coup pas pu m'identifier malgré des situations similaires.

Extrait : "Je touche mon ventre en rentrant chez moi . J'espère que mon col est accueillant . Que tous les panneaux routiers sont en service . j'aimerais que mes ovules vivent longtemps , très longtemps , deux jours c'est peu . Il faudrait que mes ovules débarquent de chaque côté et s'installent pour la semaine , qu'ils prennent un bon bouquin , un bon verre , qu'ils patientent tranquillement et respirent à fond pour assurer leur survie . Je voudrais qu'ils ne meurent jamais ,ne s'éteignent pas et que ma muqueuse utérine soit toujours très épaisse , une grosse muqueuse utérine disposée à accueillir un embryon , une muqueuse utérine chaleureuse, polie et douillette , qui ouvre grand sa porte , offre à boire et à bouffer et met une petite musique d'ambiance pour que son invité se sente parfaitement bien .
Une muqueuse utérine un peu feng-shui.
"

Éditions Préludes - Littérature contemporaine - 282 pages

vendredi 29 avril 2016

Fermez les yeux - C.J. Cooper

Fermez les yeux - C.J. Cooper
Synopsis : Déterminée à combattre sa phobie de l'avion pour obtenir le poste dont elle rêve, Sara décide de recourir à l'hypnose, et rencontre le fascinant docteur Stephen Devane. Au fil des séances, la jeune femme est victime d'hallucinations chaque fois plus terrifiantes... D'où viennent-elles ?
Face aux terribles découvertes auxquelles elle est confrontée et grâce à l'aide de Stephen, Sara va se lancer dans une quête d'identité effrénée, à ses risques et périls.
Dans ce thriller choral d'une maîtrise absolue, mêlant à la perfection effroi et tension, C.J. Cooper explore la complexité d'une relation perverse entre un médecin et sa patiente jusqu'à la révélation finale, totalement inattendue.
Fermez les yeux si jamais vous avez besoin de reprendre votre souffle...

Je remercie les éditions Préludes pour cette lecture différente mais très agréable!

Mon avis :  Autant le dire de suite, les avis sur ce livre sont très partagés et plus majoritairement négatifs... Mais comme souvent, je me rends compte que quand la majorité déteste j'aime beaucoup, et vice versa...
Il est vrai qu'au début, le procédé narratif sous forme d'interviews peut surprendre ou agacer.. Moi aussi, en commençant cette lecture, je me suis dit que si c'était toujours des entretiens, ça n'allait pas me plaire. Et en fait non, je me suis laissée prendre au jeu ! C'est justement ce qui fait l'originalité de cette lecture car l'interview de l'entourage familial, amical et professionnel de Sara à propos des mêmes événements permet de voir les choses sous d'autres angles mais aussi de prendre du recul par rapport à son histoire et ses ressentis. De plus, le fait que les personnages soient interviewés dès la première page sans que l'on sache pourquoi  laisse supposer qu'il s'est passé quelque chose de grave. Et c'est ce que l'auteur va nous faire découvrir petit à petit au fil des entretiens.
J'ai beaucoup aimé Sara, cette jeune fille ambitieuse qui doit régler sa phobie de l'avion pour évoluer professionnellement et accéder à une promotion. Elle qui a placé tous ses espoirs d'évolution sur l'hypnose est bien loin de se douter du machiavélisme de Stephen, son thérapeute et des conséquences sur sa vie personnelle et professionnelle... Car si sa phobie de l'avion disparaît bien, d'autres problèmes bien plus graves vont apparaître alors qu'une sorte de "transfert" va pousser Sara a multiplier ses séances et vivre un véritable enfer car ce ne serait pas sa meilleure amie Caroline qui l'aiderait car trop égocentrique ou son petit ami Nick, lui aussi bien trop occupé à s'occuper de sa propre petite personne...
Ce livre a aussi le mérite de faire réfléchir sur l'hypnose et ce qu'elle peut occasionner si elle est pratiquée à mauvais escient. Moi qui ai aussi la phobie des avions, si un jour je devais avoir recours à l'hypnose, je me ferais accompagner!
Je recommande cette lecture originale par sa narration et addictive par son suspens!

Extrait : "Mon dernier rendez-vous avec Stephen donc.
Je m’y étais préparée avec soin – quels mots dire, quelles fringues porter, quelles questions poser. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit simple, vu que me lever le matin était déjà difficile. Je ne me berçais pas d’illusions, je savais que ce ne serait pas une partie de plaisir et que je ne ressortirai pas avec toutes les réponses à mes interrogations et une ordonnance destinée à régler le problème. Pourtant, au plus profond de moi, je continuais de croire que, lorsque je lui donnerai des indices sur ce qui m’arrivait – pas de détails, juste de quoi lui permettre de s’en faire une idée – Stephen opinerait avec sagesse, m’expliquerait que le phénomène était courant, que la solution consisterait à visualiser une autre scène, voire de prendre des médicaments pendant un court laps de temps, et que c’en serait fini.
Malheureusement, ça ne s’est pas du tout déroulé comme ça.
"

Éditions Préludes - Drame - Thriller - 445 pages.

mercredi 20 avril 2016

Trois jours et une vie - Pierre Lemaitre

Trois jours et une vie - Pierre Lemaitre
Synopsis : "A la fin de décembre 1999, une surprenante série d'événements tragiques s'abbatit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir. Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien..."

Mon avis : Encore un livre que j'attendais avec impatience et que je ne regrette vraiment pas! J'ai été happée par cette histoire jusqu'à la dernière ligne.
Pierre Lemaitre nous revient avec un drame à propos duquel je ne dirai pas plus pour ne pas dévoiler l'histoire, mais il est question d'un regrettable accident et de ses conséquences sur la vie d'Antoine, un  enfant alors âgé de 12 ans.
A cause de cet événement dont il est involontairement coupable et dont il n'a osé parler à personne, Antoine vit dans l'angoisse permanente. A son jeune âge, il ne réalise pas bien  que si l'accident en lui même déjà très grave, ce qu'il a fait par la suite l'est encore plus... Mais il décide quoi qu'il en soit de ne jamais en parler à quiconque en attendant dans le stress d'être éventuellement démasqué.. Et ce, jusqu'à ses 25 ans...
J'ai beaucoup aimé cette lecture pourtant angoissante car l'auteur a réussi à me faire m'imaginer à la place d'Antoine. J'ai compris ses  réflexions d'enfant, et, comme lui, j'ai eu peur de chaque évènement anodin ou plus rare qui aurait pu le démasquer. En tous les cas, Antoine est vraiment fort car à sa place, je n'aurai jamais pu porter seule un tel secret. Plusieurs fois, il va penser être démasqué mais heureusement pour lui, ça ne sera pas le cas (ou malheureusement car du coup sa vie est une angoisse de chaque instant) mais c'est finalement la fameuse tempête de décembre 1999 qui lui sauvera la mise. D'où certainement le titre "Trois jours et une vie" Trois jours entre le drame et la tempête qui a dissimulé "l'accident"  mais une vie d'angoisse, de remords, de culpabilité et de mensonges obligeant parfois Antoine à faire des concessions dont il n'avait absolument pas envie... En bref, une vie gâchée.
Si tout cela vous parait flou, que j'en ai trop ou du coup pas assez dit, alors foncez lire ce livre, je pense que vous ne serez pas déçus!
Trois jours et une vie

Extrait : "Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien. Ulysse. Ne cherchez pas la raison pour laquelle son propriétaire, M. Desmedt, avait donné à ce bâtard blanc et fauve, maigre comme un clou et haut sur pattes, le nom d’un héros grec, ce sera un mystère de plus dans cette histoire.
Les Desmedt étaient les voisins et Antoine, qui avait alors douze ans, était d’autant plus attaché à ce chien que sa mère avait toujours refusé les animaux à la maison, pas de chat, pas de chien, ni de hamster, rien, ça fait des saletés.
Ulysse venait volontiers à la grille lorsque Antoine l’appelait, il suivait souvent la bande de copains jusqu’à l’étang ou dans les bois alentour et quand Antoine s’y rendait seul, il l’emmenait toujours avec lui. Il se surprenait à lui parler comme à un compagnon. Le chien penchait la tête, sérieux et concentré, puis soudain détalait, signe que l’heure des confidences venait de s’achever."

A lire aussi :
Sacrifices

Éditions Albin Michel - Drame - 282 pages

mercredi 13 avril 2016

Le livre des Baltimore - Joël Dicker

Le livre des Baltimore - Joël Dicker
Synopsis : Jusqu'au jour du Drame, il y avait deux familles Goldman. Les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair. Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, l'auteur de La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey. Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d'une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne. Huit ans après le Drame, c'est l'histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu'en février 2012, il quitte l'hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s'atteler à son prochain roman. Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu'il éprouva jadis pour cette famille de l'Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s'effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu'au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu'est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ?

Mon avis : Voilà plusieurs semaines que j'ai fini ce livre et je me rends compte que mes souvenirs sont encore frais ce qui me conforte dans l'idée que ce fut une très bonne lecture!
Après mon coup de cœur pour "La vérité sur l'affaire Harry Québert",  je ne pouvais passer à côté de ce drame familial dans lequel on retrouve l'écrivain Marcus Goldman en personnage principal. De nouveau en mal d'inspiration pour son prochain roman, il choisit de revenir sur le douloureux passé d'une branche de sa famille qu'il enviait et admirait lorsqu'il était enfant : les Goldman de Baltimore.
J'ai beaucoup aimé retrouver dans ce livre les éléments qui m'avaient fait aimer "La vérité sur l'affaire..." à savoir de nombreux flash-back donnant envie d'en découvrir toujours plus en nous expliquant petit à petit pourquoi et comment sa famille est  arrivée jusqu'à ce fameux "Drame". D'ailleurs, j'ai trouvé qu'ici, les changements d'époques étaient mieux amenés et plus clairs. Je ne m'y suis jamais sentie perdue.
Marcus nous replonge  donc dans ses souvenirs de jeunesse  à propos de sa famille et notamment de son cousin Hillel et son cousin de cœur et d'adoption Woody sur plusieurs décennies de l'école à l'âge adulte.
Si l'on sait dès le début qu'il s'est passé quelque chose de grave, il faudra attendre la seconde partie du livre pour que l'histoire devienne encore plus prenante et que l'on comprenne ce qui se cachait sous les belles apparences de cette branche de sa famille exilée à Baltimore.
Drame familial construit comme une intrigue policière, "le livre des Baltimore" parle aussi de la violence envers les femmes, de harcèlement scolaire, d'amitié mais aussi de trahison.
Je recommande!

Le Livre des Baltimore

Extrait : "Je suis l'écrivain.
C'est ainsi que tout le monde m'appelle. Mes amis, mes parents, ma famille, et même ceux que je ne connais pas mais qui, eux, me reconnaissent dans un lieu public et me disent : « Vous ne seriez pas cet écrivain...? » Je suis l'écrivain, c'est mon identité.
Les gens pensent qu'en tant qu'écrivain, votre vie est plutôt paisible, [...] pensent que vous n'en fichez pas une, or c'est justement quand vous ne faites rien que vous travaillez le plus dur.
Écrire un livre, c'est comme ouvrir une colonie de vacances. Votre vie, d'ordinaire solitaire et tranquille, est soudain chahutée par une multitude de personnages qui arrivent un jour sans crier gare et viennent chambouler votre existence. Ils arrivent un matin, à bord d'un grand bus dont ils descendent bruyamment, tout excités qu'ils sont du rôle qu'ils ont obtenu. Et vous devez faire avec, vous devez vous en occuper, vous devez les nourrir, vous devez les loger. Vous êtes responsable de tout. Parce que vous, vous êtes l'écrivain.
Cette histoire commença au mois de février 2012, lorsque je quittai New York pour aller écrire mon nouveau roman dans la maison que je venais d'acheter à Boca Raton, en Floride. Je l'avais acquise trois mois plus tôt, avec l'argent de la cession des droits cinématographiques de mon dernier livre, et hormis quelques rapides allers-retours pour la meubler durant les mois de décembre et janvier, c'était la première fois que je venais y passer du temps. C'était une maison spacieuse, toute en baies vitrées, qui faisait face à un lac apprécié des promeneurs. Elle était située dans un quartier très paisible et verdoyant, essentiellement peuplé de retraités aisés parmi lesquels je détonnais. J'avais la moitié de leur âge, mais si j'avais choisi cet endroit, c'était justement pour sa quiétude absolue. C'était le lieu qu'il me fallait pour écrire.
"

A lire aussi
Dicker Joel - La vérité sur l'affaire Harry Quebert ♥♥♥ 
Dietrich Pascale - Le homard - See more at: http://www.envies-de-livres.fr/p/index-alphabetique.html#sthash.2IYRWX4i.dpuf

Éditions de Fallois / Paris - Littérature contemporaine - 476 pages

lundi 11 avril 2016

Les jours fragiles - Philippe Besson

Les jours fragiles - Philippe Besson
Synopsis : Elle a grandi dans l'ombre de son frère aîné, surdoué scandaleux.
Lorsqu'il a choisi de s'enfuir, elle a appris l'absence et le manque. Aujourd'hui, l'exilé volontaire est de retour de ses lointains voyages et il la réclame. Il ne lui propose que des jours fragiles, fébriles. Elle accepte sans réfléchir. Empêtrée dans ses frayeurs, guidée par un infatigable espoir, Isabelle Rimbaud est enfin prête, à trente ans, à cheminer aux côtés d'Arthur vers l'irréparable.

Mon avis : Un bel hommage à Arthur Rimbaud! Dans "Les jours fragiles" Philippe Besson nous raconte les derniers jours de la vie du poète par le biais d'un journal intime romancé écrit par Isabelle, la sœur d'Arthur.
Malgré le fait que ce journal soit romancé, il nous raconte les événements tels qu'ils se sont réellement déroulés et certaines phrases (en italique) ont vraiment été prononcées ou écrites par Isabelle ou Arthur ce qui implique un énorme travail de documentation et de recherches.
Arthur Rimbaud, qui souffre depuis des mois d'une tumeur au genou, quitte l'Afrique où il est négociant et revient en France pour se faire hospitaliser. Admis à l'Hôpital de la Conception, à Marseille, il est amputé de la jambe droite deux jours après. Deux mois plus tard, il sort de  l'hôpital et revient sur ses terres natales dans le nord de la France. Là, sa sœur Isabelle veille sur lui et se confie dans son journal intime. Mais son état de santé s'aggravant de nouveau, Rimbaud doit repartir pour Marseille, cette fois-ci accompagné de sa sœur...
J'ai aimé me plonger dans cette histoire vraie, apprendre les derniers jours de Rimbaud mais aussi découvrir cet homme capable de renier son passé, notamment ses poésies et Verlaine : "La poésie l’exaspère, le rend presque furieux. Je suppose qu’en manifestant une telle colère, c’est à son passé qu’il s’en prend, même s’il m’assure que ce sont les poèmes que je choisis qu’il exècre." Sa douleur le rend agressif et verbalement violent. Sa mère semble totalement détachée de la situation. Elle qui est décrite par Isabelle comme autoritaire et exigeante n'aura jamais un gentil mot pour son fils souffrant. quant à Arthur lui-même, il semble ne pas accepter l'issue de ce cancer.
Un livre très intéressant, servi par une belle plume que j'ai pris plaisir à découvrir et qui m'a appris beaucoup de choses sur ce grand poète qu'était Rimbaud!

Les Jours fragiles

Extrait : "Je m’emploie à lui faire la lecture. Je vois bien que je l’ennuie parfois et qu’il contemple le ciel par la fenêtre de la chambre alors que je lis, mais tant qu’il ne me prie pas de m’interrompre, je continue. Je l’aide à traverser les jours comme je peux.
Il profère des jurons lorsque je lui propose de la poésie. Il me crie qu’il refuse d’écouter pareilles balivernes. La poésie l’exaspère, le rend presque furieux. Je suppose qu’en manifestant une telle colère, c’est à son passé qu’il s’en prend, même s’il m’assure que ce sont les poèmes que je choisis qu’il exècre. Il a «pissé» sur ses vers autrefois, m’assure-t-il, et, s’il avait encore ses deux jambes valides, nul doute qu’il se dresserait sur elles et qu’il pisserait à nouveau sur ces «borborygmes indignes». Son mépris pour la médiocrité et la boursouflure n’est pas retombé. Ses injures en donnent l’exacte mesure. 
Même si je ne goûte pas ces insultes, qui heurtent mes oreilles, je l'écoute les vomir sans le faire taire parce qu'elles sont le signe que la vie ne l'a pas tout à fait abandonné.
Les romans que je lui présente lui paraissent trop sirupeux, trop féminins. Il n’a jamais prisé le romantisme. Et il déteste cette «littérature de l’instant», oubliée aussi vite que consommée. Il croit que l’Histoire ne sauvegarde que la gravité, le désespoir ou la mélancolie. La légèreté sera balayée selon lui. « L’eau de rose ne se conserve pas : on ne se souvient que du sang »".

Éditions 10/18 - Historique - 151 pages

vendredi 8 avril 2016

Le temps d'une saison - Siwar al-Assad

Le temps d'une saison - Siwar al-Assad
Synopsis : Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, Paris est en fête. Tout est exubérance, joie et nouveauté dans le Montparnasse des années folles. Mais Angèle de Lestrange, fille d'un éminent collectionneur d'art, sort d'une expérience sentimentale douloureuse.
Afin de changer d'air, elle embarque pour New York, où elle logera chez une amie de son père dans l'Upper East Side, sans se douter que l'été 1920 marquera pour elle le début d'une transformation intérieure sans précédent. Elle découvre les Roaring Twenties à l'heure américaine de la prohibition dans la ville qui ne dort jamais et dans les Hamptons de la haute société.
Lors d'une étrange soirée de tous les excès, la jeune femme est témoin d'un casse dans le musée du Metropolitan Museum of Art et se trouve embarquée dans un trafic d'art international qui la dépasse. La cause du délit est-elle politique, commerciale ou purement criminelle ?
Le juriste Charles Rutkins, dont Angèle tombe éperdument amoureuse, mènera l'enquête pour tenter de saisir les tenants et les aboutissants de ce vol des collections d’œuvres d'Europe centrale. Ces deux jeunes gens traverseront frontières et multiples aventures au péril de leur propre vie afin de démêler les noeuds de cette affaire.

Je remercie Eric Poupet et les éditions Erick Bonnier pour l'envoi de ce livre!

Mon avis : Suspens et description d'une époque révolue : deux éléments qui ont fait de ma lecture un  bon moment malgré trois petits bémols : le côté prévisible de l'enquête, certaines coïncidences peu probables et de nombreuses fautes de frappe.
Mais j'ai aimé me plonger dans ces années folles à Paris et aux États-Unis notamment grâce à Angèle, une jeune fille de bonne famille typiquement parisienne. J'ai aimé son exubérance, suivre ses frasques, ses sorties, ses découvertes et apprentissages de la vie loin de sa famille. Si elle m'a fait rire, parfois sa frivolité et sa naïveté m'ont donné envie de lui remettre les idées en place! Car la demoiselle profite de ses vacances et sort beaucoup au point parfois de se réveiller le lendemain après-midi avec des souvenirs flous de sa soirée où même provoquer la honte de Charles son petit ami à cause de ses propos.
Alors quand elle entend parler d'un futur vol d’œuvres d'art et que sa curiosité la pousse à y assister en cachette et qu'elle se retrouve quelques jours plus tard otage des malfrats, j'ai pensé qu'elle n'avait que ce qu'elle méritait. Malheureusement, à partir de là, son personnage devient secondaire et laisse la place à Charles, son nouveau petit ami qui enquête pour le compte du Metropolitan Museum Of Art, mais surtout pour retrouver sa dulcinée. 
Si l'histoire reste agréable à lire, j'ai trouvé que Charles arrivait à ses conclusions un peu vite et qu'il avait vraiment une chance peu crédible. Cette partie de l'histoire aurait à mon avis mérité un peu plus de développement et Charles aurait été plus agréable à suivre s'il était aussi peu conventionnel qu' Angèle.
Néanmoins, je recommande cette lecture pour s’imprégner d'une époque et de ses mœurs mais surtout pour la fraîcheur de son héroïne!

Le temps d'une saison

Extrait : "Pour combler les attentes de la fille de son amie, Mrs Adams prépara leur première escapade entre femmes. Annie était décidément fort attentive. La jeune parisienne commençait à apprécier la compagnie de cette dame bourrue. Son style détonnait un peu avec la sophistication à laquelle elle avait été habituée pendant sa jeunesse, mais elle trouvait un certain charme au pragmatisme américain qui ne s’embarrassait pas de complications inutiles. Les règles tacites du savoir vivre français étaient bel et bien présentes au sein de l'Amérique privilégiée mais sous un aspect plus décomplexé.
Les Hamptons étaient la destination à ne manquer sous aucun prétexte pour voir et être vu les mois de juillet et août lorsqu'on se targuait d'appartenir à l'élite new-yorkaise."

Éditions Erick Bonnier - Policier - 240 pages

jeudi 7 avril 2016

L'homme qui n'a pas inventé la poudre - Stéphanie Claverie

L'homme qui n'a pas inventé la poudre - Stéphanie Claverie
Synopsis : Depuis qu’il est enfant, Sébastien ne fait rien comme tout le monde. Tout commence le jour de la noyade de sa mère : à l’inverse des gens du village, il ne pleure pas mais ne mange plus de poisson. À l’école, il ne récite pas la table de multiplication, il la chante à tue-tête. Au square, il ne joue pas au foot, il culbute la jolie Lili dans l’herbe grasse... C’est une évidence, Sébastien tourne à l’envers. Il faut le placer dans une institution spécialisée. Effrayé de rester seul, son père, René, le récupère à la maison et fait son éducation. À sa majorité, devenu jardinier municipal sur l’île d’Oléron, il obéit à l’appel des fleurs et à tous ceux qui n’ont pas peur de lui, comme Lucas au centre de rééducation, Émilie, née paraplégique, Simone la vieille dame dont plus personne ne se soucie et surtout Barbara qui l’initie aux délicieux plaisirs de l’amour. Sébastien n’a pas inventé la poudre mais n’a-t-il pas découvert le secret du bonheur ?

Je remercie Les éditions de la Différence pour l'envoi de ce livre!

Mon avis : Sébastien est différent. Depuis la mort de sa mère, il ne tourne par rond et vit avec son père sur l'île d'Oléron. Sa différence fait peur à beaucoup de monde car ce qu'on ne connaît pas effraie. Hors, Sébastien est un modèle de gentillesse, conscience professionnelle et serviabilité mais tout ce qui sort de son train-train quotidien lui fait peur.
"L'homme qui n'a pas inventé la poudre" nous présente d'abord Sébastien enfant et nous explique pour quelle raison il en est arrivé là et nous raconte ensuite sa vie de jeune adulte attachant qui vit en profitant des petits bonheurs du quotidien tels que son travail de jardinier ou ses rencontres amicales. Et pour lui, tout est simple. Il ne se pose pas de questions de qu'en dira-t-on ou autres futilités.
J'ai beaucoup aimé cette lecture qui, comme "Où on va, papa?" parle de handicap mental. Si Jean-Louis Fournier (qui a d'ailleurs écrit la préface du livre) parlait de ses enfants sur un ton sarcastique et un brin moqueur qui m'avait un peu déroutée, ici, Stéphanie Claverie parle sans moquerie ni apitoiement de Sébastien, un jeune homme devenu handicapé mental suite à un choc psychologique. Elle en parle tout simplement comme elle parlerait amicalement de quelqu'un de naïf mais profondément attachant et surtout, à aucun moment elle ne le juge.
Ce court roman a été pour moi une lecture "feel-good" puisque malgré le sujet difficile, elle permet de voir la vie différemment, de se rendre compte que si nous avions un point de vue plus enfantin, et si nous arrêtions de penser à la place des autres, tout se passerait probablement mieux.
Le seul petit bémol à ce livre est à mon avis le choix de son titre puisque j'y ai vu une connotation méchante et / ou moqueuse alors que c'est justement l'exact opposé du ton donné par l'auteure*.
*(Après échange de mail avec l'éditeur, il s'avère que c'est Jean-Louis Fournier qui a choisi ce titre que l'on doit voir juste comme une façon d'abolir la différence et de traiter Sébastien comme les autres. Je ne l'avais pas vu sous cet angle, mais cette opinion se défend aussi!).
 Je recommande vivement cette petite bouffée d'optimisme!
 
L'homme qui n'a pas inventé la poudre

Extrait : "La vie de Sébastien s’est écoulée paisiblement, sans problème, jusqu’au jour des obsèques de sa mère Yvette.
C’est à la fin de la célébration que tout s’est déréglé, quand il a fallu dire au revoir à Yvette et se recueillir tous ensemble une dernière fois avant qu’elle ne repose en paix. Sébastien submergé par l’émotion a envahi le lieu, dérangé les fidèles, choqué les endeuillés, en chantant debout sur sa petite chaise, sa chanson favorite, «
Mon cœur te dit je t’aime» de Frédéric François.
René s’est rendu à l’évidence: son fils avait le cerveau lent et l’oreille musicale. Loin d’un chant liturgique, cette chanson est devenue sa profession de foi.
Depuis qu’Yvette avait chaviré du chalutier familial, Sébastien voulait avec sa chanson les consoler tous, y compris le Bon Dieu. Tout le village regrettait Yvette et son optimisme à toute épreuve. Tous repensaient à son sourire qu’elle distribuait avec ses oursins et ses crevettes sur le marché, les mercredis et samedis matin. Tous admiraient ce bonheur qu’elle affichait coûte que coûte, même par gros temps. Tous pleuraient sauf Sébastien qui préférait ne plus manger de poisson.[...]
Après la tragique disparition de sa mère, les adultes se sont concertés ; le diagnostic a été sans équivoque : Sébastien tournait à l'envers.
Pour stabiliser ses émotions et ramener le calme en lui, Sébastien a pris des bonbons comme il les appelait. Le bleu contre la peur, le jaune pour l'euphorie et le rose contre les larmes. Les sucreries médicales lui rendaient la vie plus douce, sans marée haute ni basse.
"
Éditions De la Différence - Littérature contemporaine - 176 pages

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